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ALEX ENGWETE

Congologie : Espace d’analyses et d’opinions sur la culture et la politique du sous-continent de la République Démocratique du Congo. Contact: alexengwete@gmail.com

08 février 2010

L’étrange cas d’INGE LYNN COLLINS BONGO, l’ex-épouse américaine du Président Ali Bongo Ondimba

bongoingelynncollins
INGE LYNN COLLINS BONGO
Ex-épouse du Président Ali Bongo Ondimba
Elle tient les formulaires de demande d'assistance sociale
Bureau 68615-A
Comté de Riverdale, Californie, en 2009
(Crédits)

Aux Etats-Unis, lorsqu’au début du mois de septembre 2009, juste dans la foulée de la contestation des résultats des élections présidentielles donnant Ali Bongo Ondimba vainqueur, les téléspectateurs américains de la chaîne ABC étaient choqués par le comportement de celui qui venait d’être élu au Gabon.

Les Américains étaient choqués non pas par le fait qu’Ali Bongo Ondimba perpétuait l’oligarchie kleptocrate instituée par son père défunt mais par ce que révélait l’ex-épouse américaine du président élu du pays qui compte parmi les plus grands producteurs de l’or noir sur le continent africain.

Inge Lynn Collins Bongo révéla que non seulement Ali Bongo Ondimba la battait et était bigame (étant encore légalement marié avec elle dans la loi américaine), mais qu’il était aussi radin insensible, un mari défaillant à son devoir alimentaire et de soutien à sa première femme abandonnée. Une image illustrant l’article sur l’un des sites d’information répercutant l’interview d’Inge Lynn Collins Bongo la montrait, formulaires entre les mains, dans les bureaux d’assistance sociale du Comté de Riverdale pour y solliciter des coupons de rations alimentaires (photo ci-haut).

Une honte proverbiale — tant pour le Gabon que pour l’Afrique. Et certains Américains avaient fait des gorges chaudes sur le danger que couraient les Américaines à épouser des Africains qui, pour la plupart, sont menteurs, escrocs et polygames. Inge Lynn Collins dit au reporter d’ABC :

« Le Gabon est un pays fait de nantis et de démunis, les nantis étaient tous des Bongo… Quand je me plaignais de cette situation, ils se marraient littéralement. Ils pensaient que les Américains étaient idiots pour se soucier des droits de l’homme ».

On ne peut que féliciter cette Américaine si pleine de bonté et de générosité qui, malgré son mariage à un « nanti », avait à cœur le sort des damnés de la terre gabonaise.

Le 4 février 2010, le Sous-comité permanent des investigations du Comité sur les affaires intérieures et de la sécurité du Sénat américain a rendu public un rapport de 330 pages titré « Tenir la corruption étrangère hors des Etats-Unis : Quatre études de cas ».

    Les 4 études de cas sont ainsi énumérés : 1) L’étude de cas Obiang (Guinée équatoriale) ; 2) L’étude de cas Bongo (Gabon) ; 3) L’étude de cas Abubakar (Nigéria) ; et 4) L’étude de cas angolais.

Ces études de cas détaillent la malfaisance financière de certaines « Personnes Politiquement Exposées (PPEs) » africaines qui, se comportant en hors-la-loi financiers, ont enfreint et continuent à enfreindre la loi américaine contre le blanchiment d’argent « en utilisant les services des institutions financières et des professionnels américains pour introduire aux Etats-Unis de grosses sommes provenant de fonds suspects pour servir leurs intérêts ».

Dans ce cas, les « fonds suspects », en clair, c’est l’argent volé par les kleptocrates africains des « démunis » de l’Afrique dont le sort préoccupe énormément Inge Lynn Collins Bongo.

Mais il se fait que la bonne Samaritaine Inge Lynn Collins Bongo est une menteuse fieffée dont l’effronterie dans l’affabulation ne le dispute qu’à sa maîtrise des filières intercontinentales du blanchissement d’argent.

Inge Lynn Collins Bongo a non seulement  facilité le vol par son mari des démunis de son pays, mais elle a personnellement volé au peuple gabonais plus de 2 millions de dollars sur une période de 10 ans, vol documenté par l’investigation du Sénat américain. Je dis bien « documenté » car on ne sait avec certitude si elle a d’autres comptes dans des banques offshores ou de l’argent liquide dans des coffres des banques américaines. En effet, Yamilee Bongo-Astier, demi-sœur du Président Ali Bongo et belle-sœur d’Inge Lynn Collins Bongo, « avait 1 million de dollars en billets froissés de 100 dollars emballés dans son coffre dans une banque » de New York, bien qu’elle se déclarait « étudiante sans emploi ».

Pour sa part, Inge Lynn Collins Bongo « avait accepté de multiples virements offshores dans ses comptes en fiducie et utilisé ce fonds pour maintenir un mode de vie somptueux et déplacer l’argent à travers le réseau des comptes bancaires et des comptes titres à son avantage et à l’avantage de son mari ».

L’analyse du rapport du Sénat sur les activités financières d’Inge Lynn Collins Bongo est accablante :

« Pendant dix ans, de 1999 à 2009, Mme Collins Bongo avait un compte en fiducie appelé Collins Trust à Fidelity Investments. De plus, pendant trois ans, de 2000 à 2003, elle avait des comptes Collins Trusts à HSBC. Ces deux institutions financières n’étaient pas au courant de sont statut PPE [Personnes Politiquement Exposées], de son mariage au Ministre de la Défense du Gabon, et de son association avec la famille Bongo au Gabon.

Cette ignorance était due en partie par son utilisation de Collins, au lieu de Bongo, pour ouvrir ses comptes et procéder à ces transactions.

Dès l’abord, de 2000 à 2002, Mme Collins Bongo utilisa son fonds commun de placement à Fidelity comme un compte chèques pour déplacer près de 2 millions de dollars à travers le réseau de ses comptes dans d’autres institutions financières. Au cours de  la même période, elle utilisa son compte à HSBC pour recevoir des transferts bancaires substantiels totalisant près de 650.000 dollars des banques offshores, sans qu’aucune question ne lui soit posée. Lorsque chacune de ces institutions financières remarqua finalement cette transaction inhabituelle et examina l’activité du compte, chacune d’elles découvrit rapidement  le statut PPE de Mme Collins Bongo. Une banque, HSBC, réagit en fermant son compte ; l’autre permit au compte de rester ouvert au vu des fonds infimes qui y restaient et du manque d’activité récente ».

On peut donc arguer que le Président Ali Bongo Ondimba est un voleur, un kleptocrate, un bigame (selon Inge Lynn Collins Bongo), un tricheur des élections (selon l’opposition gabonaise), mais l’homme n’est certainement ni radin ni mari défaillant à son devoir alimentaire et de soutien à sa première femme.

En fait, le rapport du Sénat dit clairement que « de 1999 à 2009 » Inge Lynn Collins Bongo menait des activités financières intenses dans le « réseau » de ses différents comptes bancaires et brassait des millions de dollars (les tableaux détaillés de ses transactions donnés dans le rapport sont étourdissants et montrent  des opérations sophistiquées de blanchiment d’argent dignes d’un baron de la drogue latino-américain).

Mais comme le reportage d’ABC montre aussi Inge Lynn Collins Bongo sollicitant et obtenant l’assistance sociale en 2009, qu’elle ne s’étonne donc pas de voir les autorités californiennes la traîner bientôt en justice pour fraude et larcin des biens publics…

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06 février 2010

Azarias Ruberwa—Vol. 3 : Retour vers le futur : RCD, paravent politique de Kagame (une mise au point de T.B.)

jeanpierreOndekane
Général Jean-Pierre ONDEKANE
« Dans le rôle du jeune Mobutu »
(Crédits)

 

Suite au Vol.1 de cette série, l’internaute T.B. a fait une mise au point par mail. Je reprends ci-dessous in extenso la communication de T.B.
Alex Engwete

****

Objet : Concernant votre article « Azarias Ruberwa parle à Washington ce jeudi 4 février — Vol. 1 »

Bonjour,

je voudrais simplement mentionner le fait que le RCD a été crée officiellement le 18 août 1998. Donc deux semaines après le déclenchement de l'agression. Cette agression était pensée comme un coup d'Etat militaire par l'armée rwandaise. Or ce n'est qu'après dans une deuxième phase que Kagame a réalisé qu'il fallait aussi avoir un paravent politique peuplé par des congolais.

salutations,
T. B.

P.S.: ci-dessous un extrait du livre « Kabila et la révolution congolaise, panafricanisme ou néocolonialisme? » de Ludo Martens pp.437-439 :

Dès le déclenchement de la «rébellion», les ZAhidi N’Goma et Wamba dia Wamba ont fonctionné comme de simples instruments des Rwandais et Ougandais. Mais il importe de savoir qu’ils ont été aussi, au premier jour, les clowns des militaires mobutistes.

Pour sa partie congolaise, la rébellion est née comme un putsch militaire. On sait que le coup d’Etat de Mobutu, le 14 septembre 1960, a initié le processus d’élimination de Lumumba. De même, le putsch des officiers mobutistes, le 2 août 1998, devait conduire à la liquidation de Kabila. N’Goma et Wamba n’étaient que de petits alliés des militaires, comme le furent en soixante les membres du «Collège des Commissaires».

Le 17 août 1998, le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Charles Magabe, explique le début de la rébellion à Colette Braeckman: «Le mouvement est parti d’abord du sein des Forces Armées Congolaises.» «Ce qui s’est passé, c’est que l’armée a pris conscience des risques que nous courions, mais c’est aux militaires qu’il faut demander quel fut l’élément déterminant de leur décision. (...) Les politiques, eux, prennent un peu plus de temps pour travailler. En ce moment, les politiques élaborent un programme, ils construisent.»215

Comme si les choses n’étaient pas encore suffisamment limpides, le commandant Jean-Pierre Ondekane, dans le rôle du jeune Mobutu, a publiquement mis en garde les dirigeants politiques de la rébellion. Il a déclaré à la mi-août: «Je leur ai dit que je les buterai personnellement un à un, s’ils se laissent corrompre ou s’ils s’éloignent des aspirations du peuple».216 Qu’est-ce qu’il fallait de plus aux chefs rebelles Kalala et Depelchin pour comprendre dans quelle galère ils s’étaient embarqués?

L’armée rwandaise a préparé son coup au plus tard en janvier 1998. Mais comme il sied à de véritables militaristes, ses officiers ont complètement négligé la dimension politique. Ce n’est qu’en dernière minute qu’ils ont cherché des «paravents» congolais. Ils ont pris n’importe quelle petite célébrité du microcosme politique kinois, prêt à se vendre. Au départ, il n’y avait que ZAhidi N’Goma pour mordre à l’hameçon. Kagame l’a bombardé «coordinateur», tout en sachant parfaitement que l’homme était un ethniciste anti-Tutsi et un agent de cette France abhorrée! Et N’Goma, cet illuminé bombardé chef d’une rébellion dont il ignorait tout, ne tardera pas à déclarer au pays de l’Opération Turquoise: «La France est un pays qui a compris notre action et j’en suis heureux. C’est encourageant de voir que nous ne sommes pas seuls dans cette lutte».217 En entendant cela, Kagame et Karaha se doivent être dit qu’ils pourront quand même trouver mieux...

Le 18 août, le monde prend connaissance de l’existence d’une direction provisoire d’un «Rassemblement Congolais pour la Démocratie». On n’y retrouve pas le héros de la première heure, ZAhidi N’Goma, mais les rumeurs veulent qu’on lui a offert la vice-présidence. Il ne doit pas avoir été très chaud, car il ne figure pas sur la liste de la distribution des prix.

Voici les lauréats du «Concours Paul Kagame».

Président du Rassemblement Congolais pour la Démocratie: Wamba dia Wamba
Vice-président: Moïse Nyarugabo
Secrétaire: Jacques Depelchin

Le Conseil directeur du RCD est officiellement composé d’un coordinateur, de 4 membres civils et de 4 membres militaires.
Coordinateur: Lunda Bululu
Membres civils:
Kalala Shambuye
Alexis Thambwe Mwamba
Bizima Karaha
Mbusa Nyamwisi

Le poids réel de ce rassemblement de politiciens véreux est tellement insignifiant que les militaires n’ont même pas pris la peine de désigner leurs quatre délégués...

