18 juin 2009
Physiologie d’une voyoucratie : la disparition de John Lumbala Tshidika
Dans l’interview accordée à Jeffrey Gettleman et publiée dans le New York Times du 3 avril 2009, le président Joseph Kabila a déclaré : « Mobutu a dirigé ce pays pendant plus de 37 ans. Il a créé une classe politique et il a créé une mentalité que nous n’avons pas encore éliminées. Les anciennes habitudes sont mauvaises— corruption, désordre, mauvaise gouvernance et toutes ces choses. Notre plus grande erreur, c’était de n’avoir pas eu le temps de former nos propres cadres. On n’a pas besoin d’un millier de personnes pour transformer un pays. Non, on a besoin de 3, 4, 10, 15 personnes avec des convictions nécessaires, déterminés et résolus. Est-ce j’ai ces 15 personnes ? Probablement 5, 6, 7, mais pas encore 15 ».
Voilà pourtant le sort que le
gouvernement de Kabila réserve aux incorruptibles opérant en son sein : dans
la photo ci-dessus, prise par « un inconnu lors d’une séance d’interrogatoire
à l’ANR [Agence Nationale de Renseignements] », on reconnaît JOHN LUMBALA TSHIDIKA, cadre congolais
qui a osé remettre en cause le contrat léonin avec la firme « américaine » fictive CTC.
Voici l’enquête de MADELEINE WASSEMBINYA, publiée
le 17 juin 2009 par l’hebdomadaire Congo Indépendant, qui donne une idée de la
physiologie de la voyoucratie en place à Kinshasa :
L’OFIDA SOUS
LA COUPE D’UNE MAFFIA EURO-CONGOLO-LIBANAISE
Par MADELEINE WASSEMBINYA
Arrêté le 11 décembre 2008 à son domicile à Kinshasa par des agents de l’ANR agissant sur ordre de Kalev Mutond, administrateur directeur principal de la DSI (Direction de la Sécurité intérieure), John Lumbala Tshidika, ancien directeur des Ressources humaines à la Banque Congolaise, n’a pas été revu par ses proches. «Il a été relâché», dit-on à l’ANR. Qu’est-il devenu ? Depuis sept mois, des agents de cette Agence ne cessent de harceler son épouse et ses trois petites filles. L’aînée a à peine sept ans. Congoindependant.com est en mesure de démontrer que ce jeune cadre congolais est victime d’une maffia euro-congolo-libanaise. Enjeu : le contrat Ofida-CTC. Lumbala en sait trop. Il est ainsi devenu un homme à abattre. Le plus inquiétant dans cette affaire est l’implication quasi évidente de la Présidence de la République, de quelques membres du gouvernement et de la Banque centrale du Congo. Sans oublier le véritable «cerveau» : un banquier franco-libanais.
Enquête
Vendredi 12 juin, le Sénat congolais a auditionné notamment l’administrateur
délégué général (Adg) de l’Office de douanes et accises (OFIDA), Déo Rugwiza
Magera. D’aucuns espéraient entendre les sénateurs interroger Rugwiza sur le
très controversé contrat d’assistance qui lie l’Office qu’il dirige, depuis
quatre ans, à la firme américaine ou britannique (?) C.T.C (Customs & taxes
consultancy). Le débat n’a porté que sur la question relative à l’exonération
de frais de douanes sur le ciment gris importé. Le dossier «Ofida-CTC» appelle
pourtant l’attention du Parlement. Et pour cause ? Un citoyen congolais se trouve
en danger de mort. Son «crime» se résume au fait qu’il a assisté à la
conception ainsi qu’à la mise en œuvre de ce «partenariat» conclu dans
l’opacité la plus totale. En fait, il s’agit d’un contrat léonin au détriment
de l’Etat congolais mais qui profite à quelques «puissants du moment». L’homme
dont l’intégrité physique est menacée s’appelle : John Lumbala Tshidika.
Celui-ci assumait les fonctions de directeur des Ressources humaines à la
Banque Congolaise au moment des faits. Correspondante particulière de C.I.C à
Kinshasa, Madeleine Wassembinya a, durant plusieurs mois, mené une enquête
fouillée auprès des amis et connaissances de Lumbala. Objectif : cerner la
personnalité de ce jeune cadre d’une part et de l’autre, tenter de comprendre
les motivations qui poussent l’ANR […] à s’acharner sur cet homme. Conclusion :
cette affaire met à nu l’absence d’éthique au niveau le plus élevé du pouvoir
d’Etat en RD Congo. Congoindependant met au défi quiconque de démontrer le
contraire.
De la Vodacom à la Banque Congolaise
«C’est un idéaliste». C’est ainsi que
répondent en chœur les personnes contactées pour décrire la «fiche
psychologique» de Lumbala Tshidika. «Je
verrai bien ‘John’ jouer comme acteur dans le film «Les incorruptibles»,
dit en souriant un de ses amis. Titulaire d’un diplôme en Psychologie et en
Management, ancien cadre dans la société de téléphonie cellulaire «Vodacom» à
Kinshasa, John Lumbala Tshidika, 39 ans, est embauché le 1er février 2008 à la
Banque Congolaise (BC) que dirige d’une main de fer le Franco-Libanais Roger
Alfred Yaghi dont le titre officiel est «PCA» (président du conseil
d’administration).
«Yaghi
est un homme très puissant. Il vaut mieux ne pas se frotter à lui. Grâce à des ‘cadeaux’
qu’il a distribués ici et là, le banquier s’est fait des ‘amis’ ou plutôt des
obligés à la Présidence de la République, au gouvernement, au Parlement et au
sein de l’appareil judiciaire», relate une source qui a requis l’anonymat. «L’actuel gouverneur de la Banque centrale du Congo est un des
protecteurs de Yaghi. Jaynet Kabila serait aussi au nombre de meilleurs amis du
banquier».
Roger Alfred Yaghi serait arrivé au Zaïre
dans les années 80. Il gérait un petit garage de véhicules utilitaires de
marque «MAN» avant de se lancer dans la «déclaration en douane». Après une
courte expérience dans le transport fluvial, il se découvre la vocation de
négociant en diamants. Et la banque. L’épouse Yaghi, née Florentine Kalubi
Tshimanga, est le consul de la RD Congo au Liban. Elle a été nommée à cette
fonction par Joseph Kabila.
Dès son entrée en fonction à la BC, Lumbala se voit confier le poste de
directeur des Ressources humaines. En peu de temps, la personnalité de «John»
attire l’attention de Yaghi qui lui confie une «mission discrète». De quoi
s’agit-il ? Il s’agit de faire visiter les installations des ports de Matadi et
de Boma à deux «expatriés». Les deux hommes, décrits comme étant des
«retraités», ont pour signe particulier d’avoir œuvré dans le secteur douanier
durant de nombreuses années. L’un se prénomme tout simplement «Chris». Il
s’agit apparemment de Christopher Outhwaite. Il réside en Espagne. L’autre se
nomme John Bidway, un vieux copain au premier.
«Mission discrète à Matadi et Boma»
«La mission au Bas-Congo devait rester
discrète pour la simple raison qu’aucun officiel congolais n’était encore ‘mis
dans le coup’ dans le projet en gestation dans la tête de Yaghi», raconte
une source.
John, Chris et John Bidway quittent donc
la capitale à bord d’un aéronef de la compagnie «Air Tropiques». L’arrivée au
chef-lieu de la province du Bas-Congo se déroule sans heurts. Un certain Ahmed,
de nationalité libanaise, agent à la société de gardiennage «Delta Protection»
- appartenant à Yaghi – attendait au pied de l’avion. Destination : Port de
Matadi. L’autorisation de visiter les installations est refusée. «Ahmed» glisse
quelques dollars au préposé, le sésame s’ouvre aussitôt assorti d’une
restriction : le quatuor peut visiter les lieux sans descendre du véhicule. Des
photos de quelques endroits désignés par Chris sont capturées via le téléphone
portable de John.
Au Port de Boma, le groupe fait face à un
refus catégorique. Qui a dit qu’il n’y a pas d’incorruptibles en RD Congo ?
Quelques photos seront prises néanmoins à partir du bâtiment de la succursale
locale de la Banque Congolaise située à un jet de pierres du port. Le trio
John, Chris et John Bidway regagne Kinshasa.
C’est à l’issue de ce voyage, dit-on, que le PCA de la Banque Congolaise,
aurait conçu l’idée de créer la firme de consultance dénommée «CTC» à marier
avec l’Ofida. Pour garantir le succès de cette opération, le PCA a pris langue
avec le cabinet présidentiel. Son interlocuteur n’était autre que le directeur
de cabinet d’alors, Raymond Tshibanda Tunga Mulongo. John Lumbala a participé à
la mise sur pied des structures en ce qui concerne la législation du travail.
Soixante-trois expatriés atterrissent aussitôt à Kinshasa. Tous, des retraités.
Ils portent la nationalité britannique mais vivent hors du Royaume-Uni. Le
contrat de consultance Ofida-CTC est fin prêt. Le «dircab» [Directeur de
Cabinet] du chef de l’Etat va peser de tout son poids pour amener le
gouvernement du Premier ministre Antoine Gizenga à contresigner cette
convention. Un petit couac : Gizenga résiste avant de céder. «Yandi Ve »
[Monsieur Non, surnom de Gizenga, ndlr] aurait-il reçu une instruction
pressante de la part de la «haute hiérarchie» ?
Un contrat léonin
La date de la signature du contrat est officiellement le 5 juin 2008. Une
conférence de presse sera organisée le samedi 30 août dernier à l’Hôtel
Memling. Surprise. Trois ministres sont présents. A savoir : Athanase Matenda
des Finances, Adolphe Muzito du Budget et Jeannine Mabunda Lioko du
Portefeuille. Le premier et le dernier sont réputés très proches du député
Augustin Katumba Mwanke, le «bras droit
financier» de Kabila. C’est tard dans la nuit qu’un agent de la BC ira chez
Matenda récupérer un exemplaire de la convention contresignée par ces trois
«excellences». Il s’agit d’une dame dont nous taisons le nom.
La présence de ces trois membres du
gouvernement a mis la puce à l’oreille de plus d’un analyste congolais.
Et pour cause ?
Entreprise publique créée en 1987, l’Ofida
jouit de la personnalité juridique. A ce titre, elle est en droit de conclure
de manière autonome des contrats de partenariat avec des tiers sans l’immixtion
des pouvoirs publics. Plus grave, le contrat Ofida-CTC n’a été précédé par
aucun appel d’offres. L’avis de l’Ofida sur la viabilité de ce «mariage» n’a
même pas été sollicité.
