30 juillet 2010
La galère électrique de Mwasi
Mwasi's Electricity Woes
envoyé par aengw. - Découvrez les dernières tendances en vidéo.
Les délestages constants dans certaines communes de Kinshasa font que la plupart des ménages ont tout simplement opté pour l’achat d’un groupe électrogène. C’est le cas du ménage que gère d’une main de fer celle que j’appelle ici tout simplement Mwasi [lingala = femme], matriarche et mère de tous mes enfants — sauf une enfant, Elikia, dont la mère est américaine.
Elle a acheté une maisonnette il y a quelques années dans la commune de Selembao. Elle se rend compte qu’elle aura peut-être fait un mauvais investissement. Et pour cause…
Mwasi, ancienne professeure de coupe et couture et directrice du Centre Mama Mobutu de Kisangani pendant 18 ans, est déplacée de guerre et au chômage—l’administration centrale de la Fondation Marie-Antoinette refusant de la réintégrer dans les effectifs de l’institution, depuis lors au statut flou, à Kinshasa. Qu’à cela ne tienne, s’est dit Mwasi, je vais lancer ma petite boutique de confection et de vente d’habits.
Mais seulement voilà : elle a de puissantes machines à coudre et de broderie que le courant de fort faible voltage qui parvient à sa maison, lorsqu’il y a de l’électricité, ne peut nullement faire tourner. Elle a un beau-frère nanti à Bukavu qui, lors de l’un de ses passages à Kinshasa, lui a acheté ce groupe électrogène au prix de 450 USD — une petite fortune. Elle a dans l’entretemps développé ses biceps, comme elle le démontre dans le démarrage musclé de ce groupe électrogène têtu.
Récemment, des jeunes du quartier habitant dans les alentours de la cabine électrique de relai de la SNEL [Société Nationale d’Electricité] ont décidé de débrancher la ligne alimentant une bonne partie du quartier au motif que les gens de la périphérie connectaient d’autres maisons qui n’étaient pas censées recevoir de l’électricité de cette cabine.
Déconcertée, Mwasi est allée voir ces jeunes gens qui ont carrément réservé une fin de non-recevoir à ses jérémiades. A moins que, lui ont-elle dit, elle ne fasse une collecte de 3000 FC sur une bonne douzaine de ménages pour acheter un nouveau câble électrique. Elle a essayé d’en toucher un mot aux ménages concernés qui, à leur, l’ont renvoyée promener : « On vit difficilement ; où va-t-on voler cet argent ? » fut la rengaine qu’ils retransmettaient tous comme une chambre d’écho.
Je me suis demandé s’il n’y avait pas moyen que Mwasi allât directement toucher les bureaux de la SNEL pour leur faire part de cette escroquerie publique. Elle m’a toisé comme si je venais de me fendre de la connerie la plus délurée de l’année. « C’est depuis des lustres que la SNEL a décliné ses responsabilités dans cette commune », m’a-t-elle dit. « Elle ne nous envoie même plus de factures. Et les jeunes gens habitant près des cabines s’en sont appropriées pour leur propre compte ». Comme quoi, c’est le Far West dans ces quartiers…
Depuis bientôt deux semaines, Mwasi vit donc une galère électrique. Tous les deux jours, quand l’électricité arrive dans le quartier, elle n’en jouit pas. Elle doit donc réinvestir une bonne partie des petits bénéfices qu’elle réalise sur sa petite boutique d’habillement pour l’achat de l’essence pour le groupe électrogène afin de faire tourner ses machines de broderie.
26 juillet 2010
Avec Luka Mambu à Maluku-le-paradis
Luka Mambu roule carrosse à Kin. Il a une BMW flambant neuve, un bolide (et Luka Mambu roule à tombeau ouvert pour peu que l’état de la route le permette) dans lequel il m’a emmené passer une journée dominicale mémorable ce dimanche 25 juillet au bord du Fleuve Congo à Maluku, à 80 km à l’est de la capitale. Le fleuve, fort étroit à cet endroit, s’appelle Le Channel, m’apprend-il. Et le cadre, appelé « Le Petit Paradis », mérite bien son nom : un paradis de silence et de beauté ; silence entrecoupé de clapotis susurrés des vagues venant se briser contre le sable humide de la petite plage (description de Luka Mambu). Le Channel, voilé par la brume de l’« elanga » [saison sèche], ne permettait qu’une vue indistincte d’un village de pêcheurs en face de nous, sur la rive droite, c’est-à-dire au Congo-Brazzaville.
Puisque je parle de pays, c’était frappant de voir certaines petites embarcations battant pavillon, soit R.D. congolais ou soit Congolais (de la rive droite). La proximité des deux pays à cet endroit — moins de 5 km, me renseigne Luka Mambu — fait que de ce côté-ci il y a des agents de l’immigration en tenue civile qui veillent au grain. J’ai d’ailleurs été confronté par l’un d’eux qui a cru que j’avais fait une photo de lui. Ce que j’ai nié vigoureusement. L’agent m’a alors demandé de faire défiler les images se trouvant dans la mémoire de ma caméra Sony Cyber-shot. N’eût-été l’intervention abrupte du « petit » Ntsimba, celui que j’appelle depuis le garde du corps de Luka Mambu, ma caméra aurait sans doute été saisie sans autre forme de procès par cet agent à l’air patibulaire. Je vois d’ici TONGO ETANI ou BELY21 crier haro sur les tracasseries policières d’un système inique !... (Au pont, partiellement détruit de la Rivière Nsele, il y a une sorte de barrière de policiers avec un ou deux membres de la garde présidentielle : il faut passer par ce pont pour se rendre à la ferme présidentielle de Kingakati sur la route du Bandundu— et tôt ce matin du dimanche, le Raïs s’y était justement déjà rendu…)
J’ai aussi fait le constat de l’absence quasi-totale de l’élite congolaise en cet endroit idyllique, totalement investi par des expatriés qui viennent y passer ce que les Anglophones appellent un « quality time ». Ici, pas de cacophonie musicale du couloir Madiakoko de Matonge ; pas de poussière ; mais l’air pur que souffle une brise douce qui balaie le Channel. Il semble que les Congolais nantis, à l’exception de quelques oiseaux rares du type de Luka Mambu, préfèrent se soûler la gueule à la cité comme notre bon vivant TONGO ETANI. De toute façon, c’était pour moi un spectacle désolant de voir des équipées de canotiers expatriés venant du centre-ville de Kinshasa pour pique-niquer à Maluku. Luka Mambu m’apprend aussi qu’il y a un club nautique au beach à Kinshasa où l’on loue des canots « cher, très, très cher » (mots de Luka Mambu).
Luka Mambu, qui vient chaque week-end à Maluku quand il se trouve à Kin, est bien connu des pêcheurs locaux qui soudainement grouillent autour de nous pour lui proposer qui, un capitaine, qui, un « Zaïko » (précédemment appelé « Congo-ya-sika » [nouveau Congo]), etc. Entre les pêcheurs et les vendeurs, il y a des « commissionnaires », qui sont de la tribu des Teke, peuple à qui appartient cette partie du territoire de la capitale. Et gare aux pêcheurs qui s’aventureraient de vendre directement leurs prises aux acheteurs. Les prix sont évidemment gonflés au maximum, mais Luka Mambu et le petit Ntsimba savent bien marchander. Luka Mambu exige par exemple d’acheter directement du pêcheur. Mais j’avais l’impression que, devant la pression des Teke, les pêcheurs incluaient dans leurs prix proposés à Luka Mambu les pourcentages des commissionnaires qui attendaient à quelque distance. Mais Luka Mambu a fini par acheter au prix qu’il voulait : quatre gros poissons pour 35 dollars ! Luka Mambu m’offre l’un des gros poissons qui constitue ce lundi mon dîner…
J’étais frappé de découvrir parmi les jeunes pêcheurs Simon (photo ci-dessous), un membre de l’ethnie Topoke de la Province Orientale, traditionnellement peuple d’agriculteurs. Je suis étonné d’apprendre que Simon, né à Kinshasa où il a appris à pêcher, n’a jamais foulé le sol boyomais. J’oubliais : Luka Mambu ne prend pas d’alcool — il boit des sodas ! Au déjeuner — mon plat était fait d’une chikwangue, de « nsania » (crevettes) et de « pondu » (feuilles de manioc) — j’en étais à ma quatrième bouteille de « Skol » bien tapée (je remercie Luka Mambu pour le déjeuner, la bière, la découverte du site paradisiaque de Maluku et le plaisir de rouler dans son bolide). C’est au crépuscule qu’on a quitté, à notre corps défendant, Maluku-le-paradis ! Luka Mambu s’est arrêté au bord de la route pour acheter quelques produits agricoles que proposent les agriculteurs Teke tout le long de voie…
J’ai eu le privilège d’une dernière « Skol » glacée dans le salon climatisé de la résidence de Luka Mambu à Matete, bière servie par sa très gracieuse épouse. Celle-ci voulait d’ailleurs m’offrir ma septième bière de la journée, mais j’ai prudemment décliné, ma tête prête à chavirer dans l’incohérence comme TONGO ETANI après seulement deux « Turbos » !...