Sept départements ont été créés:

Administration du territoire: Joseph Mudimbi
Mobilisation: Kalala Shambuyi
Relations extérieures: Bizima Karaha
Administration internationale: Dr Kitembo
Finances: Emmanuel Kamanzi
Justice: Maitre Emungu
Communications: Pr Etienne Ngangura.

Cette composition n’est que «provisoire». En fait la nébuleuse du RCD ne sortira jamais du provisoire...

Pour ne pas apparaître trop clairement ce qu’ils sont en réalité, des marionnettes, les politiciens appelés à sauver le Congo de la dictature de Kabila ont antidaté leur «Protocole d’Accord du RCD» au 1er août. Or, ce 1er août, Wamba aussi bien que N’Goma ignoraient complètement à quelle grande destinée nationale ils seront bientôt appelés.

Comment le RCD contribue à l’éducation des Congolais

C’est également le 18 août 1998 que sont rendus publics le «Protocole d’accord» et la «Déclaration politique» du Rassemblement Congolais pour la Démocratie. Nous en soulignerons deux points essentiels.

Le RCD se présente d’emblée comme le prolongement de l’opposition «démocratique» à Kabila, comme son bras armé. Le Protocole reprend le refrain classique d’un Tshisekedi, Kengo ou Olenghankoy en dénonçant «la politique d’exclusion des forces politiques engageant ainsi le pays dans une aventure despotique sans issue». Ceux qui ont toujours pratiqué la politique d’exclusion des forces nationalistes et révolutionnaires et qui pendant les sept années de la «Transition», n’ont pas voulu organiser d’élections insultent Kabila, lui qui a balayé la dictature mobutiste et qui a promis des élections dans un délai record de deux ans.

Puis la Déclaration affirme que «le RCD (constitue) une plate-forme de personnalités politiques, d’organisations politiques et de la Société Civile, ouverte à toutes les forces vives de la société congolaise». Le RCD promet ainsi de réaliser par les armes ce que l’opposition «démocratique» exige, mais n’arrive pas à imposer: le renversement de Kabila et la prise du pouvoir par les partis et les groupes de la Société Civile qui ont connu leurs heures de gloire sous Mobutu et la CNS-HCR-PT.

En publiant ses positions politiques, le RCD contribue énormément à la conscientisation révoluti onnaire des populations congolaises. Le RCD fait la démonstration que les paroles mielleuses sur la démocratie, l’Etat de droit, la bonne gouvernance et la réconciliation, empruntées au discours occidental, servent à justifier le néocolonialisme, l’arbitraire, la répression féroce, les tueries massives et le pillage.

Analysons d’abord dans les textes du RCD comment l’impérialisme apprend à parler à ses laquais africains. Il leur apprend à promettre «de créer un Etat de droit et des institutions réellement démocratiques (et) de consolider la paix et la stabilité nationale, sous-régionale et continentale», à faire miroiter «l’instauration d’une bonne gouvernance», et à ouvrir la perspective de la promotion d’un «processus de réconciliation, de démocratisation et de reconstruction nationales».

Toutes ces paroles empoisonnées, les Congolais les ont déjà bues à longueur de journées pendant la Conférence Nationale, sans en comprendre le sens réel. Depuis la colonisation, l’impérialisme «enseigne» aux Congolais de faire confiance aux exploiteurs et de ne jamais se poser de questions sur la cohérence de leur pratique politique et économique. Le grand crime de Lumumba a été de découvrir la réalité derrière l’écran de fumée du discours sur les bienfaits de la colonisation. Dans son célèbre discours du 30 juin 1960, Lumumba dit: «Qui oubliera les fusillades où périssaient tant de nos frères, les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient pas se soumettre au régime d’injustice, d’oppression et d’exploitation?»218

Est-ce qu’en 1998, Kabila n’a pas raison d’adresser les mêmes paroles aux agresseurs américano-rwando-ougandais et à leurs rebelles qui massacrent, égorgent et affament les Congolais en se présentant sous les drapeaux de la «démocratie», de l’«Etat de droit», de la «bonne gouvernance» et de la «réconciliation»? Pour juger d’un mouvement politique, il faut analyser sa pratique et sa nature de classe. Dès le départ, la rébellion représente les intérêts américano-rwando-ougandais ainsi que ceux des mobutistes qui préparent la revanche.

Les textes prétendent que le RCD va «combattre le tribalisme, l’ethnicisme, l’impunité». Mais bientôt, certains de ses «fondateurs» prendront la fuite en dénonçant l’ethnicisme extrême des Tutsi rwandais et le mépris total qu’ils affichent envers les Congolais. Ces «rebelles» en fuite reconnaîtront que des soldats rwandais massacrent des Congolais à volonté sans jamais être inquiétés...

Le RCD dénonce «la politique délibérée (de Kabila) d’abandonner une partie de notre territoire à des groupes militaro-fascistes». Six mois plus tard, plus aucun Congolais dans les territoires occupés n’ignore que le RCD ait servi de couverture pour une occupation du Congo par le Rwanda et l’Ouganda et la division de fait du pays.

215. C. BRAECKMAN, Le Soir, 17 août 1998.
216. Congonline, 18 août 1998.
217. Xinhua, 18 août 1998, cité dans NCN, 18 août 1998.

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05 février 2010

Azarias Ruberwa—Vol.2: “Yuma akimi!” (Le charlot a fui), selon les Congolais...

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Washington DC, jeudi 4 fevrier
Motard de la police métropolitaine venu disperser les Congolais
(Photo: Alex Engwete)

Une trentaine de Congolais et de Congolaises, dont la plupart ont été mobilisés par l’activiste Jacques Bahati, ont convergé tôt le matin du jeudi 4 février sur le bâtiment dénommé « The Benjamin T. Rome Building », sis 1619 Massachusetts Avenue NW, de la School of Advanced International Studies (SAIS) de la Johns Hopkins University où Azarias Ruberwa Manywa devait tenir une conférence-débat entre 9h et 11h (heure de l’est des Etats-Unis).

Déjà la vieille, à 20h, Jaques Bahati avait organisé une conférence téléphonique durant laquelle la stratégie de la protestation avait été fixés.

Ce matin du jeudi donc, les Congolais se sont divisés en deux groupes.

L’un de ces groupes, avec Jacques Bahati, se tenait sur le trottoir pour huer Azarias Ruberwa et ses accompagnateurs ; et l’autre groupe était dans la salle de conférence appelée « Rome Auditorium ».

Le groupe dans l’auditoire devait assister à la conférence : calmement, sans émotion, et, profitant de la partie du débat, faire des commentaires acérés contre Ruberwa comme lors d’une interpellation au parlement. Les Congolais étaient donc décidés de contrôler le récit de cette partie de l’agenda de la matinée d’Azarias Ruberwa. Cependant, parmi les Congolaises, il y en avait qui n’étaient pas là pour protester, mais dans le cadre de leurs responsabilités professionnelles.

[MISE À JOUR du 5 fevrier : Vu le caractère sensible de ses responsabilités professionnelles, une compatriote à qui j’avais consacré un paragraphe me demande de ne point faire mention d’elle et de ne pas afficher sa photo dans le cadre de ce récit. J’accède gracieusement à sa demande et je remplace sa photo avec l’image ci-dessous… Si vous en êtes à votre première lecture du billet, vous aurez donc raté de voir cette belle et brillante congolaise… Les retardataires ont toujours tort…]

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Pour en revenir à la fameuse conférence d’Azarias Ruberwa et le vitriol que certains d’entre nous lui avaient préparé, eh bien, c’était « La Guerre de Troie n’aura pas lieu » et « Le Manitoba ne répond plus » combinés !

Le problème, c’est que le premier jeudi de chaque mois de février, le Président des Etats-Unis est invité à ce qu’on appelle le « petit déjeuner national de la prière », une cérémonie lancée en 1953 par des intégristes protestants du groupe « The Family » et qui se tient au Hilton de Washington. On y invite le Président qui invite à son tour des personnalités en vue. Des centaines de personnes participent chaque année à cette cérémonie faite de discours et de rencontres, en marge des actions de grâce.

Je rappelle ici que le 1er février 2001, Joseph Kabila avait été invité au déjeuner national de prière par George Bush. Et ce jeudi, c’était le Premier Ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero qui était l’invité d’Obama.

Cette année, l’aile gauche du Parti démocrate s’était activée pour qu’Obama boycotte ce déjeuner du fait que des membres de la « Family » sont à l’origine de la loi homophobe en Ouganda. Leur pression n’a de toute évidence pas porté ses fruits puisqu’Obama apparaissait au petit déjeuner national de la prière.

On m’informe que Ruberwa avait justement été invité par des sénateurs et des congressmen américains faisant partie du « C-Street Group », groupe du nom de la rue washingtonienne où se trouve une sorte de « monastère » où ces illuminés théocrates logent quand le Congrès est en session. Ce groupe fait partie de la « Family ».

Ce qui me rappelle qu’en 2006, j’ai vu à la télé Ruberwa pontifier sur la nécessité de la religion dans la vie publique lors du lancement de son groupe charismatique de prière pour politiciens au Grand Hôtel à Kinshasa ! L’homme ne jure que par Jésus-Christ de Nazareth !  On aura tout vu dans ce pays. N’avait-on pas vu Laurent Nkunda s’ériger lui-aussi en prédicateur ?

Vers 9h15, on nous informe que puisque Ruberwa participait au petit déjeuner national de la prière et qu’Obama s’y trouvait, cela prendrait du temps avant qu’il ne puisse sortir, pour des raisons évidentes inhérentes à la sécurité présidentielle. On nous annonce que Ruberwa arriverait dans 5 minutes… 10 minutes plus tard on nous dit que ce serait dans 15 minutes…

Puis, la bombe : la conférence est décommandée !

Toute cette énergie déployée pour rien. Toute cette colère emmagasinée toute la nuit à vau-l’eau !

Dans la salle bondée, pourtant, il y avait des poids lourds congolais qui attendaient de pied ferme (ou de « voix ferme », je dirais) pour en découdre avec Azarias Ruberwa.

Il y avait par exemple dans la salle Jean Kamba Kabangu, président et représentant légal de l’UDPS aux Etats-Unis, avec son éternel sourire débonnaire et son verbe rassurant — mais aux arguments de coups de bélier. Le « vieux » Kamba ne faisait pas partie du petit réseau de Jacques Bahati.

J’avais aussi remarqué, avant que la salle ne s’emplisse, deux frères Banyamulenge que j’avais abordés, je ne sais pourquoi, pour leur demander si je pouvais prendre des photos : ils étaient des invités comme moi, m'ont-ils dit. J’apprendrai en sortant que le plus jeune d’entre eux s’appelle Yves. Quelqu’un murmure que ce sont eux qui auraient envoyé des texto à Ruberwa pour l’avertir que son image de marque allait se ternir s’il se pointait sur les lieux de la conférence…

Il y avait également dans la salle de nombreux Américains.

Un septuagénaire américain assis deux rangées derrière moi m’a particulièrement impressionné par ses anecdotes sur le Congo. Il racontait à une dame à ses côtés qu’il revenait de Kikwit et de Masimanimba… « Il y a même une université à Masimanimba maintenant… Incroyable ! » dit-il à la dame. Une véritable mine d’info, le gars. Il partageait à haute voix ses réminiscences avec la dame, une ancienne du Congo elle-aussi. Il parlait des conversations qu’il a eues avec Pierre Mulele, avec Cléophas Kamitatu… « Quand Kamitatu est mort… » J’ai sursauté à l’entendre dire cela... Il m’a rassuré : « Pas le fils, le père… voici un an ! » Je suis tombé des nues : je croyais l’homme encore vivant…

On sort de la salle.

Les Congolais fulminent.

« Yuma akimi ! » [Le charlot s’est enfui]. « Rwandais akimi ! »

D’autres Congolais et Congolaises affluent, la petite foule s’enfle sur le trottoir. Des petits groupes se forment pour discuter de tout et de rien. Surtout du « yuma » Ruberwa.

