21 mai 2008
Mise à jour : Triomphe de Heather Figi dimanche 18 mai 2008
Voici la photo de
Heather et de son groupe que le Washington Post publie dans son édition du mardi
20 mai 2008—photo qui accompagne la critique de l’ensemble et de la pièce
exécutée personnellement par Heather…On reconnaîtra Heather, souriante, au
fond, et tenant sous le bras son inséparable violon… Je n’ai pas pu assister au spectacle du fait d’un
conflit horaire—pas pour une quelconque appréciation de la musique, mais pour filmer le spectacle aux fins de le comparer à la prestation privée dont m’avait gratifiée
Heather. Qu’on relise donc ce que j’ai dit sur Heather Figi comme les
balbutiements d’un ignare en musique classique moderne—quoique je n’en retire
absolument rien. Voici par contre ce que dit Stephen Brookes, du Washington
Post, aficionado de musique classique de la capitale américaine, écrit sur la
performance publique de Heather au National Gallery of Art, à Washington, DC :
« La pièce mélancolique ‘Rothko-Tobey
continuum pour violon et cassette’ de Evan Chambers était une perle sombre et poignante jouée
avec un sens élégant de passion sobre par Heather Figi ». Comme on
peut s’y attendre, Heather est aux anges…
16 mai 2008
@ TOUS: NOUVEAU BLOG ALEX ENGWETE SUR BLOGGER (BLOGSPOT)
MISE A JOUR:
D'ACCORD, ON GARDE CE BLOG. NE VOUS REVOLTEZ PAS! :-)
18 MAI 2008
Luka Mambu s’était
plaint des contraintes et des limites d’interface dans les commentaires sur
cette plateforme. J’ai donc lancé un autre blog « alexengwete » sur « blogger »
(ou « blogspot »), qui offre l’interface html aux intervenants. On
abandonnera donc ceci sans pour autant l’effacer. Il nous servira d’archives… Je
viens de poster un billet d’accueil sur le nouveau blog et continuez-y, si vous
voulez, les échanges entamés ici… En attendant que je mette un lien de
redirection à la marge, voici le lien de ce nouveau blog, qui est « user-friendly »
comme tout ce que fait Google d’ailleurs… (Je mettrai aussi ce lien sur mon identifiant chaque fois que j'interviendrai sur le Blog de CEDRIC)... Merci d'avance
http://alexengwete.blogspot.com/
13 mai 2008
RDC : Les Nouveaux impérialistes = conservationnistes et écologistes
Je soumets ci-dessous
à votre lecture et à votre méditation la traduction d’un billet rédigé en
langue anglaise que je viens de lire.
J’ai gardé tous
les liens hypertextuels de l’original en y rajoutant seulement un : un lien sur l’article
de « Wikipédia » qui traite du film « L’Odyssée de l’African
Queen » que le billet mentionne.
Ce billet m’a tellement révolté
que j’y ai immédiatement réagi. On lira la traduction de ma réaction après la
lecture du billet. Assez bizarrement, depuis deux semaines j’écris une
courte fiction pour la « lonkasa de jean-pierre » intitulée « Nouveaux
impérialistes et éco-terroristes ». J’ai piqué le terme « nouveaux
impérialistes » d’un article de International Herald Tribune qui décrit
par cette expression les expats travaillant pour les ONG en Afrique. Comme quoi :
la réalité est plus riche que la fiction.
Voici le billet
de ces nouveaux impérialistes :
En fait pas
encore… il semble qu’il est en train d’en chercher
L’évêque a visité
Obenge. Crispin a dépassé son bateau alors qu’il se rendait vers l’aval en
direction d’Opala. Crispin transportait les représentants de la société civile
qui rentraient et embarquait John qui avait promis de nettoyer les derniers
membres du gang de Major Ranger, ceux qui étaient dans la forêt au cours de sa
dernière « mission de nettoyage ».
La photo que
Crispin fit du bateau de l’Evêque rappelle l’image du film « L’Odyssée de
l’African Queen » (1951), avec Humphrey Bogart et Katharine Hepburn.
légende de la
photo 01: Vue de la photo du bateau de l’Evêque se dirigeant vers l’aval en
direction d’Obenge.
Légende de la
photo 02 : "L’Odyssée de L’African Queen" fut filmé sur la Ruiki, qui coule
vers le nord entre la Lomami et le Lualaba, avant de se jeter dans ce dernier
au sud d’Ubundu
Avec grande fanfare, même si ce n’était pas Hollywood, l’Evêque est arrivé à Obenge dans la soirée du mardi 22 avril et très tôt le matin du 23 partit avec un guide et les catéchistes qui l’accompagnaient dans la forêt. Une Mission mystérieuse, d’une signification évangélique douteuse.
