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ALEX ENGWETE

Congologie : Espace d’analyses et d’opinions sur la culture et la politique du sous-continent de la République Démocratique du Congo. Contact: alexengwete@gmail.com

30 avril 2008

Samouraï Obama: le seppuku

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Le Conseiller Spirituel maboul d'Obama

Candy Crowley, grand reporter politique de CNN, décrit les trois récentes apparitions successives du Révérend Jeremiah Wright, pasteur d’Obama, comme une séquence filmée au ralenti d’une catastrophe ferroviaire. Catastrophe ferroviaire de la campagne Obama prise dans son propre déraillement « théocratique ». Pensez donc : alors que le Sénateur Obama—qui n’avait de cesse à se réclamer de son ardent christianisme—est aujourd’hui littéralement crucifié par ce christianisme au vu des propos censés être antipatriotiques et anti-américains de son propre pasteur depuis 20 ans : le Révérend Jeremiah Wright, pasteur baptiste, autoproclamé « théologien de la libération » et « Lion de Judée »—qui a marié les Obama et baptisé leurs enfants. Contrairement à Cindy Crawley, je donnerais à cet épisode du feuilleton religieux d’Obama les titres « Et le Lion de Judée rugit de colère » ou « Le seppuku du samouraï Obama »

Le Sénateur Obama, ci-devant cool et hollywoodien, voit à nouveau son image ternie cette semaine du fait de son association avec cet ancien "conseiller spirituel" encombrant.

 Le jeune sénateur de l’Illinois croyait avoir enterré l’épisode de l’émergence de l’extrait vidéo du sermon outrageux du Révérend Wright, cinq jours après l’attaque d’Al-Qaida sur les Tours Jumelles de New York, dont voici un court passage : « Nous avons bombardé Hiroshima. Nous avons bombardé Nagasaki. Et nous avons atomisé beaucoup plus de monde que les quelques milliers de victimes à New York et au Pentagone… Nous avons supporté le terrorisme d’Etat contre les Palestiniens et les Sud-africains noirs et nous sommes maintenant indignés ? Parce que les choses que nous avons faites outre-mer nous reviennent dans notre propre arrière-cour ? »

Dans d’autres de ses sermons enflammés de dénonciation de l’injustice raciale aux USA, le Révérend Jeremiah Wright a aussi taxé l’Amérique d’« Amerikkka » (les trois « K » une référence précise et claire au Ku Klux Klan) et maudit le pays sous le drapeau duquel il a pourtant servi pendant 6 longues années en tant que marine : « Dieu bénisse l’Amérique ? Non ! Dieu maudisse l’Amérique pour avoir traité ses citoyens de cette façon ! » Il a aussi développé une théorie du complot du génocide planifié par le gouvernement américain des Afro-américains par la transmission du VIH. Une image à forte résonance émotionnelle dans la communauté noire dans laquelle les expérimentations médicales cruelles sur la syphilis à Tuskegee, en Alabama (1932-1972), sont encore fortement imprégnées dans la mémoire collective afro-américaine.

Le 18 mars dernier, dans un discours sur les relations raciales jugé « historique » par les analystes, Obama, tout en dénonçant les propos de son ancien conseiller spirituel, avait aussi magistralement expliqué les frustrations légitimes de la communauté noire des Etats-Unis. Un discours universellement applaudi, quoique les rivaux politiques d’Obama—tels les Clinton et McCain—ont mis en doute son « jugement » d’avoir maintenu si longtemps de bonnes relations avec le Révérend Wright après le sermon incendiaire du dimanche 16 septembre 2001.

Quoi qu’il en soit, après son discours magistral du 28 mars, le Sénateur Obama avait cru avoir tourné la page sombre de l’épisode Jeremiah Wright.

Mais—hélas pour Obama—c’était sans compter avec la personnalité de dur à cuire et de casseur du Pasteur Wright, lui-même fils de pasteur baptiste, qui a grandi dans les rues mesquines de Philadelphie et pratiqué son ministère dans les rues tout autant terribles de Chicago. Les distances politiciennes effectuées par Obama vis-à-vis du Révérend Jeremiah Wright furent donc prises non seulement à rebrousse-poil par ce dernier, mais bien plus considérées comme un affront personnel, une instance caractérisée de « dissing »—dans l’argot des gangs américains, manque de respect (disrespect)—qui ne pouvait se laver que dans le « sang ». Et du sang d’Obama, le pasteur en a fait abondamment couler depuis six jours en zappant le récit de la campagne présidentielle américaine sur cette version américaine de la querelle des anciens et des modernes (afro-américains). 

Pensez donc : le bon berger, enfilant soudain sa peau du « Lion de Judée », a remis son disque éraillé par trois fois et coup sur coup : 1) le vendredi 25 avril, dans une interview avec le très respecté Bill Moyers, l’intervieweur émérite du « Public Broadcasting Service » (PBS), la télévision publique américaine ; 2) le dimanche 27 avril dans un dîner de gala de la « NAACP », le plus vieux lobby afro-américain, à Detroit ; et 3) le clou, le 28 février, au très huppé « National Press Club », devant la crème de la presse américaine, à Washington, DC.