Je vois même deux ou trois Congolais en bandana noir, en survêtement jogging tout aussi noir et en blouson de cuir reluisant d’un noir de jais ! Ils m’ont tout l’air d’anar blacks blocks prêts à une action directe…

Sur ces entrefaites surgissent deux autres jeunes Banyamulenge qui sont venus rejoindre Yves et son ami. L’un de ceux-ci s’appelle Alexis et porte en bandoulière sur la poitrine une caméra dans un étui noir.

Les Banyamulenge s’avisent à défendre Ruberwa. Et toute la colère des Congolais trouve en eux un exutoire.

On les traite de « Rwandais » et eux réclament haut et fort leur nationalité congolaise.

Les voix montent.

Jean Kamba Kabangu essaie de calmer le jeu, mais ses conseils d’unité nationale sont noyés sous les éclats de voix.

Les Congolais ont carrément bloqué le trottoir.

Le tumulte est tel qu’un commissariat de la police métropolitaine, à trois blocs de là, dépêche un motard. La moto est flambant neuve, avec un sidecar y attaché.

Le « cop » est venu signifier au groupe tonitruant de Congolais de circuler.

Jean Kamba Kabangu parlemente avec le flic et le rassure qu’il n’y aura pas de bagarre. L’atmosphère se décante…

Avant de s’en aller, le policier demande à Kamba de dire aux Congolais de se tenir d’un seul côté du trottoir pour ne pas bloquer le passage.

Je baratine les Banyamulenge en swahili et je finis par les convaincre de partir. Ils s’en vont…

Le calme revient…

Voilà où nous ont foutu Ruberwa, son RCD et Kagame… Dire que les Banyamulenge vivaient en bonne intelligence avec les autres Congolais avant la Guerre Mondiale Africaine, Nkunda et le CNDP !

Il est 10h30… je m’en vais moi-aussi… et je laisse les Congolais plantés sur leurs jambes… et campés sur leurs positions…

jeanKamba   

Jean Kamba Kabangu

Président et représentant de l'UDPS aux USA

Derrière lui, des Banyamulenge, avec Yves, au bonnet blanc, bien visible à droite

 

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03 février 2010

Azarias Ruberwa parle à Washington ce jeudi 4 février — Vol. 1

RuberwaandPaulKagame
Azarias Ruberwa Manywa et Paul Kagame
Pendant longtemps, l'homme de Kagame à Kinshasa
(Crédits)

L’ancien Vice-président  de la RDC, Me Azarias Ruberwa Manywa parle ce jeudi 4 février à Washington D.C. à l’invitation de la série des conférences du Forum des Grands Lacs, de la « Search for Common Ground », une ONG spécialisée dans la résolution des conflits sur plusieurs points chauds du globe (Afrique, Sud-est asiatique, Moyen-Orient, etc.).

« Search for Common Ground » a aussi une antenne à Kinshasa, qui a été visitée par la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton lors de sa visité en RDC l’année dernière, et l’un de ses programmes originaux au Congo est le théâtre participatif en vue de la résolution des conflits.

Je dois avouer que je n’ai jamais entendu parler de cette ONG avant cette visite de Me Azarias Ruberwa ni de la série des conférences sur les Grands Lacs qu’elle organise le premier jeudi de chaque mois.

Mais une source étatsunienne qui connaît bien le travail de cette ONG a vite fait de me rassurer sur le degré de professionnalisme de cette organisation en ces termes :

« Search for Common Ground est une ONG indépendante qui fait un travail bien apprécié dans la résolution des conflits sur le plan international, et j’étais impressionné par certains membres congolais de leur équipe que j’ai rencontrés à Bukavu en septembre dernier ».

Tout en respectant cet avis bien informé, je me dois toutefois de relever dans la trajectoire de Me Azarias Ruberwa que donne « Search for Common Ground » deux points auxquels ma bonne foi achoppe.   

Le thème de la conférence de Me Azarias Ruberwa est « Le Congo vu de l’intérieur : Une perspective d’Azarias Ruberwa ».

Là où le bât blesse, c’est la description que donne « Search for Common Ground » du parcours de Me Azarias Ruberwa qui tend à : 1) créditer le récit du Rwanda de son agression contre la RDC en 1998 et 2) passer sous silence la récente déstabilisation d’Azarias Ruberwa à la tête du RCD :

« Azarias Ruberwa fut l’un des quatre Vice-présidents dans le gouvernement de la transition de 2003-2006, en tant que représentant du Rassemblement Congolais pour la Démocratie dont il était président. Il était membre du barreau dans l’est de la RDC avant de se joindre à la rébellion de Kabila en 1996. Il a ensuite rallié la rébellion du Rassemblement Congolais pour la Démocratie contre Kabila en 1998 et devint le chef de l’organisation en 2003, l’intégrant pacifiquement dans le gouvernement de la transition. Il fut candidat malheureux en 2006 et continue à diriger le Rassemblement Congolais pour la Démocratie ».

Comme je viens de le signaler plus haut, la date du 2 août 1998 est inscrite en lettres écarlates du sang des Congolais car elle est à la fois la date de l’agression burundo-ougando-rwandaise contre la RDC et la date de la création du RCD.

Le 2 août est la date inaugurale de la Guerre Mondiale Africaine de laquelle résultera plus de 4 millions de victimes congolaise au point qu’aujourd’hui des activistes congolais en Afrique du sud l’ont baptisée « Congocaust », c’est-à-dire l’holocauste congolais. Tous les historiens l’attestent aujourd’hui, et il est grand temps que « Search for Common Ground » s’inscrive clairement dans la ligne du consensus de la recherche historiographique si elle veut contribuer à une résolution des conflits viable dans les Grands Lacs : il n’y a pas eu « rébellion contre Kabila », mais « agression étrangère » avec le RCD comme paravent du Rwanda dans cette agression barbare. Continuer à parler de « rébellion » est une insulte aux millions de victimes congolaises et revient à donner du crédit au récit rwandais à dormir debout pour justifier une entreprise barbare de pillage d’un autre pays qui n’a de pendant historique que dans les guerres de siège antiques et médiévales!

Chaque 2 août, lorsque ce parti fantoche fête l’anniversaire de sa création, c’est aussi l’occasion pour les compatriotes de l’est de la RDC de protester contre ces profiteurs de guerre, comme ce fut le cas pour ceux de Kisangani l’année dernière, qui se sont vigoureusement opposés à la tenue du congrès de ce parti dans la ville boyomaise martyre. Je rappelle ici aussi qu’en 2005, les représentantes des femmes déplacées de guerre à Kin ont collectivement jeté leurs pagnes au sol et montré leur cul à Me Azarias Ruberwa dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale — signe traditionnel de la grande malédiction des mères !

En second lieu, affirmer que Me Azarias Ruberwa « continue à diriger le Rassemblement Congolais pour la Démocratie » relève de l’ignorance de la fracture interne du RCD, dramatiquement illustrée par sa suspension le 6 juin dernier par le « comité de crise » de ce parti présidé par Me Trésor Kapuku, Gouverneur du Kasaï Occidental. Et le Gouverneur Trésor Kapuku entend traîner devant les tribunaux cet imposteur qui s’accroche à la tête de son parti malgré la volonté de sa base.

Dans l’entretemps, à Washington DC, Jacques Bahati Ntama, activiste congolais œuvrant au sein de l’ONG catholique « Africa Faith and Justice Network », en appelle à une protestation non-décaféinée contre cette conférence de Me Azarias Ruberwa.

Le communiqué d’appel à l’action signé de Jacques Bahati interpelle par l’outrage ressenti par ce digne fils du pays :

« Chers Congolais et amis, Non Non Non Non… c’est un éternel NON !

Johns Hopkins University et d’autres organisations ont demandé à M. Azarias Ruberwa de donner sa perspective sur la RDC. Eh oui ! Que dire de Votre perspective et de la « perspective éternellement silencieuse » de ceux qui sont morts des suites de la guerre que lui et ses camarades, particulièrement le Président rwandais Paul Kagame, ont mené contre des Congolais innocents ? De grâce, Venez, pour le dire ensemble à M. Ruberwa et à ceux qui ne savent pas encore qu’il est coupable de la mort de nombreux Congolais. Disons aussi à ceux qui l’ont invité que lui donner cette tribune revient à rajouter une couche d’injures aux dégâts causés au peuple congolais ».

Contacté par téléphone dans l’après-midi du mercredi 3 février, Jacques Bahati, vétéran des guerres des tranchées des lobbies dans la capitale étatsunienne, m’a confié son inquiétude devant la tribune que des groupes puissants ont bien voulu accorder à Me Azarias Ruberwa, qui est en visite familiale aux USA où ses enfants étudient (les organisations sponsorisant l’apparition de Me Azarias Ruberwa figurent parmi les plus puissantes de la capitale américaine, dont Amnesty International-USA, U.S. Holocaust Museum et bien d’autres poids lourds).. On rehausse ainsi la visibilité de Me Azarias Ruberwa on ne sait à quelles fins, alors qu’en RDC son parti saigne à blanc avec des démissions en cascade de ses cadres et l’affaiblissement de sa posture personnelle au sein de son parti…

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Me Trésor Kapuku

Gouverneur RCD du Kasaï Occidental

(Crédits)

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30 janvier 2010

Du Rififi à Lushi… Rions ensemble !

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Jeudi 28 janvier
Lushi, Katanga
Député Provincial MONGA TUTU (RCD)
"Corrigé" par des badauds lushois pour manque de respect
(Crédits)

La légende de cette photo pourrait s’écrire : « Voilà ce qu’il vous en coûte de manquer du respect à Antoine Gabriel Kyungu wa Kumwanza »

Mais je dois réaffirmer d’entrée de jeu que je suis contre toute forme de violence dans l’espace politique démocratique. Mais par souci de transparence, je dois tout de suite dire que le rififi dans lequel s’était trouvé impliquer le député provincial Monga Tutu (RCD) avec des supporters d’Antoine Gabriel Kyungu wa Kumwanza à Lushi le jeudi 28 décembre m’a fait rire aux larmes.

On peut lire les dépêches de Radio Okapi sur cet incident ici et, sur la fermeture subséquente de l’Assemblée Provinciale du Katanga, ici et ici.

J’ai d’abord des interrogations qui s’adressent ici à Monga Tutu… Monga Tutu connaît-il Antoine Gabriel Kyungu wa Kumwanza pour oser lui manquer du respect de la sorte devant ses supporters, c’est-à-dire presque tous les Lushois, venus assister à la séance de l’Assemblée provinciale ? Connaît-il la trajectoire politique de l’homme ? Qu’ont donc à foutre les Katangais avec le RCD que représente Monga Tutu ? Je rappelle ici que dans son temps, le RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie) était un instrument politique, honni universellement par tous les Congolais, créé par la machine militaire rwandaise pour mettre en avant leurs hommes de paille congolais pour justifier une entreprise du pillage du Congo et  l’occupation de l’est du pays ?

Peut-être bien que Monga Tutu, dont le nom sonne à mon oreille avec tous les accents de l’Equateur, ne connaît pas bien l’histoire du Katanga et de Kyungu, surtout que l’on est dans un pays à la mémoire historique si fort courte.

Je m’en vais donc rafraîchir la mémoire au vendu et homme de paille des Rwandais qui a nom Monga Tutu…

Au début des années 1990, Kyungu et son comparse Nguz a Karl-I-Bond, avec des discours démagogiques enflammés, ont fait déferler les masses dans les rues katangaises pour s’y livrer à des pogroms qui ont fait déplacer plus de 10.000 Kasaïens. On peut donc reconnaître à cet homme la première épuration ethnique réussie du monde sans qu’on puisse pointer du doigt dans ses discours là où il a précisément appelé à la haine ethnique. Plus tard, bien sûr, lors de la Conférence Nationale Souveraine, il s’excusera du bout des lèvres de ne pas avoir arrêté la tragédie, en sa qualité de gouverneur de province.   

Lors de la campagne présidentielle de 2006, le Révérend Théodore Ngoy Ilunga wa Nsenga, Lushois de naissance et de souche, a eu la malencontreuse idée d’aller faire le prêchi-prêcha du message électoral de Jean-Pierre Bemba dans ce qu’il croyait être encore son fief de Lushi.