(Photos: Alex Engwete)
09 juillet 2010
UDPS: Implosion ou coup d’Etat
J’ai récemment rencontré un proche qui est membre du cercle dirigeant de l’UDPS. A ma dernière visite à Kinshasa, l’homme ne jurait que par Etienne Tshisekedi alias Tshitshi. Je le voyais faire des déclarations fracassantes à la télé et aller en mission à l’étranger pour le compte de Tshitshi. Depuis lors, il semble qu’une lame de fond l’ait non seulement secoué personnellement mais ait aussi ébranlé tout le parti de Tshitshi. L’homme est devenu mécontent et maussade. Et pour cause…
Selon lui, Tshitshi serait devenu un vieillard gâteux à la merci des membres de sa famille dans leur exil doré en Europe. Ces membres de la famille de Tshitshi émettent des fatwas au nom du leader de l’UDPS et font flèche de tout bois pour que le prochain chairman du parti soit l’un des fils de Tshitshi, le nommé Félix Tshisekedi, un « analphabète virtuel » (expression de mon proche). Eh bien, cela ne passera pas, me dit mon proche. L’UDPS n’est pas un business familial de la famille de Tshitshi : « L’UDPS n’est pas un fait privé ou familial ! », martèle-t-il. C’est un parti aux ambitions et aux structures nationales — dont le Congrès. Qui plus est, des 12 parlementaires qui, de concert avec Tshitshi, avaient fait le pied de nez à Mobutu, 5 sont encore vivants et font partie des structures nationales de l’UDPS.
Et si, par aventure, l’ « analphabète-à-la-bouche-pleine-de-français » (encore une fois, les termes de mon proche) qui a nom Félix Tshisekedi veut devenir président de l’UDPS, eh bien, qu’il passe par la voie normale démocratique : introduction de sa candidature au Congrès (et mon proche m’assure que cette candidature sera promptement rejetée pour manque de qualification et parachutage au sommet), débat contradictoire avec des candidats rivaux, élection, etc.
Mon proche enchérit en me disant que n’eut-été le charisme associé au nom de Tshitshi, on aurait déjà bouté ce dernier hors du parti. « Le faire en ce moment serait suicidaire pour le parti », me dit-il.
En attendant, les structures nationales de l’UDPS ont décidé d’ignorer carrément toute fatwa qui serait émise à partir de l’Europe par les membres de la famille de Tshitshi au nom de ce dernier.
On voit ainsi se dessiner, soit l’implosion pure et simple de ce parti pour faits de népotisme et de tribalisme (maladies infantiles des partis congolais), ou soit un coup d’Etat interne par l’aile nationale pour sauver justement le parti de ces démons ! ...
(NOTE AUX BLOGUEURS: J’aime toujours illustrer les billets avec des photos. Mais le téléchargement des fichiers est un sérieux problème pour moi ici, surtout que j’affiche ce post à partir de la maison avec « iBurst », un nouveau service sud-africain de connexion Internet « wireless » (sans fil). Je promets de belles photos de Kin pour bientôt… )
02 juillet 2010
Kin-Kiesse
Kin-Kiesse ou Kin-la-joie… Je suis à Kinshasa depuis le 22 juin. Et la ville me semble vibrer à son vieux rythme de joie. De rumba. De détresse aussi… Car, par exemple, au 30 juin, seuls les services de sécurité (armée et police) avaient été payés. Lors du défilé du 30 juin, à part le Roi des Belges, Albert II (et la Reine), ainsi que d’autres chefs d’Etat, on a remarqué la présence de Paul Kagame.
A la Place du Cinquantenaire où se tenait le défilé, on y avait placé des écrans géants pour la retransmission directe de l’événement. Et lorsqu’à un moment on y avait montré un gros plan de Kagame, j’ai cru entendre les Kinois l’applaudir. Mais, plus tard, ceux qui avaient assisté au défilé me diront qu’il avait plutôt été hué aux cris de : « Tinda Nkunda lisusu ! » [Envoie-nous encore Nkunda !]
Les rues étaient bloquées par des embouteillages monstres dus aux travaux de réparation des artères principales. Je ne sais si ces embouteillages sont la cause de l’émergence d’une nouvelle classe d’entrepreneurs : les taximen-motocyclistes (je les appelle taximen-motocycliste parce que je n’ai encore vu aucune femme dans cette nouvelle confrérie entrepreneuriale). Il y a la Radio-Trottoir qui fonctionne à plein régime. Le récit le plus bizarre de la Radio-Radio est celui du couple présidentiel. Il y a deux variantes de ce récit : la variante forte et la variante « soft ».
Variante forte. Comme l’ancien récit de la Radio-Trottoir mettant en scène Mobutu et Maman Marie-Antoinette Mobutu, Maman Marie-Olive Lembe, chrétienne des « églises du réveil », aurait demandé au Raïs d’abandonner le pouvoir ! Furieux de s’entendre ainsi sermonner par sa femme, le Raïs l’aurait alors battue à mort ; et aurait donné l’ordre à ses gardes du corps de l’achever ! Ceux-ci n’auraient pas voulu exécuter cet ordre et se seraient enfuis au Congo-Brazzaville avec la Première Dame. Le Président Sassou Ngessou aurait alors confronté son homologue de la Rive Gauche pour le convaincre de reprendre sa femme après traitement dans un hôpital de l’Afrique du sud.
Variante « soft ». Le Prézo aurait une maîtresse — une « métisse », insiste-t-on — qu’il aurait planquée à Goma. Devant l’insécurité grandissante dans le Nord-Kivu, le Raïs aurait alors déplacé sa petite amie à Lubumbashi. Mais la Première Dame faisait si bien pression sur le Gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, que ce dernier aurait prié le Raïs de le débarrasser de cette hôtesse encombrante. Et lorsque la petite amie présidentielle s’est retrouvée à Kinshasa, la Première Dame, mue par la jalousie, se serait alors jetée sur le Prézo ! Et cette version se termine toujours par cette remarque : « Quel est ce couple jeune qui n’a pas de ces problèmes de foyer ? » Mais à voir la façon dont le Président et la Première Dame se tiennent en public, ces deux récits de la Radio-Trottoir ont tout de contes à dormir debout !
08 juin 2010
Général Charles Bisengimana: Le nouveau patron de la police nationale est Auteur Matériel des Massacres (Commission Canadienne)
Général Charles Bisengimana et Julien Paluku, Gouverneur du Nord-Kivu
(Crédits)
L’une des conséquences de l’assassinat de Floribert « Flori » Chebeya, c’est la suspension du patron de la police congolaise, John Numbi, et la promotion de son adjoint, le Général Charles Bisengimana. Bisengimana est un Tutsi qui fit partie de l’AFDL de Mzee Laurent Kabila. Lors de la rupture entre le Mzee et ses alliés rwandais, Bisengimana joignit le RCD. Il fut promu général en 2003 au début de la Transition.
Je ne m’attarderai pas ici sur la question de la surreprésentation des membres de l’ethnie Tutsi dans les hautes sphères de commandement de l’armée et de la police par rapport à d’autres ethnies du pays ; question qui est régulièrement soulevée non seulement par l’opposition radicale « rejectionniste » de la diaspora congolaise mais également par la presse du pays.
Je suis plutôt concerné par la promotion du Général Charles Bisengimana en tant qu’individu à un poste où l’occupant est censé protéger des civils. Dans un pays idéal, civilisé et dont les « résidents de la république » sont informés de leur histoire et font un travail permanent de la mémoire, cette nomination aurait soulevé des cris d’orfraie, des manifs monstres et des appels universels pour l’annuler. Et pour cause…
L’organisme canadien Droits et Démocratie (le Centre international des droits de la personne et du développement démocratique) avait publié en janvier 1999 le rapport titré « Commission internationale non-gouvernementale sur les violations massives des droits humains en République Démocratique du Congo (ex-Zaïre) 1996-1997 » (la version anglaise du même rapport parut en juin de la même année).