Des apparitions au cours desquelles, le Révérend Wright n’a fait que réaffirmer ses vues « antipatriotiques » sur les USA et marteler devant l’audience télévisée aux heures de grande écoute que les distances prises par Obama par rapport à lui ne pouvaient se justifier que par des manœuvres de politiciens. Ce qui renforce les doutes de certains sur les vues réelles d’Obama sur l’Amérique : pourquoi ne porte-t-il jamais une épinglette du drapeau américain ? Est-il vrai qu’il est en fait un radical « djihadiste » avec des liens d’amitié que son pasteur entretien avec Louis Farrakham de la « Nation of Islam » (lui aussi de Chicago) ? Est-il vrai qu’il ne met jamais la main sur le cœur lors de la montée des couleurs américaines ? Pourquoi Michelle Obama, l’épouse du candidat, a-t-elle déclaré qu’elle ne s’était jamais sentie à l’aise en Amérique à part ces derniers temps ? Est-on prêt à voir quelqu’un comme locataire de la Maison Blanche dont le nom arabe a des homophonies et des homonymies avec deux des pires ennemis de l’Amérique : « Barack HUSSEIN OBAMA » ?

 Il n’y a pas longtemps, au cours d’une apparition publique, quelqu’un prétendant faire un lapsus linguae, s’est adressé au Sénateur Obama en ces termes : « S’il vous plaît, Sénateur Osama… »… Il y a quelques mois, au cours des primaires républicaines, le candidat Mitt Romney avait justement commis la même « erreur » 

Devant le tollé universel causé par l’ire du Lion de Judée, le Sénateur Obama, tour à tour en colère (contre son ancien pasteur) et d’un air contrit (devant le public américain) au cours d'un point de presse le mardi 29 avril pour dénoncer son ancien pasteur, traitait ses propos de « florilège de divagations » et d’« exploitation des vieilles divisions » de l’Amérique, et se hasardait même à taxer ce pasteur influent dans les milieux noirs d’ « oncle déjanté » (crazy oncle). Le plus terrible dans tout ça, c’est que le Sénateur Obama est apparu mardi, non pas dans l’image du beau garçon insouciant qu’il a toujours su projeter, mais comme un casseur mesquin de Chicago, déterminé lui-aussi à détruire quelqu’un qui a commis un acte intolérable de « dissing » contre lui !  

Ce basculement du récit d’Obama survient près des échéances des primaires de la Caroline du nord, de l’Indiana et de l’Oregon—Etats à prévalence démographique blanche—qui étaient censées sonner le glas des ambitions présidentielles d’Hillary Clinton.

Voici l’état des lieux d’une campagne présidentielle qui tangue dangereusement dans les eaux troubles de sa tentation théocratique… On peut toujours utiliser une autre métaphore avec des ajustements qui se doivent. Les samouraïs avaient un code strict de conduite et de loyauté les liant à leurs seigneurs. Toute accusation de déloyauté forçait le samouraï à commette le seppuku, suicide rituel par auto-éviscération avec un sabre. Image qui semble appropriée du fait que beaucoup d’Afro-américains sont maintenant fâchés avec Obama à cause de sa dénonciation sévère du Lion de Judée

Ce qui, par métaphores filées, me mène au dicton : « qui tue par l’épée périt par l’épée »… Non, cela ne marche pas ; je m’embrouille… Le feu plutôt… « On ne joue pas avec le feu (de la religion) »… Ce qui me rappelle les propos de Joy Behar, animatrice de l’émission télévisée matinale de ABC « The View », qui a décrit le travail de sabordement de la campagne Obama par le Révérend Wright en ces termes : « C’est le genre de personne qui peut brûler toute la maison juste pour cuire une omelette ». La maison afro-américaine brûlée avec son fils le plus prometteur coincé dedans. Triste spectacle d’avortement de rêve américain. Je me ressaisis : pas de larmes pour des théocrates en puissance !  

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24 avril 2008

USA : Les citoyens américains font les frais de la doctrine préemptive

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Au cours du 20ème siècle, l’imaginaire mondial était fasciné par l’Amérique des grands rêves peuplant les vastes espaces fortyumaades films et des bd western. Univers certes très souvent d’« épuration ethnique » avant la lettre mettant aux prises « Indiens » et « cow-boys—emblématisée par le classique « Fort Yuma » (1955).

Quoique le genre soit en perte de vitesse, l’une ou l’autre production survient de loin en loin pour raviver le vrai mythe profond du Far West : la bravoure, l’amitié née du respect mutuel sous le feu de l’action et le sens de l’intégrité morale—qualités que combine l’Australien Russell Crowe dans le récent remake du « 3 :10 to Yuma » (« 3h10 pour Yuma ») qui a fait un malheur au box-office de tous les continents. Pour ceux d’entre nous ayant grandi dans des pays francophones, les aventures inoubliables de « Lucky Luke » ont enraciné et  renforcé ces mythes et ces leçons morales dans notre imaginaire.

Mais l’image que l’Amérique répercute aujourd’hui dans le monde est celle de la violence—étatique et individuelle—à main armée : industrie carcérale de la mise à mort en séries des condamnés à mort ; guerre en Irak ; massacres de masse dans les écoles et les lieux publics.

L’Amérique est aussi la terre sainte des religions. Et des sectes tous azimuts. Parfois déjantées et meurtrières. On connaît les sectes apocalyptiques américaines des gourous Jim Jones à Jonestown ou Marshall Herff Applewhite qui ont amené leurs adeptes au suicide collectif par ingestion du cyanure (et antidépresseurs ainsi que par balles pour les adeptes qui hésitaient à prendre la potion mortelle) et de phénobarbital respectivement. Ah, j’oubliais : il y eut aussi David Koresh, gourou de la « Branche Davidienne », qui fut immolé avec plus de 80 de ses disciples dans l’incendie provoqué lors de l’assaut des agents fédéraux sur sa commune.

Il y a aussi des sectes, comme celle des manipulateurs de serpents qui prend à la lettre les antépénultièmes versets du dernier chapitre de l’Evangile de Marc : «Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru: en mon nom, ils chasseront les démons; ils parleront de nouvelles langues; ils saisiront des serpents; s'ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera point de mal; ils imposeront les mains aux malades, et les malades, seront guéris » (Marc 16:17-18). Et comme on peut s’y attendre, une conséquence de cette manipulation de reptiles venimeux cause chaque année des morsures mortelles et des amputations.

Mais si les autorités fédérales et étatiques américaines laissent faire ces sectes éclectiques et déboussolées, elles sévissent par contre sans pitié sur la secte issue du schisme avec l’église mormone appelée « Eglise Fondamentalistes des Saints des Derniers Jours » (FLDS en son sigle anglais). Au motif de la polygamie, illégale aux USA. Il est vrai que certains des membres de cette secte ont été reconnues coupables d’abus de mineures, dont le prophète de la secte Warren Jeffs—polygame prolifique nanti de 75 épouses—condamné pour complicité dans le mariage forcé (et de ce fait, de viol) de deux mineures à une peine allant de 10 ans à la réclusion à perpétuité.

Dans l’ensemble, cependant, cette secte est faite de paisibles gens qui ont su créer des communautés paisibles florissantes et durables où ils élèvent leurs enfants loin de l’insécurité et la violence des rues américaines.

Mais le 4 avril 2008, la paix pastorale du ranch « Yearning For Zion » (Envie de Sion) des FLDS située dans la campagne texane près d’Eldorado fut brisée par le raid de la police de l’Etat du Texas qui y est entrée pour en extraire 416 enfants et toutes les femmes. Plusieurs jours plus tard, les femmes seront relaxées mais les enfants restent sous la garde de l’Etat et sont distribués dans des familles d’accueil.

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Or, il s’avère que le raid avait été le fait d’un canular téléphonique de Rozita Swinton, 33 ans, mythomane et empêcheuse de tourner en rond afro-américaine, qui avait appelé les autorités texanes en prétendant être « Sarah », une fille de 16 ans vivant dans le ranch des FDLS qu’on voulait forcer—prétendait l’imposteur—à épouser un quinquagénaire.

On pouvait s’attendre qu’après l’arrestation de la farceuse Rozita Swinton l’Etat du Texas allait remettre les 416 enfants à la garde de leurs parents. Bien au contraire. Le juge, faisant sien la position des procureurs, prolonge la garde des enfants par les autorités texanes et ordonne un examen ADN des enfants et des adultes du ranch afin de déterminer s’il y aurait des mères parmi les mineures de la secte. Aux fins de poursuivre les pères éventuels au chef de détournement de mineures.

La théorie la plus inquiétante des procureurs est celle que certains stigmatisent déjà comme une appropriation abusive par la jurisprudence américaine de la nouvelle « doctrine préemptive » de la diplomatie belliqueuse de George Bush et son application sur des citoyens américains : la séparation permanente des enfants de leurs parents au motif qu’en continuant à vivre dans le giron de la secte, ces enfants sont des victimes ou des perpétrateurs en puissance de détournement de mineures et de polygamie.

Le vrai scandale dans ce triste feuilleton, c’est l’attitude des médias américains qui traitent universellement et péjorativement les FLDS de « secte polygamiste », mentionnent à peine la saisie anticonstitutionnelle des enfants et font l’amalgame en mettant au pilori tous les membres de cette secte comme des pédophiles. Dans cette atmosphère délétère, le lynchage médiatique et la censure des nouvelles en contradiction avec la ligne éditoriale universelle est de règle. Seul Larry King de CNN a présenté un portrait quelque peu mitigé de la communauté du ranch « Yearning for Zion » d’Eldorado.

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Les femmes éplorées des FLDS ont ainsi ouvert leurs maisons aux reporters de CNN qui ont pu filmer les lits superposés vides des enfants « kidnappés », selon elles, par l’Etat du Texas. Dans la société civile américaine, le même silence résonne comme un coup de pistolet dans une salle de cinéma archicomble. A part la prise de position en faveur des FLDS par la branche de l’Etat de l’Utah de la légendaire Union Américaine pour les libertés civiles (ACLU). Et quelques groupuscules libertaires.

flds_001aAujourd’hui les membres des FLDS, face à l’adversité dans laquelle ils sont plongés, surtout les parents dont les enfants ont été saisis sans autre forme de procès, la seule consolation ne provient que du resserrement de leur solidarité interne. Ils ont ainsi créé un blog où ils ont affiché le récit et le chronogramme de leur tribulation, ainsi qu’un appel aux donations aux gens de bonne volonté. Ils ont aussi établi un blog de pétition sur un portail public des pétitions. Des gouttes d’eau dans l’océan de l’indifférence générale. Et du tollé général soulevé par leur style de vie.

Au rythme où vont les choses, les mères éplorées finiront par être noyées dans leurs propres larmes. Honte à l’Etat du Texas qui, non content d’être une industrie de l’exécution des condamnés à mort, s’érige aujourd’hui en ravisseur industriel d’enfants !       

*

Source Poster « Fort Yuma » (1955).

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18 avril 2008

Les Aventures du Pape en Amérique

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Catholique en rémission, je contemple avec un intérêt distant la visite du Pape Benoît XVI à Washington, DC. Les Catholiques sont en force dans le métro dans mon quartier, site de l’Université Catholique. Aujourd’hui jeudi dans l’après-midi, dans la bouche du métro de mon quartier j’ai vu une cinquantenaire ample habillée de pagnes et d’une blouse « wax hollandais », la sape de nos femmes africaines, qui descendait lourdement l’escalier.

Très curieux, je l’aborde :

- Hello, ma’am, are you from Africa ?

- Of course, elle me répond avec un grand sourire.

- Where ?

- Cameroon.

- I’ve been to Yaoundé… I’m from the Congo.

Elle me demande en lingala:

- Sango nini ? [Comment ça va]

- Sango malamu [ Bonnes nouvelles].

Mais quand je veux poursuivre la conversation en lingala, elle me répond en français qu’elle ne parle qu’un « tout petit peu » de lingala. Elle m’informe que son peuple de Douala proviendrait du Congo. Pour me le prouver, elle me promet de me donner des mots douala qui se retrouvent aussi en lingala : « moto » (= personne humaine, mot qui se prononce dans sa langue « motó »). Elle me jette un autre mot : « ndako » (= maison, encore une fois, la seule différence est l’accent mis sur la consonne de la fin : « ndakó »)… Je me rends très vite compte qu’il ne s’agit pas de coïncidence, mais bien d’une parenté linguistique réelle. Je me rappelle d’ailleurs incidemment avoir rencontré à Bastos, un quartier de Yaoundé, une Camerounaise mariée à un Congolais, qui parlait lingala couramment sans avoir jamais visité Kinshasa. Que les ethnolinguistes s’attèlent donc à clarifier ce mystère…

Elle me dit aussi que son peuple est tellement fort que Paul Biya n’a osé mettre les pieds à Douala que lorsque les anciens de cette ville réputée pour son opposition ont décidé de « blinder temporairement Biya de fétiches » pour éviter qu’un « malheur ne lui arrive chez nous ».

Je remarque qu’elle a mis deux macarons à la gauche de l’échancrure de sa blouse, l’un de ces macarons porte la photo en couleur du Pape Benoît XVI, souriant, tout de rouge vêtu et tenant la longue canne de Saint Pierre dont j’ai oublié la terminologie liturgique exacte, et bénissant une foule non visible sur la photo. Je ne parviens pas à déchiffrer ce qui est écrit sur l’autre macaron—un laissez-passer sans doute.

Sur la plateforme, des prêtres de noir vêtus (il y en a même un, un Afro-américain, en longue robe noire, qui a des dreads !), des religieuses en robes noires et voiles noirs à doublure blanche, et des laïcs accrochés à leurs chapelets. Mon Dieu, je suis le seul mécréant sur cette plateforme !

La Camerounaise regarde la scène autour de nous et s’exclame avec contentement :

- Nous, les Catholiques, on est tout simplement merveilleux… quoi qu’on dise !

Sa ferveur religieuse m’aurait-elle touché ? Je me surprends à dire : « C’est vrai ! »

On monte dans la même voiture et on s’assied sur des banquettes proches. Elle m’apprend qu’elle a visité Kinshasa en 1975—elle a un oncle qui y a vécu pendant plus de 20 ans. On parle de Biya—« Chacun d’entre nous est un Biya en puissance », me dit-elle—de l’Afrique, de Kinshasa et la belle maman camerounaise descend à deux stations de notre point d’embarquement. Je ne connais même pas son nom, ni elle le mien ! Une bouffée d’Afrique qui se dissipe à Union Station

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Mais tout n'est pas comme glorieux et héroïque comme dans Les Aventures de Tintin en Amérique pour le Pape. Il y a eu des moments de colère et de douleur pour les Catholiques de ce grand pays religieux... ainsi qu'une grande honte qui plane sur l'Eglise Catholique Romaine.

Le Pape a bien été célébré à la Maison Blanche, dans les rues de Washington et au grand stade de baseball de la capitale, mais une grande blessure demeure dans les cœurs des Catholiques américains victimes d’agressions sexuelles perpétrées par des prêtres. Tout en condamnant ces actes criminels, le Souverain Pontife en a aussi profité pour tirer à boulets rouges sur la société américaine : « A quoi peut bien servir de parler de la protection de l’enfant quand la pornographie et la violence peuvent être visionnées dans de si nombreuses maisons à travers des médias largement disponibles aujourd’hui ? » Commentaire qui a provoqué la colère de certains commentateurs américains, qui y voient une manière de justifier la malfaisance des prêtres pédophiles en les présentant comme étant eux-mêmes victimes des influences néfastes du milieu ambiant.

Dans la soirée du jeudi, pourtant, une nouvelle tombe : le Pape a rencontré les victimes des abus sexuels des prêtres, y compris Bernie McDaid (photo), de Boston, enfant de chœur sodomisé à l’âge de 12 ans dans la sacristie de son église par un prêtre, qui rapporte sur le plateau de CNN, avoir dit au Pape qu’il y a un « cancer qui grandit dans ton troupeau » qu’il incombe au Souverain Pontife d’éradiquer. McDaid a tort : il ne s’agit pas d’un cancer, dont l’étiologie n’est pas souvent évidente, il s’agit plutôt d’un vaste repaire de pédophiles qu’il faut dénicher et jeter en prison. Bien plus, il est grand temps que l’Eglise Catholique Romaine réexamine la question du célibat injustifié des prêtres…

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14 avril 2008

USA: Dérive théocratique du parti démocrate

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Il y a quelques jours, j’avais débrayé pour de bon de la campagne électorale américaine. Sauf, bien sûr, ces commentaires épisodiques désengagés sur maintes bizarreries que je note ces derniers temps tant sur ce que le Sénateur Obama appelle le « square public »—la place publique—du débat politique que sur la dérive du journalisme américain. Je constate une nette descente dans le bourbier théocratique qui n’est certainement pas la notion de la République des « Pères Fondateurs ». Phénomène favorisé par les médias américains qui, ce dimanche soir 13 avril, par l’entremise de CNN, nous ont offert un exercice pitoyable de ce gommage de la ligne—par ailleurs toujours fort ténue aux USA—entre l’église et l’Etat. Et il y a beaucoup d’Américains qui s’inquiètent de ce gommage.

Le cadre de cette débâcle récente était l’université au nom prédestinée de « Messiah College »—Université du Messie !—à Grantham, en Pennsylvanie, Etat où, le mardi 22 avril, Clinton et Obama s’affronteront à nouveau dans la longue marche des primaires démocrates. Une grande salle de cette université a servi de scène pour le programme de CNN portant un titre qu’on aurait dû peut-être mettre en générique avec de la musique grégorienne (sauf que les USA sont un pays majoritairement protestant) : « Forum de la compassion : Foi et Politique ». La mise en scène est signée Campbell Brown, présentatrice et commentatrice politique de CNN (première photo ci-haut).

Il est significatif que le Sénateur John McCain, candidat républicain et dont le parti est l’allié traditionnel des évangélistes, n’ait point jugé opportun de répondre à l’invitation de CNN pour participer à ce carrousel—car il ne s’était pas agi d’un débat mais d’une « comparution » successive face à une salle archicomble d’où provenaient des questions présélectionnées, quand ce n’était pas l’« anchorwoman » elle-même qui les posait. Que les deux candidats démocrates se soient précipités pour se prêter à cette mascarade montre la grande distance parcourue par le parti démocrate par rapport aux idéaux traditionnels de la gauche américaine.

La première à se prêter à cet exercice fut Hillary Clinton, en perte de vitesse dans les sondages d’opinion, qui a profité de cette occasion pour se redorer le blason en pourfendant Obama pour les « insultes » qu’il aurait proférées il y a quelques jours aux ruraux de la Pennsylvanie. Dixit Obama : « ce n’est pas surprenant qu’ils [ruraux] soient devenus amers, s’attachent à leurs armes ou leur religion ou montrent leur antipathie contre les gens qui ne leur ressemblent pas ou aient des sentiments anti-émigrés ou anti-libre échange comme exutoires de leurs frustrations ».

Vinrent ensuite les « questions de foi et de compassion » aux candidats dont voici deux photos du florilège destiné à Clinton :

1) Question : « Pourquoi Dieu laisse-t-il les innocents souffrir ? »

2) Question : « Quel est votre passage favori de la Bible ? »

La question la plus incroyable fut celle posée par la Campbell Brown à Barack Obama : « Croyez-vous que Dieu a crée le monde en 6 jours ? »

C’est une dérive totale du parti démocrate, prêt à sacrifier les principes fondamentaux du progressisme et de la séparation de l’église et de l’Etat pour s’envoler dans les limbes théocratiques afin de gagner les élections de novembre !

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12 avril 2008

Heure du jazz

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Heure du jazz

Ce n’est ni une plombe ni deux ni trois heures du mat non plus, les heures du jazz, comme se l’imagine Patricia Kaas—un univers décadent où des « vioques un peu nazes » côtoient des grands comme Charlie Parker « bavant » sur sa trompette. Atmosphère du film « Autour de minuit » (’Round Midnight) de Bertrand Tavernier…

Il est plutôt platement 20 h ce vendredi, à la maison. Avant d’aller faire la cuisine, je regarde les dernières infos sur CNN. Obama aurait « insulté » les ouvriers de la Pennsylvanie ; Bill Clinton déconne en remettant le disque du mensonge d’Hillary dans les Balkans (selon cette version de Bill, elle aurait été fatiguée quand elle l’a dit, oubliant des détails cruciaux du voyage, comme celui d'être sous le feu nourri des snipers) ; une secte de polygames pédophiles au Texas met en émoi toute l’Amérique ; des femmes vivant en polygamie défendent leur style de vie (parmi celles-ci il y a deux sœurs mariées au même homme et qui disent baigner dans le bonheur de partager un mari à trois) ; un marine qui a tué il y a quelques mois sa maîtresse, une marine elle-aussi, vient d’être arrêté au Mexique ; et rien sur la terrible guerre en Irak… Schizophrénie collective…

Des notes de saxo et de contrebasse proviennent soudain du salon juste quand je vais aller préparer de la nourriture. Je me rappelle : Ben m’avait averti que le contrebassiste de son groupe allait passer pour une courte répétition.

Je prends ma camera et fait quelques photos.

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Chaque matin l’écho du saxo de Ben, qui habite le sous-sol avec sa petite copine (une violoniste dont les coups d’archet font aboyer Jordi, notre mascotte de Jack Russell), me tire de sommeil. C’est violent et incohérent. C’est pour ne pas perdre la main, dit-on. Ce sont souvent des notes éparses, retirées du contexte d’une mélodie précise qui leur donnerait une charpente.

Mais là, pendant que je cuisine, le saxo de Ben emmêlé à la contrebasse de Matt dans des airs de jazz, m’entrouvrent tout d’un coup comme dans une ouverture en fondu des paysages intérieurs insoupçonnés. Et une sorte de tristesse m’envahit. C’est donc vrai ce qu’on dit : toute bonne musique a comme une doublure d’ineffable douleur… Chaque fois qu’ils interrompent un morceau pour en discuter la « théorie » couchée sur des feuilles de musique étalées sur la table, je suis sur le point de leur crier : « Reprenez donc le morceau, gentlemen ! »… Désormais, chaque matin j’essaierai d’agencer mentalement les notes incohérentes du saxophone de Ben pour redessiner le bel ouvrage que ce saxo et cette contrebasse me livrent ce soir. Gratuitement. Sans droit d’entrée…

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10 avril 2008

Fleurs de cerisiers japonais sakura yoshino

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Le 4 avril, L. Bilonda, une correspondante qui habite le Michigan, m’avait confié le « devoir », semblable aux leçons d’observation (aussi appelées « étude du milieu »), une aubaine pour beaucoup d’entre nous elles ressemblaient à s’y méprendre à une version formelle de l’école buissonnière…

Zut ! je suis obligé de prendre une tangente momentanée en ouvrant ici une parenthèse pour dire qu’en googlant « leçon d’observation », je suis tombé sur cette fiche pédagogique d’une leçon d’observation. Ce qui me frappe sur cette fiche, c’est le politiquement correct qui a changé les termes traditionnels des parties prenantes majeures de l’éducation : les enseignants et les élèves. On appellerait maintenant les premiers « appreneurs » (terme souligné au rouge, c’est-à-dire point reconnu par le lexique de mon logiciel de traitement de texte Microsoft Word) et les seconds « apprenants » (terme reconnu par le logiciel). Une révolution rousseauiste de la pédagogie aurait-elle donc secoué les écoles pendant que je dormais ? Ou est-ce une « révolution » semblable à celle annoncée par l’inventeur américain Dean Kamen lors du lancement de son invention « Segway » qui, selon lui, allait « révolutionner » les déplacements urbains et mettre au rencart l’invention incontournable de Pierre Michaux, le vélocipède à pédales, connu aujourd’hui familièrement sous le nom de bicyclette ou vélo, avec, comme pour célébrer le terroir de sa création, un événement sportif annuel appelé « Tour de France ». Je me rappelle qu’à la branche de Central Square du « 1369 Coffeeshop », café de mon quartier à Cambridge dans le Massachusetts, ce teaser publicitaire du Segway, entouré du plus grand secret industriel jamais connu de mémoire américaine contemporaine, nous avait bien tenu en haleine. Certains d’entre nous prédisaient qu’il s’agirait d’une voiture ou d’une moto volante, d’autres d’un harnais d’héliportage individuel qu’il suffirait de mettre sur son dos pour s’envoler—un univers de « Spirou et Fantasio », avec Dean Kamen dans le rôle du Comte Pacôme Hégésipe Adélard Ladislas de Champignac ! Quelle ne fut notre déception quand Segway est enfin sorti…

C’est un peu la même chose avec la prolifération politiquement correcte des termes comme « appreneurs » et « apprenants » ; « non voyants » (avec ou sans trait d’union); « non entendants » (avec ou sans trait d’union); « normo-entendants » et j’en passe—termes qui ne changent particulièrement rien à la situation réelle objective des faits : révolution terminologique à la Segway…

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Je referme là cette parenthèse, une harangue contre le politiquement correct.

Revenons à nos moutons…

L. Bilonda m’a donc demandé de prendre quelques photos des fleurs de cerisiers japonais yoshino. Elle m’envoie même le lien au site du Festival national des fleurs du cerisier qui s’étend cette année du 29 mars au 13 avril—avec une parade en règle intervenant le samedi 12 avril. Ces cerisiers sont le cadeau de 3000 cerisiers offerts par le maire de Tokyo, M. Yukio Azaki, à la capitale américaine le 27 mars 1912, pour sceller l’amitié entre les peuples nippon et américain. L'épouse du maire de Tokyo,la Vicomtesse Chinda, et la Première Dame des USA, Mme Helen Taft, avaient planté les deux premiers cerisiers. Un renouvellement de ce cadeau avec 3800 arbres fut fait en 1965. Ces arbres sont plantés dans le Tidal Bassin (Bassin de marée) au bord duquel on trouve le « Jefferson Memorial » et, un peu en retrait, le « Franklin Delano Roosevelt Memorial ». Il y a même une pagode japonaise, que je n’ai pas visitée à cette occasion. Voilà un exemple triomphant de coopération et d’amitié entre les peuples—doublée de romantisme que ces fleurs éclatantes, qui marquent le printemps triomphant, font nécessairement pétiller dans les coeurs. Et c’est le même sentiment d’anticipation que ces rues perlées de rose cotonneux ont causé dans mon coeur.

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Un bémol dans mon coeur face à cette symphonie de couleurs : Ne pourrait-on aménager nos rivières urbaines au Congo de la même manière ? Les arbres qu’on retrouve aujourd’hui à Kinshasa par exemple datent de l’époque coloniale et la rivière Makelele qui passe juste devant le Stade Tata Raphaël regorge de merde !... Je me rappelle qu’un billet de Cédric Kalonji, bloggeur congolais récemment de passage à Paris et frappé par la « pierre » et les squares de Paris (particulièrement La Place de la Bastille), lui a valu l’ire d’un intervenant qui l’a pourfendu en ces termes : « je suis vraiment offusqué que quelqu’un comme vous, qui avez cet excellent medium pour transmettre vos idées, pense et véhicule la pensée selon laquelle tout ce qui est du colonisateur (ex ou néo) est glorieux et fait la règle et même l’idéal contrastant notre sauvagerie (comme vous appelez vos ancêtres) et notre petitesse d’esprit ». Je ne pouvais évidemment pas laisser un tel exercice de mauvaise foi sans le contrer : « [Cédric] voulait transmettre son émoi et son admiration face à cette grande tradition architecturale occidentale, civilisation de la pierre, bâtie au cours des millénaires, copiée d’ailleurs aux USA lorsque les « pèlerins » s’y sont établis. La pierre est pérenne, comme on peut le constater en Egypte ou dans les ruines du Zimbabwe. Or, notre civilisation a brillé par son manque d’imagination architecturale et urbaine. Nous, on a plutôt privilégié l’adobe et la paille, vite effacées par le temps. Dans l’Afrique contemporaine, c’est comme si la même tendance continuait. Donne-moi par exemple un lieu public à Kinshasa où Cédric pourrait aller se prélasser comme à la Place de la Bastille…Essaie d’aménager un parc à Kinshasa et tu verras les gens aller y chier. Regarde nos marigots et rivières, lieux de promenade romantique, qui sont aujourd’hui des latrines publiques. Nos mégapoles sont en fait devenues ce que quelqu’un a appelé des « monstres anarchiques » et des foutoirs qui sont d’ailleurs documentés par Cédric photo après photo. Au lieu d’insulter Cédric, explorons plutôt les pistes de profonde méditation urbanistique qu’il nous livre avec candeur ».

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Ce sont les mêmes pensées qui m'habitent le long de la promenade des cerisiers japonais qui ceint le Tidal Basin où s’ébattent des canotiers sur des canots à pédales. Moi qui maudissais L. Bilonda pour cette « étude du milieu », me voici soudain revigoré par cette « promenade solitaire » à la Rousseau—solitude toute intérieure s’entend, car c’est comme si tout Washington s’était donné rendez-vous en ce début d’après-midi autour du Tidal Basin pour jouir des fleurs du cerisier. Surtout que depuis trois ou quatre jours un plafond bas et sans soleil s’était appesanti sur la ville, qui m’a fait remettre cette excursion à ce mercredi après-midi. J’avais raison, sans soleil, je ne sais à quoi ressemblerait cette effervescence des sakura yoshino. Le long de cette promenade des cerisiers japonais où la vie vibre dans toute sa biodiversité.

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A mon retour, je m’arrête au café éthiopien de mon quartier pour une grande tasse de café et j’y trouve les coups de crayon de Dan, censés être l’esquisse de mon portrait qu’il a en chantier. Dan n’est pas au café et je ne me reconnais absolument pas dans le sombre et inquiétant personnage qu’il esquisse. Sa fameuse « théorie d’ailes d’oiseaux » l’aurait-elle trahi ?

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08 avril 2008

Sourdine définitive sur les démocrates américains

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Je mets une sourdine définitive sur les démocrates américains que j’ai décidé de zapper. On ne m’y reprendra plus ! J’ai grandi gauchiste—sous l’influence directe de mes professeurs gauchistes belges du Collège du Sacré-Cœur (pas les prêtres bien sûr). Et mon « gang » d’ados à Kisangani était gauchiste. Or, je me suis totalement fourvoyé sur la gauche américaine, qui n’existe que de non.

Mes raisons :

1) Le dernier mensonge d’Hillary Clinton qui prétendait, il y a deux semaines, qu’elle avait visité les Balkans sous le feu des snipers ! De qui se moque-t-on ?

2) L’autocrucifixion de Barack Obama, chaque fois qu’on le taxe de musulman, aux côtés de Jésus-Christ à Golgotha—comme s’il était le troisième des brigands que les soldats romains « crucifièrent aussi avec [Jésus] deux brigands, l'un à sa main droite, et l'autre à sa gauche » (Marc 15:27). Je ne sais pas où se placerait Obama avec sa croix dans cet alignement de croix, sans doute en face du Christ mourant pour créer le sommet d’un triangle équilatéral parfait. Or, le royaume de Jésus n’était point de ce bas-monde, auquel Obama s’attache si férocement. Les « Pères fondateurs » de la République américaine étaient pourtant on ne peut clairs, dans le Premier Amendement de la « Constitution Américaine » : « Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion, ni qui restreigne la liberté de parole ou de la presse, ou le droit qu'a le peuple de s'assembler paisiblement et d'adresser des pétitions au gouvernement pour le redressement de ses griefs ».

Ce qui montre, si besoin est, que Barack Obama n’avait pas à contrer ceux qui le font passer pour un musulman en se réclamant du Christianisme, mais en se réclamant du Premier Amendement et en s’écriant : « Fi donc, Messieurs-dames, ce commerce religieux n’est point celui d’un politique américain qui se respecte ! Que je sois Musulman, Bouddhiste, vaudouiste ou vaudouisant n’est point le propos de cette campagne électorale ! » ...

Qu’on ne s’étonne donc pas que nombre d’Américains ne se pressent jamais dans les bureaux de vote !

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Illustration: Photo Alex Engwete

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06 avril 2008

Zaïre : Contrôle biopolitique

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Je tombe parfois dans ma collection de vieilles photos sur de vraies gemmes. Comme cette photo que j’ai prise en 1984 ou 1985 de mon boss Freddy Apaka Tombika (à droite) et son ami (à gauche), haut fonctionnaire, habillé d’un complet abacos—obligatoire sous le régime Mobutu après l’interdiction des costumes « occidentaux ». Je ne vois rien qui soit « authentiquement » africain dans ce costume. La même étoffe, la même coupe, à part un ajustement de l’échancrure et le foulard qui remplace la cravate. Le plus grave, dans tout ça, c’est que l’abacos était ainsi universellement subi sans la moindre objection par une population de plus de 50 millions d’habitants. Un contrôle biopolitique absolu...

Heureusement qu’ayant à superviser nos deux discothèques—New Pop City et Manneken Pis—j’étais le plus clair de mon temps épargné de cette uniformisation vestimentaire.

Je constate d’ailleurs la même imposition vestimentaire dans le règlement d’ordre intérieur de la nouvelle Assemblée Nationale qui force députés et sénateurs à s’accoutrer en costume « occidental ». Ce qui veut dire qu’on ne peut pas se présenter dans ces hémicycles en boubous ou en abacos (d’ailleurs tombé dans l’entre-temps en désuétude).

A part cette observation vestimentaire, on notera qu’il y entre la date de cette photo et aujourd’hui, des années de guerre et d’occupation étrangère qui ont détruit toute la fabrique sociale de Kisangani et défait des vies. Nos night-clubs, qui rythmaient la vie de Kisangani-by-night, ont tout simplement disparu. Je ne sais par exemple pas ce qu’est devenu l’ami de mon boss. Ce dernier est aujourd’hui député provincial de la Province Orientale mais on ne le retrouvera plus sirotant son verre de Primus, puisqu’il est devenu pasteur d’une église du réveil.

J’ai une riche archive de ces belles années de Kisangani et de New Pop City et Manneken Pis avant le basculement dans la destruction. Je compte en faire un bouquin un jour…

Posté par Alex Engwete à 05:49 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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