Que dit dans les grandes lignes ce contrat de consultance ? Dans le préambule,
on peut lire : «Contrat d’assistance
technique entre les soussignés, d’une part : la République Démocratique du
Congo, valablement représenté aux fins des présentes par leurs Excellences
Athanase Matenda Kyelu, Adolphe Muzito et Jeannine Mabunda Lioko,
respectivement ministre des Finances, du Budget et du Portefeuille, ci-après
dénommé “ l’Etat ”, et, d’autre part : la société Customs and Tax Consultancy
llc, en sigle C.T.C., société de droit des Etats Unis d’Amérique, dont le siège
social est situé au Corporation Trust Center, 1209 Orange Street, Wilmington,
Delaware 19801, Etats Unis d’Amérique, représentée par Monsieur Christopher
Outhwaite, son directeur Général, ci-après dénommée: “ le Consultant ”».
Quelles sont les obligations des parties ?
Les obligations du Consultant
«Le Consultant s’engage à : mettre en
place une équipe d’experts internationaux chevronnés ayant une longue
expérience dans le domaine de la reforme et la modernisation des
administrations douanières, afin de réaliser le projet proposé dans son Offre
de Service. Le nombre de ces experts est provisoirement calculé à 63 unités
(…). Il pourra être augmenté ou diminué selon les besoins du Projet, et à
n’importe quel moment. (…) ; obtenir une augmentation immédiate et durable des
recettes douanières dans le cadre des activités de l’OFIDA. A cet effet, elle :
1°) apportera un soutien direct, par le canal de ses experts, aux opérations de
l’OFIDA sur le terrain ; 2°) examinera attentivement les marchandises exportées
et importées ; 3°) effectuera un audit post dédouanement ; et 4°) luttera
efficacement contre la fraude douanière au moyen de l’enquête et du
renseignement ; faire de l’OFIDA une administration des douanes moderne,
efficace et conforme aux standards les plus élevés en vigueur sur le plan
international, tels que définis par l’Organisation mondiale des douanes (OMD) ».
L’Etat congolais, lui, s’engage dès la
signature du contrat «à payer au
Consultant (…), un montant forfaitaire de Sept Millions Cinq Cents Mille
(7.500.000 ) Dollars américains. Ce montant est destiné à couvrir les frais de
mobilisation, d’installation et de mise en chantier du projet ».
Selon une source, ce montant aurait été
versé par la Banque Congolaise. Un détail : la firme CTC qui promet de mettre
en place une équipe d’«experts internationaux chevronnés» n’existe que depuis
le 25 janvier 2008. Qui se moque de qui?
Les obligations de l’Etat congolais
Outre la somme de 7.500.000 USD à verser dès la signature du contrat, il y a
mieux. En fait, les douanes congolaises sont désormais cogérées par le duo
CTC-OFIDA.
«
Par la signature du présent contrat, l’Etat reconnaît au Consultant et à son
personnel l’autorité nécessaire et le pouvoir : de gérer l’Ofida conjointement
avec les autorités désignées par l’Etat, d’intervenir directement et à tout
moment là où il existe une menace de fraude douanière et de faire détenir les
personnes ou les marchandises dans les cas flagrants de fraude ; d’accéder à,
d’examiner, de contrôler et de vérifier, selon le cas : les installations, le
personnel et les documents et archives de L’OFIDA, de l’OCC, de l’OGEFREM et de
l’ONATRA ; les installations, le personnel et les documents et archives des
services étatiques et des administrations publiques autorisés à opérer et
travailler aux postes frontaliers ; les installations, le personnel et les
documents et archives des agences en douane opérant en RDC ; (…) ; de pénétrer
et de contrôler les établissements commerciaux et industriels, entrepôts et autres,
de vérifier et d’examiner les comptes et autres documents découverts, de
contrôler physiquement la propriété et; les biens et de les enlever si les
preuves existent de fraude fiscale ou si toute autre activité frauduleuse est
suspectée ».
Le Consultant et ses sous-traitants sont
exonérés des taxes et impôts. Bien mieux : «
L’Etat s’engage à mettre en place des procédures simplifiées et automatiques
qui permettront de payer mensuellement ce qui est dû au Consultant d’une
manière prompte et diligente. Un “Ordre de Paiement Permanent” sera logé à cet
effet â`la Banque Centrale du Congo ».
« Le Consultant sera autorisé à transférer
en dehors de la RDC tous montants provenant des rémunérations et honoraires qui
lui seront payés par l’Etat. Dans ce cadre il est dispensé de toute autorisation
d’une quelconque nature qu’elle soit, particulièrement celle relative à la
réglementation du contrôle de change ».
Selon des experts joints à Kinshasa, les salaires
du personnel de l’OFIDA se situent dans une fourchette de 100 à 1000 USD.
Exonérée de toutes taxes et impôts, la rétribution mensuelle de chacun des 63
expatriés de CTC oscille, elle, entre 10.000 et 12.000 USD. Cette situation est
vécue comme un véritable scandale au sein de l’Office.
Tous ces faits sont réputés couverts par une «clause de confidentialité» contenue dans le contrat. Cette
disposition impose aux parties de «ne pas
divulguer des informations confidentielles concernant l’entreprise, les
affaires, les clients ou les fournisseurs de l’autre Partie, pendant toute la
durée du Contrat et pour une période de cinq ans après l’expiration du Contrat ».
Lumbala a des « états d’âme »
Après la conclusion du contrat, le staff dirigeant du CTC s’est installé un
moment au deuxième étage de la Banque Congolaise avant d’emménager à l’immeuble
«Batipont». Devinez le nom du propriétaire : Roger Alfred Yaghi. Au fil du
temps, le directeur John Lumbala ne sait plus se contenir. Il devient de plus
en plus critique. Mal lui en a pris de faire quelques «confidences» à des
collègues. Il dit à ceux-ci son étonnement face à l’absence d’un représentant
de l’Etat congolais à l’Assemblée générale de la BC alors que, sur papier, la
RD Congo possèderait 10% des parts de cet établissement. Il s’étonne également
du silence qu’oppose par le gouverneur de la Banque centrale du Congo sur les
rapports établis par des experts de la BCC fustigeant la «mauvaise gestion et la falsification des chiffres » à la BC.
John devient de plus en plus acerbe.
«
Je me rends compte que le PCA Yaghi et moi ne partageons pas les mêmes
principes de gestion, les mêmes valeurs et la même éthique en matière de
gestion », confie-t-il à
des collègues lors de la pause. Les nouvelles vont vite. A un autre groupe, il
déclare sans fioritures : «Le mode de
gestion en vigueur à la BC ne répond pas a l’éthique bancaire encore moins a la
bonne gouvernance ». C’est la goutte d’eau. Des «mouchards» préviennent
Yaghi. Celui-ci panique. Pour cause, «John» connaît pas mal de choses. Comment
faire pour l’empêcher d’éventrer un jour le boa comme disent les Kinois ? Le 11
novembre [2008], John est empêché d’accéder à son bureau.
L’ANR entre dans la danse
Dans la nuit du 12 novembre, la résidence de Lumbala, située dans la commune de
Barumbu, est attaquée sans succès par des hommes armés non autrement
identifiés. Coïncidence ?
Sur ces entrefaites, Lumbala quitte la BC.
Il est embauché à Access Bank. Le 8 décembre [2008], il prévient ses proches : «J’ai reçu aujourd’hui des menaces de la
part de Roger Yaghi. Le message m’a été transmis par une ancienne collègue
Dorcas N’sele vers 11h ».
Le
jeudi 11 décembre 2008 vers 6h30, plusieurs agents de l’ANR, sans mandat, se
présentent au domicile de John. C’est l’arrestation. Menotté, l’homme est
acheminé au cachot de l’ANR situé en face de la Primature.
Qui a ordonné cette arrestation ? De quoi est accusé John Lumbala ? Dans un
communiqué daté 15 décembre 2008, l’association de défense des droits de
l’homme «Asadho» donne un début de réponse. «A
son arrivée à l’ANR, Monsieur John Lumbala a été interrogé brièvement sur son
cursus professionnel et sur les informations qu’il détiendrait sur la Banque
Congolaise ainsi que sur le contrat d’assistance à l’Ofida (CTC)», indique
le communiqué.
Et d’ajouter : «Eu égard à ce qui
précède, l’Asadho condamne le fait que l’ANR continue à arrêter et détenir des
citoyens pour des faits qui ne relèvent pas de sa compétence ».
L’organisation «recommande», au
passage, au président de la République, «de
faire libérer sans conditions Monsieur John Lumbala ou le faire transférer
auprès d’un magistrat compétent ».
Dans les milieux des activistes des droits humains, il est clair que l’ancien
directeur des Ressources humaines de la BC a été interrogé sur des informations
qu’il détiendrait notamment sur le contrat d’assistance technique OFIDA-CTC. Y
avait-il quelque chose à dissimuler ?
Selon une source proche des «services» [de
renseignements], Lumbala a été auditionné par l’administrateur principal en
charge de la Sécurité intérieure, le très redouté Kalev Mutond. En personne.
Agissait-il proprio motu ou sur ordre de la «haute hiérarchie» ? Dans la
capitale congolaise, il se dit, à tort ou à raison, que cet officier de
renseignements ne reçoit ses ordres que du seul «raïs». Selon cette dernière
source, Lumbala Tshidika aurait passé moins d’une semaine à l’ANR. «Un jour, raconte-t-elle, le prévenu s’est
plaint de douleurs à l’estomac. Il a été amené par des collègues au centre
médical de l’ANR à Bandal. Lumbala n’est jamais revenu au cachot ».
Qu’est-il devenu ?
Mardi 16 juin [2009] dans la soirée, la rédaction de Congoindependant a joint
au téléphone à Kinshasa l’administrateur délégué général de l’OFIDA, Déo
Rugwiza Magera. Question : Que répondez-vous à ceux qui disent que derrière le
CTC se cache l’ombre du PCA de la Banque Congolaise et des certains hauts
responsables du pays ? Réponse : «C’est
vous qui me l’apprenez !»
Reste qu’au siège de l’OFIDA à Kin, le
«petit personnel» est beaucoup [plus] loquace. Il considère le partenariat
OFIDA-CTC comme étant «la plus grande
magouille d’Etat ».
Quel est l’intérêt national que veulent sauvegarder ceux là qui ont engagé le
pari de faire taire John Lumbala Tshidika ?