En un mot, le rapport est exhaustif et prend en compte tous les protagonistes impliqués dans la guerre qui ravagea la RDC (particulièrement l’est du pays) dans la foulée du Génocide rwandais. Il est différent de l’enquête de l’ONU de la même époque qui fut bloquée par le Rwanda et son satellite d'alors, le régime du Mzee Kabila d’avant la scission avec Kagame. Le Rwanda et le régime du Mzee voulaient que l’enquête remontât jusqu’à l’année 1993 afin de tenir compte aussi des crimes de Mobutu et du régime d’Habyarimana !
Ce subterfuge de voyous, croyaient les alliés cyniques, allait diluer les horreurs des cruautés perpétrées en une si courte période en RDC sur des réfugiés Hutu rwandais et des Hutu congolais et ethnies y associées.
Non contents de faire prévaloir cette demande, les deux leaders mirent des bâtons dans les roues des enquêteurs de l’ONU au point que l’enquête fit long feu—jusqu’aujourd’hui. Dans le même temps, l’organisme canadien se focalisa sur cette période pour produire le rapport qui est l’objet de ce billet.
Avant toute chose, il est important de considérer ce qui constituait le but principal de l’enquête de l’organisme canadien, à une époque où la Cour Pénale Internationale (CPI) n’était pas encore créée ; CPI à laquelle la RDC est cosignataire, quoiqu’elle laisse aujourd’hui courir dans la nature des criminels de guerre de tous poils :
« Notre motivation principale est la lutte contre l'impunité qui s'érige déjà en culture dans cette région et qui risque de compromettre à long terme tout effort de construction et de maintien de la paix internationale dans la région. Si des crimes imprescriptibles relevant du droit pénal international ont été commis au Congo, la vérité se doit d'être connue et présentée de façon impartiale. Par la suite il faudra dans le cadre d'une campagne internationale susciter la volonté politique pour exiger que les présumés responsables de ces crimes soient poursuivis à terme par la justice nationale et internationale et éventuellement par la Cour pénale internationale en cours de discussion. Et en attendant cette justice, il faudrait que ces présumés responsables soient moralement mis au ban de la communauté internationale et/ou de leur propre communauté nationale. »
Eh bien, comme le rapport le démontre (voir ci-dessous), le Général Charles Bisengimana fait partie de ces « présumés responsables » à mettre moralement « au ban » des communautés internationale et congolaise. Pourtant, on est aujourd’hui dans la situation surréelle où un criminel de guerre et un massacreur des civils a la charge de la protection des civils de tout un pays ! Le rapport note également que ces crimes, puisqu’ils sont des crimes contre l’humanité, sont de ce fait des « crimes imprescriptibles ».
19 crimes effroyables sont identifiés par la commission d’enquête canadienne ; et le Général Charles Bisengimana avait personnellement commis plusieurs de ces crimes : « 1) meurtres, assassinats, tueries, noyades ; 2) incendies de villages et de récoltes, destructions matérielles ; 3) torture et traitements inhumains, mutilations ; 4) viols ; 5) disparitions ; 6) pillages systématiques ; 7) obstructions à l'aide humanitaire ; 8) incitation à la haine ; 9) vol de bétail et de biens ; 10) prise d'otages ; 11) enlèvement d'enfants et de malades ; 12) recrutements d'enfants mineurs ; 13) non-assistance à peuple en danger ; 14) arrestations et détentions arbitraires ; 15) condamnation et exécutions sans recours à un tribunal légalement constitué ; 16) crime d'agression ; 17) expulsion forcée des Tutsi (Masisi, Kinshasa, Katanga, Kisangani) ; 18) rapatriement forcé des réfugiés ; 19) persécution pour des motifs raciaux, ethniques ou politiques. »
L’enquête identifie également des « Auteurs Matériels des Massacres », c’est-à-dire, des « personnes qui auraient réellement commandé des opérations ou auraient été identifiés par des témoins oculaires dans les lieux où des massacres auraient été perpétrés ».
Le rapport précise :
« la Commission non-gouvernementale a procédé par une enquête sur le terrain en janvier et février 1998 pour vérifier certains témoignages déjà rapportés dans les rapports d'organisations non-gouvernementales […] et recueillir des informations sur l'identité des auteurs soupçonnés des massacres. Elle s'est efforcée dans la mesure du possible, sur la base de descriptions physiques des témoins oculaires interrogés, à déterminer qui étaient les commandants militaires sur le terrain au moment des massacres et quels civils jouaient un rôle particulier ».
Et d’ajouter en caractères gras :
« C'est fort de ces informations que la Commission non-gouvernementale a décidé de rendre public les noms de ces personnes qui pour le moment devraient être considérées uniquement comme des suspects de première qualité, pour lesquels elle recommande qu'une enquête judiciaire puisse être menée en vue d'établir ou non la culpabilité pour les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et les actes de génocide dont ce rapport a rendu compte ».
Que l’on note bien ici que le rapport recommande qu’une « enquête judiciaire » criminelle pour « crimes de guerre », « crimes contre l’humanité » ou « actes de génocides » soit ouverte à charge du « suspect de première qualité » qui vient d’être promu patron de la Police Nationale Congolaise, le Général Charles Bisengimana.
La Commission identifie 7 sites des massacres dans le seul Nord-Kivu, où le Général Charles Bisengimana est placé sur le site des massacres numéro 7, à savoir, dans la localité de Mugunga.
La Commission affirme :
« Les massacres du Nord Kivu auraient été perpétrés dans un environnement caractérisé déjà au départ par des tensions ethniques entre les populations autochtones et celles d'expression rwandaise d'une part et d'autre part par le transfert du conflit Hutu-Tutsi en raison de l'afflux des réfugiés et du nettoyage ethnique mené par les Hutu réfugiés contre les Tutsi en 1995-1996 d'autre part. C'est dans le nord Kivu qu'auraient eu lieu les massacres les plus importants des réfugiés et où aussi on aurait trouvé le nombre important des fosses communes et des charniers. Ici les massacres se sont accompagnés des incendies des villages et de propriétés des Hutu et dans une moindre mesure des Zaïrois ».
Voici comment la Commission synthétise l’implication directe du Général Charles Bisengima dans les massacres opérés sur le site 7 de Mugunga :
« 7. Mugunga
Les personnes suivantes auraient assuré le commandement des unités au moment des événements [massacres]. Il s'agit de: Shabugabo Ngendayo, Habineza Dieudonné (Commandant à Ursayo), Hanyurwinfura Tonton-mao (lieutenant 24 BGED), Innocent Kamanzi, Gumiriza Ribanze, Charles Bisengimana (aujourd'hui commandant inspecteur principal de la police à Goma), Rwabuzisoni Ngirumwami, Maryongo Musimuzi, Kitchuku Ngendayo, Janjanringwe Janvier, Karisa (commandant), Macho (commandant).
Deux civils auraient servi de facilitateurs qui ont participé à toutes les opérations: il s'agirait de Sengiyumva-Ngendayo et Bizimana Mutarambirwa.
Au demeurant dans le nord Kivu […], en raison du nombre très élevé des réfugiés Hutu, les troupes de l'AFDL auraient ciblé indistinctement les populations locales dans le but d'éliminer les miliciens Hutu Rwandais et Zaïrois bien solides dans cette région. Cette campagne systématique a conduit à une élimination des Hutu, attestée par l'existence de nombreuses fosses communes ».
Les « facilitateurs » civils étaient les complices des massacreurs dont la tâche était de localiser et d’embobiner les victimes pour les emmener sur les lieux des massacres ou pour leur amener ces massacreurs.
Une question devrait donc se poser avec urgence aux autorités congolaises et au Raïs en particulier : faut-il remplacer, à la tête de la police nationale, des meurtriers présumés par des criminels de guerre?
A tout prendre, chaque jour, que dis-je, chaque minute, chaque seconde que le sanguinaire qui a nom Charles Bisengimana passe comme patron de la Police Nationale Congolaise signifie le règne de l’impunité effrénée et constitue une moquerie du slogan « Tolérance Zéro » !
27 mai 2010
EXCLUSIF: La MONUC se métamorphose en MONUSCO (Jason Stearns)

Casques bleus du contingent pakistanais
MONUC
Bukavu, 19 mars 2009
Photo : Ian Steele
(Crédits)
Voici la
traduction du billet « Welcome MONUSCO » affiché sur le blog Congo
Siasa de Jason Stearns le mercredi 26 mai 2010.
