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ALEX ENGWETE

Congologie : Espace d’analyses et d’opinions sur la culture et la politique du sous-continent de la République Démocratique du Congo. Contact: alexengwete@gmail.com

29 juin 2008

Mascarades internationales : Robert Mugabe, Thomas Lubanga et la MONUC

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Des cris d’orfraie retentissent dans le monde du fait de la mascarade électorale à Harare. Et Mugabe, sourd comme un pot, s’apprête à prêter serment pour un nouveau mandat à la présidence… En août 1977, une autre mascarade avait aussi eu lieu à Salisbury, aujourd’hui Harare, avec la réélection du premier ministre raciste Ian Smith—quand le Zimbabwe était une vraie mascarade appelée « République de la Rhodésie » après  le « coup d’Etat » de Ian Smith en 1965. Une mascarade de coup d’Etat contre l’administration coloniale britannique en place en Rhodésie du sud ! Quelle blague… Comme si un planteur belge pouvait faire un coup d’Etat à Léopoldville, sans provoquer l’émoi et une réaction musclée de la Force Publique …  Sans aucun outrage comme celui enregistré ces jours-ci au sujet de Mugabe. Sans aucune intervention militaire des forces métropolitaines britanniques, comme elles l’ont faite à l’autre bout du monde, aux Malouines.  Et on a laissé ce bandit d’Ian Smith piller le Zimbabwe jusqu’en 1980, date de l’indépendance du Zimbabwe ! Et aujourd’hui, quand on s’émeut et qu’on dit que le Zimbabwe était le grenier de l’Afrique australe, on se réfère à cette période du pillage du Zimbabwe par le fantoche Ian Smith ! Après une guerre meurtrière qui a vu l’intervention des forces spéciales antiguérillas de la SADF, l’armée sud-africaine, le Zimbabwe était en fait exsangue, avec, au décompte final, plus de 30.000 « pertes collatérales »...  Le Premier Ministre britannique Gordon Brown devrait tout simplement la fermer, il ne parle pas d’une position d’intégrité morale !

Vous savez quoi ? Malgré la reforme agraire entreprise au Zimbabwe par Mugabe, le truand Ian Smith n’avait jamais été inquiété dans sa plantation et on l’a laissé siéger au parlement du Zimbabwe jusqu’en 1987. Il a lui-même choisi de s’exiler en Afrique du sud l’année même de sa mort, en 2007.

En 2000, lorsque Mugabe lance une reforme agraire de fond, contrairement à l’Afrique du sud où les mêmes injustices du régime de l’Apartheid persistent jusqu’à ce jour et font se retourner les classes pauvres contre les « Makwerekwere » (émigrés africains), la communauté internationale se ligue pour étrangler l’économie du pays.

Aujourd’hui, chaque fois que les médias occidentaux parlent du Zimbabwe , ils mentionnent aussi les terribles conditions économiques du pays dont l’inflation atteint des chiffres astronomiques. Et nous répétons tous en chœur l’outrage de ces médias qui refusent de nous dire dans la même foulée que sans la suffocation économique systématique de l’économie zimbabwéenne par les pays occidentaux, peut-être bien que le Zimbabwe ne serait pas dans l’état de délabrement où il est aujourd’hui. La même observation pourrait  d’ailleurs être faite sur l’économie cubaine…  Les médias occidentaux ne mentionnent pas non plus qu’on assiste là à une guerre ethnique comme au Kenya, et se bornent à faire une lecture partielle de la situation à travers le prisme d’une conception occidentale étriquée de la démocratie. Rappelons d’ailleurs que le sommet de l’Union Africaine se tient en Egypte dont les élections ne brillent pas particulièrement par leur transparence. Encore moins l’Ethiopie, dont la capitale est le siège de cette organisation. Je ne parle même pas des dernières élections nigérianes ou kenyanes. Ou de la mascarade électorale rwandaise. Puisque je mentionne le Rwanda,  je me souviens du silence criminel de cette même communauté internationale qui crie aujourd’hui haro sur Mugabe quand, en 1998, le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda ont agressé le Congo. Sans Mugabe, Kinshasa se serait retrouvée sous les bottes des soudards de ces pays. Une hypocrisie qui a coûté la vie à plus de 5 millions de Congolaise.