Voici comment le Révérend Ngoy relate lui-même ses mésaventures de Tintin à Lushi, un scénario écrit et dessiné par nul autre qu’Antoine Gabriel Kyungu wa Kumwenza, dans une interview avec Freddy Mulongo de « Réveil-FM » reprise par La Conscience:

« j'ai été empêché de battre campagne au Katanga. Mon hôtel a été assiégé par Kyungu Wa Kumwanza et d'autres inciviques comme lui. Ils ont, en sa présence, détruit ma jeep et d'autres véhicules, blessé de nombreuses personnes, dispersé la foule qui m'avait accompagné de l'aéroport jusqu'à la place de la Poste, en présence des policiers Congolais et ceux de la Monuc qui assistaient au spectacle sans broncher. Le lendemain, de grosses pierres ont été lancées contre mon cortège. Deux d'entre elles ont brisé les vitres de la voiture de marque Mercédès qui me transportait, heureusement sans m'atteindre. Toute la nuit des centaines de fumeurs de chanvres au service de Kyungu ont barré la route, encerclé l'hôtel « Parc », exigeant mon retour immédiat à Kinshasa sous peine d'incendier les lieux.

Le maire adjoint de la ville, le commandant de la Police, le procureur de la République, ont, de ma chambre d'hôtel, assisté au spectacle sans un mot de même que de nombreux policiers en armes, postés aux alentours. J'ai fait appel au service de la Monuc qui m'a sorti de l'hôtel. J'ai eu du mal à en trouver un autre dans la ville, les hôteliers craignant les représailles du pouvoir. C'est mon courage seul fondé dans ma foi en notre Seigneur Jésus-Christ qui m' a déterminé à me rendre à pied de la ville à la Katuba à la rencontre d'une foule nombreuse qui m'attendait malgré l'agression dont elle venait d'être témoin sur les lieux prévus pour le meeting, la place du foyer social de la Katuba.

Les instruments de sonorisation, les groupes électrogènes, les chaises, le podium venaient d'être incendiés par des hommes de Kyungu et de Moïse Katumbi. Mon propre grand-frère a failli perdre sa vie. Atteint à la tête par une grosse pierre, il est resté plusieurs jours à l'hôpital dont deux au moins dans le coma. Par ailleurs, le maire de la ville a pris la mesure violant la loi électorale d'interdire deux de mes meetings prévus à la Katuba et sur la place de la Poste, en ville ».

Plus récemment, en février 2008, au même Park Hôtel de Lushi, Antoine Gabriel Kyungu wa Kumwanza a fait prendre en otage et séquestrer le Me Kabukapwa, Ministre des Affaires Foncières. Incident qui a fait s’étonner un reporter du Phare en ces termes :

« Mais ce qui intrigue, c’est que dès le matin, les forces de la police locale pourtant alertées n’ont pas réagi avec fermeté face aux menaces de cette foule manifestement chauffée à blanc. De sorte que les manifestants se sont en quelque sorte sentis encouragés jusqu’au point de bloquer l’Hôtel, plaçant pratiquement tous ceux qui y résidaient en situation d’otages ».

Voici ce dont sont capables les Lushois. Et la plupart d'entre eux ne jurent que par le vénérable nom d’Antoine Gabriel Kyungu wa Kumwanza.

On peut donc dire que Monga Tutu n’a récolté que ce qu’il a semé. Monga Tutu croit avoir reconnu certains de ses agresseurs et serait déterminé à leur intenter une action en justice. Voilà une autre grave erreur du représentant du RCD dans la capitale cuprifère. Que l’on condamne par exemple ces jeunes gens à de lourdes peines de prison, et Monga Tutu, s’il a une résidence à Lushi, verra celle-ci rasée ou incendiée par la masse lushoise en colère. S’il n’a pas de maison à Lushi, qu’il relise bien l’interview ci-haut du Révérend Ngoy : les bailleurs s’éviteront des « représailles » en refusant de lui louer leurs maisons… Monga Tutu pourrait tout aussi bien ne rien faire : il est déjà un homme marqué à Lushi. Qu’il essaie par exemple d’aller prendre un verre de bière dans un bar des communes de Kenya ou de Kamalondo, et il verra ce qu’il verra.

Le plus cocasse dans cette histoire, c’est que pour une fois l’opposition se voit rendre la monnaie de sa pièce. Lorsqu’on tabasse des politiciens de la mouvance présidentielle dans les rues de Londres ou de Kinshasa, on le fait de cœur joie et on affiche les photos des victimes sur Internet pour s’en moquer (pour rappel : Shé Okitundu, Yves Kisombe, etc.). Et jamais je n’ai vu quelqu’un de l’opposition condamner ces agressions sur notre blog ici, je pense ici particulièrement à TONGO ETANI. Le 26 juillet 2006, à Kinshasa, lors de la campagne présidentielle, quand des voyous habillés de t-shirts à l’effigie de Bemba ont tué, violé et brûlé La Zamba Playa de Werrason, Jean-Pierre Bemba et les caciques de son parti ont nié en bloc toute implication de leur parti — alors qu’une vidéo du Révérend Sony Kafuta montrait la présence d’un colonel du MLC dans l’enceinte de l’église de Kafuta pendant qu’on tuait et brûlait vif « en live » un élément de la police. Alors, que l’on donne aussi un peu le même espace de déni à l’Honorable Antoine Gabriel Kyungu wa Kumwanza qui se trouvait dans l’hémicycle pendant le « passage à tabac » de Monga Tutu.

Les autorités de Kinshasa réagissent aux crises de deux manières : soit par lente réactivité  (le cas de Dongo) ou soit par une réaction disproportionnée. C’est la deuxième option que Kinshasa a cette fois-ci choisie : la fermeture de l’Assemblée Provinciale qui voit de plus son « bâtiment quadrillé » par des éléments de la Police Nationale Congolaise (PNC).

Le Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Célestin Mbuyu, est mal barré de fermer le siège de l’Assemblée Provinciale. Le tabassage en règle de Monga Tutu s’étant produit à l’extérieur du bâtiment, je ne vois pourquoi on fermerait l’Assemblée Provinciale pour « raison d’enquête policière » — surtout que « la fermeture du siège de l’assemblée provinciale du Katanga préjudicie également les requérants du passeport biométrique. C’est là que se trouve le centre de capture ».



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Antoine Gabriel Kyungu wa Kumwanza
Président de l’Assemblée Provinciale du Katanga
(Crédits)

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28 janvier 2010

Obamagramme—Vol.10 : Le Phénix…

obama

On le croyait traumatisé, écrasé par la terrible perte la semaine dernière du siège du dernier grand lion démocrate du Massachusetts, le Sénateur Ted Kennedy… Malmené au quotidien par FoxNews qui s’est érigée en machine de propagande républicaine au point de transformer du jour au lendemain Sara Palin en commentatrice de télé, en chute libre et vertigineuse dans les sondages d’opinion du fait de la conjoncture économique qui tarde à s’améliorer, Obama, se disaient unanimement les commentateurs avant son apparition, serait dans ses petits souliers au Congrès pour son premier discours de l’état de l’Union la nuit de ce mercredi 27 janvier…

Mais c’est un Obama tout à la fois pugnace, compétent, débonnaire et charismatique qui a électrisé et galvanisé l’Amérique. On peut d’ailleurs jauger cette appréciation en considérant les sondages instantanés réalisés juste après le discours — comme celui fait par la chaîne CBS avec l’institut de sondage Knowledge Networks qui montre que 83% des téléspectateurs américains approuvent des grandes propositions faites par Obama dans son discours de l’état de l’Union.

La géante Amérique vacille. Avec un taux de chômage dépassant les 10%. Certains croient d’ailleurs que le taux de chômage serait de 17%, si l’on tient compte des chômeurs de longue d urée qui ne se dérangent même plus pour faire des demandes d’emploi. Et chaque mois, le chômage happe encore près de 60.000 Américains (le chiffre était à plusieurs centaines de milliers aux derniers mois de la présidence de Bush)…

Magicien du verbe, Obama a secoué son pays de sa déprime et lui a redit le récit de sa grandeur, de ses ressources tapies dans sa volonté, dans sa créativité inépuisable — tout en admonestant son propre parti pour son inertie alors qu’il est majoritaire dans les deux chambres et en reprochant aux Républicains l’ineptie de leur obstruction permanente. Car au final c’est le peuple qui paie chèrement les petites mesquineries que les politiciens se jettent comme des peaux de banane dans la trajectoire de leurs adversaires politiques dans les allées du pouvoir à Washington…

Des analystes croient d’ailleurs qu’Obama et son équipe avaient sous estimé la gravité et la durée du marasme économique. Obama et ses collaborateurs estimaient par exemple qu’en ce moment l’économie se serait stabilisée et produirait des emplois. Obama a donc dû revoir la copie de sa stratégie et réorienter celle-ci dans le but de créer des emplois et d’aider les petits entrepreneurs à créer des emplois. Obama semble si désespéré à créer des emplois qu’il a même parlé de centrales nucléaires dans un pays où personne n’en voudrait voir construite dans son Etat…

Puisque la grogne et le ressentiment en ce moment, c’est la perception que la Maison Blanche et la classe politique se sont précipitées au chevet de Wall Street en laissant sur le carreau la classe moyenne, Obama ne pouvait passer l’opportunité de porter le flambeau populiste :

« … Je n’accepte pas que l’Amérique vienne en seconde position. Aussi difficile que cela puisse être, aussi inconfortables et conflictuels que puissent être les débats, il est temps d’être sérieux pour résoudre les problèmes qui entravent notre croissance. On peut commencer par une réforme financière sérieuse. […] Punir les banques ne m’intéresse pas, c’est la protection de notre économie qui m’intéresse. Un marché financier solide et en bonne santé permet aux entreprises d’accéder aux crédits. Il canalise les épargnes des familles dans des investissements qui haussent les revenus. Mais cela n’est possible que si nous nous gardons de l’imprudence qui a failli détruire notre économie entière.

Nous devons nous assurer que les consommateurs et les familles des classes moyennes ont l’information nécessaire pour prendre des décisions financières. Nous ne pouvons pas permettre aux institutions financières, y compris celles qui prennent vos dépôts, de prendre des risques qui menacent l’économie toute entière ».

Obama propose aussi dans la foulée de taxer les institutions financières qui ont profité de l’intervention de l’Etat— proposition boudée visiblement par l’opposition républicaine. Certaines de ces institutions ayant déjà remboursé ces dettes, Obama envisage d’injecter 30 milliards de ce montant dans les petites banques qui pourraient ainsi plus facilement prêter aux petites entreprises. La loi de la réforme de la couverture santé est encore en train d’être peaufiné dans un comité où l’on doit réconcilier la version du sénat et celle du congrès. Et certains craignent qu’elle ne capote, surtout que les démocrates viennent de perdre une majorité claire au sénat.

Mais cela n’a pas empêché Obama d’être agressif sur ce sujet et de rappeler que c’est d’abord par conviction personnelle profonde qu’il avait investi une partie de son capital politique dans ce projet de loi impopulaire dans les milieux républicains sous la coupe des lobbyistes :

« Je me suis attelé à l’assurance santé à cause des histoires que j’ai entendues des Américains ayant des problèmes de santé préexistants et dont la vie dépend d’une couverture santé ; des patients qui se sont vus refuser une couverture santé ; et des familles — même celles ayant une assurance — qui sont juste à une maladie près de la ruine financière ».

Il y a aussi le fait que sans cette réforme de la couverture santé, les déficits budgétaires ne feront que s’agraver… Et comme pour prouver qu’il ne craint pas de s’engager dans une nouvelle bagarre avec les Républicains, Obama annonce qu’il tâchera d’abroger la loi appelée « don’t ask, don’t tell » (ne rien demander, ne rien dire) qui interdit le recrutement des homosexuels dans l’armée et défend à ceux qui sont déjà des militaires de révéler leur l’orientation sexuelle :

« Cette année, je vais travailler avec le Congrès pour finalement abroger la loi qui dénie aux gays américains de servir le pays qu’ils aiment parce qu’ils sont ce qu’ils sont ».