>>>
Le Conseil de
sécurité votera aujourd’hui [mercredi] ou demain un nouveau mandat pour la
MONUC. Selon un draft, qui est actuellement en train d’être débattu, en voici
les lignes générales :
· La mission s’appellera MONUSCO, la Mission des Nations Unies de la Stabilisation du Congo [un autre blogueur, Peter van der Vindt, se demande à tort d’où provient le « O » final de l’acronyme—est-ce « CO » pour Congo ?, semble-t-il se moquer. On pourra ici lui rétorquer que ce CO est en fait courant dans les acronymes en RDC]. Sa grande priorité continuera de protéger des civils en danger imminent. Mais la mission globale changera quelque peu pour appuyer les institutions congolaises — le langage ressasse à souhait « l’appui au gouvernement congolais » avec des spécifications assorties continues suivantes : « à la demande explicite des autorités congolaises ».
· Cependant, la catastrophe a été évitée de justesse : ils ont décidé du retrait de 2.000 soldats [casques bleus], mais ils ne retireront d’autres troupes que si le gouvernement congolais est à même d’atteindre certains points de référence [benchmarks] tels que du progrès dans la conclusion des opérations militaires, « résultant dans la minimisation des menaces et la restauration de la stabilité dans des zones sensibles ». La MONUSCO devra faire un rapport au Conseil de Sécurité sur l’évolution de la situation tous les trois mois au cours de l’année prochaine ;
· Dans un langage quelque peu tortueux (et contradictoire ?), pour protéger les civils, ils sont censés appuyer l’armée congolaise en vue « d’arriver à l’achèvement » des opérations contre le FDLR et la LRA, tout en respectant la loi humanitaire ;
· Ils sont
explicitement mandatés à continuer des efforts tels que les Equipes Conjointes
de Protection [JPTs], des Femmes Conseillères et —nouvelle addition — des « Cellules
d’Appui au Ministère Public » [ou aux Magistrats] pour appuyer des
poursuites par des autorités militaires des FARDC [Auditorat Militaire] ;
· Participer dans la formation de la police congolaise et des bataillons de l’armée congolaise et mobiliser les donateurs pour l’approvisionnement en matériel ;
· Elaborer un plan avec d’autres agences de l’ONU pour un appui compréhensif au secteur judiciaire ;
· Etablir,
de concert avec le gouvernement de la RDC, cinq « comptoirs » miniers
dans le Nord et le Sud Kivu pour améliorer la traçabilité des minerais (ce qu’on
appelle « centres de négoces »).
Quelques problèmes :
· Il n’y a pas de détails sur la façon exacte dont la MONUSCO est censée appuyer l’armée congolaise — aucune mention, en particulier, sur la manière de mener une enquête approfondie sur des officiers soupçonnés d’exactions ;
· Aucune mention de violence préemptive nécessitant une action offensive contre des groupes armés pour repousser ou écarter des risques potentiels (ce qui n’a d’ailleurs pas bien marché par le passé) ;
· Aucune nouvelle idée sur la façon de mettre la pression sur les forces de sécurité congolaises pour améliorer leur comportement — juste une référence aux paragraphes sur la conditionnalité dans la dernière résolution ;
· Aucune
idée sur une réorientation de certaines ressources dans l’effort pour contrer
la LRA.
La politique de cette résolution était prévisible. La Chine essaie d’écarter
un grand nombre de suggestions concrètes sur la manière de protéger les civils,
aussi bien que sur la conditionnalité pour appuyer l’armée congolaise. Les
Américains insistent sur la protection des civils (mais non sur la réforme du
secteur de la sécurité), tandis que l’Australie veut ardemment un langage fort
sur la réforme du secteur de la sécurité.
L’Ouganda — ô comble d’étonnement— n’a vu aucune nécessité de dire que la
violence sexuelle était « répandue ».
25 mai 2010
Rencontre Mobutu - Mzee Kabila à Satanville (blague de mauvais goût de la Radio-Trottoir)
Mobutu (malade en phase terminale), Mandela et Mzee Kabila
A bord du bâtiment « SAS Outeniqua » de la marine sud-africaine
Pointe Noire, Congo-Brazzaville
4 mai 1997
Photo: Walter Dhladhla/AP
(Crédits)
>>>>
La blague de mauvais goût ci-dessous vient de se matérialiser dans ma boîte mail. Elle est « virale » dans la blogosphère congolaise. Le point d’origine du mail semble être la ville portuaire de Matadi. La blague date de la période de la Transition (2003-2006). Elle est le produit de la Radio-Trottoir congolaise. Je l’ai moi-même entendue dans les rues kinoises en 2005. Elle a fini par « crawler » sur Internet. La blague est traduite du lingala par ses disséminateurs. Quoique je condamne cette blague de mauvais goût avec la dernière énergie, elle fait partie du génie populaire d’une nation. Je me dois donc de l’afficher, à mon corps défendant s'entend…
<<<<
Au détour d'un chemin à Satanville, Mobutu croise Mzee Kabila…
MOBUTU : Toi ici ? Depuis quand, p’tit Laurent ?
KABILA : Depuis le 16 janvier 2001, vieux Jeff…
MOBUTU : Condoléances! Comment cela s'est-il passé?
KABILA : J'ai été descendu par l’un de mes gardes du corps pendant que j'étais en réunion…
MOBUTU : Comment fut-ce possible ? Et tes services de sécurité, où étaient-ils ?
KABILA : Ah, mon grand-frère ! Mystère! Mystère! Je n'arrive pas à me l’expliquer... Pourtant, je pensais avoir très bien structuré ma sécurité... Mais que veux-tu, le petit qui m’a descendu était un proche, presque un fils… Pays pourri plein de faux jetons!
MOBUTU : Du n’importe quoi!... Avec moi ce genre de choses ne pouvait arriver. On n'approchait pas de moi n’importe comment, même mes proches… Au fait as-tu des nouvelles du pays ? Moi j'ai coupé tout contact avec ces faux jetons depuis mon arrivée à Satanville.
KABILA : Aucune nouvelle ... Je suis dans un black-out total. Je peux même pas téléphoner, fauché comme tu me vois-là. J’avais pas eu le temps de me préparer. L’assassinat, ça prend toujours sa victime de court. Un moment, t’es là, la minute suivante, paf!, atterrissage à l’aérogare de Satanville! Ah, les faux jetons! Au fait, t’as du fafiot sur toi? Je pourrais essayer d’appeler Mwenze Kongolo pour les dernières nouvelles de Kin…
MOBUTU : Du culot, t’en as à revendre, toi. Oser me demander du fric, toi qui m’accusais de voler? Allez, tiens, je vais quand même te refiler juste de quoi faire ton appel longue distance…
[Mobutu sort de sa poche un billet de 100 dollars, le donne à Mzee Kabila et les deux comparses rentrent dans les locaux de la poste de Satanville]
KABILA [au téléphone] : Allô Kinshasa ? Je peux parler à Mwenze Kongolo?
STANDARDISTE de la poste de Kinshasa : Comment! Mzee Kabila?
KABILA : En personne… Pas le temps de papoter, petite, mes minutes sont comptées. Passe-moi le p’tit Mwenze Kongolo!
STANDARDISTE : Un instant, Mzee, je vais vous connecter au nouveau numéro de téléphone de Monsieur Mwenze Kongolo ... Il est en ligne, je vous le passe…
KABILA : Allô, petit Mwenze, t’as changé de numéro?
MWENZE : Oui, vieux...
KABILA : Quelles nouvelles? Tu sais, comme j’ai rien emporté, je pouvais pas téléphoner… Je suis fauché comme un rat d’église… Heureusement que je viens de croiser vieux Mobutu…
MWENZE : Comment donc ? Toi et Mobutu ? Ensemble?
KABILA : Oui, et alors? Il est juste à mes côtés. Ici à Satanville on est tous frères et sœurs… Et puis, depuis le pays, on était des homonymes, je te le disais, non? Lui, c’est Joseph-Désiré; moi, c’est Laurent-Désiré… C’est mon pur vieux!... Alors comment ça s'est passé après mon départ ? Qui a pris ma place ?
MWENZE : C'est Joseph...
KABILA : Quel Joseph ?
MWENZE : Mais, quel autre Joseph tu veux que ce soit? Joseph, ton fils, que nous avons fait venir de Lubumbashi où tu l'avais consigné ?
KABILA [après une longue pause] : Mais enfin! T’es tombé sur la tête ou quoi? Tu connais pourtant très bien ma famille et l'histoire de Joseph… Et où étaient les autres, les Katumba, Yerodia, Kakudji, Kapend et toi-même ?