25 mai 2009
RDC: Dominique Strauss-Kahn à Kinshasa
Communiqué de presse n° 09/186
le 25 mai 2009
M. Dominique Strauss-Kahn, Directeur
Général du FMI, a fait la déclaration suivante aujourd’hui à Kinshasa, à
l’issue de sa visite en République Démocratique du Congo :
« J’achève ma première visite en
République démocratique du Congo en qualité de directeur général du FMI et je
tiens à remercier le Président Kabila, le Premier ministre Muzito, le Ministre
des finances Matenda, le Ministre du budget Lokola, le Gouverneur Masangu et
les personnalités officielles que j'ai eu le plaisir de rencontrer. J’ai aussi
rencontré les membres de la Commission Économique et Financière de l’Assemblé
Nationale et du Sénat. Je me suis également rendu au Centre de santé Avenir
Meilleur pour les Orphelins du Congo (AMOCongo), où j'ai été impressionné par
les efforts que déploie son personnel avec dévouement pour venir en aide aux
enfants et aux mères vivant avec le virus du VIH. J’ai eu aussi des échanges
très enrichissants avec les syndicats et les organisations de la société civile
ainsi qu’avec les étudiants et les membres du corps professoral des universités
publiques et privées de Kinshasa.
Lors de l’audience que m’a accordée le
Président Kabila, j’ai salué les progrès remarquables pour un pays post-conflit,
réalisés par la RDC vers ses objectifs de développement à long terme. Nous
avons eu un entretien productif sur les perspectives économiques de la RDC et
sur les défis à relever, particulièrement dans cette période où le pays fait
face aux difficultés entrainées par la crise financière mondiale. La RDC est
l’un des pays les plus touchés d’Afrique. Les prix du cuivre, cobalt et diamant
se sont effondrés. Une chute des termes de l’échange de 20% est attendue cette
année. Par conséquent, la croissance économique pour 2009 est estimée à 2,7%,
bien en dessous des niveaux d’avant-crise.
Nous avons convenu du fait que l’aide
extérieure sera cruciale pour que la RDC puisse tempérer l’impact de ces chocs
et protéger les plus pauvres. A cet égard, le FMI a approuvé au mois de mars un
déboursement de 195 millions de dollars U.S. envers la RDC sous la Facilité de
protection contre les Chocs Exogènes (FCE). J’ai salué le programme du
président Kabila visant à répondre aux besoins cruciaux en matière sociale et
d’infrastructures. Toutefois, de telles dépenses doivent être cohérentes avec
les contraintes de soutenabilité de la dette.
Les services du FMI sont sur le point de
conclure les négociations sur un nouveau programme appuyé par la Facilité pour
la Réduction de la Pauvreté et la Croissance, suspendu toutefois à
l’établissement d’une solution cohérente avec la soutenabilité de la dette dans
le dossier de l’accord de coopération sino-congolais sur les mines et grands
projets d’infrastructures. Le FMI soutient les efforts de la RDC pour accéder à
la réduction de dette dont elle a tant besoin et aux investissements dans les
infrastructures et le secteur minier. Nous sommes prêts à utiliser nos bons
offices auprès des partenaires au développement de la RDC à cette fin. L’examen
d’un nouveau programme par le Conseil d’administration du FMI passe en effet
par une solution satisfaisante apportée à l’accord sino-congolais et par
l’accord de financement du Club de Paris.
Il est crucial de garder un équilibre
entre les dépenses financées sur ressources intérieures et les ressources
domestiques, de manière à éviter une expansion monétaire pouvant entrainer une
accélération de l’inflation et mettre le taux de change sous pression. En même
temps, la banque centrale devra surveiller l’offre monétaire et compenser les
excès de liquidité générés par ces ressources. Pendant ce temps, le
gouvernement devrait utiliser l’espace fiscal disponible pour une meilleure
allocation des dépenses vers les secteurs sociaux la mise en place de réformes
structurelles visant à rendre l’économie plus compétitive et mieux intégrée
dans l’économie mondiale.
Le FMI est prêt à poursuivre son appui aux efforts que déploie la RDC pour faire reculer la pauvreté, combattre la corruption et maintenir le cap d’un développement économique durable. »
PHOTO: WORLD ECONOMIC FORUM
07 mai 2009
USA: Coupe sèche de l’aide à l’Afrique et Projet de loi du Sénateur Sam Brownback contre le coltan sanglant en RDC
GAO-08-562T The Democratic Republic of the Congo: Major Challenges Impede Efforts to Achieve U.S. Policy Objectives; Systematic Assessment of Progress Is Needed
Les pays africains croyaient que l’élection
de Barack Obama allait signifier une augmentation substantielle de l’aide américaine
au développement. Le candidat Obama avait certes promis un accroissement significatif
de l’aide aux nations défavorisées, projetant qu’elle allait atteindre le seuil
des 50 milliards USD à la fin de son premier mandat.
Selon les analystes, l’aide américaine aux
pays sous-développés est traditionnellement insignifiante, ne représentant que
0.16% du Revenu National Brut (RNB). Un petit pays comme la Norvège, en
comparaison, consacre 0.95% de son RNB à l’aide au développement. Les
Américains sont ce qu’ils sont naturellement : sourds aux demandeurs de
charité et méfiants des grandes initiatives gouvernementales financées avec l’argent
du contribuable. C’est d’ailleurs le seul pays industrialisé sans couverture
médicale pour des millions de ses citoyens et sans aucune conception de la
solidarité nationale qui est tout de suite brandie avec terreur et mépris
emmêlés comme un dangereux basculement dans le « socialisme » —caractéristique que les républicains ont
désormais collée à Obama.
La crise financière qui vient de frapper
les USA, doublée d’un trou budgétaire de près de 2 mille milliards USD, vient
ainsi de donner un prétexte tout trouvé au Congrès américain dominé par les
démocrates pour procéder à une coupe sèche de 6,6 milliards USD à l’aide aux
nations défavorisées. Comme si cette somme « dérisoire »
allait apaiser les cris d’orfraie que poussent les républicains devant le
montant colossal du plan de relance économique d’Obama.
Et l’Afrique est la première à subir les
conséquences de cette réduction dramatique de l’aide américaine. Si les économistes
croyaient il y a quelques mois seulement que la crise économique épargnerait l’Afrique
du fait qu’elle est « l’une des
régions la moins intégrée dans l’économie mondiale », ils viennent de
se rendre compte qu’ils s’étaient fourvoyés : « les prévisions de croissance pour 2009 ont été réduites de
moitié (à 3.5%) avec une bien plus sombre prédiction de performance pour 2010 ».
Et pour cause… Les pays africains dépendent des ressources naturelles et des
taxes que les industries d’extraction, qui fuient aujourd’hui le continent en
masse, versent dans leurs caisses.
Mais il faut aussi dire que cette aide que
l’Amérique accorde aux pays pauvres au compte-goutte est déboursée chaotiquement,
puisqu’elle est régie par plus de 20 agences fédérales, dont en partie par le
Pentagone ! J’ai des amis qui travaillent pour USAID qui sont désespérés
par des gouttes d’eau que déverse leur agence dans l’océan des problèmes de développement
dans le monde. Certains parmi eux qui croyaient que leur agence, terriblement
fragilisée et presque anéantie sous Bush, allait être repensée et renforcée
sous Obama, ont déjà jeté l’éponge. Contrairement à la France par exemple qui
un ministère de coopération, aux USA, USAID n’est qu’un annexe du Département d’Etat…
Et quelle est la part de l’aide américaine
impartie à la RDC dans tout ça ?
On note d’abord que la RDC est totalement
absente des grandes initiatives africaines des USA de ces dernières années,
comme celle dans la lutte contre le VIH/SIDA ; de la lutte contre la
malaria ; ou de la Millennium
Global Corporation (MCC), une agence lancée en 2004 par le Président
George Bush pour l’éradication de la pauvreté et dont les allocations viennent
d’être drastiquement réduites dans le budget d’Obama.
Il est vrai que la RDC doit à Bush l’allocation
de plus 100 millions USD pour le service de la dette et au Sénateur Obama la
législation de 2006 sur l’aide bilatérale, renouvelable chaque année après
évaluation, qui garantit au pays« au
moins 52 millions USD » d’allocation annuelle. Mais la
législation d’Obama contient de telles
conditions draconiennes imposées au gouvernement congolais qu’on peut prédire
sans grand risque de se tromper qu’elle pourrait aboutira à une annulation pure
et simple de l’aide américaine au titre de cette loi. Or la dernière évaluation
de cette législation par le Government
Accountability Office (GAO), l’agence fédérale d’audit et d’investigation,
présentée au Congrès le 6 mars 2008, a été particulièrement défavorable à la
RDC.
Cet audit révèle qu’au cours des années
fiscales 2006 et 2007, sept agences américaines ont respectivement déboursé 217,9
millions USD et 181,5 millions USD au profit de la RDC (notez la réduction de
36,4 millions USD)— dont une grande partie a été consacrée à l’aide humanitaire.
Le rapport conclut aussi qu’il faut une réévaluation de cette aide bilatérale par
les sept agences concernées parce que la RDC fait l’impasse sur les objectifs
de la législation d’Obama pour ces quatre raisons : « (1) environnement sécuritaire
instable, (2) faible gouvernance et corruption généralisée, (3) mauvaise
gestion, et (4) manque d’infrastructure ».
Et l’impunité endémique de la RDC envers
des criminels de guerre de la trempe de Jean-Bosco Ntaganda risque de motiver
le gouvernement américain de ne point renouveler l’aide au développement pour
la RDC. En effet, l’une des conditions de cette loi exige du « Gouvernement de la République
Démocratique du Congo de reconnaître et d’agir sur ses responsabilités de
remettre immédiatement la discipline dans ses forces de sécurité, de tenir pour
responsables les individus coupables d’atrocités et d’autres violations des
droits de l’homme ». Cette histoire de Ntaganda qui fait scandale dans
l’opinion internationale tombe donc au moment même où les démocrates cherchent
à montrer aux républicains qu’ils peuvent sévir contre la gabegie.
A cette pression de la législation d’Obama
sur la RDC s’ajoute celle du Projet de loi que vient d’introduire le 23 avril
dernier le Sénateur républicain Sam Brownback appelé « Congo Conflict Minerals Act of 2009 » (Acte sur les Minerais
du Conflit du Congo), une loi axée sur l’information obligatoire, qui forcera
les compagnies et les opérateurs économiques individuels opérant sur le
territoire américain d’informer annuellement la Securities and Exchange Commission (SEC), l’agence fédérale de réglementation
et de contrôle des marchés financiers, de leurs « activités ayant pour objet la colombite-tantalite [coltan], la
cassitérite et la wolframite en provenance de la République Démocratique du
Congo ».
Après un délai de 180 jours à dater de la signature de cette loi par le Président Obama, le Département d’Etat devra : 1) fournir une carte précise renouvelable des endroits où sont extraits ces minerais en RDC ainsi que les groupes armés qui contrôlent leurs points d’extraction ; 2) et recommander les peines qu’encourront ceux qui enfreindront cette loi.