Légende de la
photo 03 : Il y avait une pompe appropriée
Plus tard ce matin-là, il rassembla un meeting populaire au cours duquel il fit quelques commentaires qui ne valent pas la peine d’être répétés sur notre Projet TL2 [N.D.L.R. : TL est une abréviation de « Tshuapa-Lomami »]. Il distribua du sel et des seaux plastiques à la masse assemblée et il rencontra des notables du village pour leur dire qu’il était intéressé par une concession forestière près d’Obenge. Les notables du village restèrent évasifs.
Légende de la photo 04 :
Distribution des cadeaux
Crispin était
rentré à Obenge le jeudi. Il rassembla des témoignages, mais malgré ses efforts
en vue de le rencontrer personnellement, l’Evêque était toujours au lit ou
indisposé. Crispin réussit toutefois à parler aux catéchistes et à leur
expliquer ce que nous faisions. Il leur montra nos papiers officiels.
Les Catéchistes : Pourquoi n’expliquez-vous pas à l’Evêque
ce que vous faites ? Vous ne nous avez pas informé et vous êtes dans notre
diocèse. (commentaire : nous n’avons pas non plus informé les Méthodistes,
ni les Baptistes, ni les Kibanguistes [sic]… Et le siège de l’évêque est à 350
km à vol d’oiseau d’Obenge).
John (plus tard) : C’est étonnant que l’Evêque vienne jusqu’à
la frontière sud de son diocèse pour une concession forestière alors que la
Lomami traverse deux cents km de forêt vierge plus au nord.
Crispin : Attendons voir… il semble qu’il a d’autres
intérêts. Il a visité des ruisseaux où l’on raconte que les colonialistes
belges extrayaient des diamants et d’autres minerais inconnus.
Parenthèse pertinente : Ce même Evêque d’Isangi fit une autre
visite dans un coin reculé de son diocèse sylvestre en février de cette année. Cette
fois-la au village de Yeikombo—à l’ouest d’Opala—sur la route d’Ikela.
Il promit au
village qu’il allait construire des écoles et des hôpitaux. Une nuit peu après
son arrivée, il fut attrapé par le PPRD (agissant comme police locale) en
visite clandestine dans une mine de diamant de laquelle une grosse « pierre »
a été récemment extraite. Au cours de l’interrogatoire, et dans un mouvement
tout humain de « passion », l’évêque dit qu’étant donné « ce
genre de réception » il n’allait rien faire pour le village.
Et évidemment il
n’a rien fait.
Légende photo 05 : Le dernier membre du gang des braconniers de Major Ranger embarque dans le bateau de l’Evêque
Retour sur Obenge : Major John a arrêté les trois derniers membres du gang des braconniers d’éléphants. Sans cérémonie, et à la surprise de l’évêque, ils devinrent des « hôtes » sur son bateau pour le voyage de retour le long de la Lomami pour Opala.
Légende photo 06:
Eberlué, l’évêque regarde l’opération
Comme Crispin l’a
dit, « Attendons voir ». S’il y a un suivi, vous serez au courant.
Légende de la photo 07. L’Evêque d’Isangi et un catéchiste agitent la main en signe d’au revoir… « adieu »
serait préférable
Une remarque : Je suis Catholique et qui plus est de
conversion adulte. Je ne pouvais pas écrire ceci sans donner mon témoignage sur
maints sacrifices incroyables que le clergé catholique a fait au bénéfice de
leurs congrégations au cours de la récente guerre au Congo. Par
ailleurs, l’Eglise Catholique est humaine. Elle a ses dessous.
J’écris ce
commentaire tout en étant conscient qu’il m’enverra dans l’arène pour des
combats singuliers avec un certain nombre de mes amis qui sont des conservationnistes
avérés—y compris la personne qui m’a fait suivre le lien à ce billet, personne qui est américaine, la mère de ma fille, spécialiste des sciences sociales et conservationniste
qui connaît la région. Je suis né et j’ai grandi à Kisangani et je suis plongé
dans la perplexité par le fait que :
1) Vous, en tant
que scientifiques, n’avez pas fait montre de courtoisie en parlant personnellement à
l’évêque avant de lancer cette campagne de diffamation avec ses photos
affichées sur votre site Internet. S’il était Américain, il vous aurait intenté
une action en justice pour diffamation.
