22 février 2008
L’éclipse totale de Hillary Clinton et la grande illusion Obama
La première éclipse totale de la lune du vingt-et-unième siècle (photo AP), qui a eu lieu le mercredi 20 février vers 20 h 40, heure de l’est des USA, sert opportunément de métaphore pour emblématiser aussi bien la chute libre de Hillary
Rodham Clinton (HRC) dans les sondages d’opinion que ses 11 dernières défaites consécutives dans les primaires et les « caucus » face à son formidable rival, Barack Obama, dont le fulgurant élan semble à présent irrésistible. Et, en cette nuit de pleine lune du jeudi 21 février où le 20ème débat entre les deux candidats démocrates sera diffusé en direct à Austin (Texas) à 20 h, heure de l’est des USA, des « pundits » ou pontifes des analyses télévisées de tous bords croient y voir la nuit de tous les dangers pour Hillary et l’exhortent d’arrêter l’hémorragie—autrement, le rêve présidentiel de la sénatrice de l’Etat de New York se métamorphosera en cauchemar le 4 mars prochain, quand quelques Etats restants tiendront leurs primaires.
Mais tout le monde s’accorde à dire que Obama est devenu tout un mouvement avec son propre « obamificateur » : un générateur de mots qui « obamifie » à tout va des mots pour en faire des néologismes dont voici un échantillon : « obasme » (pâmoison orgasmique des filles groupies de Obama au cours de ses meetings ; on appelle aussi ces groupies des obamazombies, qu’il ne faut surtout pas confondre avec leurs mères qui sont des « oba-mammas ») ; « obamateux » (être dans un profond sommeil comateux, avec Obama comme personnage onirique principal) ; « obamcupé » (préoccupé au point de la fixation par Obama) ; « Obambinaison » (union soudaine, miraculeuse et pacifique des groupes rivaux grâce à l’intervention de Obama), etc.
Dans un pays plongé dans une mélancolie profonde après huit années de la punition appelée Bush (marasme économique, guerre interminable contre la « terreur », coupes profondes des libertés civiques, etc.) Obama est donc devenu une sorte de Messie politique et de mascotte nationale. D’aucuns croient que si par miracle Hillary l’emportait, les électeurs démocrates seraient tellement démoralisés que la plupart d’entre eux resteraient chez eux le deuxième mardi du mois de novembre—date des élections générales fixée par la Constitution. Hillary a beau dire aux démocrates que Obama ne serait qu’une « grande illusion » faite de mots (poésie) sans l’expérience nécessaire (prose) pour fonctionner comme président au premier jour de sa prestation de serment, rien n’y fait… Il faut aussi dire que Obama est devenu la coqueluche des médias qui ont fait le choix délibéré de diaboliser Hillary… Avec cette machine médiatique derrière lui, il n’est donc pas étonnant que ces dernières semaines l’état-major électoral de Obama collecte un million de dollars par jour.
Pour moi, Hillarien esseulé dans une maisonnée complètement « obamifiée », chaque jour qui voit ma candidate plonger dans les sondages d’opinion, perdre une primaire ou caucus, ou entendre ma fille me claironner le dernier néologisme produit par l’obimificateur travaillant en plein régime, ma mélancolie augmente d’un cran à chaque coup. Facteurs directement proportionnels…
C’est donc avec le même sens de devoir du capitaine du Titanic, qui a péri avec son bâtiment, que je maintiens mon soutien à Hillary. Hier mercredi, pendant que je contemple la belle éclipse totale de la lune dehors, on m’appelle de la
maison pour m’annoncer que j’ai un appel téléphonique de l’état-major général de la « Campagne de Hillary ». La volontaire à l’autre bout du fil me demande si je serais disponible pour le lendemain jeudi comme bénévole dans le centre d’appel situé dans les locaux de l’état-major national de la Campagne Hillary sur Fairfax Drive à Arlington (Virginie), une ville dans la périphérie immédiate de Washington DC (photo : Alex Engwete)… J’ai tout de suite accepté et je me suis donc retrouvé à midi au centre d’appel pour rallier les électeurs de l’Ohio pendant 60 minutes (c’est pour la troisième fois que je place bénévolement des appels téléphoniques au profit de Hillary dans ce centre d’appel, au deuxième étage de l’immeuble).
Dans la grande salle du centre d’appel (photo: Alex Engwete), confortablement réchauffée par ce froid hivernal, je ne pouvais m’empêcher de contraster cette grande distribution industrielle de la persuasion politique avec les campagnes électorales primitives de chez nous au cours desquelles le principal outil de persuasion est la bière.