Ce
projet de loi a toutes les chances d’être prochainement signé par le Président
Obama car des poids lourds démocrates se sont joints au Sénateur Brownback pour
le sponsoriser : le Sénateur Russ Feingold, qui préside le Sous-comité des
Affaires Africaines et qui a visité Goma à plusieurs reprises, et le Sénateur
Dick Durbin, le vice-président du Sénat.
Espérons qu’après la signature de cette
loi par Obama on ne verra plus des bandits transformer l’autoroute de Walikale
en aérodrome de fortune (photo ci-haut).
Il y a un mois, un reportage de TV5MONDE avait établi que des éléments armés
pillaient systématiquement la cassitérite à Walikale avec la complicité de
Kinshasa. Pis, ces éléments armés avaient réduit à l’esclavage les villageois creuseurs
de ce minerais en leur imposant des taxes fantaisistes, des droits de péage,
des « droits d’entrée » dans les mines artisanales et des prix
arbitraires du kilo du minerais extrait — et ce, au nez et à la barbe du chef
de division des mines terré à Goma.
30 avril 2009
RDC : Un chef de guerre recherché par la CPI participe dans l’offensive soutenue par la MONUC
REUTERS
29 AVRIL 2009
Traduction française d’ALEX ENGWETE
KINSHASA (REUTERS)— Les
forces de maintien de la paix de l’ONU supportent une offensive de l’armée congolaise
dans laquelle un chef de guerre recherché par la Cour Pénale Internationale
(CPI) joue un rôle proéminent, ont révélé des documents de l’armée congolaise
ce mercredi.
Un rapport interne du 4 avril de l’armée
congolaise (FARDC) vu par Reuters parle de JEAN-BOSCO NTAGANDA (photo ci-haut) comme « coordonnateur adjoint » de l’offensive
dans l’est du Congo contre les rebelles hutus.
L’année dernière, la CPI a émis un mandat
d’arrêt contre Ntaganda — alias « Terminator ».
Les procureurs de La Haye l’accusent d’avoir recruté des enfants de moins de 14
ans pour combattre en Ituri à l’est de la République Démocratique du Congo en
2002 et 2003.
La MONUC, la mission de l’ONU au Congo, a
déclaré en janvier qu’elle ne participerait dans aucune opération à laquelle
ferait partie Ntaganda. Mais un rapport de la MONUC envoyé au chef de mission
Alan Doss le 8 avril a montré que les officiels de l’ONU furent informés des
fonctions de Ntaganda dans la structure de l’armée.
« Jusqu’ici
son rôle est celui de conseiller pour les opérations du Général (Dieudonné)
Amuli », a confié la
semaine passée à Reuters le Colonel Delphin Kahimbi, le commandant des
opérations dans le Sud-Kivu.
La MONUC pourvoit un appui logistique et
militaire dans l’effort de l’armée pour combattre la résurgence rebelle dans le
Nord-Kivu. Elle appuie aussi les FARDC comme elle se prépare d’étendre les
opérations dans le Sud-Kivu voisin.
Le ministre congolais de la défense,
Charles Mwando Simba, a déclaré mardi que l’offensive du Sud-Kivu contre les
forces hutues rebelles des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR)
commenceraient dans les 10 jours prochains et dureraient trois mois.
« La tête dans le sable »
Doss a déclaré mardi à Reuters qu’il ne
pouvait commenter sur le document militaire, mais qu’il avait suivi un rapport
d’intelligence de l’ONU sur la participation signalée de Ntaganda.
« Sur
la base de ce rapport, nous avons certainement contacté les autorités des FARDC
et, j’étais absent à ce moment-là, mais j’ai reçu un appel téléphonique d’un
officiel de haut rang des FARDC qui m’assuré que ce n’était pas le cas », Doss a déclaré au cours d’une interview.
« Bien
entendu, dans les documents que j’ai vus — les documents officiels sur la
structure de commandement — son nom n’apparaît pas », a-t-il dit. « Jusqu’à ce que j’obtienne une preuve directe du contraire, je
les prends au mot ».
Ntaganda fut intégré dans l’armée
congolaise en janvier avec d’autres membres du Congrès National pour la Défense
du Peuple (CNDP) dominé par les Tutsis, après l’arrestation du chef de l’insurrection
rebelle, le Général Laurent Nkunda.
Les militants des droits de l’homme et les
diplomates européens en ont appelé à la MONUC d’arrêter Ntaganda mais Doss
maintient que c’était au gouvernement, et non à l’ONU, d’exécuter le mandat d’arrêt
de la CPI.
L’organisation basée à New-York « Human Rights Watch » (HRW) a
accusé la MONUC de « cacher sa tête
dans le sable » sur la question du rôle de Ntaganda dans la structure
de commandement de l’armée.
« Les
officiels de haut rang de l’ONU ont délibérément choisi d’ignorer les preuves
croissantes, préférant les écarter comme
des rumeurs, même quand l’information est confirmée », a confié à Reuters Anneke Van
Woundeberg, chercheur principal sur le Congo de HRW.
« Ils
prennent plutôt pour argent comptant les assurances vides des autorités
congolaises de haut rang selon lesquelles Ntaganda ne joue aucun rôle ».
Ntaganda est un ancien collaborateur du
chef de guerre congolais Thomas Lubanga, un prévenu dans le premier procès de
la CPI à La Haye.
(Rédaction de David Lewis et David Clarke)
MISE À JOUR DU JEUDI 30 AVRIL 2009: L’EXEMPLE DÉMOCRATIQUE DE LA RDC
Notre frère BAKUNDE a affirmé plus d’une fois : « La démocratie de la RDC est donnée en exemple ». Je lui
ai demandé de nous citer ceux qui vanteraient la démocratie telle qu’elle est
pratiquée en RDC. Or je viens de retrouver cette animation de Human Rights Watch publiée
le 26 novembre 2008 qui s’intitule « On
va vous écraser » (vidéoclip
ci-dessous) et qui donne la perception réelle du reste du monde de la pratique
démocratique congolaise : des citoyens écrasés par leur propre gouvernement !
Alors, mon frère BAKUNDE, donne-nous la liste de ceux
qui donnent la démocratie de la RDC en exemple...
Original Video - More videos at TinyPic
24 avril 2009
RDC: Les paradoxes anti-démocratiques de la Constitution et la pratique quotidienne du vandalisme politique
La récente débâcle à l’Assemblée Nationale
de la RDC qui a vu la chute du perchoir de Vital Kamerhe (photo ci-haut : à la droite de Sarkozy) montre que les deux
chambres du Parlement ont un mode de fonctionnement anti-démocratique. Les deux
chambres du Parlement congolais auraient dû prendre pour modèle le
fonctionnement de la Chambre des Représentants et du Sénat américains qui ont
un fonctionnement véritablement démocratique.
En relisant la Constitution, je découvre aussi
que ce mode de fonctionnement anti-démocratique des deux chambres découle des
paradoxes eux-aussi anti-démocratiques qui sont inscrits dans cette loi fondamentale.
Il y a par exemple un paradoxe flagrant
contenu dans l’Article 112 de la Constitution, quoique cette disposition n’ait
joué aucun rôle dans la chute de Kamerhe. Cet article dit :
« Avant d’être mis en application, le Règlement
intérieur est obligatoirement transmis par le Président du Bureau provisoire de
la Chambre intéressée à la Cour constitutionnelle qui se prononce sur sa
conformité à la Constitution dans un délai de quinze jours. Passé ce délai, le
Règlement intérieur est réputé conforme.
Les dispositions déclarées non conformes ne peuvent être mises en
application ».
Cette
disposition est étonnante, alarmante et constitue clairement une violation
flagrante du principe de la séparation des pouvoirs pour les raisons
ci-après : 1) C’est mettre l’Assemblée Nationale ou le Sénat sous la coupe
d’un autre pouvoir, le pouvoir judiciaire, pour les matières d’organisation
interne des deux chambres ; 2) l’Article 157 de la Constitution stipule : « La Cour constitutionnelle comprend
neuf membres nommés par le Président de la République dont trois sur sa propre
initiative, trois désignés par le Parlement réuni en Congrès et trois désignés
par le Conseil supérieur de la magistrature ». Or l’Article 152, qui
définit le Conseil supérieur de la magistrature comme « l’organe de gestion du pouvoir judiciaire », détermine
que ce Conseil supérieur est composé de 18 membres dont un grand nombre est justement
désigné par le président !
En d’autres
termes : le pouvoir judiciaire et le pouvoir législatif sont virtuellement
contrôlés par le président de la république. Qui plus est, par le biais de
cette Cour constitutionnelle, l’exécutif peut paralyser le fonctionnement des
deux chambres au motif d’inconstitutionnalité du règlement d’ordre intérieur.
Aux USA, les
juges sont tous nommés par le président de la république ; mais ces
nominations sont d'abord confirmées ou rejetées par le Comité judiciaire du Sénat; puis par un vote de toute cette chambre.
Puisque je viens
de mentionner un comité du Sénat américain, voyons comment s’organisent les
deux chambres du Congrès américain.
Aux USA, les
deux chambres fonctionnent comme suit :
1) Les deux
chambres ont chacune les deux autorités suivantes : le chef de la majorité
et le chef de la minorité. Ces deux autorités sont élues en séance à huis clos
par leurs caucus respectifs. Ces deux autorités répondent directement à leur « caucus »
ou groupe respectif, c’est-à-dire, les membres élus de leurs partis respectifs.
L’organisation des partis politiques (comme le PPRD chez nous) n’a aucun mot à
dire sur ces positions. Le président de la république n’a rien à voir avec l’organisation
de ces « caucus ». L’organisation du parti politique s’occupe des
campagnes de collecte de fonds et des stratégies électorales sur le plan
national.
2) Dans chaque
comité et sous-comité des deux chambres, il y a automatiquement présence des
membres de la majorité et des membres de la minorité. Les chefs de chaque comité
et sous-comité sont désignés par leur chef de file respectif et sur la base de
l’ancienneté. Chaque comité a un chairman (parti majoritaire) et un « ranking member » (parti
minoritaire). Ce « ranking member »,
qui est en fait le vice-président du comité, peut bloquer tout projet de loi qu’il
juge inacceptable. Selon les règles actuelles des deux chambres du Congrès
américain, le parti qui est majoritaire jouit du bénéfice de 3 membres supplémentaires.
Mais chaque membre de ce comité jouit d’une liberté totale de vote. Ainsi,
beaucoup de membres du Sénat et de la Chambre des Représentants votent régulièrement
contre les législations introduites par leur propre parti, sans s’exposer à des
représailles.
Tant que nos
deux chambres opèrent comme elles le font comme aujourd’hui, on ne peut
vraiment parler de « démocratie ».
Au fait, comparée au mode de fonctionnement américain, la RDC apparaît comme une
« banana republic ». Car,
comme on vient de le voir dans l’épisode Kamerhe, la moindre déviation du
Président de l’Assemblée de la ligne de son parti aboutit à son éviction et à
son opprobre.