C’était un discours tout focalisé sur la politique intérieure, avec une mention rapide de la politique étrangère : les troupes américaines qui quittent bientôt l’Irak, la campagne en Afghanistan, les négociations avec la Russie pour la réduction des armes nucléaires, l’Iran bien sûr, etc.

Assez bizarrement, dans cette énumération, l’Afrique (je crois que c’est la seule mention d’une partie du continent dans le discours) est représentée par la Guinée pour illustrer la rectitude morale et la grande compassion étatsunienne prête à s’activer pour les damnés de la terre :

« Comme nous l’avons fait pendant plus de soixante ans, l’Amérique entreprend toutes ces actions [humanitaires et sécuritaires] parce que notre destinée est connectée avec ceux qui sont au-delà de nos rivages. Mais aussi parce que c’est juste. C’est pourquoi, pendant que nous nous réunissons ici, plus de 10.000 Américains travaillent avec d’autres nations pour aider le peuple d’Haïti à se remettre sur pied et à reconstruire. C’est pourquoi nous sommes aux côtés de la fillette qui aspire à aller à l’école en Afghanistan ; nous supportons les droits humains des femmes qui protestent dans les rues d’Iran ; et nous défendons les droits du jeune homme auquel un emploi est refusé à cause de la corruption en Guinée. Car l’Amérique doit toujours se tenir aux côté de la liberté et de la dignité humaine ».

Il suffit à Obama d’apparaître, d’ouvrir la bouche et de se fendre même de boniments et l’Amérique reprend soudain ce grand amour pour Obama… là où il s’était interrompu… Une bonne partie de l’Amérique en tout cas…

Il était peut être un animal blessé avant ce moment avec les quelques revers qu’il a subis ces derniers temps, mais quand il fait un discours, Obama … à la semblance du beau phénix s’il meurt un soir le matin voit sa renaissance….

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26 janvier 2010

Scandale à Kinshasa : Oswald Wanzalugendo, cadre rentré travailler en RDC, gréviste de la faim pour impaiement de son salaire

oswaldWanzalugendo
Oswald Wanzalugendo
Cadre impayé depuis 9 mois
Gréviste de la faim

Impayé depuis 9 mois comme ses autres collègues de la Commission Electorale Indépendante (CEI), le conseiller financier Oswald Wanzalugendo, cadre formé aux USA rentré travailler en RDC, a recouru à la seule méthode qui pouvait attirer l’attention de l’opinion nationale et internationale sur ce scandale des impaiements des salaires dans un pays qui fête cette année le cinquantenaire de son indépendance.

Selon une dépêche de Radio Okapi de ce mardi 26 janvier, Wanzalugendo, qui a entamé sa grève de la faim depuis 10 jours, a été « admis aux soins depuis dimanche à l’hôpital du Centre Nganda » et, à en croire les médecins, « c’est un patient évanoui et très affaibli que l’on a amené à notre centre dimanche matin ».

Selon Wanzalugendo :

« Je suis resté aux Etats-Unis d’Amérique pendant 16 ans et je n’étais pas chômeur. Je travaillais et je gagnais bien ma vie, vérifiez les informations. Mais, c’est par amour pour mon pays que je suis revenu. Après un temps, je constate qu’on ne me paye pas et ça fait neuf mois. Je réclame mon salaire, j’ai trouvé que c’est mieux que je puisse faire ma grève de faim et cela, chez moi. Ça n’existe pas au Congo, c’est vrai, mais ça existe ailleurs, ça existe en Europe, ça existe aux Etats-Unis ».

Voilà ce que peut coûter à un benêt un soi-disant amour de son pays.

Un pays où seuls des pillards semblent y trouver leur compte.

Sur ces impaiements chroniques des salaires, Colette Braeckman, que les Congolais de la diaspora accusent d’être de mèche avec les autorités de Kinshasa, rapporte ce que le ministre belge des affaires étrangères Steven Vanackere a découvert lors de son dernier passage à Goma :

« A plusieurs reprises, Vanackere a interrogé ses interlocuteurs : « pourquoi les militaires ne sont-ils pas payés, ce qui mène à des désertions, des révoltes sporadiques ? » L’un des éléments de la réponse se trouve au bord du lac : c’est là que les principaux gradés, chargés des opérations Umoja Wetu, Kymia II et aujourd’hui Amani Leo (la paix tout de suite…) ont investi une partie des soldes qu’ils auraient dû payer à leurs militaires. Les plus « loyaux » ont pratiqué l’ « Opération retour », ristournant à Kinshasa une partie de sommes détournées…

Cet argent qui fuit de tous les côtés alimente un boom de l’immobilier, permet la multiplication des hôtels, des magasins d’alimentation ou de friperie, rend trépidante l’atmosphère de Goma, d’où les tshukudus, les vélos de bois, ont pratiquement disparu, au profit des motos taxis et des voitures de tout calibre… »

Et Colette Braeckman d’ajouter incidemment :

« De plus, c’est vers le Rwanda, toujours hostile à toute forme de négociation avec les FDLR, que se dirigent les filières d’exportation des minerais tandis que le makala (charbon de bois) qui contribue à déboiser le parc des Virunga se vend de l’autre côté de la frontière, depuis que le président Kagame a interdit de couper les arbres sur le territoire rwandais… »

Le cas d’Oswald Wanzalugendo est inquiétant car il donne une justification dramatique à la terrible fuite des cerveaux qui afflige la RDC. Ce n’est pas demain qu’on demandera aux médecins congolais qui travaillent dans les hôpitaux sud-africains de rentrer au Congo par amour d’un pays ainsi mis en coupe réglée dans un système de criminalisation généralisée de l’espace public. Si l’on n’est pas millionnaire comme le basketteur Mutombo Dikembe ou si l’on n’a pas des fonds propres pour démarrer une entreprise, autant ne pas rentrer dans un tel foutoir.

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Logo Officiel du Cinquantenaire

Œuvre  de l'artiste Fao Kitsa

(Crédits)

MISE A JOUR DU 27 JANVIER:4 Membres de la CEI dénoncent l’opacité de gestion de l’Abbé Apollinaire Malumalu:

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Monsieur l’Abbé Apollinaire Malumalu
Président  de la CEI
(Crédits)

Selon une dépêche de Radio Okapi du 26 janvier, 4 membres sur les 7 que compte la CEI dénoncent l’opacité de gestion de l’Abbé Apollinaire Malumalu, suspendent leur participation et blâment le président de la CEI sur le non-paiement des salaires des agents — des « revendications  qui légitiment, aux yeux de certains observateurs, la grève de la faim qu’observe le conseiller financier de la CEI, Oswald Wanzalugendo depuis 10 jours pour dénoncer les mêmes faits ». Toujours selon la même dépêche :

« Le texte porte les signatures de Rose-Marie Mika, 1ère vice-présidente, ainsi que de Carole Kabanga Koy, Charles Kabangu Tshibitshibi et Marie-Rose Kambere Kavira, respectivement 1ère, 2ème et 3ème rapporteur adjoint de la CEI. Le rapporteur de la CEI, Dieudonné Mirimo, et le 3è vice-président Me Crispin Kankonde n’ont pas signé ce document intitulé «Communication des membres du bureau concernant le fonctionnement actuel de la CEI.» Norbert Basengezi, deuxième vice-président de la CEI, devenu ministre de l’Agriculture n’a pas, non plus, signé ce document ; parce qu’il ne siège plus au bureau ».

  Je souligne ci-haut la bizarre circulation des cadres entre la CEI et le gouvernement. Ce genre de circulation pourrait faire douter de l’indépendance de la CEI.

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24 janvier 2010

Zuma, pyromane : Nomination d’un « gay-basher » ambassadeur en Ouganda, pays en pleine psychose homophobe

zapiroJonQwelane
(Crédits)

Comme l’exprime si bien la caricature de Zapiro ci-haut, la confirmation de la rumeur de la nomination au poste d’ambassadeur sud-africain en Ouganda du gay-basher Jon Qwelane reviendrait à jeter de l’essence sur le bûcher qu’allumerait le projet de loi anti-homosexualité  inspiré par des pasteurs américains que David Bahati a soumis au parlement ougandais. Dans sa conception initiale, la loi prévoyait la prison à vie et  la peine de mort dans certaines « circonstances aggravantes » d’actes homosexuels — avec des peines de prison allant jusqu’à 7 ans pour les familles, les amis et les propriétaires de maisons qui laisseraient se commettre ces actes sous leurs toits ou logeraient des homosexuels.

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Jon Qwelane

(Crédits)

Jon Qwelane, ancien chroniqueur du tabloïd Sunday Sun, est un homophobe patenté qui s’est illustré le 20 juillet 2008 par une chronique intitulée « Traitez-moi de tous les noms, mais l’homosexualité N’EST PAS o.k. ».

Dans ce papier Jon Qwelane déclare :

« J’ai mes désaccords avec le président zimbabwéen Robert Mugabe sur plusieurs points mais sa position inébranlable et convaincue  sur les homosexuels n’est sûrement pas de ceux-là ».

Et d’ajouter :

« Je prie qu’un jour un groupe de politiciens avec leur tête solidement vissée sur leur cou trouveront assez de courage pour récrire la constitution de ce pays pour exciser ces articles qui donnent la permission aux hommes de ‘se marier’ avec d’autres hommes, et idem pour les femmes.

Autrement, à ce rythme, combien de temps s’écoulera-t-il avant qu’un idiot ne demande de « se marier » avec un animal et ne prétende que cette constitution l’‘autorise’ ? »

La chronique de Jon Qwelane s’accompagnait d’une caricature dépeignant dans une église un homme agenouillé aux côtés d’une chèvre en robe de mariée devant un prêtre qui leur énonce la formule solennelle du mariage : « Je vous déclare maintenant mari et chèvre ». Et le cartouche au-dessus des personnages dit : « Quand les droits de l’homme rencontrent les droits des animaux » : ce qui est une allusion directe à l’insulte qui taxe l’homosexualité de bestialité.

A l’époque, les organisations de défense des droits des gays se sont mobilisées par des manifestations dans les grandes métropoles anglo-saxonnes pour dénoncer cette déclaration d’homophobie patente et un groupe sud-africain avait aussi porté plainte contre Jon Qwelane et son groupe de presse auprès de la Commission des Droits de l’homme, instance sud-africaine traitant de ce genre d’infractions.

Et justement ce lundi, plus d’une année après l’outrage causé par cet article et au milieu d’un autre outrage déclenché par la rumeur de la nomination de Jon Qwelane comme ambassadeur en Ouganda, la Commission des Droits de l’homme vient enfin d’annoncer la poursuite de l’éditorialiste et de son employeur auprès du Tribunal de l’Egalité pour des dommages et intérêts d’une hauteur de 100.000 rands (l’équivalent de 13.000 dollars) à payer à une organisation de la société civile appelée « 777 Campaign Against Hate Crimes » [Campagne 777 Contre des Crimes de Haine] qui avait porté plainte contre cet article. Puisqu’il y avait plusieurs centaines de plaintes déposées auprès de cette commission par des organisations et des individus, on craint que cette poursuite ne soit l’ouverture d’une boîte de Pandore.

Pourquoi Zuma aurait-il choisi Jon Qwelane alors que l’ANC est un vivier plein de talents ?

La réponse saute aux yeux, disent les analystes sud-africains. Jon Qwelane est un tribaliste fanatique prêt à vendre sa propre âme dans la défense d’un membre influent de l’ethnie zulu. Il avait ainsi érigé sa rubrique au Sunday Sun en forteresse de défense de Zuma pendant que ce dernier était vilipendé par toute la presse bien-pensante lors de ses tribulations judiciaires passées. Il était donc grand temps pour Zuma de récompenser un thuriféraire infatigable et éhonté.

Mais, disent les critiques sud-africains de cette nomination, désigner Jon Qwelane ambassadeur en Ouganda serait en fait avaliser l’homophobie qui prend des ampleurs d’une véritable croisade parlementaire homophobe dans ce pays et encourager les violences anti-gay en Afrique du sud même.