MWENZE : Tu sais, il y avait des pressions de tous bords : des Zimbabwéens, des Angolais et même des Rwandais. Joseph était la seule solution possible. Heureusement que tout s'est bien passé par la suite…
KABILA : Je comprends rien à rien.... Donner le pouvoir au petit Joseph ? Et Kapend, pourquoi n'avait-il pas agi? Il avait l’autorité de mobiliser l'armée, non?
MWENZE : Ne me fais pas marrer, vieux. Au moment où je te parle, là, Kapend croupit en prison! Il a écopé de la peine capitale pour avoir justement essayé de mobiliser l’armée… Ton petit a été condamné à mort pour participation au complot de votre assassinat...
KABILA : Des foutaises que tout cela!...Et toi, qu’est-ce tu fous pour le moment ?
KONGOLO : Chômeur américain, vieux. Suis plus au gouvernement... Viré par Joseph. Le numéro que le petit nous a monté… Incroyable! Il nous a envoyé promener moi, Katumba, Kazadi et Okoto, pour avoir été cité injustement dans un rapport de l'ONU nous accusant d'avoir volé 5 milliards de dollars…
KABILA : Vous avez volé 5 milliards en 4 ans?...
MOBUTU : Ils ont volé 5 milliards en 4 ans ? Et moi qu'on accusait d’avoir volé moins que cela en 32 ans...
KABILA : Si je savais, j’aurais pas traité vieux Mobutu comme je l'avais fait...Et ma part dans tout ça ? Vous êtes allés voir Mugabe pour ma part du magot, j’espère?
MWENZE : Mugabe ? Tu blagues? Le vieux charognard a saisi tout ton blé…
KABILA : Mais c’est impossible! Il faut mes empreintes digitales pour ouvrir les coffres où j’avais planqué notre magot…
MWENZE : Ah, tu ne savais donc pas ? Mugabe avait kidnappé ton cadavre, l’a emmené à Harare, avant de le retourner à Kin… Il aura directement pris tes empreintes digitales au cours de ton séjour forcé à Harare!
KABILA : Incroyable! Un autre faux frère!... Au fait, où en est-on avec les rébellions ?
MWENZE : Quelles rébellions? Il n'y a plus de rébellions...
KABILA : Ah bon ! Bravo quand même, les enfants! Vous avez pu reconquérir tout le territoire en si peu de temps ?
MWENZE: Mais non... Le dialogue inter-congolais a abouti Et tout le monde se trouve à Kinshasa pour gérer la transition jusqu'aux élections l'année prochaine.
KABILA : Tu veux me dire que les Bemba, Bizima Karaha, Ondekane, et tous les autres sont à Kin? Et vous les laissez courir les rues de la capitale ?
MWENZE : Mais on n'y pouvait rien... On avait les mains liées… La communauté internationale…
KABILA : Bande de femmelettes!... J’aurais zigouillé ce petit monde sans autre forme de procès. Ah ! Si j'avais seulement écouté Mandela et continué à négocier avec vieux Mobutu à bord de l'Outeniqua, les choses se seraient passées autrement… et je ne me serais pas retrouvé aujourd’hui à Satanville en train de retaper vieux Mobutu pour... Bande de voleurs! Vous vous êtes tous fait des milliards sur mon dos!...
MOBUTU : T'en fais pas, mon petit, c'est la vie…
KABILA : Qu’est ce tu entends par ton « c’est la vie », vieux? Te rends-tu seulement compte que nous ne sommes plus en vie?...
[Les deux comparses sortent en riant de la poste de Satanville]
23 mai 2010
Guerre de foot: Les joueurs de Mazembe pètent les plombs au Stade Amahoro de Kigali
Trésor Mputu Mabi
Capitaine du TP Mazembe
« Il a perdu les pédales au State Amahoro de Kigali »
(Crédits)
J’ai reçu cinq appels frénétiques séparés de mes proches se trouvant à Bukavu, Kinshasa et Kisangani ce samedi 22 mai. Voici le condensé de l’info que j’ai pu distiller du récit confus de mes correspondants surexcités:
1) Le TP Mazembe jouait contre l’APR FC à Kigali ;
2) L’APR FC menait par 1-0 dans la première mi-temps ;
3) Puis, toujours dans la première mi-temps, le TP égalise le match, mais le goal n’est pas compté, l’arbitre décidant que le buteur était hors-jeu—« l’arbitre favorisait systématiquement les Rwandais », insiste l’un de mes correspondants ;
4) Comme le match recommence, un joueur de l’APR tacle vicieusement un joueur du TP Mazembe, mais l’arbitre laisse jouer ;
5) On colle un carton rouge au capitaine Trésor Mputu qui voulait se plaindre de cet arbitrage injuste auprès de l’arbitre ;
6) Puis, c’était du grabuge dans le stade : des policiers rwandais se déchaînant contre les joueurs congolais ; dans la mêlée, le milieu offensif du TP Mazembe Guy Lusadisu Basisila « est disparu par la police rwandaise » (dixit une correspondante) ;
7) Le match fut arrêté définitivement, les joueurs congolais placés en résidence surveillée alors que Guy Lusadisu Basisila était toujours porté disparu !
Je calme le jeu et informe mes correspondants, l’un après l’autre, que Lusadisu ne pouvait tout simplement pas disparaître en plein stade : il aura été interpellé par la police rwandaise.
Je savais aussi que le récit de mes correspondants était sérieusement biaisé. Les gouvernements congolais et rwandais peuvent signer des accords de paix en nombre infini, mais il y a une rancune et une méfiance réciproques entre les deux nations depuis la Guerre Mondiale Africaine. Il faudra du temps, alors peut-être… peut-être ! Et l’on croit que le sport rapproche les peuples…
Après ces conversations, je suis allé sur le site officiel du TP Mazembe où je trouvai une chronologie cryptique qui, tout au moins, clarifia la question de la disparition de Guy Lusadisu Basisila :
“CECAFA CUP 2010
APR FC-TP Mazembe
Samedi 22 mai 2010Episode tragique du match
22h: Les Corbeaux sont libérés y compris Lusadisu ; ils sont expulsés du territoire rwandais et quittent Kigali ce dimanche à 3h
18h20 à 22h: Toute la délégation du TP Mazembe est retenu dans les locaux policiers du stade Amahoro et le joueur Guy Lusadisu porté disparu, il serait enlevé par la police rwandaise
18h10: Le match est arrêté définitivement
Carton rouge à Trésor Mputu
38' : Partie arrêtée après le but de Kaluyituka qui est signalé hors-jeu
33' : But APR 17h00 : Début du match
Heure Locale : GMT + 2”
Ce qui est bizarre dans cette affaire, c’est que, tout comme d’autres professionnels de la RDC œuvrant dans des domaines variés, beaucoup de footballers professionnels congolais avalent leur fierté patriotique et se retrouvent en masses compactes à Kigali pour des salaires substantiels et réguliers dans la Ligue Nationale Primus du Rwanda. L’APR FC compte au moins 5 joueurs congolais. Et à ce que je sache, le coach de l’APR FC n’est autre que le Congolais Andy M’Futila. Le plus étrange en tout cas dans cette débâcle, c’est le fait que le « disparu » Guy Lusadisu jouait lui-même pour l’APR FC.
Le « disparu » Guy Lusadisu Basisila
(Crédits)
De toute façon, en vue de me faire une idée précise de ce qui s’était passé samedi au Stade Amahoro de Kigali, il me fallut jeter un coup d’œil dans la rubrique sportive de la Daily Nation de Nairobi où l’article « Drame : Une star de Mazembe agresse l’arbitre » que le reporter kenyan Gishinga-Njoroge a envoyé de Kigali peu après l’incident me permit de compléter la charpente des récits téléphoniques et de la chronologie du site du TP Mazembe:
« Le Capitaine Mputu perd les pédales après un carton rouge [dans le match] contre l’APR
On a assisté à des scènes troublantes au championnat Kagame du CECAFA ici samedi quand un joueur du TP Mazembe a perdu les pédales lorsqu’on lui colla un carton rouge, agressant l’arbitre du match et forçant la police à intervenir et l’appréhender.
La mêlée eut lieu à la 38ème minute quand le capitaine de Mazembe Trésor Mputu Mabi quand on l’expulsa fut expulsé après qu’il eut essayé de donner un coup de pied à l'abitre à la suite de l’échec de son intervention lorsqu’un joueur du MP Mazembe semblait avoir été taclé.
