01 novembre 2007
Les fonds de USAID seraient-ils utilisés dans des opérations clandestines en Afrique centrale ?
PAR: Georgianne Nienaber et Keith Harmon Snow
Traduction
française : Alex Engwete
Mais les
investigations dans l’Est du Congo rapportées par les auteurs de cet article au
cours des six mois passés indiquent que les fonds de « conservation »
de USAID---des millions de dollars des contribuables américains---ont été
détournés, utilisés à d’autres fins, ou ont disparu. Des preuves suggèrent que
la guerre en cours en Afrique centrale bénéficie et continue à bénéficier de
l’appui financier clandestin du genre « transferts financiers de l’Aide
pour des armes ». Des rangers détachés à la protection des gorilles sont
armés de mitrailleuses bien huilées, grâce aux campagnes de collecte de fonds
menées par des organisations de conservation.
C’est un fait
historique que les Etats-Unis ont appuyé le régime du dictateur zaïrois Mobutu
Sese Seko en lui fournissant plus de 300 millions de dollars en armements et
100 millions de dollars au titre de formation militaire. Mobutu utilisa cet
arsenal ravitaillé par les Etats-Unis pour réprimer le peuple congolais et
piller l’économie de la nation pendant trois décennies, jusqu’au renversement
de son régime brutal en 1997 par les forces de Laurent Kabila. En vue
d’implanter les intérêts américains sur les ressources stratégiques du Congo,
l’administration offrit très vite son appui militaire à Kabila et mit sur pied de
nouvelles opérations de formation pour les forces armées congolaises.
Par ailleurs, des
interrogations demeurent toujours sur le rôle que des opérations clandestines
auraient joué dans les massacres qui eurent lieu au Rwanda en 1994. Le leader
actuel du Rwanda, Paul Kagame, reçut sa formation militaire aux Etats-Unis et
est très connecté avec Washington. L’aide clandestine américaine à son organisation
facilita-t-elle la provocation du bain de sang connu sous le nom du Génocide
rwandais ?
Dans le Congo
voisin, quel fut le rôle des Etats-Unis dans l’assassinat de Laurent Kabila en
janvier 2001 ? Qu’ont fait les agences américaines pour promouvoir une
guerre civile et une invasion du pays qui a coûté 3 millions de vies ?
En 2005, Amnesty
International rapporta que de grandes quantités d’armes et de munitions en
provenance des Balkans et de l’Europe de l’Est se déversaient dans la région
africaine conflictuelle des Grands-Lacs, des provinces du Kivu, et du Parc de
Virunga.
Amnesty
International révéla le rôle joué par des dealers, courtiers et transporteurs
des armes de plusieurs pays, y compris l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la
Croatie, la République Tchèque, Israël, la Serbie, l’Afrique du Sud, le Royaume
Unis et les Etats-Unis. Le rapport retrace l’approvisionnement en armes aux
gouvernements de la République Démocratique du Congo, du Rwanda et de l’Ouganda
et leur subséquente distribution aux groupes armés et aux milices dans l’Est de
la RDC qui ont été impliqués dans des atrocités assimilables à des crimes de
guerre et à des crimes contre l’humanité.
Des ventes d’armes
faites par des manufactures privées d’armements, comme la compagnie américaine
« Select Armor » récemment accusée, ont aussi augmenté. Des chiffres
récemment publiés par le Département de la Défense des Etats-Unis montrent que
les ventes privées d’armes atteindront le montant approximatif de 9,5 millions
de dollars en 2007, ce qui est une diminution par rapport à la hauteur de près
de 15 millions de dollars de 2005. L’Ouganda est en tête de liste avec près de
neuf millions de dollars d’achats auprès des firmes américaines autorisées, et
Djibouti encore une fois est presqu’en tête de liste avec près de six millions
de dollars d’achats en 2005, 2006 et une même estimation pour 2007.
DÉNI PLAUSIBLE
« Nos
efforts sont focalisés sur la conservation et la protection de ces animaux
magnifiques », a déclaré Claudia A. Mc Murray, l’Assistante Secrétaire
américaine aux Océans, Environnement et Science. « La survie des gorilles
de montagne de la Virunga est sérieusement menacée par les événements tragiques
dans la région, et nous continuerons à consacrer toutes les ressources possibles
pour y protéger des gorilles et d’autres espèces menacées ».