Par ailleurs, il
y a un autre article de cette Constitution qui se lit comme une moquerie de la
démocratie. L’Article 104 de la Constitution stipule en effet, entre autres
dispositions : « Les anciens
Présidents de la République élus sont de droit sénateurs à vie ». Selon
ce modèle, Jimmy Carter, George Herbert Walker Bush, Bill Clinton et George
Walker Bush siégeraient aujourd’hui au Sénat américain! Qui sont donc les « mobutistes » qui ont écrit
cette constitution ?
PRATIQUES QUOTIDIENNES ANTI-DÉMOCRATIQUES : LA VINDICTE POPULAIRE ET L’INSULTE
Si nous sortons du plan théorique de la Constitution, nous en arrivons au plan de la pratique quotidienne de la démocratie. Or qu’est-ce qu’on constate ? On constate le fait déplorable suivant : contrairement au slogan du changement de mentalité prôné par le régime en place, dans la pratique, c’est plutôt la régression aux insultes, aux injures et à la vindicte populaire comme mode de punition des politiciens pris en flagrant délit de « déviation politique », comme sous le régime de Mobutu ou sous les régimes staliniens.
Sous Mobutu, on traitait les « déviants » de « sorciers ». Aujourd’hui, les déviants sont tout simplement jetés en pâture aux « injurologues » publics sur les antennes de la RTNC, la Radiodiffusion et Télévision Nationale Congolaise, qui est officiellement apolitique.
Ce vandalisme politique est illustré dans le vidéoclip ci-dessous d’une émission de l’expert en injures et héraut du régime appelé ZACHARIE BABABASWE où il déconstruit l’ex-président de l’Assemblée Nationale :
On apprend de la harangue de Bababaswe les faits troublants suivants:
1) Bababaswe recevait régulièrement des appoints de Vital Kamerhe. Ainsi corrompu, Bababaswe a lancé Kamerhe, un provincial de Bukavu, devant le public kinois. Comme si la capitale d’un pays appartenait à ceux qui y sont nés ! Selon Bababaswe, lorsqu’il lance Kamerhe devant le public kinois, il lui donne ces deux tags : « Le pacificateur » et « Attaquant de base et de pointe ». C’est lui qui présente ainsi Kamerhe aux musiciens Koffi Olomide et Fally Ipupa et leur transmet ses tags qu’on retrouve d’ailleurs dans leurs chansons chaque fois que Kamerhe y est mentionné. Puisqu’ils se sont brouillés, Bababaswe se croit le droit d’enlever ces tags à l’ex-Président de l’Assemblée Nationale.
2) Bababaswe répond en fait dans ce clip à un commentaire antérieur de Vital Kamerhe qui aurait été interpellé par l’un de ses fils en ces termes (je paraphrase) : « Papa, l’homme qui t’insulte à la télé, c’est le même qui venait te retaper ici à la maison ».
On croit peut-être qu’en réfutant les propos du fils de Kamerhe selon lesquels il arrivait chez Kamerhe, Bababaswe allait aussi réfuter par le fait même qu’il recevait de l’argent de Kamerhe. Dans sa folie, Bababaswe assume avoir été corrompu par Kamerhe, mais avec cette seule différence : il ne le retapait pas chez lui, mais dans son bureau ! Comme si ce changement de lieu changeait le fait qu’on a ici un prétendu journaliste qui reconnaît sur les antennes de la télévision nationale qu’il recevait de l’argent du président de l’Assemblée Nationale pour parler favorablement de lui !
Voici ce que dit Zacharie Bababaswe sur ces incidents de corruption (traduction littérale) : « J’allais à votre bureau. Dans le cadre de mon travail. Je ne nie pas ; vous avez un grand cœur. De temps en temps, quand j’arrivais, vous mettiez la main dans votre poche, et vous me donniez de l’argent. Mais je ne mendiais jamais parce que je me présentais dans ma Cherokee. Donc, j’avais déjà mes propres moyens ».
Pis, l’homme avoue dans la même foulée qu’un autre opérateur politique, Théophile Bemba, lui aurait remis par deux fois les frais de ses voyages en Europe !
Ce vidéoclip nous donne non seulement l’illustration du banditisme et du vandalisme érigés en formes d’action politique, mais il nous donne dans le même temps un état des lieux fort triste du journalisme congolais.
Il n’est donc pas étonnant de voir certains membres des média congolais se faire tuer pour avoir trahi ceux qui leur graissaient régulièrement la patte .
Finalement, qui peut encore oser parler de démocratie sans rire dans une telle atmosphère surréaliste ?
19 avril 2009
RDC: Indice de la Liberté Economique
Encore une fois, la bloggeuse LORRAINE vient d’attirer mon attention
sur l’Indice de la Liberté Economique
que vient viennent de publier le think-tank conservateur américain Heritage Foundation et le Wall
Street Journal. Je traduis un extrait de la page de la RDC de cet indice
mondial. En parcourant cet Indice de la RDC, j’ai d’abord été frappé par le
faible de taux de chômage qu’on y enregistre : 8.9% ! A part
peut-être le Botswana et la RSA, aucun pays africain n’a un taux si bas. Des
rapports faits par d’autres institutions font plutôt état d’un chômage
endémique qui frapperait plus de 70% de la population congolaise qui a d’ailleurs
basculé, comme l’Indice le note, dans le secteur informel. Je remarque aussi
que tout en décriant le manque de capacité des services publics, le rapport se
félicite que le secteur public gouvernemental soit négligeable, juste sur la
base des faibles dépenses de l’Etat. En dépit de ses faiblesses, cet Indice
doit être pris au sérieux car il provient des milieux proches des compagnies et
des investisseurs américains potentiels.
RDC: Indice de Liberté Economique 2009
République Démocratique du Congo
Rang mondial : 173 (sur 179)
Rang régional : 44 sur 46
DIX LIBERTÉS ÉCONOMIQUES de la
République démocratique du Congo
34.3 Liberté d’entreprenariat Moyenne : 64.3
62.2 Liberté
de commerce Moyenne : 73.2
73.3 Liberté fiscale Moyenne : 74.9
85.3 Dimension du secteur public Moyenne :
65.0
59.5 Liberté monétaire Moyenne : 74.0
30.0 Liberté d’investissement Moyenne : 48.8
20.0 Liberté financière Moyenne : 49.1
10.0 Droits de propriété Moyenne : 44.0
19.0 Pays libéré de corruption Moyenne : 40.3
34.5 Liberté dans le secteur de
l’emploi Moyenne :
61.3
BREF APERÇU
Population :
60,6 millions d’habitants
PIB (PPA=Parité de pouvoir d’achat) :
17 milliards USD
5,6% de croissance
5,9 % Taux de croissance annuelle composé
sur 5 ans :
281 USD par habitant
Chômage :
8,9 %
Inflation (IPC=Indice des Prix à la Consommation) :
16.7%
Flux IDE (Investissements Directs à l’Etranger) :
180 millions USD
L’Indice
2009 reprend l’évaluation de la liberté économique de la République
Démocratique du Congo (RDC) vu la disponibilité de données plus fiables. Les
dernières éditions de l’Index ont
seulement fourni quelques informations de base sur la RDC sans mesurer
numériquement la liberté économique du pays. Dans l’Indice 2009, le score de la liberté économique de la RDC est de 42.8,
faisant de son économie la 173ème libre du monde, devant seulement
six autres pays en fin de classement.
La RDC émerge lentement d’une longue
période d’instabilité politique et de violence. La mauvaise gestion économique,
exacerbée par des crises politiques à répétition, a sévèrement entravé le
développement économique du pays et retenu la liberté économique à son niveau
le moins libre.
La RDC s’en sort relativement bien sur le
plan de la liberté fiscale et de la taille du service public, mais une bonne
partie de l’activité économique est entravée par une faible capacité
institutionnelle qui n’est pas à même de soutenir le développement durable d’un
secteur privé dynamique. Puisque les lois fiscales sont arbitrairement
appliquées, beaucoup de personnes et d’entreprises se sont déplacées dans le
secteur informel, qui représente plus de 80 pourcent de l’activité économique.
CONTEXTE
L’homme fort Laurent Kabila déposa le
dictateur de longue date Mobutu Sese Seko en 1997 et fut lui-même assassiné en
2001. Son fils Joseph prit le pouvoir et en 2006 triompha aux premières
élections multipartites depuis 40 ans. Malgré une paix fragile depuis 2003, le
gouvernement a virtuellement perdu le contrôle de vastes régions de la RDC,
particulièrement à l’est où des groupes rebelles restent actifs. Les immenses
ressources naturelles de la République Démocratique du Congo, dont le cuivre,
le cobalt et les diamants semblent avoir attisé aussi bien les conflits que le
développement. L’agriculture compte pour plus de la moitié du PIB. Des années
de corruption et de mauvaise gestion ont précipité le plus clair de l’activité
économique dans le secteur informel. L’infrastructure est virtuellement
inexistante dans plusieurs régions.
LIBERTÉ D’ENTREPRENARIAT
34.3
En général, la liberté de lancer, d’opérer
et de fermer une entreprise est restreinte par le dispositif de réglementation
de la République Démocratique du Congo. Lancer une entreprise prend en moyenne
155 jours, comparé à la moyenne mondiale de 38. Obtenir une licence prend
environ 322 jours et comprend 14 procédures, comparé à la moyenne mondiale de
225 jours et de 18 procédures.
LIBERTÉ DE COMMERCE
62.2
Le taux moyen pondéré du tarif était de
11.4 pourcent en 2006. Une infrastructure inadéquate et inefficiente, une
bureaucratie pesante et complexe, une administration des douanes inefficace et
la corruption renchérissent sur le coût du commerce, et il y a un commerce
substantiel non déclaré. Quinze points furent retranchés au score de la liberté
de commerce de la République Démocratique du Congo pour prendre en compte les
barrières non-tarifaires.
LIBERTÉ FISCALE
73.3
La République Démocratique du Congo a un
taux modéré d’impôt sur les revenus et un taux élevé d’impôts sur les bénéfices
des sociétés. Le taux le plus élevé d’impôt individuel est de 30 pourcent, et
le taux le plus élevé d’impôts sur les bénéfices des sociétés est de 40
pourcent. D’autres impôts comprennent une taxe sur les ventes et une taxe sur
les véhicules. Plus récemment, le revenu général des impôts en pourcentage du
PIB était de 13.2 pourcent.
DIMENSION DU SECTEUR PUBLIC
85.3
Les dépenses totales du gouvernement, dont l’utilisation et le transfert des paiements, sont faibles. Plus récemment, les dépenses du gouvernement, qui s’accroissaient pendant cinq ans, équivalaient à 22.1 pourcent du PIB. La gestion du budget est faible. Les compagnies de distribution d’eau et d’électricité sont les cibles principales de la privatisation.