Mputu fut alors comme pris de folie furieuse et commença à se battre avec l’arbitre après qu’on lui eut collé le carton rouge, forçant la police à descendre sur le terrain pendant que les joueurs du TP Mazembe assaillaient et tabassaient l’arbitre— des scènes affreuses jamais vues auparavant dans des championnats du CECAFA.
Le CECAFA est un tournoi qui n’est pas géré par la Confédération Africaine de Football (CAF) et l’équipe du TP Mazembe est ici à titre d’invitée.
Sinon, ceci aurait constitué un crime sans précédent avec de fort sérieuses conséquences. (…) »
Je crois que le reporter Gishinga-Njoroge se méprend sur les conséquences que cette mêlée pourrait avoir sur le TP Mazembe. La CAF est un membre de la FIFA, et le match de Kigali faisait partie d’« un tournoi de la FIFA et du Conseil des Associations de Football de l’Afrique de l’est et de l’Afrique centrale (CECAFA) ».
Cette affaire aura donc de lourdes conséquences et il n’est pas à écarter que le TP Mazembe paie un très lourd tribut.
Le CECAFA est la plus vieille confédération de football de l’Afrique : elle a commencée en 1926 comme « Gossage Cup » et s’est poursuivie sous cette appellation jusqu’en 1966 ; elle a alors changé son appellation en « East and Central African Senior Challenge Cup » jusqu’en 1971, date à laquelle elle a pris son incarnation actuelle. Les pays membres du CECAFA sont les suivants : Burundi, Djibouti, Ethiopie, Erythrée, Kenya, Rwanda, Somalie, Soudan, Tanzanie et (la fédération sportive du) Zanzibar. Comme mentionné ci-haut, le TP Mazembe était à Kigali en tant qu’invitée à la CECAFA Kagame Cup Rwanda Cup 2010 (15 mai-29 mai).
In fine, le TP Mazembe vient d’écrire à Kigali la page la plus honteuse de son histoire depuis sa création en 1939, et ce comportement de « kuluneurs » est une insulte à l’esprit du football et du sport en général. Le plus triste dans tout ça, c’est que le TP Mazembe avait commencé ce tournoi du bon pied : dimanche 17 mai, il avait écrasé Télécom Djibouti sur un score fleuve de 8-0.
Dimanche 17 mai 2010
Stade Amahoro de Kigali
TP Mazembe (8)-Djiouti Telecom (0)
(Crédits)
21 mai 2010
RDC : Des Faux durs à cuire à la hardiesse bidon de l’Assemblée Nationale
Palais du Peuple, Kinshasa
Siège du Parlement de la RDC
Bâti entre 1975 et 1979 par des Chinois sous Mobutu
(Crédits)
Il y a peu, j’ai fait état ici même des tristes congolaiseries concoctées par le député MLC Jean-Lucien Busa Tongba à l’Assemblée Nationale. J’avais défini dans ce billet les « congolaiseries » comme ces « frasques tragicomiques dont seuls les Congolais détiennent les recettes secrètes ».
L’une de ces congolaiseries consiste à monter le job au monde entier tout en y trouvant son compte. On pleurniche par exemple hypocritement sur le terrible racisme de « Tintin au Congo » sur la place publique tout en oubliant ou en ignorant ce que l’anthropologue Johannes Fabian nous rappelle dans son beau livre sur le grand peintre lushois Tshibumba : « après tout, les peintures ou des fragments de texte ne peuvent être épuisés par une quelconque interprétation unique » (Remembering the Present, p. xi, ma traduction).
Ou, dans le cas d’espèce, les rodomontades du rodomont Jean-Lucien Busa le 29 avril accablant le Premier Ministre Adolphe Muzito de mal gouvernance et de vol des biens publics sans en fournir la moindre preuve.
Adolphe Muzito
Premier Ministre
(Crédits)
Pour ceux qui voudraient me prêter ici des intentions de « positionnement », qu’ils se réfèrent à mon investigation sur le contrat léonin signé par Muzito, du temps où il était Ministre du Budget, et deux de ses collègues (Athanase Matenda Kyelu, Finances ; et Jeannine Mabunga, Portefeuille) avec la soi-disant compagnie américaine CTC. Mon billet, intitulé « RDC : Trois ministres voleurs », avait causé l’ire de certains amis blogueurs — assez bizarrement pour les mêmes raisons qu’invoquaient certains au sujet de mon billet sur le pourfendeur de « Tintin au Congo ».
Comme quoi : mon « injurologie » face à la moindre manifestation de « congolaiserie » n’est pas tombée de la dernière pluie…
Mon billet dont je fais allusion ci-haut a été répercuté par toute la presse kinoise, dont Le Potentiel, qui confronta Muzito et ses collègues au cours d’une conférence de presse. La suite de ce contrat, on la connaît : au mois de mars de cette année, la RDC a unilatéralement résilié ce contrat stupide mais elle doit des millions de dollars à cette firme américaine fantomatique.
Comme le conclut si bien Le Potentiel dans un article récent sur cette débâcle ; article qui a été porté à mon attention l’un de nos amis blogueurs :
«Aujourd’hui, c’est encore et toujours la RDC qui sort perdante de ce hold-up. Elle devra dans les prochains jours répondre des actes posés par ses mandataires devant la chambre arbitrale internationale de Paris. Comme avec les mines, l’amateurisme, couplé à l’affairisme, a gagné les instances du pouvoir. Après KMT, c’est CTC qui promet de traduire la RDC devant la justice internationale pour non respect des termes du contrat signé ».
Notez le terme « hold-up » qui rend compte de la flibusterie des uns et des autres.
Par ailleurs, au sein même de la coalition au pouvoir, la gouvernance erratique de Muzito a toujours inquiété plus d’un. En juin 2009, Kabila a pris la mesure extraordinaire de mettre Muzito « sous surveillance financière » :
« Une lettre adressée au Premier ministre par le cabinet du président Kabila a demandé à Adolphe Muzito de ne plus engager de dépense sans l'accord préalable du chef de l'Etat. Une instruction donnée pour « endiguer les dérapages substantiels et répétés des finances publiques et de la monnaie ».
Pour revenir aux congolaiseries du jour, Jean-Lucien Busa, sans fondement aucun, porte donc des accusations fort graves contre le Premier Ministre Muzito dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale. Instoppable, Busa persiste et signe : non content des réponses à ses « questions orales » intempestives et circulaires, il introduit une motion de censure ! Et, ô miracle, il réunit, lui compris, les 125 signatures requises pour rendre sa motion recevable dans une chambre comptant 500 députés. Et — horreur pour certains !— parmi les cosignataires il se trouve des membres de l’AMP, la coalition au pouvoir !
Un vent de panique soufflait dans le camp de l’AMP avec l’introduction de la motion de censure de Jean-Lucien Busa. Surtout quand l’on sait qu’au Parlement congolais, contrairement au Congrès américain par exemple où les députés votent à main levée et publiquement, les députés votent au secret.
Or les députés congolais n’obéissent que ponctuellement par réflexe automatique et suivent rarement les « éléments de langage » dictés par leurs partis respectifs. On a ainsi assisté à l’éviction spectaculaire d’Yves Kisombe du MLC pour ce péché de déviationnisme. On peut aussi rappeler ici le camouflet des sénateurs de la majorité qui, en mai 2007, contre toute attente, ont envoyé leur propre candidat Léonard She Okitundu par le fond et jeté leur dévolu sur le Sénateur Kengo wa Dondo, ancien premier ministre de Mobutu et poids-lou rd de l’opposition, comme président du Sénat — faisant ainsi de Kengo non seulement la deuxième personnalité dans l’ordre protocolaire de l’Etat mais surtout la personnalité au premier rang dans la ligne de succession au président de la république « en cas de vacance pour cause de décès, démission ou tout autre empêchement définitif », comme le stipule la Constitution…
Sénateur Kengo wa Dondo, 74 ans, ancien Premier Ministre de Mobutu
Président du Sénat et membre de l’opposition
Premier dans la ligne de succession au Président de la République
(Crédits)
Dans tous les cas, ce mercredi 19 mai, les Kinois, tout comme les autres Congolais de l’intérieur, étaient qui rivés sur leurs écrans de télé, qui l’oreille collée contre un poste transistor, pour suivre en direct la chute de Muzito lors du débat et du vote sur la motion de censure de Jean-Lucien Busa. Des Kinois et des Kinoises, membres de ma famille ou des amis, avec qui j’avais de longues conversations m’informèrent que des gens pariaient déjà, donnant Muzito perdant à 6 contre 1 !