Cependant, comme
l’ont rapporté les auteurs de cet article, des millions de dollars des fonds de
l’USAID donnés au Parc de la Virunga par le Programme de l’Afrique Centrale
pour l’Environnement (CARPE) au cours des dix dernières années ont
virtuellement disparu. La conservation dans l’Est du Congo est dans la
pagaille, et des armées « rebelles » qui combattent dans la région
reçoivent un appui militaire massif de sources connues et inconnues. Des Kalachnikovs
« made-in-Russia » se retrouvent partout.
Et les réalités
sur le terrain en Afrique centrale sont si différentes de manière troublante de
celles dépeintes par les campagnes des collectes de fonds et des brochures
produites par les grandes organisations de conservation et leurs partenaires et
sponsors. Ces programmes de conservation seraient-ils simplement un écran de
fumée pour couvrir d’autres activités ?
La région des
Virunga est située dans la province du Nord-Kivu de la République Démocratique
du Congo ; elle est aussi la base du chef de guerre longtemps appuyé par
le Rwanda, le Général Laurent Nkunda.
Il y a des
preuves attestant que les Etats-Unis appuient le Général Nkunda par le biais à
la fois des missions et programmes militaires clandestins et officiels au
Congo, au Rwanda et en Ouganda.
La guerre dans
les provinces du Kivu a déplacé des centaines de milliers de personnes au cours
de la seule année passée. Le nombre de victimes dans la région est inconnue
mais cataclysmique---des millions de personnes depuis le début de la guerre
dans la région en 1996.
[…]
L’ARGENT DISPARU
DE USAID
En 2005, après
des années sans contrôle ni vérification, les activités du « Dian Fossey
Gorilla Fund-International (DFGFI) » et les dépenses des fonds de la
« Conservation International » ostensiblement déboursés par USAID
pour la conservation des gorilles ont été passées à la loupe.
Une demande faite
sous le « Freedom Information
Act » fut introduite au sujet du défaut du dépôt des formulaires d’audit A-133
du « DFGFI » sur son financement USAID. Ces formulaires A-133 sont
mandatés par la loi fédérale pour toutes les organisations non-gouvernementales
(ONG) recevant de l’argent de USAID, qui provient des contribuables
américains.
Cette demande
faite au titre du « Freedom of Information Act » détermina que le
DFGI n’avait pas déposé d’audits pendant plus de deux ans, alors qu’il avait
reçu un total d’au moins 4.693.384 de dollars du 24 septembre 2001 au 29
septembre 2004.
En septembre
2005, le Congressman américain James Oberstar fut contacté par un électeur qui
déclarait que le « Dian Fossey Gorilla Fund International » n’avait
pas déposé de formulaires d’audit (Formulaire A-133) et ce, après avoir perçu
des millions de dollars de subsides de USAID.
L’enquête
informelle du Congressman Oberstar trouva qu’en fait le DFGFI n’avait pas
déposé des formulaires d’audit pour les millions de dollars de l’argent de USAID.
« USAID
couvre le Dian Fossey Gorilla Fund Internal », dit une source proche de
l’investigation, en janvier 2006. « Le gouvernement américain a refusé de
faire une investigation sur la destination des millions de dollars des
subsides ».
La source affirme
que des officiels du DFGFI travaillant au Congo et au Rwanda sont en train
d’utiliser la conservation des gorilles comme une façade pour d’autres
activités. La source a aussi fourni des informations révélatrices sur les
backgrounds des plus hauts dirigeants du DFGFI.
« La pauvre
petite vieille femme de l’Etat de Iowa qui envoie ses cinq dollars pour sauver
des gorilles se mettra en colère si elle savait où son argent va
effectivement », affirme la source. « Les gorilles ne reçoivent
absolument rien dans la forêt ».
En 2006, le
Congressman Obserstar demanda que USAID produise un rapport sur les activités
du DFGFI en Afrique centrale, mais au moment de la rédaction de cet article il
n’y a eu aucune action significative par DFGFI et USAID. Obserstar fit
remarquer que le DFGFI était en violation de la loi américaine pour n’avoir pas
déposé les rapports d’audit requis.