(....)
11 avril 2009
RDC : Le Scandale du rançonnement des écoliers congolais
Voici le sommaire de l’état des lieux dressé par une ONG américaine sur le rançonnement des écoliers congolais par le gouvernement de la RDC. Pour ceux qui douteraient encore que Mobutu —à tout le moins au cours de la première partie de son règne — avait à cœur l’intérêt des enfants, cette lecture les éclairera sur ce qui se passe actuellement au Congo : la destruction des enfants et l’assassinat de leur rêve éducatif, accompagné du rançonnement systématique de leurs parents. Ceci s’appelle vol à grande échelle. Ce qui est triste dans cette affaire, c’est qu’on vole aux pauvres !
Dans le même temps, la kleptocratie héritée de Mobutu continue sans relâche : pas un jour ne passe sans qu’une ONG nationale ou internationale ne dénonce quelque contrat léonin ! Ainsi donc, non contents de brader les ressources naturelles du pays, les dirigeants congolais volent aussi les enfants des pauvres pour financer le ministère de l’éducation. C’est comme si c’étaient des monstres qui ont la charge de la jeunesse du pays !
Ce rapport, financé par USAID et IRC (International Rescue Committee), fut publié en 2007. Je supprime le nom de l’ONG américaine qui a effectué la recherche sur le terrain pour des raisons évidentes de confidentialité.
Voici un large extrait du « Sommaire Exécutif » de ce rapport accablant :
SOMMAIRE EXECUTIF
Ce rapport final sur l’état des lieux des politiques et pratiques des frais scolaires en RDC présente les résultats de la recherche documentaire, des consultations participatives avec les acteurs, partenaires et décideurs du système éducatif congolais ainsi que les communautés, des discussions et échanges en ateliers avec ces mêmes acteurs, partenaires, décideurs et communautés.
Cette recherche documentaire, ces consultations et ces discussions en ateliers ont été menées et facilitées par l’équipe de recherche (…) dans trois sites de la RDC, notamment à Kinshasa, et dans les provinces de l’Equateur et du Sud Kivu. Trois niveaux du système éducatif ont ainsi été impliqués : national, provincial et local. Et les catégories d’acteurs consultés sont les acteurs du gouvernement, les acteurs des organismes nationaux et internationaux intervenant dans le secteur de l’éducation, les membres des syndicats des enseignants, les membres des associations des parents, les directeurs et responsables d’écoles, les représentants de différents réseaux d’écoles, les acteurs des divisions provinciales de l’EPSP, les agents des inspections provinciales, les leaders communautaires et les membres des comités locaux d’éducation. Un effectif d’environ 420 personnes ont pris part aux consultations participatives et aux discussions en ateliers.
La crise du financement public du secteur de l’éducation en République Démocratique du Congo (RDC) a poussé les communautés à développer des mécanismes alternatifs pour assurer la scolarité de leurs enfants et la survie des établissements scolaires. Cette solution de crise qui auparavant a été préconisée comme un palliatif conjoncturel s’est formalisée et est devenue structurelle sur toute l’étendue du pays.
Les frais scolaires supportés par les parents sont ainsi devenus la principale source de financement malgré le niveau élevé de leur pauvreté. Les différents frais scolaires payés par les parents, identifiés et recensés de façon systématique dans ce rapport, représentent un montant très important par rapport au faible revenu reconnu des familles congolaises. Par conséquent, l’accès à l’éducation conditionné par le paiement des frais scolaires en vue de couvrir les salaires des enseignants a entraîné une exclusion massive des enfants du système éducatif. Les indicateurs y afférents n’ont fait que se déprécier au fil du temps.
Face à cette situation d’exclusion et à plusieurs autres conséquences néfastes qui en ont découlé, tous les intervenants ont unanimement choisi l’option de voir l’Etat reprendre en charge le paiement des salaires des enseignants. Des négociations avec le Gouvernement ont eu lieu mais sont restées sans effet. Dans le même temps, des enjeux internationaux militent en faveur de l’éducation et prônent l’objectif 2015 de l’Education pour Tous.
La question des frais scolaires est donc devenue très importante et doit être mise au centre du débat sur l’amélioration des performances du système éducatif en RDC. Il s’avère indiscutable que le besoin de mieux comprendre les problématiques sur la question des frais scolaires est réel et pressant. C’est ainsi qu’une recherche sur l’état des lieux des frais scolaires est une étape importante dans le processus de l’abolition des frais scolaires ou de la réduction du poids des frais scolaires.
Principaux résultats de la recherche
Les principaux résultats de la recherche présentés dans ce rapport s’articulent autour de quatre axes essentiels: le contexte du système de financement scolaire ; l’analyse des lois et règlements en matière des frais scolaires ; la typologie et les mécanismes de fixation et de la répartition des frais scolaires ; les montants et poids des frais scolaires ; le recouvrement des frais scolaires et les mécanismes alternatifs de financement ; la synthèse de la position des principaux acteurs du système éducatif relative à la question des frais scolaires.
Le contexte du système de financement scolaire en RDC est tel que le système éducatif tout entier est principalement financé par les parents et les communautés, du fait de la faiblesse du financement public qui est devenu presque inexistant depuis quelques années.
Le système éducatif est principalement financé par les frais scolaires: Le financement public continue de baisser depuis plusieurs années et les dépenses courantes prévisionnelles allouées à l’éducation représentent 6% du budget de l’Etat. Les dépenses publiques par élève sont passées de $109 en 1980 à $4 en 2002, soit une baisse de 97%.
La décision du gouvernement de supprimer les frais de motivation n’a pas été exécutée. Ces frais ont été remplacés par les frais de transport d’un montant beaucoup plus élevé que celui qui était appliqué auparavant sous la dénomination des frais de motivation.
Le système de financement de l’éducation fonctionne comme un système fiscal qui frappe uniquement les parents d’élèves alors que l’éducation est un bien public non exclusif et indivisible. Ce bien profite à toute la communauté comme input du processus de développement mais son financement est à la charge d’une seule catégorie de la population: les parents d’élèves.
Les lois et règlements des frais scolaires prévoient plusieurs avantages non exploités pour les élèves, les écoles et les parents. Mais la Loi-cadre de l’enseignement national elle-même est en contradiction flagrante avec la Constitution sur la question majeure du financement de l’éducation et de la gratuité de l’enseignement primaire.
Quoiqu’elle soit en contradiction avec la Constitution sur la question du financement de l’éducation de base, la Loi-cadre de l’enseignement national prévoit tout de même que la source principale de financement des établissements scolaires, tout au moins pour ce qui concerne les établissements publics, demeure l’Etat par son budget national et par les budgets des entités administratives décentralisées. La seule contribution des parents prévue dans l’esprit de cette Loi est le minerval et les frais indirects de scolarité relatifs aux fournitures scolaires.
Les arrêtés provinciaux, quant à eux, présentent des dispositions qui comprennent une nomenclature des frais scolaires à la charge des parents et qui démontrent clairement que l’entièreté du financement du système éducatif repose sur les épaules des parents.
Les frais scolaires sont fixés, dans l’ensemble, par arrêté provincial et représentent des montants importants qui pèsent lourd sur les parents.
Au niveau des provinces, les frais scolaires sont fixés par arrêté provincial sur proposition du comité provincial de l’éducation. En général, la nomenclature comprend des types des frais suivants : minerval, assurance, frais techniques, frais d’intervention ponctuelle, frais TENAFEP, frais des pièces scolaires. La prime, le gardiennage sont des frais fixés à l’initiative de l’école. Le montant global des frais scolaires s’élève à $15 pour l’Equateur et $13 pour le Sud Kivu. Dans la province de l’Equateur, le PIB (Produit Intérieur Brut) par habitant étant de $25, les dépenses de l’’enseignement primaire représentent 60% du PIB/habitant tandis qu’au Sud Kivu, le PIB/habitant est de $67 et les dépenses de l’éducation primaire représentent 19%. La prime représente 70% de l’ensemble des frais dans la province de l’Equateur et 87% des frais au Sud Kivu, tandis que le TENAFEP représente 47% des frais dans la province de l’Equateur contre 24% au Sud Kivu.
Les communautés et les parents qui sont pourtant les principaux bailleurs de fonds ne sont pas suffisamment impliqués dans la procédure de fixation des frais scolaires.
Le recouvrement des frais scolaires se fait par des pratiques contraignantes favorisant l’exclusion des enfants du système éducatif et les conflits entre les directeurs d’écoles et les bureaux gestionnaires.
La pratique la plus appliquée pour contraindre les parents à s’acquitter des frais scolaires des enfants est le renvoi des élèves. Cette pratique décourage les enfants de poursuivre leur scolarité et crée un déficit dans l’apprentissage de ceux qui sont renvoyés de l’école pendant un certain temps et qui ne bénéficient pas des cours de rattrapage à leur retour à l’école.
En outre, malgré la pauvreté des parents, les arrêtés provinciaux sont exigeants et forcent les chefs d’établissements scolaires à verser à temps opportun les frais destinés aux bureaux gestionnaires sous peine des sanctions disciplinaires, la date de versement étant généralement fixée au 31 Janvier. En plus, les arrêtés exigent que les frais soient perçus à l’inscription ou au premier trimestre de l’année.
Ces contraintes poussent les inspecteurs à exiger que les directeurs d’écoles versent la totalité des frais dus aux différents bureaux gestionnaires en fonction des effectifs déclarés en début d’année et non en fonction du rythme de recouvrement.
Pour suppléer à l’insuffisance des frais scolaires due, entre autres, au faible taux de recouvrement, les écoles développent des mécanismes alternatifs de financement.
Le taux moyen de recouvrement des frais scolaires, c’est-à-dire le montant réel reçu des parents par rapport au montant attendu selon l’effectif des élèves et le montant des frais fixés, est faible. Il est de 49% dans la province de l’Equateur et 60% au Sud Kivu, et ceci en dépit des mécanismes de recouvrement forcés qui sont appliqués dans les écoles : saisie de la note d’examens, saisie du bulletin, interdiction d’accéder dans les salles de classe faute de paiement des frais. Ceci prouve à quel niveau les parents éprouvent d’énormes difficultés pour payer les frais scolaires.
Les écoles-communautés ont ainsi développé plusieurs mécanismes pour assurer leur propre survie et la continuation de la scolarisation de leurs enfants. Il s’agit des pratiques et politiques appliquées en matière des frais scolaires et qui se situent à deux niveaux : assurer la couverture des frais scolaires considérés comme un acquis à sauvegarder, trouver des moyens pour suppléer à l’insuffisance des frais scolaires généralement causée par la faiblesse du taux de couverture.