Quelle ne fut la déception de tous les « résidents de la République » (Alain Baschung) de voir ou d’entendre, le grand moment venu, François Mwamba, Président du Groupe Parlementaire MLC, « [annoncer] le retrait de la motion » et de « [quitter] la tribune [à] la vitesse de l’éclair comme si cette fois le micro [dont] il raffole lui brûlait les lèvres ». Cette plénière, selon Le Soft, aura été « la plus courte de toute l’histoire du Palais ». Commencée à 12h28, la plénière fut levée à 13h, selon la chronologie établie par Le Soft.
François Mwamba
« Très remonté lors de la plénière du mercredi 19 mai 2010 »
(Crédits)
Sommé par Evariste Boshab, le Président de l’Assemblée Nationale, de s’expliquer, François Mwamba « évoque le brouhaha [des membres du PALU] dans la salle et la situation qui prévaut dans le pays depuis le dépôt de la motion » pour justifier ce retrait de la motion ; retrait inattendu pour le seul public congolais point au courant des délibérations précédant la plénière.
En fait, cette justification au motif du « brouhaha » est un mensonge effronté que François Mwamba énonce de sang froid. Ce n’est donc point une dérive d’« injurologue » si je taxe cet honorable député de « déshonorable menteur fieffé ».
En effet, avant la plénière, il y eut une « Conférence des Présidents » qui s’est tenue entre 11h et 12h ; conférence à laquelle avait participé François Mwamba en sa qualité de « Président du groupe parlementaire MLC ». Au cours de cette conférence, Mwamba est confronté à de graves « irrégularités sur le plan de la forme [qui] étaient décelables quant à certaines signatures », selon le Compte-rendu du Rapporteur de l’Assemblée Nationale. En termes clairs, Busa et ses comparses ont commis le « faux et usage de faux », comme des membres de la pègre. De la racaille donc, nos députés !
Toujours selon le même compte-rendu, Mwamba lui-même rajoute des éléments qui sapent la motion introduite par son député et ses maîtres-menteurs:
« En plus, le Président du groupe parlementaire MLC a informé la Conférence que d’autres Députés pourraient avoir retiré leurs signatures dont l’un avait même déjà donné notification du retrait de la sienne au bureau de l’Assemblée Nationale. Au regard de ce qui précède, le Président du Groupe parlementaire du MLC a sollicité le retrait de cette motion. La Conférence des Présidents n’étant pas un organe de décision mais plutôt préparatoire des plénières, ses membres ont demandé aux auteurs de le faire en séance plénière, organe suprême de l’Assemblée, Nationale. »
Devant cette flibusterie et ces mensonges de Mwamba, de Busa et des comparses de ce dernier, Tryphon Kin-Kiey Mulumba, qui a « l’éducation et le vécu » des autres injurologues congolais, se laisse entraîner dans les mangroves infectes des insultes (— ô impolitesse ! ô cuistrerie ! le député Busa n’avait-il donc pas « le droit mener un combat qu'il considère juste sans se faire lyncher » ?) :
« Depuis 10 jours, ils avaient réussi à tenir la dragée haute à l’opinion, voici que les opposants, devant la Nation pleine et entière, capitulent, net. Incapables de s’entendre sur rien. Incapables de transformer un essai pourtant victorieux...
Pire, ils avaient tout faux. Et dès le départ.
Ils jouaient au poker menteur.
Ils ont menti sur le nombre de signatures collectées qui auraient rendu la motion valide et ils ont fait perdre du temps, de l’énergie, à tout le monde...
Comment François Mwamba Tshishimbi qui se vouait un destin national a-t-il été incapable - oui, incapable, quelle horreur! - de déceler ses propres pièges, de démêler le faux du vrai, de dénicher ses traîtres, les maîtres chanteurs?
Sauf d’avoir voulu bluffé dans cette affaire - mais pour quel intérêt?- quand on a fait les grandes écoles d’Europe et qu’on se [targue] d’avoir été un grand ministre - est-on incapable de s’isoler un moment, de feuilleter dix papiers quasi blancs avant, comme on dit en journalisme, la tombée? »
Voilà les faits et la vérité brutale. Aucune contorsion verbale n’est possible au commentateur pour amortir le coup violent que son constat assène : Mwamba est un menteur doublé d’un incompétent ! C’est une insulte, certes, mais c’est la vérité — brute, brutale et sans compromission !
Or Mwamba a continué à colporter son effronterie le jeudi 20 mai sur les antennes de Radio Okapi où il remet son CD éraillé le lendemain de sa minable prestation publique: la présence des « Bana-Chine » de Muzito dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, c’est la raison — la seule raison ! — du retrait de la motion frauduleuse.
Il y avait bien présence et « instrumentalisation » des militants du PALU dans l’hémicycle qui, croisant Evariste Boshab, pourtant membre de leur coalition, l’ont brutalisé avant la plénière, lui faisant perdre l’une de ses chaussures.
Evariste Boshab
Président de l’Assemblée Nationale
(Crédits)
Au cours de la plénière, on a ainsi assisté au spectacle surréel de Boshab tançant vertement le Premier Ministre, son « coalisé » :
« J’ai été empêché d’entrer dans cette salle; j’ai été bousculé par une meute enragée; j’exige réparation des dégâts causés dans cette enceinte par les militants du Palu avant qu’une plénière ne soit convoquée ».
Et Boshab d’enchérir à l’adresse de ses pairs :
« Chers collègues, comme vous le savez, je suis Secrétaire général d’un Parti. Si j’avais fait venir les miens, on aurait assisté à une hécatombe ».
Vivement les élections donc, se disent les membres de l’AMP (à en croire les analystes kinois), pour se débarrasser de l’allié encombrant qu’est le PALU et ses « bana-Chine »…
Dans l’entretemps, Busa et sa coterie de menteurs et de faussaires font à nouveau une ronde parmi leurs confrères députés pour récolter de nouvelles signatures non-contrefaites aux fins de réintroduire la même motion de censure. Cette nouvelle démarche prouve, si besoin est, que ces malfrats surpayés — avec un salaire mensuel de base de plus de 5.000 USD, sans compter d’autres avantages et des bakchichs qu’ils empochent pour leurs votes — des faux durs à cuire à la hardiesse bidon — ces scélérats considèrent Kinshasa comme un pays replié sur lui-même, totalement coupé des grandes préoccupations urgentes de tout le pays…
19 mai 2010
Guerre contre Tintin: « L’homme léopard devrait s’emparer de Tintin. Mais c’est le serpent qui s’empare de l’homme léopard »
(Photo Alex Engwete)
« L’homme léopard devrait s’emparer de Tintin. Mais c’est le serpent qui s’empare de l’homme léopard » (Tshibumba Kanda Matulu, peintre lushois disparu, dans une conversation avec l’anthropologue Johannes Fabian)
>>>
Je pris ces photos (ci-haut et ci-dessous) sur la véranda à l’arrière de la parcelle avant d’écrire ces posts, en anglais d’abord, puis celui-ci. La photo ci-haut montre ma petite collection d’albums de Tintin. Tous ces albums sont des cadeaux que ma fille Elikya m’a rapportés de ses voyages en France à deux différentes occasions. Dans cette collection, mon album préféré, c’est Tintin au Congo. Cette édition est une véritable « gâterie » pour un tintinophile, car c’est un album double : Tintin au Congo suivi de Tintin en Amérique !
Je ne dirais pas vice-versa puisque l’aventure commence au Congo et continue en Amérique — les deux albums doivent donc être lus l’un après l’autre. La photo ci-dessous montre d’ailleurs le verso de cet album :
Comme la photo ci-dessous le montre, on n’a pas besoin de retourner l’album pour tomber sur la première page de l’un ou l’autre de cet album. Tintin au Congo se termine en milieu d’album et on plonge directement dans Tintin en Amérique.
Je pourrais remplir tout un livre avec des souvenirs— bons ou embarrassants — de mes diverses aventures d’acquisition des albums de Tintin au cours des belles années de mon enfance à Kisangani. Déjà, en 4ème primaire, j’étais en possession de presque toute la collection — sauf L’Oreille cassée.
Ce trou dans ma collection me fit passer de longs mois de crise existentielle. Mon père, qui, comme ma mère, était analphabète, avait une vision pédagogique bizarre, surtout qu’il voulait s’assurer que je ne me retrouvasse pas comme lui « mungamba » (travailleur non-instruit). Il s’inquiétait donc de me voir passer le plus clair de mon temps plongé dans les Tintin au lieu de « lire des livres sans images » (ses mots) qui, selon lui, avaient la vertu de former l’intelligence. Il ne savait pas que la bd constituait un moyen sûr d’accrocher les enfants à la lecture.