A l’entrée de la salle, la coordinatrice—jeune, dynamique, souriant malgré la clameur funéraire médiatique qui a déjà
sonné le glas de sa candidate—me tend : 1) une brochure polycopiée qui donne la liste alphabétique des bureaux par comté de la commission électorale de l’Etat de l’Ohio (puisque c’est l’Etat de focalisation des appels du jour et que cet Etat permet une élection individuelle avant la date de l’élection, élection individuelle qui se fait non pas au bureau de vote mais au bureau de la commission électorale) et 2) un feuillet polycopié qui est en fait le script du « talking point » (sujet de conversation), comprenant même un détail apparemment banal comme la formule de salutation : « Salut, je m’appelle— et je suis un volontaire local de la campagne de Hillary Clinton dans l’Ohio. Je vous appelle parce que cette année les primaires de l’Ohio auront lieu le 4 mars et votre appui est très important…»
Après cette formule de politesse, viennent ensuite les 2 points substantiels ci-après :
1) « Hillary peut-elle compter sur votre appui au cours de la prochaine primaire présidentielle dans l’Ohio du 4 mars ? [Si oui] Merci beaucoup. Savez-vous que vous pouvez voter plus tôt dans l’Ohio en vous présentant au bureau de la commission électorale de votre comté ? C’est plus facile et cela vous évitera de faire la queue le jour de l’élection… » La coordinatrice a particulièrement insisté de persuader les supporters de Hillary d’aller voter plus tôt à leur aise. Je suppose que c’est pour éviter que ce qu’on appelle en anglais un « act of God » [littéralement : acte de Dieu] ne vienne empêcher ce précieux électeur de voter le jour des primaires—« act of God » se traduit en français de manière moins sinistre comme « catastrophe naturelle », en cette période hivernale où un blizzard peut toujours démotiver un électeur à s’aventurer dehors.
2) « [Si le correspondant(e) est indécis(e) et penchant pour Obama, lui rappeler que] :
a) Les familles de l’Ohio ont besoin d’un président ayant une expérience d’apporter des solutions concrètes à l’économie languissante et aux taux élevés des saisies immobilières ; un président qui protégera les emplois d’être délocalisés et créera de nouveaux et bons emplois pour les familles de l’Ohio ;
b) Je supporte Hillary parce qu’elle est la seule candidate avec un dossier d’accomplissements qui prouve qu’elle fera de bonnes choses pour les familles de l’Ohio ;
c) Hillary a l’expérience de faire face aux défis coriaces de la Présidence avec de réelles solutions parce qu’elle sait que
les solutions proviennent de l’écoute des électeurs ;
d) après 8 ans de la présidence de Bush, nous avons besoin de quelqu’un qui peut apporter des solutions urgentes aux grands problèmes économiques auxquels nous faisons face en mettant fin à la crise du logement et en redémarrant notre économie ;
e) Hillary Clinton est la seule candidate dans cette campagne électorale avec un plan d’assurance médicale couvrant chaque Américain ;
f) en tant que Présidente, Hillary remettra sur pied la classe moyenne, refrénera l’influence des intérêts spéciaux [des lobbies] et restaurera ce pays à sa grandeur ».
A la fin de ce « sujet de conversation », que chaque volontaire peut améliorer à sa manière, des commandes téléphoniques permettent d’aligner automatiquement les correspondants suivants.
A chaque table du centre d’appel, en plus des quatre ou cinq combinés téléphoniques, il y a également une bombe anti-grippe pour les essuyer—ce qui n’est pas un agrément superfétatoire en cette période hivernale où les virus grippaux sont actifs (photo: Alex Engwete).
Post-scriptum : Le dernier débat des primaires démocrates—Prose contre Poésie
A 20 h, heure de l’est des USA, CNN, de concert avec la chaîne espagnole Univision, a fait débattre les deux rivaux démocrates au campus de l’Université du Texas à Austin (photo du téléviseur : Alex Engwete). Ce débat s’est poursuivi jusqu’à 21 h 44—avec trois pauses : a) de 20 h 45 à 20 h 50 ; b) de 21 h 07 à 21 h 10 ; c) de 21 h 28 à 21 h 31. Occasion pour les deux candidats de contraster leurs approches à la gestion de la chose publique : l’expérience pour Clinton (prose) ; une nouvelle façon de faire les choses à Washington « où de bonnes idées vont mourir » à cause de la paralysie partisane, selon Obama (poésie). Comme je l’ai fait remarquer plus haut, ce n’est plus une question du mérite des projets politiques des deux rivaux, mais d’une simple question de charisme personnel. Le 4 mars départagera significativement les deux candidats démocrates sans pourtant offrir un candidat victorieux—aucun d’entre eux n’aura réuni le nombre des « délégués » nécessaires pour décrocher la nomination du parti, nomination qui ne pourra être déterminée qu’à la Convention Démocrate de Denver au mois d’août. Pourtant, certains pontifes veulent déjà que Hillary se retire de la course, débarrassant ainsi le plancher pour laisser Obama seul sous les faisceaux de la rampe…
Commentaires
Clinton ou Obama, Obama ou Clinton ?...
Cet article, par ailleurs très documenté, prend place juste après une appétissante recette.
Les deux textes ne traiteraient-ils pas d'un même sujet : la cuisine ?...
Robert
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