En dehors des mécanismes de paiement (recouvrement) forcé des frais, les mécanismes pour suppléer à l’insuffisance des frais scolaires comprennent souvent les activités génératrices de revenu réalisées soit par l’initiative privée du chef d’établissement, soit par l’initiative associée du chef d’établissement et la communauté. Ces mécanismes consistent également en paiement des frais en nature, en compensation avec le travail des enfants et/ou des parents, et en compensation avec l’utilisation des ressources naturelles des parents.
A part la faible couverture des frais scolaires, les écoles-communautés font face au phénomène de la « loi des effectifs » par laquelle les inspecteurs obligent les directeurs d’écoles de verser la quotité des frais due aux institutions provinciales et centrales non pas en fonction du rythme de paiement des frais mais en fonction des effectifs déclarés en début d’année scolaire. Ce phénomène vide les caisses des écoles et oblige les directeurs de solliciter les communautés pour des cotisations ponctuelles supplémentaires. Certaines écoles pratiquent des activités génératrices de revenu pour faire contrepoids à la loi des effectifs. Il faut noter cependant que ce phénomène n’est pas répandu dans toutes les écoles.
09 avril 2009
Retour vers le futur: Ce pour quoi je suis mobutiste
Je sais que BAKUNDE, RUWEJ et bien d’autres m’ont reproché des allusions autobiographiques. Mais, parfois, c’est le seul biais par lequel on peut éclairer certaines positions apparemment paradoxales d’une personne, comme RUWEJ vient par exemple de me le faire remarquer dans un commentaire au billet précédent.
Pendant qu’on débattait du martyr Léopold Sylvestre Bondekwe et que BONY me prenait à partie ici, sur le site mbokamosika, un autre citoyen congolais nommé ANACLET me traitait de « Goebbels » et de « mobutiste » alors que je ne faisais que répondre par un commentaire en vidéoclip de la chanson de propagande de Franco intitulée « Candidat na biso Mobutu » (voir clip ci-dessous) à un billet du Messager sur la chanson de propagande du même Franco intitulée « Ngai kaka Bomboko ».
Je publie ci-dessous in extenso ma réponse à Anaclet pour assumer mon « mobutisme ». Je crois que cet élément autobiographique va répondre à l’apparente confusion de certains sur mes positions non-linéaires vis-à-vis de Mobutu : pour et contre en même temps.
Voici le texte de ma réponse à Anaclet :
Très cher frère Anaclet :
Permets-moi de te tutoyer comme il se doit sur un blog. Tu peux aussi me tutoyer. Mais je veux répondre calmement et rationnellement à tes insultes. Le terrible défaut dans notre culture congolaise, c’est qu’on ne pèse plus les mots, tout le monde étant devenu « injurologue ». Car traiter quelqu’un de Goebbels, c’est plus qu’une injure, c’est jeter une malédiction sur lui ! Et pour cause. Dr. Paul Joseph Goebbels était le propagandiste du Troisième Reich, un régime qui a fait périr 6 millions de Juifs dans des chambres à gaz avant d’incinérer les corps dans des fours crématoires. Les cendres de ces fours crématoires étaient ensuite ramassées pour en faire du savon ! Quand les troupes russes entraient dans la ville de Berlin, Goebbels et sa femme Magda ont empoisonné leurs six enfants avant de se donner la mort. Alors si tu me crois capable d’une telle abomination, Dieu te pardonne ! Remarque que je ne comparerai jamais Dominique Sakombi, chantre de Mobutu, à Goebbels qui était un monstre. Mais revenons à nos moutons.
Je suis intervenu dans mon commentaire au billet sur « Ngai Kaka Bomboko », une chanson de propagande pour Bomboko, chanson écrite par Franco aux législatives de 1977. Or je me suis rappelé que j’avais dans ma collection de fichiers de musique la chanson « Candidat na biso Mobutu » écrite par Franco au cours des mêmes élections de 1977. Je voulais transmettre directement cette chanson au Messager, mais le volume du fichier n’a pas permis l’envoi par email. J’ai même mis ce fichier sur le site « Mediafire » dans l’espoir qu’on pouvait le jouer directement à partir de ce site d’entreposage de fichiers. Mais cela n’a pas été possible. Messager m’a alors suggéré de mettre ce fichier sur « YouTube ». J’ai donc fait une collecte rapide d’images de Mobutu sur Internet. Or, il est difficile de soutenir l’attention du spectateur d’un clip vidéo sans faire varier les angles de vue des images. J’ai donc utilisé les différents effets de transition et d’altération d’images que le programme « Windows Movie Maker » offre dans chaque ordinateur. Tu remarqueras que la version longue de « Candidat na biso Mobutu » sur Dailymotion n’a pas tous ces effets car le travail eût été long et pénible pour un clip de 18 minutes 47. Et puis, que m’aurais-tu suggéré de faire pour présenter ce morceau sur YouTube ou Dailymotion ? Le présenter avec un écran noir ? Soyons sérieux quand même !
Une autre remarque : le site « mbokamosika » est pour moi un site d’archéologie de la musique congolaise. Le Messager vient d’ailleurs de découvrir, sans s’en rendre compte, une nouvelle catégorisation de la musique congolaise : 1) il y a des chansons traitant des thèmes de la vie quotidienne (amour, etc.) ; 2) il y a la catégorie « musique religieuse » ; 3) il y a musique de « propagande politique » (catégorie du Messager) : même Kallé Jeff avait des chansons de propagande politique ; et 4) il y aurait aussi une catégorie de musique congolaise avec thèmes publicitaires (« Savon Reward », par exemple, et toutes les autres chansons sur nos brasseries).
On réfléchit sur notre musique, ici, on ne fait pas de politique ! Et n’insulte surtout pas Messager, qui n’avait rien à voir avec mon travail de montage vidéo !
Il y a un autre aspect de tes insultes que j’aimerais discuter. Tu me traites de « mobutiste ». Eh bien, j’assume ce titre et je le porte comme un laurier sur ma tête et voici pourquoi. J’ai toujours dit et répété qu’il y avait Mobutu-1, Mobutu-2, Mobutu-3, etc., jusqu’au Mobutu de la pourriture finale. Je reviens sur mon cas autobiographique : mon père est né en 1910, ma mère en 1924, et moi-même en 1953 (mes parents m’ont eu sur le tard). Sous la colonisation, mon père était « boy » du Baron Van den Bruck ; puis après l’indépendance, il s’était reconverti en menuisier-charpentier et en cultivateur à temps partiel (les week-ends) : on avait un grand champ sur la Rive Droite de la Tshopo, à Kisangani. J’ai fait mes humanités au Collège du Sacré-Cœur. Crois-tu que mes parents pauvres avaient l’argent pour payer mes frais scolaires à l’école secondaire la plus prestigieuse de ma ville ? Non. Tous mes frais scolaires étaient subsidiés par le gouvernement de Mobutu, figure-toi. J’obtiens mon diplôme d’Etat en 1972 avec 69%. Il s’agit d’aller à l’université ! Encore une fois, tu crois que mes parents, vivant dans la pauvreté la plus abjecte, allaient payer mes frais d’études ? Non ! Il y avait, à l’époque, lors des examens d’Etat, un concours appelé « Culture générale ». Dès qu’on réussissait à ce concours, on était d’office qualifié pour recevoir une bourse d’études du gouvernement de Mobutu ! Remarque que j’avais chaque mois une bourse de 35 zaïres (à l’époque, 1 zaïre = 2 dollars). Comme j’étudiais à la faculté des Sciences de l’Education dans ma ville natale et que j’habitais chez mes parents, je nourrissais tout le foyer avec ma bourse d’études — non seulement mes parents, mais toute la famille étendue habitant sous notre toit !
Compare cette grande chance qu’avait eue ma génération sous Mobutu à ce qui se passe actuellement au pays. Je reçois quotidiennement des appels téléphoniques et des courriels des membres de la famille à Kinshasa et à Kisangani pour me retaper à cause des enfants qui ont été chassés de l’école parce qu’ils n’ont pas payé le minerval. Remarque que la RDC est signataire de la convention de l’ONU sur l’enseignement primaire obligatoire des enfants. Récemment, j’ai mon petit qui a été suspendu des cours à l’UPN/Kinshasa parce qu’il n’a pas 100 dollars pour payer ce semestre !...
Au fait, on était tous des ingrats, ceux de ma génération, parce qu’on était des « antimobutistes » invétérés, croyant que cet argent que Mobutu nous refilait mensuellement était un droit acquis ! Pauvres cons que nous étions ! Et tu crois, mon frère Anaclet, que j’irais me cacher sous un matelas parce que tu me traites aujourd’hui de « mobutiste » ? Eh bien, mon frère, je ne suis plus ingrat, j’accepte et j’assume avec fierté ton insulte de « mobutiste » !
Morale de ce condensé de mon autobiographie : Sans Mobutu, je serais aujourd’hui cultivateur analphabète, comme mon père, sur la Rive Droite de la Rivière Tshopo !!!
05 avril 2009
Retour vers le futur : Deux textes inédits de Léopold Sylvestre Bondekwe
Le nom de Léopold Sylvestre Bondekwe (photo ci-haut) — intellectuel, politicien et journaliste de Stanleyville (aujourd’hui Kisangani) assassiné par les rebelles simbas en août 1964 au Monument Lumumba (photo ci-dessous) — a surgi ces derniers temps dans les commentaires de ce blog. Or, par une coïncidence étrange, il se fait que notre ami bloggeur BELY21 a des liens de parenté avec ce martyr de la folie de la politique congolaise. Je prie donc BELY21 de nous fournir une photo de Bondekwe pour illustrer ce billet…
Au cours des deux mois passés, dans le cadre d’un projet que je révélerai à temps opportun dans ce blog (BELY21 avait même prétendu que je tournais un film sur les pygmées), j’entreprenais un travail de recherche fouillée sur Stanleyville en 1964. Dans le cadre de cette recherche, j’étais assisté par une autre bloggeuse qui intervient ici régulièrement : Dr. LORRAINE M. THOMPSON, ancienne volontaire du Corps de la Paix à Mbuji-Mayi.
LORRAINE a fait un travail archéologique de titan sur les archives microfilmées du quotidien de Stanleyville « La Gazette », entreposées à l’Université du Michigan. Avec son argent et son énergie, elle a fait des copies de chaque page de « La Gazette », ce journal qui a eu l’infortune de voir son créateur et éditeur-responsable, Guillaume Bonaventure Zambite, tué à la Prison d’Osio, près de Stanleyville, par les mêmes rebelles qui ont exécuté Léopold Sylvestre Bondekwe. Comble de mauvaise fortune, on n’a jamais retrouvé le corps de Guillaume Bonaventure Zambite.