La communauté internationale nous donne aujourd’hui une illustration cruelle de cette hypocrisie dans le cas de Thomas Lubanga, seigneur de guerre qui a « cannibalisé » des enfants comme soldats dans sa horde de tueurs de masse. Cet homme pourrait bientôt être relaxé parce que la MONUC refuse de donner à la CPI des documents prouvant ses crimes au motif du « secret défense » ! De qui se moque-t-on ? Des millions de morts de l’Ituri ? Qu’on nous dise la nature de ces secrets que les juges, les magistrats et les défenseurs ne peuvent voir. Que cache-t-on ? Quels sont ces secrets auxquels même l’Etat congolais n’a pas accès ?

Alors, mes amis, je hais la dictature sous toutes ses formes tout comme vous, mais je ne vais pas m’émouvoir sur ce qui se passe au Zimbabwe juste parce que les Occidentaux et leurs médias me demandent de m’émouvoir…

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27 juin 2008

Nouveaux impérialistes et cartographie de la dépossession du Congo

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Regardez bien cette carte. Cette carte représente la nouvelle cartographie de la dépossession de la RDC et des pays du Bassin du Congo.  Des cartes similaires se retrouvent également dans d’autres régions du sud : Amérique Latine par exemple.  Cette carte représente de nouvelles délimitations territoriales dans le Bassin du Congo tracées en 2002 à Libreville, au Gabon, par les ONG de la conservation de la nature qu’on a surnommées en anglais des « BINGO » (Big International Non-Governmental Organizations ou Grandes Organisation s Non-Gouvernementales Internationales). Ces organisations sont des mammouths financiers et des cannibales des souverainetés nationales.  Leur stratégie est simple : se précipiter dans des pays dont les souverainetés sont fragilisées pour y imposer leur « marque » (branding) de la conservation de la nature et priver les autochtones de leurs moyens de vie.  

Regardez encore une fois cette carte. Vous remarquerez que des tracés blancs délimitent ce que ces BINGOs appellent depuis 2002 des « Landscapes ». Ce mot pourrait bien se traduire en français en « paysages ». Mais ces organisations refusent catégoriquement toute traduction de certains mots-clés de leur jargon. Par souci d’opacité sans doute. D’ailleurs, aucun audit financier de ces organisations n’est accessible.  Et gare aux individus qui s’avisent de s’opposer à leurs desseins. Elles ont de grands moyens pour écraser des individus : attaques ad-hominem, destruction des carrières, calomnies, etc. Je suis presque certain que c’est pour avoir peut-être identifié l’Evêque d’Isangi comme un ennemi potentiel qu’on le salit.

Ces organisations ne respectent ni souverainetés nationales ni cartes administratives. Les Landscapes  qu’ils ont ainsi tracés sont donc transfrontaliers.  Et avant de les délimiter à Libreville, ils n’ont consulté personne sur le terrain, pas même les ruraux qui vivent dans ces régions.  Comme on peut le voir sur la carte, en RDC, on a 5 Landscapes, qui sont en fait un agrandissement de la superficie des aires protégées qui y étaient déjà établies depuis la colonisation. Au fait, il y a plus d’une soixantaine d’aires protégées en RDC dans lesquelles les ruraux ont perdu tout ou partie de leur accès à leurs moyens de vie. Dans ces Landscapes, les autochtones ont légalement perdu tout droit d’extraire des ressources forestières.  Le modus operandi de ces organisation est tout aussi simple que leur stratégie : on ne ravit pas les territoires des mains des autochtones, on leur en interdit tout simplement l’usage. Au Kenya par exemple, des Massai ont déjà perdu leur territoire traditionnel de pâturage du bétail au profit des corridors animaliers et sont ainsi forcés de faire de l’agriculture de subsistance.