« Je
poursuivrai personnellement cette affaire », Oberstar confia à un reporter
du journal proche du gouvernement rwandais « New Times » en octobre
2005. « Et je dois m’assurer que USAID explique au gouvernement pourquoi
DFGFI ne présente pas ses rapports d’audit ».
Le journal proche
du gouvernement rwandais « New Times » rapporta que le PDG de DFGFI
Clare Richardson avait dit à son reporter que le DFGFI avait présenté des
audits à USAID en mars 2005. Le « New Times » rapporta également que
la Directrice de l’Office Rwandais du Tourisme et des Parcs Nationaux (ORTPN),
Rosette Rugamba, avait confié au « New Times » qu’elle ne comprenait
pas les activités du DFGFI.
« Je ne sais
pas ce qu’ils font au Rwanda », Rugamba avait dit au New Times. « Ils
sont ici depuis trois décennies se prévalant de faire de la recherche mais ils
ne nous ont donnés aucun résultat. Les conditions de vie des traqueurs de DFGFI
sont misérables et pourtant le DFGFI a beaucoup d’argent ».
Selon le bureau
du Congressman Oberstar, en la date du 31 mars 2006, une liaison aux Affaires
du Congrès à USAID déclara à un membre du staff du Comité du Congrès sur les
Relations Internationales « qu’un audit est en train d’être fait par un
auditeur indépendant, mais qu’il n’est pas encore terminé ».
Le Bureau des
Acquisitions et d’Assistance du gouvernement américain serait aussi en train de
forcer DFGFI de répondre aux allégations faites contre lui sur les questions de
financement et de budget.
L’auditeur
« indépendant » qui fait cet audit « privé » est l’Agence des
Audits des Contrats du Département de la Défense, une agence gouvernementale
préposée aux audits des contrats du Département de la Défense américain.
Pourquoi l’Agence
des Audits des Contrats du Département de la Défense aurait-elle à faire des
audits sur la « conservation des gorilles » en Afrique
centrale ?
« L’Agence
des Audits des Contrats du Département de la Défense », selon son site
internet, « est sous l’autorité, la direction et le contrôle du Sous-secrétaire
à la Défense (Intendance) ; elle a la responsabilité de faire tous les
audits des contrats pour le Département de la Défense (DoD), et de fournir des
services de consultance en comptabilité et en finance pour les contrats et les
sous-traitances à toutes les composantes du Département de la Défense
responsables des achats et de l’administration des contrats ».
L’Agence des
Audits des Contrats du Département de la Défense a terminé son audit de
DFGFI/USAID en mars 2007, mais cet audit n’a pas été publié dû à la prétendue
« nature de marque déposée » de l’audit.
Nous répétons la question : Pourquoi l’Agence
des Audits des Contrats du Département de la Défense fait-elle des audits des
finances et des programmes d’une organisation de conservation comme le Dian Fossey
Gorilla Fund ?
Alors que le
contrôle et la supervision des « investissements » passés de USAID
dans la région n’ont pas été faits, même sous la pression d’un Congressman
américain, quelques 496 millions de dollars sont encore destinés au trou noir
de l’Afrique centrale.
FONDS DIAN FOSSEY
DE LA GUERRE DE GUÉRILLA
Le « Dian
Fossey Gorilla Fund International » reçoit aussi des fonds des donateurs,
fondations et sponsors privés, et il organise régulièrement des campagnes de
collectes de fonds au cours desquelles on sollicite des fonds par appel
téléphonique aux membres et au grand public.
Parmi les
sponsors et les amis listés dans les documents de DFGFI de janvier à décembre
2003, dans la catégorie de ceux qui ont contribué à la hauteur de 25.000
dollars ou plus, on compte Dr et Mme Nick Faust et CNN, et des intérêts miniers
et des services d’intelligence connectés au plus haut niveau.
Dr Nicholas Faust
a de profondes connexions avec la Central Intelligence Agency américaine et le
Département de la Défense.