Ma mère, par contre, était grande conteuse. Elle me demandait de lui narrer les Tintin durant la journée, car la nuit lui appartenait avec les contes d’angoisse qu’elle nous débitait autour du feu (on ne connaissait pas la télé à cette époque mémorable). Elle découvrit ainsi non seulement les aventures de Tintin, mais aussi toute la grammaire des bd — elle assimila vite que les planches portent l’histoire, que les cases véhiculent l’action et vont de gauche à droite, que les bulles sont des discours des personnages, etc.
Je pus finalement localiser un album de L’Oreille cassée. Mais le petit camarade qui voulait bien s’en séparer fixa un prix inabordable pour moi. Puis, comme si l’idée lui était venue par une soudaine illumination, mon petit camarade me proposa un troc… Mon père avait un magnifique globe terrestre de table ; et mon ami voulait se l’acquérir en échange de L’Oreille cassée. J’acquiesçai immédiatement au troc !
Mon bonheur fut malheureusement de fort courte durée. Ce soir-là, à son retour du boulot, mon pater piqua une grande colère lorsqu’il remarqua la disparition du globe terrestre. Après un interrogatoire serré, j’avouai mon crime. Flanqué de papa et maman, on descendit chez mon camarade où l’on trouva le globe terrestre trônant sur un buffet. Mon ami et moi découvrîmes ce soir-là ce qu’on appelle « rappel des marchandises »… In fine, le lendemain, ma mère, vendeuse de beignets dans notre école, acheta l’album pour moi… pour nous !
Chacun de mes Tintin avait ainsi sa petite aventure d’acquisition comme celle de L’Oreille cassée. Des souvenirs chéris que je garderai toujours dans mon cœur…
Mais voici que ces beaux souvenirs sont en train d’être souillés ces derniers temps par un sorcier congolais, un trou du cul du nom de Bienvenu Mbutu Mondondo, 41 ans, escroc de son état, qui pourchasse Tintin au Congo depuis 2007 au motif de racisme.
Bienvenu Mbutu Mondondo
Trou du cul extraordinaire
Fatwa : « L’homme léopard devrait s’emparer de Tintin. Mais c’est le serpent qui s’empare de l’homme léopard »
(Crédits)
Vendredi dernier, au Tribunal de première instance de Bruxelles, les avocats de Moulinsart et Casterman posaient devant la cour la question même de la recevabilité de cette plainte farfelue. Il s’avère aussi que le sieur Bienvenu Mbutu Mondondo, étudiant professionnel chroniquement désargenté, ne s’était acquitté en 2007 que des 125 euros requis pour porter plainte alors que la partie adverse dépense des milliers d’euros pour se défendre.
C’est donc la grande inconnue de la « solvabilité » du sorcier Bienvenu Mbutu Monondo que Me Sandrine Carneroli (représentant Moulinsart et Casterman) posait en ces termes méprisants :
« Est-il étudiant ? Chômeur ? Comptable ? Nous demandons le dépôt d'une caution préalable de 15.000 euros par plaignant pour ne pas avoir à supporter seuls les éventuels frais de justice. Et sur la compétence judiciaire, le droit d'auteur comme ceux de diffusion ou d'édition d'un album sont des actes commerciaux. Si cette affaire doit être plaidée, c'est devant le tribunal de commerce. »
J’appelle cet énergumène sorcier pour ces deux raisons : 1) Au Congo, on traite de sorcier quelqu’un qui cause un grand chagrin inutile à un grand nombre de gens (et nous, tintinophiles, sommes des millions à travers le monde) ; et 2) ce fils de pute me rappelle le sorcier Muganga qui accuse faussement « notre héros » dans Tintin au Congo :
Il y avait, à Lubumbashi, un peintre nommé Tshibumba Kanda Matulu, âgé de 27 ans dans les années 1973-74, qui avait imposé à l’anthropologue Johannes Fabian une série de 100 tableaux narrant l’histoire du Congo.
Fabian nous apprend que Tshibumba avait une « instruction limitée » et que sa vision de l’histoire congolaise était très souvent « erronée ». Mais l’anthropologue nous dit aussi que c’était peut-être là une technique de « survie du narrateur » que Tshibumba partageait avec les acteurs, les musiciens et les conteurs dans un pays avec une longue histoire coloniale et postcoloniale de la répression.
Il est possible que les sbires de l’appareil sécuritaire de Mobutu aient éventé le protocole de « survie du narrateur » déployé par Tshibumba car l’homme avait tout simplement disparu sans laisser de traces. Ce qui est triste, car Tshibumba a aujourd’hui une renommée internationale.
Voici un exemple de la conception « erronée » de Tshibumba dans la peinture ci-dessous représentant les corps sans vie de Lumumba et ses deux compagnons Mpolo et Okito. Assez bizarrement Tshibumba ajoute la légende : « Bob Denard a tué Lumumba-Mpolo-Okito ». De qui Tshibumba se moquait-il ainsi? Tshibumba savait pertinemment bien que c’était chronologiquement impossible : le mercenaire Bob Denard n’était pas au Congo à la mort de Lumumba, mais Mobutu s’y trouvait, et, au moment où Tshibumba peignait, Mobutu était au summum de son pouvoir…
Mais je fais ici appel à Tshibumba pour tirer ma fatwa d’une conversation qu’il avait eue avec l’anthropologue Fabian ; conversation au cours de laquelle le grand peintre lushois évoque Tintin au Congo. Je rappelle ici que Tshibumba était illettré fonctionnel. Mais cela ne semble pas l’avoir empêché de lire Tintin au Congo. On notera ci-dessous que la mémoire de Tshibumba de la scène de Tintin au Congo qu’il évoque est précise. Qui plus est, quand il évoque Tintin au Congo, Tshibumba glousse de joie. Et c’est cette joie simple que ce grand con de Bienvenu Mbutu Mondondo voudrait dénier à des millions d’autres jeunes de 7 à 77 ans !
Le grand salaud de Bienvenu Mbutu Mondondo a même le culot de prétendre qu’il ne peut trouver de l’emploi en Belgique parce que les employeurs belges sont tous motivés par le racisme qu’ils ont puisé dans Tintin au Congo ! Cet escroc a le profil de mendiant et de parasite international!...
Je donne d’abord l’extrait de la scène de Tintin au Congo, suivi de ma traduction de la conversation entre Fabian et Tshibumba ; conversation de laquelle, je le répète, je tire la fatwa contre le va-nu-pieds nommé Bienvenu Mbutu Mondondo ! (La conversation s’est tenue en swahili, puis traduite en anglais ; je traduis ici la version anglaise de Fabian).
(C'est le sort qui attend le sac de merde Bienvenu Mbutu Mondondo)
Conversation entre Tshibumba (T) et Fabian (F):
T : C’est comme ceci. Parce que chez nous, c’était comme ça. Des gens, une personne vivante…
F : Mm-hm.
T : … pouvait entre dans une maison comme ça — comme je suis là avec toi, hein ? Cette personne rentre dans la maison et fait ses fétiches, sa magie.
F : [Impatient] Ouais, ouais, ouais, je vois…
T : Bien. Quand il a fait ses fétiches, tu vois, il pouvait changer. Il pouvait devenir un animal sauvage, [par exemple] un lion.
F : Mm-hm.
T : Ou un éléphant. S’il hait une personne, il va directement [frappe dans ses mains], prends [ses fétiches] pour changer. Mais peut-être comprends-tu cette idée [comme voulant dire] qu’une personne va s’habiller [comme un animal]. Non [ce n’est pas ça du tout]. Ça, j’ai vu dans le livre Tintin au Congo.
F : Mm-hm.
T : Tintin au Congo [glousse]. C’est ce que ça dit, hein ? C’était quand un missionnaire a rencontré Tintin et ce missionnaire qui haïssait Tintin.
F : Mm-hm.
T : Et on a habillé un homme en peau de léopard, hein ?
F : Mm-hm.
T : Complet, avec un bâton qu’on a façonné en patte de léopard.
F : Mm-hm.
T : (…) Et on lui dit qu’il devrait s’emparer de Tintin. Au lieu de quoi, c’est le serpent qui s’empare de lui [homme léopard].
MISE A JOUR: CONTRIBUTION DE BOMA OMENA HENRI:































