12 avril 2008
Heure du jazz
Heure du jazz
Ce n’est ni une plombe ni deux ni trois heures du mat non plus, les heures du jazz, comme se l’imagine Patricia Kaas—un univers décadent où des « vioques un peu nazes » côtoient des grands comme Charlie Parker « bavant » sur sa trompette. Atmosphère du film « Autour de minuit » (’Round Midnight) de Bertrand Tavernier…
Il est plutôt platement 20 h ce vendredi, à la maison. Avant d’aller faire la cuisine, je regarde les dernières infos sur CNN. Obama aurait « insulté » les ouvriers de la Pennsylvanie ; Bill Clinton déconne en remettant le disque du mensonge d’Hillary dans les Balkans (selon cette version de Bill, elle aurait été fatiguée quand elle l’a dit, oubliant des détails cruciaux du voyage, comme celui d'être sous le feu nourri des snipers) ; une secte de polygames pédophiles au Texas met en émoi toute l’Amérique ; des femmes vivant en polygamie défendent leur style de vie (parmi celles-ci il y a deux sœurs mariées au même homme et qui disent baigner dans le bonheur de partager un mari à trois) ; un marine qui a tué il y a quelques mois sa maîtresse, une marine elle-aussi, vient d’être arrêté au Mexique ; et rien sur la terrible guerre en Irak… Schizophrénie collective…
Des notes de saxo et de contrebasse proviennent soudain du salon juste quand je vais aller préparer de la nourriture. Je me rappelle : Ben m’avait averti que le contrebassiste de son groupe allait passer pour une courte répétition.
Je prends ma camera et fait quelques photos.
Chaque matin l’écho du saxo de Ben, qui habite le sous-sol avec sa petite copine (une violoniste dont les coups d’archet font aboyer Jordi, notre mascotte de Jack Russell), me tire de sommeil. C’est violent et incohérent. C’est pour ne pas perdre la main, dit-on. Ce sont souvent des notes éparses, retirées du contexte d’une mélodie précise qui leur donnerait une charpente.
Mais là, pendant que je cuisine, le saxo de Ben emmêlé à la contrebasse de Matt dans des airs de jazz, m’entrouvrent tout d’un coup comme dans une ouverture en fondu des paysages intérieurs insoupçonnés. Et une sorte de tristesse m’envahit. C’est donc vrai ce qu’on dit : toute bonne musique a comme une doublure d’ineffable douleur… Chaque fois qu’ils interrompent un morceau pour en discuter la « théorie » couchée sur des feuilles de musique étalées sur la table, je suis sur le point de leur crier : « Reprenez donc le morceau, gentlemen ! »… Désormais, chaque matin j’essaierai d’agencer mentalement les notes incohérentes du saxophone de Ben pour redessiner le bel ouvrage que ce saxo et cette contrebasse me livrent ce soir. Gratuitement. Sans droit d’entrée…
Commentaires
J.P.
Décidément, je deviens de plus en plus accro à ton blog,je suis de plus en plus heureux de lire tes réflexions.
Salut
@ Mutoto wa mama :
Merci d’être passé. J’apprécie les commentaires profonds que ces billets t’inspirent. Encore une fois, grand merci… On se retrouvera sans nul doute chez CEDRIC...
Hodi
Alex E.
Je m'invite chez toi. Je n'ai pas encore fait le tour, mais cela a l'air cool.
Je ne te savais pas amateur de Jazz.
Petite question a laquelle je n'ai pas de reponse. Branford Marsalis a remercie Reddy Amisi sur le 2 album de son autre groupe 'buckshot lefonque' en 1994 si mes souvenirs sont bons.... Y a t il eu collaboration entre les deux?
Z
Karibu
Zangiefula:
C’est toi qui m’apprends ce lien entre Branford Marsalis et Reddy Amisi…
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