2) Je ne sais pas
si vous connaissez les lois foncières du Congo. Il y a deux catégories de lois se
rapportent au régime foncier : la loi coutumière et la jurisprudence
moderne congolaise. Le scénario que vous décrivez est improbable, à moins que l’évêque
ne soit natif de la région. Auquel cas, la loi coutumière lui donne le droit d’avoir
et d’extraire des ressources dans la partie de la forêt traditionnellement
attribuée pour la chasse à son clan par la tribu—et cette partie est en
dehors de la forêt « communale » de la tribu.
3) A ma dernière vérification, l’évêque est Congolais de droit. Et je ne
vois pas pourquoi des scientifiques expatriés viendraient, bourlingueraient dans
la forêt et priveraient un Congolais du même droit. J’aimerais certainement
voir l’époque où des scientifiques congolais se verraient accordés des visas
pour aller, disons, dans la région des Belgrade Lakes au Maine (USA), que j’ai
au fait visitée à de nombreuses occasions, bourlinguer dans ses lignes de partage des eaux,
dresser des campements dans la nature, et commander aux indigènes ce qu’ils
doivent faire sur la façon d’améliorer la conservation du Great Pond et du Long
Pond ! Et tant qu’ils y sont, permettez-leur aussi de tourner en ridicule
le pasteur ou l’évêque des lieux ! Je crois que les scientifiques et les
conservationnistes occidentaux profitent de l’affaiblissement de l’emprise du
gouvernement congolais sur sa souveraineté pour fragmenter davantage cette
souveraineté pour leur propre avantage et se comporter de manière cavalière
comme en terre conquise tout comme le faisaient Stanley et sa cohorte. Ils se
sont métamorphosés en « nouveaux impérialistes » (International
Herald Tribune) et en « éco-impérialistes ».
11 mai 2008
Dix mois pour 4 minutes 44 secondes pour Heather ; et nuit blanche pour moi
Rothko-Tobey Continuum
Vidéo envoyée par aengw
(Une copie exacte du clip ci-haut est aussi disponible sur YouTube)
On partage la
maison avec un couple : Ben, saxophoniste, et Heather, violoniste. Heather
me semble stressée ces jours-ci. J’ai compris pourquoi quand, ce jeudi passé,
elle, elle m’avait prié de servir de public d’essai pour un court morceau de
violon qu’elle allait bientôt jouer un public ! Au fait, je ne savais pas très
bien ce qu’elle entendait par « practice
audience » jusqu’à ce qu’elle vint me trouver ce vendredi 10 mai 2008,
à 20h20, heure de l’est des Etats-Unis, dans la salle de séjour que nous
utilisons comme « salle de télé »,
munie de son étui de violon. Je la regardais à contrecœur extraire le violon de
son étui—tout plongé que j’étais dans « Les
Tontons flingueurs », film culte de Lino Ventura que rediffusait « TV5MONDE ». Mais je lui
avais promis que je serai son public d’essai et bien mal m’en prendrait de me
défiler maintenant. J’ai décidé donc de prendre mon mal en patience. J’éteignis
la télé, juste avant ma scène favorite de Lino Ventura chantant le visage fermé
« Happy Birthday To You » à
Bernard Blier, avant de lui asséner un coup en pleine tronche.
Comme on l’entend
sur le clip, avant de jouer, Heather me présente rapidement le titre du court
morceau de 4 minutes 44 secondes (« Rothko-Tobey
Continuum »), son compositeur (Evan Chambers, professeur de composition
à l’Université de Michigan) et m’informe qu’il y a une partie synthétisée
préalablement enregistrée dans l’ordinateur et qui se joue simultanément avec
la partie du violon qu’elle va exécuter. J’ai une bonne petite collection de
musique classique, mais je me fais toujours violence pour en écouter, jetant mon dévolu sur un bon morceau
de Fally Ipupa ou une chanson de Carlyto Lassa Ndombasi du temps où il jouait
avec l’OK Jazz plutôt que sur une sonate pour clarinette et piano … Et même si j’aime
par exemple l’ « Adagio
d’Albinoni en sol mineur », je préfère dix fois plus son
interprétation par le grand guitariste uruguayen Césaro Amaro à son
interprétation majestueuse par l’Orchestre Philharmonique de Berlin dirigé par
le très regretté Herbert von Karajan.
C’est donc dire
que j’étais franchement dérouté par les cordes de Heather. J’ai bien l’esprit
ouvert, mais là j’avais complètement cogné contre un mur.
Sans doute frustré
par le fait que je ne pouvais émotionnellement saisir ce morceau, j’ai donc
voulu l’appréhender par l’intellect, à commencer par son titre et son
compositeur. Et ce « googlage » inopiné m’a pris toute la nuit du
vendredi au samedi ! En me soumettant à l’exercice de Heather, je ne me
doutais nullement que j’allais me perdre dans le labyrinthe des liens
hypertextuels, une information hyperliant à une autre information elle-même
hyperliée à une autre, en nœuds infinis, comme dans une itération fractale, ou
une boîte de Pandore. Liens hypertextuels que je n’ai d’ailleurs pas épuisés.
Pour résumer
cette démarche, après la visite au site de l’Université de Michigan pour avoir
un aperçu sur Evan Chambers, je suis passé par son site personnel où j’apprends
le titre complet du morceau que m’avait joué Heather : « Rothko-Tobey Continuum : violin and tape ». Et,
de fil en aiguille, je tombe sur un article du Washington Post du 4 avril 2008 qui faisait la critique d’un
concert de musique classique américaine contemporaine, dans lequel notre
compositeur est mentionné : « Le
‘Rothko-Tobey Continuum’ d’Evan Chambers mélangeait une ligne lumineuse et
mélancolique profondément évocatrice de Rothko, avec une piste enregistrée qui
fit écho aux toiles hiéroglyphiques de Mark Tobey. Joué par Elisabeth Adkins
avec son habituel calme pensif, c’était lyrique et —étant donné qu’il était
partiellement écrit (eh, « généré ») par un ordinateur—indéniablement
poignant ».
De deux choses l’une,
soit ce journaliste a raison ou bien c’est Heather qui n’a pas bien interprété
ce morceau « lyrique » (je
refuse de prendre en compte la troisième option, qui ferait de moi un fruste
incapable de jouir de bonne musique). J’écarte aussi la deuxième
alternative : j’ai une fois vu Heather jouer du violon pour un groupe de
salsa dans un grand restaurant-bar de Washington, et elle m’avait impressionné.
De plus, sortie d’un conservatoire, elle gagne sa vie à enseigner le violon.
Dans tous les cas, l’extrait de l’article ci-haut du Washington Post fait aussi mention de Rothko et de Mark Tobey comme
peintres. Ce qui nécessite une autre série de « googlages ». Et je me
dois de confesser que cet exercice supplémentaire m’a fait entrevoir le gouffre
vertigineux de mon ignorance. Je ne me défendrai pas en disant que je ne suis
pas homme à se complaire et à s’ébahir dans les musées devant les chefs-d’œuvre
d’art ou que lors de mon dernier passage à Paris, lorsque l’une de mes filles
et sa mère voulaient me soumettre à une seconde visite au Musée du Louvre,
j’avais carrément choisi avec obstination de les attendre dans un bar en face
de la Seine avec une chope de bière.
J’apprends donc que Mark Rothko et Mark Tobey font partie de l’école américaine de l’« Expressionnisme abstrait » (le continuum du titre du morceau d’Evan Chambers ?). Le premier me fascine particulièrement : il s’est suicidé en s’ouvrant les veines dans son atelier et l’une de ses peintures a été acheté par un individu le mardi 15 mai 2007 à la bagatelle de 72,84 millions de dollars américains ! C’est vraiment là où mon ignorance sidérante éclate au grand soleil. La peinture en question est intitulée « White Center (Yellow, Pink and Lavender on Rose) » [Centre blanc (Jaune, rose et lavande sur rose]. Qu’on note la répétition du mot « rose » dans la traduction puisque « pink » et « rose » signifient la même chose dans la langue anglaise. Sans blague…

Que l’on regarde
maintenant la photo de l’AFP de
cette peinture vendue à un prix aussi scandaleux que la bonne dame scrute avec
un ébahissement que je devine d’ici, même si elle est photographiée de dos. Et
au risque d’offenser les amateurs d’arts plastiques dont de grands praticiens
congolais sont de mes amis, je me demande ce qu’a pu bien voir dans cette
laideur—dans laquelle le seul éclat de beauté douteuse est peut-être la
tournure du titre de la toile dénotant sans doute le jeu d’esprit du peintre—la
richissime et stupide personne qui a cru bon de débourser une telle fortune
colossale pour l’acheter. Je peux encore comprendre la belle intégration narcissique
de la signature de Mark Tobey sur sa toile, comme on le voit sur la photo suivante…
Je peux encore
comprendre cette autre toile du même Mark Tobey (photo), dans laquelle on peut dans se
perdre dans une rêverie méditative, pour peu qu’on ait fumé deux joints. Mais
ce « White Center », jamais !
Au fait, ce ne serait même pas une affaire de goût, mais plutôt un sursaut de
vanité de la part d’un milliardaire, comme le suggère à demi-mot un article de International Herald Tribune le
lendemain de la vente par Sotheby’s de
cette toile ridicule : « Les
bandes de couleur superposées de taille inégale aux bords flous de Rothko ont
été
rendues séduisantes par leur provenance, la collection de David et Peggy
Rockefeller. Les milliardaires adorent posséder la propriété de leurs collègues
milliardaires ».
Du coup, je
comprends pourquoi je n’ai pas saisi la musique que m’avait jouée Heather.
C’est une musique toute aussi abstraite que l’œuvre des deux peintres auxquels
elle fait un clin d’œil. Des notes aux partitions improbables, désarticulées,
dispersées au vent et qu’il appartient à l’auditeur de ramasser au vol et d’agencer
intellectuellement. Ce qui me rappelle
les propos d’un professeur de musique au collège qui répétait que la musique était
mathématique. Avec « Rothko-Tobey
Continuum », on est en pleines mathématiques supérieures… La musique
devrait détendre, au lieu de plonger le cerveau dans des cogitations autant
stériles qu’agitées.
Heather confirme
d’ailleurs mon intuition quand je la vois le matin du samedi penchée sur
l’évier dans la cuisine (photo).
Elle me dit qu’elle a prépare depuis dix mois ce morceau qui, m’apprend-elle,
dure exactement 4 minutes 44 secondes !
Il y a quelques mois, elle a eu de privilège de parler au compositeur au
téléphone. Celui-ci lui avait demandé de jouer le morceau pour lui—au téléphone.
Elle avait auparavant cru percevoir qu’il n’y avait pas
de correspondance de
tempo ou de battement—je ne sais plus quelle expression musicale elle avait
utilisée—entre la partition du violon et celle du morceau enregistré et elle
avait donc essayé de corriger cette divergence dans son interprétation. Ce qui
n’a pas plu du tout au compositeur qui lui avait demandé d’écouter
continuellement le morceau pour se pénétrer de sa subtilité. Elle me dit
qu’elle a fini par se pénétrer de la subtilité de l’opus... Pas moi en tout cas...
Dans l’entre-temps, je me contenterai de
« Naza » de M’bilia Bel ou de « Nungu
Nungu » de JB Mpiana. Mais je ne regrette pas ma nuit blanche. J’ai
beaucoup appris, comme par exemple le fait que l’« Adagio d’Albinoni en sol mineur » n’a peut-être pas été
composé par Tomaso Albinoni—fait que j’aurais continué à ignorer sans Heather
et son « Rothko-Tobey
Continuum » : « Paru en 1958 aux éditions Ricordi,
l'Adagio d'Albinoni pour orchestre à cordes et orgue en sol mineur, est une
œuvre composée en 1945 par le musicologue Remo Giazotto, basée sur les
fragments d'un mouvement d'une sonate en trio de Tomaso Albinoni présumés
retrouvés parmi les ruines de la bibliothèque de Dresde après les bombardements
de la Seconde Guerre mondiale. Aucune preuve sérieuse de l'existence de ces
fragments n'a pu être fournie et la « Staatsbibliothek Dresden » a formellement
démenti les avoir eus dans sa collection de partition ». Ce qui
n’enlève rien à la beauté de l’opus…qui détend et ne vous fait guère piaffer...
Pauvre Heather… j’aurais
aimé la voir se consacrer corps et âme à la salsa au lieu de cette punition
esthétique qui dessèche les fibres de l’âme—tout en souhaitant qu’elle ne tombe
jamais sur cette page.
05 mai 2008
Les émeutes de la faim, les déséquilibres planétaires et le SMIG congolais
C’est à
Port-au-Prince, en Haïti, il y a près d’un mois, que ce qu’on appelle
maintenant les « émeutes de la faim »
ont commencé. Depuis, on en a vus dans « 35
pays » en développement, dont en Afrique où, par exemple en Côte d’Ivoire,
à Abidjan, les JT nous ont montré les images de la police anti-émeutes
dispersant les ménagères maniant leurs casseroles comme des cymbales à coups de
gaz lacrymogène. A quelques rares exceptions, les médias occidentaux ont répercuté ces
images de la colère des affamés—sans insister que cette crise alimentaire,
ainsi que la récession économique mondiale, est le fait de la « mauvaise
gouvernance » des pays riches : « Pétrole
cher, hausse de la consommation de viande en Asie, réorientation de parcelles
vers la production de biocarburants, climat déréglé et spéculations ont
contribué, selon l’organisation [Fonds international pour le développement
agricole (FIDA)], à l’augmentation des prix alimentaires », selon L’Humanité.
Le plus affligeant
dans les reportages des médias occidentaux, c’est de faire l’amalgame entre ce
qui se passe dans les pays en développement avec la montée à tous égards
insignifiante des prix des produits de première nécessité dans les épiceries en
France ou aux USA. CNN et TV5MONDE se sont ainsi littéralement moqués
des pays pauvres en nous montrant en boucle des images des ménagères occidentales
qui nous répétaient ad nauseum qu’elles avaient réduit leurs achats à cause de
la flambée des prix.
Ce dimanche 4
mai, en vue de vérifier personnellement, j’ai accompagné une ménagère
américaine faire des achats dans une grande surface d’alimentation bio. Elle avait
le même culot de me remettre le coup de la flambée du prix de l’essence—elle avait
au moins eu au moins la décence de se limiter à ce produit particulier, elle
qui, bien que propriétaire d’une voiture, prend chaque matin le métro pour se
rendre au travail. J’étais curieux de vérifier la facture de son
approvisionnement d’une semaine en produits alimentaires : 269 dollars 67
cents—les produits les plus chers sur cette facture étant 2 livres d’espadon :
28,30 dollars ; une livre de saumon : 26,08 ; un poulet :
11,36 ; le reste consistant en produits fruitiers et autres dont on se passerait
bien à Kinshasa… Tant que des déséquilibres criants de cette sorte persisteront
dans le monde, la crise alimentaire persistera et s’aggravera pour les pays en
développement qui sont étranglés par des mesures drastiques de gestion fiscale
avec, en RDC, une résistance des institutions de Bretton Woods à toute
augmentation de salaire dans le secteur public…
On voit, sur la
photo ci-haut d’Ariana Cubillos d’Associated
Press, un manifestant haïtien manger de l’herbe devant un soldat brésilien de
maintien de la paix de l’ONU. Geste symbolique ? Rien n’est moins certain dans
le pays de Toussaint Louverture où les gens survivent aujourd’hui avec des
cookies d’argile…Un pays où, nous disent les médias occidentaux un tantinet
moqueur, les ménages survivent avec moins de 2 dollars américains par jour. Précarité
semblable à celle de tous les autres pays africains. On nous informe aussi qu’en
Haïti le prix d’un sac de riz est passé du jour au lendemain de 30 à 70 USD. En
RDC, c’est passé de 25 à 60 USD... Le 17 avril, le quotidien kinois Le Potentiel titrait : « Attention
à la révolte des casseroles » en notant la lame de fond de ce que le très
sérieux The Economist avait appelé le « tsunami
silencieux » (reprenant l’expression de Josette Sheeran du Programme
Alimentaire Mondial) qui passe de Port-au-Prince à travers tous nos pays
pauvres.
Les pays comme la
RDC avec leur énorme potentiel agricole ne devraient pas aujourd’hui se
retrouver dans la même mauvaise passe qu’Haïti dans ce que The Economist, dans le même article, croit être un changement
radical et irréversible dans la chaîne alimentaire mondiale. On a certes eu cinq ans de guerre... Mais des mesures
palliatives comme l’ordonnance présidentielle du 30 avril fixant le SMIG à 1.680
francs congolais (3 dollars) par jour ne feront nullement voir le bout du
tunnel aux Congolais. Chez nous, on pointe tous du doigt M. Antoine Gizenga,
premier ministre, pour sa léthargie aux commandes, certains blâmant ses plus de
quatre-vingts ans d’âge comme facteur de son immobilisme. On oublie de faire le
bilan de la gestion et de la vision des ministres individuels. A mon avis, M. François-Joseph
Nzanga Mobutu—ministre d’Etat de l’Agriculture, de l’Elevage, de la Pêche et du
Développement rural—pèche lui aussi par immobilisme, oubliant le fameux slogan
de son père, le Maréchal Mobutu : « Agriculture,
priorité des priorités ». En Haïti, au lendemain des émeutes de la
faim, un premier ministre est tombé pour sa carence de vision, que le premier
ministre et les ministres congolais se le tiennent donc pour dit…