Ted Turner, [le
fondateur] de CNN, est propriétaire et grand détenteur des actions dans une
compagnie high-tech appelées « Earth Search Sciences Inc. (ESSI) »
basée à McCall, dans l’Etat de Idaho. En 1999 ESSI prêta une sonde
« hyperspectrale » dernier cri---un instrument de télédétection
transportable par aéronef ou sur une plateforme satellite---à une équipe de
DFGFI et de la Georgia Institute of Technology qui fit des « études »
intéressantes au Rwanda.
Le projet fut
dirigé par Dr Nicholas Faust qui est l’un des grands scientifiques de
« Environmental Systems Research Institute Inc. (ESRI) », basé à
Redlands, en Californie, USA, qui est directement lié à « ESSI ».
La corporation
ESRI (www.esri.com) se décrit elle-même
comme « le leader mondial dans les logiciels et la technologie de la
modélisation et du mappage SIG (Système d’Information Géographique) ».
ESRI est un
contractant important pour le Département de la Défense et le secteur de
l’intelligence, fournissant des cartes SIG des théâtres des opérations et des
technologies d’appui utilisées, par exemple, « dans toute l’infrastructure
de la défense, donnant appui aux missions de combat, au commandement et au
contrôle, à la gestion des installations et à l’intelligence stratégique »
http://www.esri.com/industries/defense/business/military_ops.html).
La télédétection
de l’habitat des gorilles est censée fournir une information essentielle sur
les sources d’alimentation, comme la disponibilité des espèces de bambous, ou
des menaces d’empiètement telle que l’agriculture sur brûlis, et d’autres
changements dans l’habitat des gorilles. Mais l’arsenal de la télédétection a
proliféré du fait de l’efficacité de ces technologies à identifier des
gisements des minerais et des hydrocarbures (pétrole et gaz naturel)---prospection
à partir des plateformes aérospatiales---et ces données étaient de ce fait
beaucoup plus importantes que quelques espèces de bambous.
Selon deux
sources internes indépendantes, les 21 CD des données des survols de
télédétection de ESSI/ESRI pour le compte manifeste de Dian Fossey Gorilla Fund
International ont été directement délivrés par le PDG de DFGFI Clare Richardson
dans les mains du Président rwandais Paul Kagame et le Ministre rwandais de la
Défense.
« Ces gars
ne sont pas en train de rechercher des habitats des gorilles», a commenté un
expert en télédétection (qui a visité les installations de ESSI), « ils
sont en train de rechercher du pétrole, c’est ce qu’ils font, et ils ont
probablement reçu des subventions pour l’évaluation de l’habitat de USAID et ils
sont en train d’utiliser les données pour donner aux propriétaires de ces
compagnies de l’information sur le pétrole, les minerais, et l’uranium. Je ne
suis au courant d’aucun autre projet sur des ressources végétales qu’ils ont
mené dans le passé. Cela m’a tout l’air des gens s’appropriant les dollars des
contribuables pour épaissir les portefeuilles des pétroliers ».
Le Rift Albert et
la région appelée « Sites de l’Héritage Mondial » de la zone
frontalière entre l’Ouganda, le Rwanda et la République Démocratique du Congo
sont actuellement pris au piège des projets massifs d’exploration et d’exploitation
de pétrole et de gaz naturel.
Quelques 1.000
personnes meurent chaque jour dans l’Est du Congo déchiré par la guerre causée
par la guerre de guérilla et des opérations clandestines. L’étendue de
l’intervention des compagnies pétrolières, minières et des intérêts militaires
dans l’Est du Congo n’est jamais rapportée par la presse internationale.
L’ancien
journaliste de CNN Gary Strieker est devenu membre du Conseil d’Administration
de DFGFI. Strieker était le journaliste de CNN incorporé au sein du Front
Patriotique Rwandais au cours de l’opération clandestine du Pentagone qui
renversa le gouvernement de Juvenal Habyarimana au Rwanda en 1994.
CNN est
profondément incorporé dans le Pentagone pour donner l’information tendancieuse
du gouvernement américain dans les opérations militaires américaines dans les
zones explosives de l’Irak, de la Somalie, de l’Afghanistan et du Soudan.