La violence anti-gay est particulièrement vicieuse dans les milieux noirs en Afrique du sud et s’illustre surtout par ce qu’on appelle là-bas « le viol de correction des lesbiennes » dont l’une des victimes célèbres est la footballeuse Eudy Simelane, comme le rappelle le professeur Pierre de Vos (qui est lui-aussi gay) dans sa Lettre ouverte au Président Jacob Zuma :

« Cette nomination [de Jon Qwelane] constituerait également un grave affront aux familles des femmes comme Eudy Simelane, ancienne star de l’équipe nationale féminine de football Banyana Banyana. Simelane fut retrouvée morte dans une crique d’un parc du Kwa Thema de la périphérie de Johannesburg après avoir été collectivement violée et brutalement battue avant d’être poignardée 25 fois sur le visage, à la poitrine et aux jambes— tout ça parce qu’elle était lesbienne. Beaucoup d’autres lesbiennes ont été attaquées et tuées au cours des ans du fait des attitudes propagées par des gens comme Qwelane. A cet égard, il a le sang des concitoyens sud-africains — dont beaucoup de femmes —sur les mains. Si vous le nommez, vous aurez pareillement le sang sur les mains ».

A son habitude, l’ANC serre les rangs autour de son président.

Certaines justifications des caciques du parti seraient comiques s’il ne s’agissait d’un cas aussi troublant. On a ainsi entendu Jackson Thembu, porte-parole de l'ANC, donner cette réponse en forme de question à un journaliste du Mail and Guardian de Johannesburg : « Est-ce que vous avez une preuve scientifique que [Qwelane] est homophobe ? »

Dans la chanson « Les Salauds », Alpha Blondy s’insurge contre des « politiciens mythomanes » et des « journalistes pyromanes ». La seule rumeur de la nomination de Jon Qwelane a en tout cas automatiquement transformé Zuma en « politicien pyromane ». En Afrique du sud, les groupes gays se mobilisent pour protester contre cette nomination...

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Eudy Simelane (1977-28 avril 2008)

Footballeuse sud-africaine

Tuée au cours d’un « viol de correction des lesbiennes » 

(Crédits)    

MISE À JOUR DU 25 JANVIER:

L’orientation sexuelle est une condition congénitale, c’est-à-dire inscrite dans les gènes, et donc, innée. Dans la mesure où des adultes qui ont cette tendance décident d’assumer de manière consensuelle leur sexualité et de le vivre sans inquiéter une autre personne, on ne voit pas pourquoi un quidam —comme ce Jon Qwelane dont il est question dans ce billet—s’acharnerait contre eux.

Les arguments souvent avancés par des « gay-bashers », c’est que ce serait interdit dans leurs écritures saintes ou par leur Dieu. Le contre-argument est simple : il y a des gens qui ne croient tout simplement pas en Dieu. Un autre contre-argument serait que Dieu ne s’abaisserait pas pour faire la police de nos fonctions physiologiques. C’est d’ailleurs pourquoi certaines églises ordonnent des pasteurs gays… Ce n’est pas non plus Dieu qui a imposé à l’Eglise Catholique le célibat des prêtres—l’Eglise catholique dont les prêtres se sont récemment illustrés par des actes criminels de pédophilie. La même logique arbitraire fait aussi qu’on interdit encore le sacerdoce aux femmes.

Un argument dont s’est fendu Robert Mugabe, c’est que l’homosexualité est inconnue dans le règne animal — ce qui est contredit par l’observation des primates comme les bonobos du Congo par exemple.

Un argument qu’on entend très souvent en Afrique et, surtout en Ouganda ces jours-ci, c’est qu’il n’y avait pas d’homosexualité dans les sociétés africaines traditionnelles. Ce qui est faux. En Ouganda, l’homosexualité était pratiquée par l’élite de la cour du Royaume du Buganda où cette homosexualité s’accompagnait malheureusement de pédophilie. C’est ainsi qu’on a aujourd’hui les SAINTS MARTYRS DE L’OUGANDA, des convertis chrétiens qui avaient été brûlés vifs pour avoir refusé de coucher avec le Roi Mwanga— parmi ces saints, il y a le fameux Saint Kizito, qui n’avait que 13 ans !

Les pasteurs américains, ayant récemment rompu avec leurs congrégations étatsuniennes qui ont soit ordonné des pasteurs gays ou soit élevé au rang de prélat des homosexuels avérés, se sont déplacés vers l’Afrique anglophone pour y prêcher leur venin homophobe. Puisqu’ils ont de l’argent, ils corrompent pratiquement les églises du réveil locales pour les amener à adopter leur croisade homophobe. Ces gens en sont arrivés à convaincre les Ougandais que les gays sont une émanation du régime nazi !...

Fort heureusement, je ne vois aucun signe d’homophobie à Kinshasa où les gays et les lesbiennes s’affichent publiquement dans les « nganda » de Matonge par exemple. Ce n’est pas dire qu’il n’y pas d’homophobes et de « gay-bashers » à Kin mais ils y réfléchiront par deux fois avant de s’attaquer aux costauds homosexuels maniaques des gymnases comme la photo ci-dessous le montre…

KinshasaGays

Gays kinois en pleine parade dans les rues du centre-ville de Kinshasa

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22 janvier 2010

Zapping : « L’Apartheid n’est pas mort. Il n’est pas vivant… »

sophieBouillon01
Sophie Bouillon, 25 ans
Journaliste
Prix Albert Londres 2009
Brutalisée par un flic afrikaner à Johannesburg vendredi 15 janvier
Motif: son copain est noir
(Crédits)

Témoignage paru dans « Libération » du 18/01/2010

«Tu vas voir ce que c’est la brutalité policière, you Zimbabbouen»

TEMOIGNAGE Sophie Bouillon, journaliste française installée depuis peu en Afrique du Sud, prix Albert Londres 2008, raconte son arrestation vendredi dernier pour un simple contrôle de papiers. Elle a passé la nuit au poste, vu son ami zimbabwéen brutalisé, et sera jugée dans la semaine.

Voici le témoignage envoyé par Sophie Bouillon, journaliste française installée en Afrique du Sud. Agée de 25 ans, elle a reçu le prix Albert Londres 2008 pour un reportage au Zimbabwe publié par la revue XXI.

 «L’apartheid n’est pas mort. Il n’est pas vivant. Comme un cheval souffrant, ce système raciste de cinquante ans d’âge, convulse, donne des coups. Inattendus.

Vendredi soir, 22h00, envie de sortir. J’embarque Tendai, mon ami zimbabwéen, avec moi pour un concert au centre-ville de Johannesburg. Barrage de police. J’étais assez fière: moi qui mets rarement ma ceinture et qui oublie toujours mon permis de conduire, j’étais parfaitement en règle. Un policier blanc nous fait signe de nous arrêter. C’est idiot, mais dans ma tête, je me suis dit qu’heureusement que je n’avais rien à me reprocher, car les Blancs n’acceptent pas les pots-de-vin. Les «cool drinks», comme on les appelle ici. Mais il a quand même trouvé quelque chose. Une Blanche avec un Noir, Zimbabwéen de surcroît, l’occasion était trop belle:

- Tu n’as pas de numéro d’enregistrement pour étranger qu’il faut obtenir au commissariat, me dit-il.

- Un quoi? Jamais entendu parler. Mon visa est en règle, mon permis est accrédité par l’ambassade… Vous voulez dire que tous les touristes qui arrivent dans ce pays doivent faire la queue au commissariat avant d’aller au parc Kruger pour obtenir un numéro? 2010 n’est décidément pas mon année. Je pars, résignée, récupérer mon amende.

- Oui. C’est 1000 rands d’amende (environ 100 euros). La procédure est longue. Tendai vient jusqu’à la voiture de police pour comprendre ce qui se passe. Je lui glisse que le flic me donne une amende de 1000 Rands.

- T’inquiète pas… on va la faire annuler en Cour de justice, me rassure Tendai. Ce numéro, ça n’existe pas. La phrase de trop. La seule. Le policier s’énerve.

- Parce que toi ZIMBABBOUEN tu crois que tu connais mieux la loi sud-africaine que moi? Puisque t’es si sûr, j’embarque ta copine. Elle passe en Cour de justice lundi. En attendant elle va passer le week end en cellule.

Il me pousse dans le fourgon. J’ai d’abord cru que c’était une blague. Je rigolais encore de l’absurdité de la situation. Je scrutais à travers la fenêtre pour chercher des caméras de télévision. Marcel Beliveau de Surprise Surprise était devenu mon seul sauveur. Je plaisante:

- Attendez c’est une blague. Je vois bien que vous souriez.

- Je ne souris pas.

- Alors, c’est que vous voulez me faire peur? Vous voulez montrer que vous avez du pouvoir? je demande en souriant. Il se retourne. Me jette des yeux exorbités:

- Tu veux que je te montre mon pouvoir?, crache-t-il entre ses dents.

Ce n’est donc pas une blague. C’est un cauchemar.

Après une demi-heure, toujours assise dans le fourgon de police, Tendai vient voir comment je vais. Il tente de me faire sortir de là. Il s’énerve.

- Je ne veux pas que vous l’emmeniez. Vous êtes fou.

- Ah ouais, je suis fou? Eh ben tu vas passer la nuit avec elle.

Il se jette hors de la voiture, claque la porte à faire trembler tout Johannesburg. Se jette sur Tendai pour lui passer les menottes.

- C’est bon! hurle Tendai, j’ai pas besoin de menottes. Fuck you!

Il le jette à terre. Sa tête claque contre le trottoir. Il l’asperge de spray au poivre. Tendai hurle.

- Sophie regarde, regarde, c’est de la brutalité policière. Regarde!

Assise dans le fourgon, je ne peux plus bouger. Je suis paralysée.

- Tu vas voir ce que c’est la brutalité policière, you ZIMBABBOUEN.

Il le frappe à coups de pieds au sol. Dans le dos. Coups de poings dans le visage.

Tendai hurle. Son blouson est plein de sang. Je suis paralysée.

- De l’eau, s’il vous plait, apportez-moi de l’eau… Je vais mourir. Je peux plus respirer. Sophie, apporte moi de l’eau, je vais mourir.

- Tu veux de l’eau? Tiens. Le flic l’asperge encore plus de spray au poivre. Dans le visage, dans la gorge. Dans le caleçon.

Tendai hurle de douleur. Il pleure comme un enfant. Je sors finalement du fourgon et m’approche pour le calmer. Je prends sa tête entre mes mains.

- Toi tu dégages, me crie le policier. T’as pas honte? Il m’asperge à mon tour de spray. Je ne vois plus rien. Je ne peux plus bouger. Je m’assieds sur le trottoir. Je suis paralysée. Je bouche mes oreilles pour ne plus entendre les hurlements de Tendai.

23h30. On nous conduit au poste dans deux voitures différentes. J’ai oublié, en effet, de vous dire, qu’il n’y avait pas un policier, mais trois. Tous de même grade. Mais visiblement, la couleur de peau prime davantage dans ce pays que les étoiles sur l’uniforme. Ils n’ont pas bronché, sauf pour me lancer quelques regards compatissants.

J’arrive au poste après Tendai. Il est allongé au sol, se tient la tête entre les mains. Il pleure et répète «Donnez-moi de l’eau, s’il vous plaît de l’eau. Je brûle. Donnez-moi de l’eau…»

Devant une quarantaine de personnes, le flic refuse de le conduire aux toilettes pour se laver le visage. Quatre jeunes me font signe qu’ils filment la scène sur leur Iphone. Je ne les reverrai jamais.

Ce qu’ils n’ont pas filmé, et ce que personne n’a vu, c’est que Tendai a fini par être accompagné aux toilettes. Mais pas pour mettre de l’eau sur son visage. Le flic avait un «truc» pour faire disparaître la douleur. Il lui a soufflé de la fumée de cigarette dans les yeux. «Je fais ça juste pour toi, parce que d’habitude je ne fume pas.», souffle-t-il entre ses lèvres. La douleur se fait plus forte encore. Tendai est rendu. Ses yeux brûlent, pleurent. Il ne peut plus bouger.