C’est pour définir une réplique stratégique à ce nouvel impérialisme basé sur un néolibéralisme outrancier qui dépossède des communautés entières des pays du sud de leurs territoires que des scientifiques, des anthropologues et des praticiens de la conservation provenant des pays du Pacifique Sud, de l’Inde, de l’Amérique latine et des USA s’étaient réunis en atelier le mois passé pendant trois jours dans l’enceinte de « American University » à Washington DC et m’avaient demandé de leur servir de rapporteur. Justificatif donc de mon absence prolongée du blog car mon « multitasking » constant sur le net risquait de retarder le récit de cet atelier qui est sur le point de donner naissance à un think-tank.

Dans cet atelier j’ai rencontré Michael Dorsey, un jeune afro-américain qui est professeur des sciences environnementales à « Darmouth College » et fait aussi des recherches au Honduras (photo ci-dessous). A la vue du diaporama PowerPoint de la carte des landscapes du Bassin du Congo, Mike Dorsey a réagi en ces termes : « On doit superposer sur cette carte d’autres cartes, les cartes des ressources naturelles dans ces landscapes par exemple. Y a-t-il des analogues de cette cartographie aux Etats-Unis ou au Canada ? Quelles sont les agences qui ont tracées ces nouvelles frontières ? Sont-elles les mêmes agences qui ont tracé des cartes similaires en Amérique latine ? Qui sont à l’origine de cette idée ? Y a-t-il des archives des débats ayant mené à l’idée de cette cartographie ? » Des interrogations sans réponse… J’ai moi-même une autre interrogation : pourquoi ce repositionnement de ces agences en plein Bassin du Congo alors que des nuages de la prochaine guerre de l’eau s’accumulent à l’horizon ? Au cours d’une autre intervention, Dorsey a fait un commentaire qui devrait mobiliser les sociétés civiles de nos régions contre ces BINGO : « Ces BINGO sont de véritables corporations multinationales avec une couche de vernis de couleur verte. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi les sociétés civiles n’arrivent pas à comprendre ce fait fondamental ! Lorsqu’elles comprendront, leur attitude changera complètement devant ces organisations de conservation de la nature… »

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05 juin 2008

Hillary, épistolière

Voici la traduction du courriel du jeudi 5 juin 2008 (2 h 49 du mat) de Hillary Clinton à ses partisans :

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Cher Alex,

 

 Je voulais que tu sois la première personne à être informée que le samedi, je tiendrai un meeting à Washington D.C. pour remercier tous ceux qui ont supporté ma campagne. Au cours de ces 16 derniers mois, j’ai eu le privilège et j’ai été touchée de constater le dévouement et le sacrifice incroyables d’un si grand nombre de personnes qui ont travaillé pour ma campagne.  Chaque minute que vous avez contribuée pour nous aider à gagner, chaque dollar que vous avez donné pour continuer la lutte a été d’une bien plus grande portée pour moi qu’il ne me sera jamais possible de vous le dire.


Ce samedi, je vais adresser mes félicitations au Sénateur Obama et donner mon appui à sa candidature. Cette campagne a été une longue et menée avec acharnement, mais comme je l’ai toujours dit, mes divergences avec le Sénateur Obama sont négligeables comparées aux divergences que nous avons avec le Sénateur McCain et les Républicains.

J’ai dit au cours de cette campagne que je supporterais agressivement le Sénateur Obama s’il était désigné comme candidat du Parti Démocrate, et j’ai l’intention de tenir cette promesse.

Lorsque j’ai décidé de me porter candidate à la présidence, je savais exactement pourquoi je me suis engagée dans cette campagne: travailler chaque jour avec acharnement pour les millions d’Américains qui ont besoin d’une voix dans la Maison Blanche.

Je vous ai fait—à vous et à tous ceux qui m’ont supportée—une promesse: celle de me dresser pour défendre nos valeurs communes et de ne jamais baisser les bras. Je vais tenir cette promesse aujourd’hui, demain, et pour le reste de ma vie.

Samedi, j’expliquerai comment ensemble nous pouvons rallier le parti derrière le Sénateur Obama. Les enjeux sont trop élevés et la tâche trop importante pour faire autrement.

Je sais que comme je continue mon travail de toujours pour une Amérique plus forte et un monde meilleur, je me tournerai vers vous pour l’appui, la force et l’engagement dont vous avez fait montre au cours des 16 derniers mois. Et je garderai toujours ma conviction face aux problèmes et aux causes qui vous sont importants.