Les reportages de
CNN n’établissent jamais une quelconque connexion avec les réalités cachées de
l’implication occidentale dans la guerre, les compagnies minières,
l’extorsion, le pillage, les dictatures,
les ventes d’armes, les génocides, les maladies ou les programmes du planning
familial en Afrique centrale. Comme en fait tous les médias occidentaux, aucune
attention n’est faite à la perpétuation de la violence structurelle ou aux
institutions de contrôle et de domination.
WIEDEMANN DÉFIE
LA CONSERVATION
Dans un mémo
révélateur rédigé en décembre 2004, Robert Hellyer---le Directeur de Mission de
USAID en RDC---écrivit au Bureau Africain de USAID à Washington au sujet du
Programme Régional de l’Afrique centrale pour l’Environnement (CARPE), le
« principal véhicule de la participation des Etats-Unis dans le Projet de
la Forêt du Bassin du Congo ».
Enterrée dans
l’Annexe des documents de référence du rapport de février 2006 du Consortium
Weidemann---une évaluation du programme CARPE en Afrique centrale---se trouve
l’admission que la justification de la « surpopulation » était
fausse.
« Des plus
de 60 millions de personnes qui vivent dans la région », écrivit Hellyer,
« environ 22 millions se trouvent en régions urbaines. Aux taux actuels de
la croissance démographique, la région compte contenir 150 millions d’habitants
en l’an 2025. La densité démographique est en général bien faible, avec une
moyenne de 14 personnes au kilomètre carré ».
Les praticiens de
la conservation et le département d’Etat clament à cor et à cri sur tous les
toits que les pressions démographiques sont la cause du déclin des gorilles et
de leur habitat en Afrique centrale, pourtant le rapport précité fait
clairement voir que « la densité démographique est en général bien
faible ».
Robert Hellyer parle
de la demande globale en pétrole et en bois et des impacts adverses de la
population humaine sur le paysage---le Congo---où « il est dans l’intérêt
du gouvernement des Etats-Unis » d’appuyer « un développement
durable » dans la région. Hellyer confirma que CARPE et USAID ne sont pas
intéressés par le peuple congolais, ou même par la protection de la
biodiversité, mais seulement par les intérêts des Etats-Unis.
Le Parc National
de la Virunga est devenu le point de focalisation des investigations
internationales sur les opérations des mercenaires occidentaux blancs. Des
anciens hauts fonctionnaires du Département d’Etat engagés dans des compagnies
minières qui sont en train de piller l’Est du Congo se retrouvent aussi dans
les Conseils d’administration de certaines organisations de
« conservation » qui sont dans les Virunga et d’autres aires protégés
de l’Afrique centrale.
L’une de ces organisations
mercenaires de la conservation est « Wildlife Direct » de Richard
Leaky, un nouvel arrivant dans le Congo qui opère sous « Africa
Conservation Fund », une organisation exemptée d’impôt aux Etats-Unis.
Les tueries des
gorilles augmentèrent aussitôt que « Wildlife Direct » apparut dans
les Virunga en janvier 2007.
Un ancien
officiel du département d’Etat impliqué dans la région est Walter H. Kansteiner
III, un membre du Conseil d’administration de « Africa Conservation
Fund » depuis la fondation de ACF en 2004. Kansteiner était un officiel de
haut niveau de l’Agence Nationale de Sécurité à la fois sous les
administrations de William J. Clinton et de G.W. Bush.
En 2003
Kansteiner apparut comme expert cité comme témoin à l’audition du Sous-comité
du Congrès américain sur l’Afrique intitulée « Sauver le Basin du
Congo : Les Enjeux, Le Plan ». A l’époque, Kansteiner était Assistant
Secrétaire d’Etat aux Affaires africaines. Auparavant il avait servi au Conseil
National de Sécurité comme directeur aux Affaires Africaines et en tant
qu’expert sur l’Afrique dans le staff du Secrétaire d’Etat.
Kansteiner a été
une présence constante dans les coulisses de la guerre au Congo depuis 1996.
