01 août 2007
RDC: LES SEPT BOULES DE CRISTAL
Journalistes, analystes, intervenants dans les débats, politiciens et « parlementaires debout »
congolais ont la terrible manie de prendre leurs vessies pour des
lanternes. Au fait, au Congo,tout le monde est devenu politicien ou
politologue et l'on y va de sa petite analyse. Ce qui est étrange, car
on se rend bien compte de la complexité des questions sociopolitiques
et on s’accorde qu’il n’est pas donné au premier venu de foncer ainsi
tête baissée dans l’action ou les commentaires politiques. On pourrait
blâmer cette prolifération de talents politiques sur la persistance du
Prophétator qui a fait découvrir aux marchands de rumeurs qu’il
suffisait de répéter sans désemparer un mensonge pendant un bon bout de
temps pour qu’il se métamorphose avec un seul claquement des doigts en
fait patenté. Si notre mentalité s’accommode si vite des
contre-vérités, pour des ressortissants des autres cultures qui nous
côtoient, nous lisent ou nous entendent, notre univers mental leur
apparaît étrangement comme un univers totalement surréel et
décalé—flottant dans les nues, sans emprise aucune sur le réel. Prenez
par exemple ces hooligans du site internet Les Témoins de la Guerre
qui ont obtenu je ne sais comment mon adresse email et me bombardent
régulièrement avec leurs messages. L’un des derniers messages postés
sur leur site est intitulé Kabila promet des concessions de mines au Prince koweitien et contre 1,5 milliards de dollars américains !
(On vient de m'informer que c'est en fait un navet repris du site de
l'APARECO--tant mieux, ceci vaudra tout aussi bien pour le Prophétator). La légèreté des accusations à l’endroit des personnalités
koweitiennes et du Président Joseph Kabila sont telles qu’on se demande
si l’on peut encore « changer cette mentalité » qui semble
s’être profondément enracinée à tous les niveaux, jusque même dans les
hautes institutions officielles de la République. Mon indignation était
si forte que je n’ai pas résisté à commenter ce pur produit d’un
cerveau malade dans l’espoir de le tirer de ce délire schizophrénique.
Ce commentaire pourrait aussi servir de canevas de travail à nos
journalistes des bas-fonds qui pondent des articles dans des ngandas et des malewas—nos
journalistes qui ne savent pas faire la différence entre un éditorial
et un article d’investigation. Voici mon commentaire légèrement modifié.
Les Sept Boules de Cristal
Le principe de base du journalisme d’investigation est le suivant : pour qu’une allégation contenue dans une histoire devienne « factuelle »,
il faut qu’elle soit prouvée tout au moins par deux sources
indépendantes fiables. Dans le cas que vous présentez à notre
consommation, il faudra en plus présenter des copies des documents
écrits officiels des virements bancaires ou administratifs que vous
alléguez. Or vous avancez plusieurs allégations dans l’espoir fou que
le lecteur puisse se les approprier comme « faits ». Une
alternative à cette démarche, qui en fait revient à la même approche
d’établissement des faits dans le journalisme d’investigation, consiste
à répondre de manière exhaustive aux 6 conditions que les journalistes
anglo-saxons appellent les 5 « W » et un « H » (Where, Who, When, What, Why, How—certains préfèrent même parler des 6 « W » en forçant l’orthographe du « how » de la manière suivante : « (W)how »).
On peut par exemple battre en brèche le tissu de mensonges cousus de fil blanc que vous nous présentez comme des « faits » en considérant l’espace d’un instant comment vous répondez à l’un des « W »---je prends ici un aspect de votre « Why » (le pourquoi). Selon vous, l’un des mobiles du « bradage » des ressources auquel se livrerait Joseph Kabila est de «trouver
des fonds nécessaires devant l’aider à lancer une opération de charme
dans la direction du peuple congolais, en déclenchant rapidement des
actions sociales d’éclat qui lui attireraient la faveur d’un peuple de
plus en plus hostile et menaçant ».
En écartant la supposition
que vous avez sept boules de cristal qui vous permettent de percer avec
une clarté aussi térébrante les intentions de Joseph Kabila et de ses « amis »,
le premier venu s’aperçoit tout de suite que le mobile que vous leur
prêtez est en fait noble, puisque cet argent servirait au final au
peuple congolais par la mise en œuvre des « actions sociales d’éclat ».
Ne
sentez-vous pas que si l’on s’appesantissait sur ce seul aspect, votre
navire tanguerait déjà dangereusement dans l’océan en tourmente de vos
mensonges ? Un autre aspect complémentaire de votre « why » nous pousse à vous conseiller charitablement de choisir entre « bradage » et « prêt ». Le bradage présuppose que l’argent disparaîtrait dans le trou noir des chambres fortes d’une mafia alors que prêt entraîne nécessairement paiement à terme au créancier.
J’arrête là ma critique et je tire ma conclusion.
Vous voyez donc que votre navet ne réussit pas au premier test décisif de l’un des « W »
et un rédacteur en chef responsable en ferait une belle boule de papier
et l’enverrait—en mimant le mouvement d’un basketteur de la NBA—directement
au panier de son bureau. Vous aviez peut-être l’intention de rédiger un
scénario de téléfilm. Mais je vous dis tout de suite que votre scénario
est improbable et donc mauvais. Puisque vous n’êtes pas scénariste,
vous êtes donc l’un de ces « parlementaires debout » qui hantent nos ngandas et nos malewas de Matonge après s’être époumonés sur la Place Victoire.
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