Ces derniers jours, vous avez encore une fois démontré votre appui pour moi avec des centaines de milliers de messages au siège de ma campagne, et une fois de plus, je suis touchée par votre prévenance et votre gentillesse.


Je ne pourrais jamais assez exprimer ma gratitude, alors laissez-moi simplement vous dire: merci.

Sincèrement,

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Hillary Rodham Clinton
 

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03 juin 2008

Sortie à Boston : D-Day; moments fugaces ; virée nocturne; John Lennon

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Jeudi matin, j’ai pris le train « Acela », la version américaine du TGV, à Union Station à Washington, DC, à destination de Boston. Acela n’a du TGV que la beauté fluide de la forme aérodynamique mais point la vitesse. Entre Union Station de Washington, DC, à South Station à Boston, cinq bonnes heures de voyage. Mais j’aime aussi ce train de jour, pas le « Night Owl », type de train ringard roulant de nuit et plus lent que Acela, que je prenais pour me rendre à New York quand j’habitais Cambridge.  J’aime aussi le confort relatif d’Acela—fauteuils moelleux bleus, espaces dégagés pour allonger les jambes et des prises pour brancher les ordinateurs portables (il y a bien un service WI-FI, auquel je n’ai malheureusement pu me connecter… En 2005, j’ai fait un aller-retour par TGV entre Paris et Montpellier—c’était vraiment agréable. Et, encore une fois, à l’aller comme au retour, c’était de jour… l’occasion de voir le terroir français. Ici, ce sont plutôt des entrepôts de carburant et d’autres structures industrielles qui longent la voie ferrée—bien qu’il y ait par moments des vues prenantes.

La raison de ma sortie à Boston ? Le vendredi 30 mai, Elikia (photo ci-haut), ma fille, allait recevoir son diplôme du secondaire, jour que j’appelle « D-Day » (Diploma-Day). Mais il y avait déjà le soir du jeudi même de mon arrivée un dîner des parents et une cérémonie solennelle pour honorer les finalistes (« seniors) à la Chapelle de l’école. Ce qui m’a impressionné au cours de cette soirée, à part les talents parmi les finalistes (guitaristes, drummers, joueuse de lyre, violonistes, et j’en passe), c’était l’adresse de Jacob A. Dresden. Intitulée « Trois Médiations de Marc Aurèle », elle était un exercice sobre de rhétorique—ancrée dans la vie de l’orateur et projetée sur toute la promotion des finalistes.

Le vendredi « D-Day », j’étais pris de court par ma fille. Disposant d’un petit compte bancaire (alimenté par sa mère), elle a commandé une robe courte blanche de 150 dollars, dont le dos montrait son soutien gorge de dentelle noire, et s’était présentée à la cérémonie nus pieds ! Je n’avais pas remarqué cette rébellion vestimentaire lors de la remise des diplômes parce que j’étais noyé dans l’assistance nombreuse et je n’ai vu que le buste d'Elikia lorsqu’elle s’est levée pour recevoir son diplôme. Je n’ai remarqué cet outrage vestimentaire qu’au « quad », la cour de l’école, quand elle est allée prendre une collation avec ses cousines… Serais-je donc le premier à lui jeter la pierre alors que je m’étais moi-même présenté à la cérémonie habillé de jean, t-shirt et veste ?... Yves Saint-Laurent aurait en tout cas « signé » l’apparition de ma fille—quel culot !

J’ai aussi profité de ce week-end pour revoir Cambridge, entrevoir en passant des individus qui sont comme des lampadaires de mon ancien quartier (comme David, artiste curieux que j’ai toujours vu crayonner des moments fugaces de la vie à longueur de journée), passer un bon moment avec des copains et des copines—dont Andrea Gillis, la serveuse du « Plough & Stars », qui s’y était justement produite vendredi soir avec son nouveau groupe de rock. Mais j’ai aussi subi d’autres copains qui m’ont littéralement enlevé pour une nuit blanche avec bière, spiritueux (auxquels je n’ai pas goûté) et de la bière (que j’ai bue abondamment)…    

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Posté par Alex Engwete à 10:03 - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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