Kansteiner a
travaillé dans un groupe de travail du Département de la Défense sur des
minerais stratégiques et était le vice-président exécutif d’une compagnie du
commerce des matières premières et de manufacture spécialisée dans les produits
tropicaux des pays en développement : l’un de ces produits était le coltan,
l’un des sous-produits minéraux de la guerre dans les provinces du Kivu en RDC
aujourd’hui.
La République
Démocratique du Congo a les plus grands et les plus purs gisements des minerais
stratégiques tels que l’or, le niobium, le cobalt et le columbium-tantalite (ou
coltan). Le niobium, le coltan, le tantalum et la cassitérite sont dans la
région des Virunga.
Walter H.
Kansteiner III est membre du Conseil d’administration de « Moto
Gold », qui opère actuellement dans les champs de la mort de l’Ituri
sanglant près du Lac Albert.
LA GUERRE DES
RESSOURCES EN AFRIQUE CENTRALE
Une compagnie
pétrolière engagée dans la région des Grands Lacs de l’Afrique Centrale est
« Heritage Oil and Gas », une compagnie canadienne qui a des intérêts
au Kazakhstan, en Russie, en Irak, à Oman, au Kurdistan, au Gabon et au Lac
Albert---sur les deux rives de la frontière entre la RDC ravagée par la guerre
et l’Uganda---où des combats entre les FARDC congolaises et les militaires
ougandais et des gardes de « Heritage Oil » ont coûté la vie à un
sous-traitant britannique de « British Heritage Oil » le 3 août 2007.
« Heritage
Oil » (Canada) et « Tullow Oil » (Londres) opèrent autour du Lac
Albert dans les régions où il y a eu récemment de grands combats. A la mi-août,
le gouvernement de l’Ouganda a commencé à masser ses troupes à la frontière de
la RDC. Les survivants congolais dans les localités frontalières le long du Lac
Albert ont vu l’armée ougandaise et leurs alliés « rebelles »---qu’on
croit être des troupes affiliées au chef de guerre congolais Jean-Pierre
Bemba---traverser la frontière congolaise avec des armements lourds à la fin du
mois d’août.
Le 5 septembre
2007, les troupes de l’UPDF (l’armée ougandaise)---et des rebelles supposés
être alignés à Jean-Pierre Bemba---ont occupé le Bassin de la Semliki riche en
pétrole et en or de la RDC sur les berges occidentales du Lac Albert. Des
forces étrangères lourdement armées ont occupé les villages d’Aru, Mahagi,
Fataki, Irengeti et les montagnes de Ruwenzori. La presse internationale et la
MONUC sont demeurées complètement coites sur ces incursions ougandaises.
Le 8 septembre
2007, les troupes ougandaises étaient massivement positionnées sur la frontière
de la RDC pendant que Kabila et Museveni signaient des accords de partage du
pétrole et de l’or en Tanzanie. Les forces de l’UPDG et les troupes « rebelles » censées
appartenir à Bemba sont restées en RDC jusqu’au 15 septembre.
« Heritage
Oil and Gas » a des liens avec des compagnies de mercenaires et avec une
longue liste d’opérateurs obscurs, des filiales « off-shore » et des
compagnies partenaires.
La filiale de la
Bechtel Corporation « Nexant » est engagée dans le pipeline de pétrole
en train d’être construit à travers l’Ouganda jusqu’au port militaire américain
de Mombasa, au Kenya.
Le génocide
perpétré par l’armée ougandaise et Museveni sur les Acholi du Nord de l’Ouganda
est motivé par les concessions transfrontalières de pétrole et d’or liées aux
corporations étrangères comme Heritage, Tullow et Bechtel.
L’Ouganda et le
Rwanda sont les deux premiers partenaires du Pentagone en Afrique : 150
commandos américains des « Special Forces » ont été ajoutés à
l’arsenal ougandais du Pentagone en mars 2007 et les armées américaines et
britanniques entraînent les troupes de l’UPDF depuis de longues années.
On rapporte que « Heritage »
pomperait déjà 13.000 barils par jour de son site « Kingfisher 1-A »
sur le Lac Albert.
