09 juillet 2008
Un milliardaire américain avec un plan énergétique
La vidéo ci-haut fait partie d’une
campagne publicitaire de 10 millions de dollars lancée le 8 juillet 2008
par le milliardaire américain T. Boone Pickens (photo ci-dessous), le PDG de la gestion
alternative (Hedge Fund) BP Management.
Comme on le voit en partie sur le clip, Pickens affirme que l’Amérique doit se
défaire de sa dépendance pour le pétrole et qu’elle doit investir dans des
énergies alternatives : énergie éolienne, solaire et gaz naturel. Le plan
plus détaillé de Pickens se trouve sur le site web qu’il a créé à cet effet et
qui a nom pickensplan.com.
Ce plan fait déjà trembler les deux
candidats à la Maison Blanche, surtout John McCain dont le plan énergétique est
d’une simplicité désarmante : ouvrir l’aire protégée de l’Alaska et des
rives océanes américaines pour l’exploitation pétrolière.
Plan que rejette T. Boone Pickens,
républicain fieffé et grand supporter de Bush qui amorce ainsi soudainement un
revirement inattendu.
T. Boone Pickens est en effet l’un des
grands barons du pétrole. Il dit par exemple que les réserves mondiales du
pétrole ont atteint et dépassé leur point de basculement. En d’autres termes,
le pétrole fossile ne pourra plus jamais satisfaire les besoins énergétiques toujours croissants du monde. Dans le cas
particulier des USA, Pickens informe le public américain qu’à l’heure actuelle 700
milliards de pétrodollars changent de main par an à destination des pays du
Golfe Persique et que dans une décennie ce chiffre pourrait atteindre le
montant astronomique de 10 trillions de dollars, ce qui représentera « le
plus grand transfert de richesse de l’histoire de l’humanité ». Or, le
climat des Etats-Unis fait de ce fait pays « l’Arabie saoudite de l’énergie
éolienne ». Cette source incroyable d’énergie se trouve principalement
dans la région des Grandes Plaines des USA—en gros dans le corridor allant du
Texas au Dakota du Nord.
L’investissement dans ce projet
pharaonique demandera beaucoup d’argent : 1 trillion de dollars pour l’infrastructure
de base et 200 milliards pour l’infrastructure de transformation et de
distribution. Mais c’est un investissement fixe, comparé aux 700 milliards de
dollars annuels aux pays de l’OPEP et aux compagnies pétrolières. Et Pickens ne parle pas en l’air. L’une de ses
compagnies, la « Mesa Power » construit à présent la plus grande
ferme éolienne du monde au Texas.
Parallèlement à cette énergie éolienne, il
y a le gaz naturel et d’autres biocarburants qui serviront pour les véhicules.
Pickens donne même l’exemple de la voiture Honda
Civic GX qui roule au gaz naturel.
Ce que dit ce grand pétrolier doit
inquiéter et interpeller nos pays. Le Congo a des ressources en gaz naturel
dans le Lac Kivu et les efforts devraient se centrer sur l’exploitation de
cette ressource, parallèlement à l’exploitation du gaz dans le Lac Albert où l’Ouganda
semble nous avoir déjà damé le pion avec des vautours des multinationales. Il y
a le projet du Grand Inga que d’aucuns critiquent déjà pour son impact
environnemental. La RDC ne pourra rien faire non plus de durable dans le
domaine des biocarburants car personne ne laissera le pays entreprendre une
déforestation à grande échelle car sa forêt tropicale humide est considérée
comme l’un des poumons de la planète tout comme la forêt amazonienne. Le Brésil
est d’ailleurs aujourd’hui très critiqué pour sa réorientation de la culture
agricole vers une culture de production des produits devant servir de
biocarburants. Jean Ziegler, qui vient
de terminer son mandat comme Rapporteur Spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation,
en avait d’ailleurs appelé à un moratoire sur la production des biocarburants
car, selon lui, elle est partiellement à blâmer pour la flambée des prix des
produits alimentaires.
Il est impératif que les décideurs africains sortent de leur léthargie et envisagent de nouvelles politiques énergétiques viables. L’avenir est sombre dans ce domaine. Et nos politiques sont sclérosées sur des modèles obsolètes.