Au cours des discussions dans ce blog, je me suis rappelé avoir vu deux textes de Léopold Sylvestre Bondekwe dans « La Gazette ». Je livre donc ces textes inédits au blog. S’il y a des questions, j’y répondrai dans les commentaires.
1) Le premier texte de Bondekwe est complet et fait référence au petit « coup d’Etat », en mai 1964, de l’Assemblée du Haut-Congo contre le Président Provincial, M. Paul Isombuma, un voleur des grands chemins qui détournait des millions de francs avec la complicité d’Antoine Lubu, son ministre des finances. On assiste aujourd’hui à la répétition de l’histoire avec les entités décentralisées. Mais le triomphalisme de Bondekwe ne sera que de courte durée car au mois de juin 1964, ses ennemis politiques prendront le contrôle de l’exécutif provincial. En effet, M. François Aradjabu, président de l’Assemblée et chef du parti MNC-Lumumba, deviendra le chef de l’exécutif provincial. Il est intéressant de noter ici qu’à l’arrivée des rebelles, Aradjabu sera remercié par ses alliés politiques et confiné à la fonction honorifique de président provincial intérimaire du parti MNC.
2) Le deuxième texte de Bondekwe est malheureusement tronqué et ne contient que deux phrases. LORRAINE a souvent été frustrée par le travail d’amateur de ceux qui ont microfilmé « La Gazette » et qui ont très souvent coupé d’entières parties de l’original. Dans tous les cas, ces deux phrases du deuxième texte nous donnent une idée de l’aventurisme politique de Bondekwe. Le texte, intitulé « Mise au point du Cartel des Cultivateurs », définit le parti de Bondekwe comme une sorte de courtage politique, sans idéologie précise. Le plus cruel, dans ce deuxième texte, c’est qu’il est publié le 6 juin 1964, presqu’exactement deux mois jour pour jour avant la mort brutale de Bondekwe.
A tout prendre, voici ces deux textes inédits qui nous offrent la plume de Léopold Sylvestre Bondekwe dans toute la beauté du style :
1) PREMIER TEXTE :
Lettre ouverte à l’Assemblée législative provinciale
Monsieur le Président,
J’ai l’avantage de présenter à votre honorable Assemblée mes félicitations les plus chaleureuses pour l’éclatante victoire qu’elle vient de remporter dans le conflit qui l’opposait au gouvernement provincial.
Si cette victoire est due, en ordre principal, au fait que la légalité était de votre côté, nous devons néanmoins reconnaître votre courage dans la lutte pour la défense des droits et prérogatives de votre institution.
D’autre part il y a lieu de signaler également la solidarité dont vos collaborateurs, députés provinciaux, ont fait preuve, ainsi que l’appui que vous a accordé la population dans cette circonstance.
Le dénouement de cette crise régionale, faut-il le dire, mérite une place de choix dans les annales de notre province qui vient, une fois encore, de mettre au défi l’oppression et la servitude.
C’est, en effet, dans cette contrée du Congo qu’il a été mis fin à l’odieuse traite des Noirs par les Arabes, au Centre de l’Afrique.
Et je m’en voudrais de passer sous silence la contribution, jusqu’au martyre, des enfants du Haut-Congo dans le renversement du régime de Guizenga à Stanleyville.
Fidèles à cette tradition héroïque, nous venons de haute lutte à vos côtés pour faire triompher la légalité, sauvegarder notre liberté, ce patrimoine le plus cher que nous tenons à léguer à nos enfants.
Quoi donc ! L’arbitraire connu sous le règne d’ISOMBUMA et caractérisé par son mépris total des lois existantes, n’est-ce pas là une espèce de tyrannie de la part de cet ennemi de la liberté que nous avons juré à jamais à combattre ?
Peut-on enfin concevoir dans un pays indépendant et démocratique qu’un président provincial se permette une dictature allant jusqu’à paralyser l’institution suprême de la province aux fins d’échapper au contrôle de celle-ci ?
Puissent les dirigeants du Haut-Congo avoir toujours cette leçon présente à l’esprit et savoir que les leaders de cette province ne reculeront devant aucun sacrifice pour défendre leurs droits ainsi que les intérêts bien compris de leurs populations.
Léopold Sylvestre Bondekwe (La Gazette, 30 mai 1964)
2) DEUXIEME TEXTE :
Mise au point du Cartel des Cultivateurs :
Le « Cartel des Cultivateurs » du Haut-Congo est certes un parti politique, mais de coordination entre toutes les tendances politiques existant dans la province. En effet, par son action efficiente et équilibrée, il pare au danger que présenterait un gouvernement provincial entièrement composé de gens issus d’une ou de quelques ethnies favorables à une idéologie déterminée, lesquels confisqueraient le pouvoir à leur profit. Le souvenir des [……]
Léopold Sylvestre Bondekwe (La Gazette, 6 juin 1964)
MISE À JOUR DU LUNDI 6 AVRIL 2009 :
Notre jeune frère bloggeur BELY21 a bien voulu nous transmettre la photo de studio scannée de Léopold Sylvestre Bondekwe, ce grand Stanleyvillois cannibalisé au Monument Lumumba. Même s’il n’y a aucune griffe du studio sur la photo, je peux dire sans risque de me tromper que si cette photo a été prise à Stanleyville, elle a certainement été faite au Studio-Photo Gerlache ; studio que tenait le photographe français Gerlache sur l’Avenue de l’Eglise, près de l’Hôtel Congo Palace. Grand merci à BELY21 pour ce document inédit. Pour un travail de mémoire historique, je garde la photo du lieu du supplice de Léopold Sylvestre Bondekwe. A la reprise de la ville de Stanleyville par les forces gouvernementales le mardi 24 novembre 1964, la première priorité avait été de faire sauter ce monument de la honte où avait péri près d’une cinquantaine des membres de l’élite stanleyvilloise. Aujourd’hui, le square est rebaptisé « Place des Martyrs » et est justement dédié aux martyrs tel que Léopold Sylvestre Bondekwe qu’on a fait revivre dans ce billet.
MISE À JOUR DU MARDI 7 AVRIL 2007:
BONY, tu proclames comme ça, arbitrairement, comme le pape de Rome énonçant un article de foi dans une bulle ou un mollah proclamant une fatwa : « Donc Nendaka était policier ». Sans considération aucune des faits historiques. Et sur la base des lectures rapides mal digérées et ramassées sur Internet que tu prétends mépriser.
Voici une photo (ci-dessous) de 3 membres des « Binza Boys » à la résidence de l’ambassadeur des USA à Kinshasa, après leur prise de pouvoir et aux tout débuts de la politique de « recours à l’authenticité » de Mobutu : on notera les cannes et les abascosts. Et raconte encore tout haut que Nendaka était un simple policier. Je te donne la composition des participants à ce « garden-party » : la personne à droite, c’est Victor Nendaka Bika ; la troisième personne à partir de la droite, c’est Larry Devlin, le chef de station de la CIA à Kinshasa ; à ses côtés, l’homme à la culotte à rayures, c’est Mac Godley, l’ambassadeur des USA des USA à Kinshasa ; à ses côtés, l’homme en lunettes solaires, c’est Mobutu et tout à gauche, Justin-Marie Bomboko qui, avec Albert Ndele, faisait fonction d’éminence grise de la coterie des « Binza Boys »…
Je ne répondrai même pas à ton mépris pour Lumumba dont l’intelligence térébrante fait l’unanimité des analystes qui lui ont consacré des livres. Je te citerai le classique : « La Pensée politique de Patrice Lumumba (préface de Jean-Paul Sartre). Textes recueillis et présentés par Jean Van Lierde ».
Note aussi, à titre d’exemple, que l’homme dont tu insultes l’intelligence a produit, le jour de l’indépendance, un discours magistral en moins de 20 minutes quand il a entendu Kasa-Vubu pérorer comme un enfant de chœur devant le Roi Baudouin. Je te mets au défi de produire un tel texte dans ce laps de temps — sans dictionnaire, sans assistance aucune ! Et dire que quand l’homme est arrivé à Stanleyville un peu plus d’une décennie plus tôt il n’avait qu’un certificat du primaire ! C’est aussi te dire que Stanleyville était un centre intellectuel de haut niveau : Lumumba s’était formé aux cours du soir des Frères Maristes. Voilà ce que j’appelle un aventurier intellectuel. Tu fais aussi montre du même enfermement politique que les rebelles simbas que tu pourfends pourtant. Dans un pays démocratique, il y a la gauche, le centre et la droite. Pour toi, seule compte la droite. Tu te serais senti en bonne compagnie dans la coterie d’extrémistes des « Binza Boys » !
30 mars 2009
Nouveaux pillages aux Kivu : des femmes déshabillées
Voici les femmes congolaises qui, à nouveau, sont dans le collimateur de la soldatesque des FARDC. Je reprends ci-dessous une dépêche de Radio Okapi :
RADIO OKAPI, 30 MARS 2009
Pillage systématique la nuit de dimanche à ce lundi, dans le quartier Mbogho de la cité de Kirumba, à plus de 200 km au Nord de Goma. 21 maisons ont été pillées par les hommes en arme et en tenue militaire, rapportent à radiookapi.net des sources administratives sur place.
D’autre part, dans la cité de Kayna, à plus de 150 km au Nord de Goma, dans le territoire de Lubero, les paysans ne se rendent plus dans leurs champs, depuis 2 semaines en raison des tracasseries des militaires FARDC. Des autorités administratives dans les 2 cités indiquent que, depuis plusieurs jours, les militaires vivent au dos de la population au motif qu'ils ne sont payés depuis 3 mois.
A Kirumba, téléphones, argent et appareils électroniques ont été emportés par les pillards. La population attribue ces pillages multiples au compte des militaires intégrés déployés dans la cité. La même source affirme également que les pillards se permettent de chasser les paysans de leurs champs agricoles et récoltent dans la foulée tous leurs produits.
Deux autres maisons ont été également pillées dans le quartier Kasungano, dans la même cité vers minuit par deux militaires. Des autorités administratives déplorent cette situation, et indiquent que les militaires se plaignent de ne pas être payés depuis maintenant 3 mois.
Le responsable militaire dont les éléments sont pointés du doigt déclare ne pas avoir un rapport sur cette question.
Cette situation est consécutive aux multiples tracasseries des militaires FARDC basés dans cette région, indique des sources administratives sur place. Ces militaires rançonnent, pillent les récoltes des paysans et déshabillent certaines femmes, et recherchent sur elles de l’argent, précise la même source. Les administratifs sur place s’inquiètent que si cette situation perdure, des milliers d’habitants et de déplacés risquent de connaitre une catastrophe humanitaire de grande ampleur.
