Minuit. On finit par nous faire patienter pendant deux heures dans un couloir capitonné. Puis on sort. Le flic est très fier de lui. Nous n’allons pas rester dans le commissariat central. Ses cellules sont sans doute trop «propres» et pas assez «surpeuplées» pour deux criminels comme nous. Il nous a trouvé deux places dans le commissariat de Hillbrow.

Johannesburg est une ville dangereuse. Le centre-ville de Johannesburg est dangereux. Hillbrow est le pire quartier du centre-ville de Johannesburg. Au commissariat de Hillbrow, on nous pousse finalement dans nos cellules respectives. Je n’aurais même pas pu récupérer mon sac à main, laissé sur le siège de ma voiture, garée sur le trottoir. Je n’aurais même pas pu aller chercher mon pull dans la voiture. Tout le monde était d’accord dans le commissariat, mais le fameux flic a refusé. Et devant la blancheur de sa peau, tout le monde s’est soumis.

Deux heures. Une cellule de 15m², des murs peints en verre moche, un néon, dix filles couchées sur des couvertures. Que dit-on quand on rentre dans une cellule, que dix regards se braquent sur vous, interloqués? «Euh… Good evening…»

Les filles se mettent à rire. «Ah ben, je savais pas qu’on se disait bonjour quand on rentre en cellule maintenant! Qu’est-ce que tu fous là?»

- Je sais pas… je conduisais avec un permis de conduire français. Je suis Française.

- Ben c’est pas grave ça. Elle, elle a poignardé son mec. Il la frappait. Elle l’a poignardé.

Tête basse, je cherche une couverture poisseuse pour m’allonger parmi les cafards et les mégots de cigarettes. Nous sommes onze. Moi, deux Sud-africaines, et huit Zimbabwéennes.

La fille continue. «T’inquiète pas tu sortiras demain.»

Ca voulait dire «Bonne nuit». Tout le monde se retourne et tente de dormir. La fille qui a poignardé son mec pleure. Ou elle rêve. Je ne sais pas. Elle dort avec un œil ouvert.

J’installe ma chaussure, délassée, sous ma tête pour ne pas toucher le sol. Il n’y a pas d’eau dans les toilettes. Elles sont bouchées. La lumière du néon aveugle. Les cafards continuent à se promener autour de moi. Je lis les inscriptions sur les murs, écrites au savon. «Dieu est notre Sauveur.» «Le Seigneur t’aime.» «Les barreaux d’une prison ne nous empêcheront jamais de penser.»

05h30. «SOPHIE!» Un homme hurle mon nom. La délivrance? L’avocat que j’ai contacté est enfin arrivé?

Sans un mot on me conduit dans une pièce. Tendai est là avec cinq autres détenus. «Un ami a payé ta caution, me lance un flic. Vous sortez. Remerciez-le, c’est lui qui nous a convaincu de vous laisser sortir.»

Je n’en crois pas mes oreilles. J’avais appelé mon ami, un Français, à l’arrestation. Il est resté jusqu’à 6h30 du matin au commissariat pour nous faire sortir. Un ami.

On me plonge les mains dans l’encre pour récupérer mes empreintes. Mes larmes coulent le long des joues. De joie, de peur, aussi parce que j’ai l’air d’une vraie criminelle tout à coup.

- Vous passez au tribunal jeudi. Quelle est votre déposition?

Moi, puis Tendai, racontons notre histoire à la greffière, devant cinq autres détenus. Devant trois flics. Et devant un homme, habillé dans un uniforme d’éboueur, puant l’alcool.

C’est l’officier qui était en charge ce soir là.

Tendai conclut son histoire: «Je vais poursuivre le mec qui m’a fait ça en justice.»

L’officier bourré intervient:

- Mais tu te prends pour qui, piece of shit? Vas poursuivre Mugabe plutôt. Vas poursuivre tes frères et tes sœurs zimbabwéens dans ton pays de merde. Vous avez même pas de Cour de justice. Vous avez même pas de banques en Afrique de l’Est!

- Le Zimbabwe n’est pas en Afrique de l’Est, j’interviens, ne comprenant toujours pas à qui je m’adresse et pensant que c’est un détenu, comme nous, arrêté pour état d’ébriété. C’est en Afrique australe. C’est votre voisin d’ailleurs.

- Ouais… Ben vous avez quand même pas de banques avec vos «Zimbabwouennes» dollars.

- Ça n’existe plus les dollars zimbabwéens.

- Eh bien, c’est bien ce que je dis. Vous avez même pas de banques! Nous on a le Johannesburg Stock Exchange, comme New York a Wall Street!

Tendai se défend:

- Ben si, on a le Zimbabwean Stock Exhange.

- Ah ouais, et c’est où?

- A Harare, la capitale.

- Dans quelle rue?

- Je ne sais pas dans quelle rue… je m’en souviens plus.

- Tu sais pas? Ben tu sais quoi, tu vas t’en souvenir en cellule. Ils m’emmerdent les deux là. Ils viennent dans notre pays, et veulent en plus poursuivre la police sud-africaine! Mais la police sud-africaine, elle travaille pour payer des impôts! Et toi, t’arrives de France et tu roules sur les routes que j’ai payé avec mes impôts et tu l’ouvres! Si t’en as rien à foutre de mon pays, rentre en France! Et toi rentre chez Mugabe. C’est à cause de gens comme toi qu’il y a de la xénophobie ici!

Je viens de comprendre à qui j’avais à faire. Ce mec, complètement ivre, peut donc nous renvoyer en prison. Tendai est poussé dans sa cellule puante. Je m’effondre. J’avais plutôt gardé mon calme jusqu’à présent, mais je ne peux plus respirer. Je pleure. Je crie. J’essuie les larmes de mes yeux, et le poivre resté sur mes bras me brûle le visage. Je ne vois plus rien.

Finalement, trente minutes plus tard, la procédure de sortie ayant été engagée, nous pouvons sortir. Je suis anéantie. Je ne réponds plus aux dernières provocations. «Une fucking journaliste arrêtée par un fucking policier! Ça fait un bon article, hein?» L’officier bourré veut me serrer la main: «Don’t be traumatised».  Je passe devant lui, en le fixant dans les yeux. Il m’insulte. Il est 06h30, nous sortons. Mon ami est là pour nous accueillir. Merci à lui. Ce soir-là, je voulais écrire un nouvel article sur mon blog, intitulé «L’Afrique du Sud n’est pas l’Angola», pour rappeler que le pays est prêt à accueillir la Coupe du Monde. Finalement, je ne l’écrirai pas.»

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20 janvier 2010

Victoire Ingabire Umuhoza : Cahier d’un retour raté au pays natal…

victoireFacebook
Victoire Ingabire Umuhoza, 42 ans
Mère et Technocrate
Candidate présidentielle  rwandaise des Forces Démocratiques Unifiées  (FDU)
(Crédits)

Une première version de ce billet a été affichée le 19 janvier sur Alex Engwete (English).

Victoire Ingabire Umuhoza, 42 ans, est mariée, mère de 3 enfants et vit en Hollande où le génocide rwandais l’avait surprise alors qu’elle était en formation. Son mari et sa fille, qui se trouvaient alors à Kigali, ont survécu à l’horreur en se réfugiant en RDC, d’où ils ont pu la rejoindre. On peut lire son autobiographie sur le site officiel de sa campagne électorale en cliquant ici.

Victoire Ingabire est aussi technocrate. Son cv est impressionnant : droit commercial et comptabilité ; économie commerciale et gestion des entreprises ; coordinatrice de juricomptabilité d’une multinationale…

Mais Victoire Ingabire a aussi la tête politique. Elle a cassé sa carrière prometteuse l’année dernière pour se porter candidate présidentielle à la tête du cartel Forces Démocratiques Unifiées (FDU) qui regroupe, entre autres partis, le RDR (Rassemblement pour la Démocratie au Rwanda) qu’elle dirige depuis quelques années.

Victoire Ingabire dénonce depuis de longues années le régime RPF au Rwanda, condamne l'expansionnisme militaire rwandais, les massacres de plus de 200.000 réfugiés rwandais hutu ainsi que l’agression rwandaise en RDC, le pillage des ressources congolaises par le Rwanda et les millions de morts congolais des suites de l’agression burundo-rwando-ougandaise de la RDC.

Au vu de l’activisme politique et des déclarations anti-Kagame de Victoire Ingabire, l’establishment rwandais n’avait pas cru que cette femme au ton tranquille aurait le culot de se pointer un jour à Kigali.

Or c’est ce qui est justement arrivé ce samedi 16 janvier à Kigali où, dès son arrivée, Victoire Ingabire a tout de suite déclenché une levée de boucliers tant des membres influents du gouvernement, de l’organisation des survivants du génocide, que des porte-voix du RPF. Elle aurait « désacralisé » le mémorial aux victimes du génocide en y énonçant au cours de sa visite au mémorial la « théorie du double génocide » — qui est une infraction sévèrement punie par la loi rwandaise.

Selon le reporter Edmund Kagire du New Times de Kigali, dont l’article « Ingabire épouse la Théorie du Double Génocide » se lit comme un éditorial plutôt que comme un reportage :

« Après 16 ans d’exil volontaire en Europe, Victoire Ingabire Umuhoza, la présidente des Forces Démocratiques Unifiées (FDU-Inkingi), est arrivée dans le pays hier [samedi] pour faire enregistrer son parti avant les élections présidentielles [au mois d’août] de cette année, selon ses déclarations.

Ingabire est arrivée à bord d’un vol de Kenya Airways vers 15 h d’Amsterdam via Nairobi où elle a passé la nuit [...]

[…]

Parlant à la presse avant de se rendre directement au Site du Mémorial du Génocide de Kigali à Gisozi, Ingabare déclara qu’elle est ici pour soulager les Rwandais ‘de la peur, de la pauvreté et des Gacaca [tribunaux populaires] inefficaces'.

[…]

Avec des mots qui suggèrent clairement la théorie du ‘Double Génocide’, Ingabire […] a déclaré que ‘la route de la réconciliation est un long chemin à parcourir à moins que ceux qui ont tué des Hutu durant le Génocide soient poursuivis.

‘Si vous regardez ce centre du mémorial, il ne montre qu’un aspect du Génocide perpétré contre les Tutsi. Il y a l’autre aspect du Génocide perpétré contre les Hutu parce qu’ils souffrent également et se demandent quand leurs doléances seront entendues ».

Dans le tollé général soulevé par la remarque taxée de « révisionniste » de Victoire Ingabire, des menaces de poursuite judiciaire ont été faites par Sheikh Mussa Fazil Harerimana, le ministre de la sécurité intérieure, qui a déclaré : « Il n’y a personne qui soit au-dessus de la loi et nous ne tolérons pas l’impunité. Si elle croit que le fait  d’espérer devenir candidate présidentielle lui donne la licence d’enfreindre la loi, alors elle se trouve au mauvais endroit ».

Voici donc le bus de la campagne présidentielle de l’écurie de l’Obama rwandaise percuter de plein fouet le mur blindé de la machine RPF. Perte tragique pour le Rwanda… et, incidemment pour la RDC, où Victoire Ingabire allait également avoir un « effet Obama » par ses prises de position favorables à la RDC.

Mais, même sans à ce stade factoriser les poursuites judiciaires qui se précisent en son encontre ou la fin de non-recevoir qu’on opposerait à l’enregistrement de son parti et à son enrôlement comme candidate présidentielle, Victoire Ingabire avait-elle au moins une chance d’être candidate ?

Le Rwanda, qui se prête tous les 7 ans à la mascarade démocratique pour apaiser des crises de conscience des bailleurs de fonds, a mis en place un système lui permettant de limiter les dérives démocratiques dont les principes sont les suivants :

1) Interdiction formelle de toute référence à la tribu et à l’ethnicité alors qu’« à peine cachée sous l’interdiction des labels ethniques, la discrimination ethnique a émergé depuis lors comme la caractéristique du régime de Kagame, avec une ampleur sans précédent dans l’histoire du Rwanda » (René Lemarchand).

2) Paralyser anticipativement toute dissension au discours officiel avec l’accusation de « révisionnisme », de « négation du génocide » ou de « mentalité génocidaire ».