En mars 2007, le
gouvernement du Rwanda a accordé des concessions massives de pétrole à
« Vangold Resources ». On croit savoir que la Concession Vangold de
2.700 kilomètres carrés---dénommée « White Elephant »---fait partie
du bassin souterrain connecté aux champs pétrolifères connectés au bassin de la
Semliki de la RDC/Ouganda.
La « Vangold
Resources » est une compagnie canadienne avec des actionnaires principaux
canadiens et américains.
La concession
« White Elephant » est située au nord du Rwanda dans une région où
l’Armée Patriotique Rwandaise a mené de vastes opérations militaires, causant
des déplacements forcés fondés sur la dépopulation des villageois Hutu de la
région, depuis les invasions du FPR en 1990.
ALLIANCES
CLANDESTINES AVEC LAURENT NKUNDA
Le chef de guerre
Jean-Pierre Bemba rencontra le Général Laurent Nkunda au cours de sa
vice-présidence (2003-2006) et il est actuellement l’un des appuis secrets du
Général Nkunda dans le bain de sang en cours dans l’Est du Congo.
Le beau-frère de
Jean-Pierre Bemba, Anthony « Tony » Teixeira, fait le commerce des
diamants de sang et il est un dealer dans des réseaux criminels et des
opérations de mercenaires. Tony Teixeira est l’un des trois businessmen pivots
qui, aux côtés de Jacques Lemaire et Viktor Bout, ont été cités en 2000 pour
des opérations du viol de l’embargo par leur appui aux rebelles de l’UNITA
durant la guerre de l’Angola. Bout et d’autres businessmen avec des connexions
américaines ont été impliqués dans les transferts d’armes au Congo.
Selon des sources
initiées de la MONUC, Jean-Pierre Bemba s’était distingué dans la corruption
des officiels de haut niveau de la MONUC. Ceci expliquerait en partie la
réluctance de la MONUC à le confronter ou à déloger le Général Nkunda.
Les Congolais des
provinces du Kivu lapident les véhicules de la MONUC parce qu’ils croient que
la MONUC n’est pas sérieuse dans son « maintien de la paix » dans
l’Est du Congo mais est plutôt en train de poursuivre un autre agenda.
Le 17 septembre
2007, une Chine « affamée de ressources » a signé un accord pour
investir cinq milliards de dollars dans l’infrastructure du Congo. Des intérêts
anglo-européens utilisent maintenant l’occupation militaire du Général
Nkunda---appuyé par les régimes clients de l’Ouganda et du Rwanda, par
Jean-Pierre Bemba et par la MONUC---pour renforcer leur position face à Kabila.
Le Général
Laurent Nkunda gagne au moins 100.000 dollars par mois par extorsion et par le
vol de minerais, et il est en train de corrompre des officiels. Par ailleurs,
le Général Nkunda est la « police d’assurance » des compagnies
américaines et allemandes pour empêcher le Congo d’avoir accès aux mines de
niobium de Lueshe et d’autres aubaines minières, y compris le coltan, la
cassitérite et, vraisemblablement, l’uranium sous le contrôle de Nkunda.
Depuis la
décennie passée, USAID est devenue de plus en plus proche des intérêts du
Pentagone. Alors qu’elle était à l’origine un instrument « tendre »
de la politique étrangère américaine, USAID s’est carrément mise dans le camp
du Pentagone dans des programmes militaires récents. L’un de ces programmes est
AFRICOM, le nouveau Commandement Afrique du Pentagone, qui compte USAID comme
un partenaire majeur.
***
Georgianne
Nienaber est journaliste de l’environnement depuis une trentaine d’années. Elle
a fait des reportages à partir des Kivu en tant que journaliste accréditée par
la MONUC.
Keith Harmon Snow
est correspondant de guerre et photographe. Il a fait des reportages dans plus
de 15 pays africains. De 2004 à 2007, il a travaillé au Congo avec
l’accréditation de la MONUC.
L’article
original en anglais peut être retrouvé sur le site de « OpedNews » en
suivant le lien ci-dessous :
http://www.opednews.com/articles/genera_georgian_070920_are_usaid_funds_bein.htm
Une version française
de cet article est aussi publiée sur le site du magazine congolais en ligne « La
Conscience ». Cliquez sur le lien suivant pour voir cet article :