3) Aligner dans l’opposition des candidats-marionnettes avec des plateformes politiques ridicules comme « plein emploi, sécurité régionale et impôt progressif »—et le tout mis en scène dans une belle chorégraphie, avec des accusations pré- et postélectorales  de tentatives par le président sortant de  réduire au silence les candidats-marionnettes. Au cours des élections présidentielles de 2003, il y a eu ainsi deux candidats-marionnettes qui ont permis à Kagame, en toute transparence, de remporter 95% des voix.

4) Ça, c’est tout simplement le coup de maître de Kagame : des citoyens peuvent former autant de partis politiques qu’ils veulent mais, attention !, « avant l’enregistrement et l’inscription au scrutin, un parti doit d’abord se réunir en congrès, et le Parti Démocratique des Verts a à ce jour essayé de se réunir par cinq fois, mais a buté à l’inertie bureaucratique et, le 30 octobre, à la violence » policière.

La violence policière dont il est question ici consiste à planter dans la salle du congrès des agents de police en tenue civile prétendant être des membres du parti. Au beau milieu des discours, ces agents provocateurs causent de fausses bagarres sauvages entre eux. Comme par miracle, des policiers en uniforme cette fois, descendent instantanément sur les lieux de la bagarre pour remettre de l’ordre, en profitent pour matraquer tout le monde, pour faire accroupir en grappes les participants, et pour interdire sans autre forme de procès la poursuite du congrès.

Cette technique d’accroupissement des gens en grappes est une technique d’humiliation que les troupes rwandaises ont pratiquée non seulement au Rwanda mais aussi en territoire congolais sous leur occupation, selon Gérard Prunier, dans son livre Africa’s World War :

« kusongamana [swahili] : du verbe ‘kusongana’, ‘presser ensemble’. Une forme de contrôle de la foule utilisant l’humiliation […] dans laquelle les gens sont forcés de s’accroupir serrés les uns contre les autres pendant qu’un officier les intimide verbalement ».

On peut positiver comme on veut, mais il est clair que devant tous ces barrages, on ne voit comment Victoire Ingabire pourrait tirer son épingle du jeu.

Qui plus est, il semble que le régime RPF soit fatigué de jouer l’absurde mascarade électorale occidentale. Surtout que ce coup-ci, les candidats de l’opposition qui émergent ne sont pas de ceux qu’on peut faire danser la farandole. Ces gens réclament leur droit à la parole et insistent qu’il y ait une forte présence d’observateurs internationaux lors des élections du mois d’août. La perspective de voir des observateurs internationaux dans les bureaux de vote des collines où vivent des paysans hutu terrorisés est particulièrement inquiétante pour le pouvoir RPF.

Puisque le jeu démocratique normal est pipé d’avance dans un pays où une minorité traumatisée tient les rênes du pouvoir par la force des armes, il faudra donc changer les règles du jeu, réinventer les méthodes, attaquer l’« universalisme occidental » et reprendre un discours aux accents de l’Authenticité de Mobutu. Le Rwanda n’est pas la RDC où la communauté internationale impose la farandole démocratique.

L’indication de ce changement dramatique des règles est le communiqué en forme de philippique contre Victoire Ingabire publié par Servilien M. Sebasoni le 26 novembre à Kigali. Servilien Sebasoni n’est pas n’importe qui : ami de Kagame, très longtemps dans le cercle dirigeant du RPF dont il est le porte-parole, littérateur brillant, ancien professeur d’université, auteur, styliste, redoutable pamphlétaire et, donc, forte tête.

Voici ce qu’il dit de Victoire Ingabire (qu’il appelle avec mépris « la présidente virtuelle du Rwanda »), de son « universalisme occidental », de son insistance pour des « standards internationaux » aux élections d’août et de la nouvelle donne dans le « Nouveau Rwanda » :

« Cette incapacité de penser par soi-même, de dire autre chose  au lieu de piller systématiquement les lieux communs et les poncifs des ONG et autres « experts » consacrés, ce psittacisme est inquiétant pour une génération obligée d´inventer un avenir,  au moment où l´universalisme occidental prend eau de toutes parts et commence à être contesté et mis en doute  aussi bien en Asie qu´en Afrique et même à domicile, en Europe et en Amérique au sortir d´échecs retentissants.  Il y a, en effet, un paquet de livres qui sortent pour dénoncer la prétention du modèle occidental à l´universalité. Lisez vous-mêmes. Jean Ziegler, ‘La Haine de l´Occident’ (2008), Amin Maalouf, ‘Le Dérèglement du Monde’ (2009), Immanuel Wallerstein, 'L´Universalisme européen : De la Colonisation au Droit d´Ingérence’  (2008), Georges Corm, ‘L´Europe et le Mythe de l´Occident’ (2009). Et bien d´autres.  Vous verrez que les fameux ‘standards internationaux’ dont on nous rebat les oreilles ne sont que des standards occidentaux. Il sera bientôt permis d´être un homme honnête sans être un homme occidental.   

Toutefois, surfer sur les insuffisances du Rwanda nouveau et accompagner ses détracteurs pourrait être une stratégie choisie à bon escient. Il resterait néanmoins qu´un projet politique qui négligerait la créativité personnelle de la nation ne serait pas promise à durer, même s´il est vrai que les pays pauvres ont encore à satisfaire deux ‘électorats’, les donneurs d´aide et le peuple. Une telle anomalie ne saurait être que transitoire et ne pourrait servir de pacte durable entre l´homme politique et le citoyen ».

A la lecture de ce passage, à part l’admiration pour la beauté du style et les profondeurs abyssales de la réflexion déployée pour un simple pamphlet, j’ai tout de suite pensé à Mobutu et à ses grands théoriciens de l’Authenticité. Et ceux qui, comme moi, ont vécu sous le régime de Mobutu lors de sa lubie afrocentriste n’en disconviendront pas. Il y avait une rumeur persistante de la Radio-Trottoir selon laquelle c’était Barthélémy Bisengimana Rwema, citoyen rwandais et directeur du bureau du président, qui avait mis l’Authenticité dans la tête de Mobutu. La même rumeur prétend aussi que Bisengimana avait piraté ces idées de l’œuvre monumentale  de l’intellectuel rwandais, l’Abbé ALEXIS Kagame. Cela peut être rumeur ou spéculation, mais je vois une généalogie directe ici entre les idées de Mobutu et celles de Servilien Sebasoni… En tout cas, je tends à créditer la version de notre Radio-Trottoir car Mobutu n’avait guère le gabarit intellectuel pour opérer en deux temps trois mouvements la déconstruction de l’Occident et de produire de lui-même des concepts de haut vol telle l’aliénation culturelle comme vient de le faire Servilien Sebasoni.   

Par-delà cette observation, c’est le rejet pur et simple de l’« universalisme occidental » et des « standards internationaux » comme une abjecte « IMITATION » (en majuscules dans le texte) qui est inquiétant. Ces gens ont déjà foulé aux pieds à plusieurs reprises des lois et des conventions internationales dans leur agression de la RDC. Qu’est-ce qui les empêcherait de s’inviter un jour à Kinshasa avec des politiciens congolais en chicane démocratique perpétuelle et de leur dire : « Voici, Messieurs-Dames, les nouvelles normes diplomatiques authentiquement africaines des Grands Lacs ! »

On ne sait comment les donateurs, qui doivent combler le déficit budgétaire électoral rwandais, vont réagir à ces nouvelles normes « authentiques » du scrutin du mois d’août. Le coût de l’organisation des élections est estimé à 7,7 millions de dollars, le Rwanda déboursant un peu plus de la moitié de cette somme et la communauté internationale occidentale vilipendée (la Grande-Bretagne, l’Union Européenne et la Hollande) s’assurant du reste.

Mais dans l’histoire récente du Rwanda, ce pays n’a jamais cédé aux pressions de la communauté internationale. De toute façon, août est juste au tournant, on verra voir…

Au fait, le gouvernement RPF pourrait tout aussi bien inviter les observateurs internationaux et ils n’y verront que du feu, tant la « peur » dont parle Victoire Ingabire est une véritable terreur du Dieu des armées dans les collines et on pourrait tout aussi bien envisager un scénario dans lequel ces paysans hutu voteraient Kagame en masse pour s’épargner des vengeances. C’est d’ailleurs ce que laisse entrevoir Servilien Sebasoni dans ce passage qui décrit comment les observateurs internationaux que réclame à cor et à cris Victoire Ingabire pourraient être simplement tournés en dindons de la farce :

« Le diable est dans le détail, dit-on; il est ici dans ce "réellement" que la candidate exige de gens qui, faute de connaître la langue et la culture du Rwanda, sont bien obligés d´assister pieusement à un culte qui leur échappe. Même s´ils n´observent que la partie du culte qui ne se déroule pas loin des routes asphaltées. L´ironie a voulu  qu´on les appelle "indorerezi" ou ‘badauds qui regardent sans  comprendre’ ».

Ce ne sont certainement pas des propos en l’air. Le régime rwandais a une maîtrise totale de son récit ainsi que du récit de toute la région des Grands Lacs. Un petit exemple : les troupes rwandaises occupaient la RDC pendant que la presse internationale parlait de guerre civile opposant des rebelles congolais au régime de Kinshasa.

La philippique en tous points magistrale de Servilien Sebasoni pèche par son caractère général d’attaque ad hominem et un relent tant soit peu sexiste que je décèle dans ce passage : « Victoire Ingabire Umuhoza […] cumule les jolis noms (Victoire, Don et Consolation) »

Si l’on se permet de traiter avec un tel mépris  une femme hutue de la valeur de Victoire Ingabire qui aspire à la magistrature suprême de son pays, que ne ferait-on aux va-nu-pieds qui parasitent nos collines du Nord-Kivu ?

J’ai un conseil pour Maman Victoire, Maman Don, Maman Consolation Ingabire :

Faites vos valises, prenez le premier vol de Kenya Airways à destination de Kinshasa (s’il n’y a pas de vol direct, allez prendre votre avion à Nairobi), on a besoin de femmes de tête comme vous en RDC. Changez de nationalité, c’est facile, vous verrez. Car vous n’avez aucune place dans le Nouveau Rwanda que dessine ce discours de Servilien Sebasoni. On a connu le même discours chez nous : c’était l’Authenticité. Comme au Zaïre dans le temps, il y a une escroquerie sémiotique à grande échelle qui s’opère dans votre ancien pays. Allez à Kin pour y devenir un autre genre d’Obama des Grands-Lacs ! Vous n’y ferez pas de politique, mais ce sera au moins un grand prix de Consolation pour votre retour raté au pays natal…   

MISE A JOUR: Victoire Ingabire, Antigone rwandaise (Boma Omena Henri)

Il y avait une extraordinaire émission télévisée à Kinshasa appelée « Profondeurs ». Je ne sais si cette émission passe encore. Comme le titre de son émission l’indique, JEAN-PIERRE KIBAMBI SHINTWA un grand de la presse congolaise dont le nom m’échappe invitait sur son plateau (c’était lui aussi le proprio de la chaîne TROPICANA TV, si je ne m’abuse ; je me rappelle aussi qu’il était l’un des candidats malheureux aux élections présidentielles de 2006) des gens qui tiraient leurs réflexions des fonds abyssaux de la pensée.

Boma Omena Henri serait en bonne compagnie parmi ces invités de l’émission « Profondeurs ». Il prétend, dans son premier commentaire à ce billet, que Victoire Ingabire serait une Antigone Rwandaise. De quelles profondeurs ce jeune cerveau est-il allé pêcher Sophocle pour le superposer sur cette tragédie des Grands Lacs ? Relisez vos Sophocle, Jean Cocteau ou Jean Anouilh et méditez aussi… dans les profondeurs… Mais avant ces profondeurs, que quelqu’un me rafraichisse donc la mémoire : quel est encore le nom de ce grand journaliste-politicien des « Profondeurs » ? (Info: Boma Omena Henri).

antigone_1953

ANTIGONE, production de la saison 1953

Etudiante non-identifiée d’art dramatique

Production de Harkte Theater

Ecole d’art dramatique de la Catholic University of America

Washington, DC

(Crédits)

Posté par Alex Engwete à 09:13 - Commentaires [33] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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