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ALEX ENGWETE

Congologie : Espace d’analyses et d’opinions sur la culture et la politique du sous-continent de la République Démocratique du Congo. Contact: alexengwete@gmail.com

04 novembre 2008

Nkunda fait danser les Congolais à Rutshuru (Washington Post)

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Voici la traduction d’une dépêche de Stephanie McCrummen, envoyée de Rutshuru le 3 novembre et publiée dans le Washington Post du mardi 4 novembre 2008. Cette dépêche illustre la honte d’un peuple abandonné par son gouvernement et colonisé par les tarés de Nkundabatware.

AU CONGO, UNE MARCHE DERRIÈRE LES LIGNES REBELLES

Le renégat général force des milliers de déplacés de guerre de rentrer chez eux et de chanter ses louanges

Par STEPHANIE McCRUMMEN (Traduction française d’ALEX ENGWETE)

RUTSHURU, CONGO, 3 nov.— Samedi matin, les rebelles congolais traversèrent en convoi motorisé les rues boueuses de cette ville provinciale de l’est du Congo, annonçant aux habitants fatigués par la guerre qu’il était grand temps de montrer leur gratitude pour leur nouveaux leaders, le Congrès National pour la Défense du Peuple. Il n’était pas clair si les rebelles leur laissaient un choix quelconque en la matière.

Vers la mi-journée, une parade déglinguée d’une centaine de personnes— dont la plupart avaient fui les combats ici la semaine passée— se traînaient derrière une fanfare beuglant l’hymne des rebelles. Les enfants portaient des pancartes, tracées de la même écriture et portant le même slogan : « Nous sommes contents du CNDP » (…)

« Des soldats ont surgi et demandé aux civils de marcher », nous confia un homme au visage sinistre qui refusa de donner son nom. « Les gens ici sont encore effrayés ».

Ayant saisi de nouvelles vastes étendues de l’est du Congo, le chef rebelle Laurent Nkunda s’embarque dans une nouvelle phase de sa campagne pour « libérer » cette nation de l’Afrique centrale riche en minerais dont la superficie est égale à celle de l’Europe occidentale. Des officiels de l’ONU, des travailleurs humanitaires et bien d’autres ici présents disent qu’il est en train de forcer des dizaines de milliers de gens de rentrer chez eux derrières les lignes rebelles, où une sorte d’endoctrinement est en train d’être mené pendant que Nkunda s’apprête à étendre sa base politique.

Des grands camps qui logeaient des milliers de personnes près d’ici ont été vidés et réduits en cendres, selon des officiels de l’ONU qui ont décrit la situation humanitaire comme « catastrophique ».

L’escalade des tensions entre le gouvernement et Nkunda, qui entretient des liens étroits avec le Rwanda, a attiré l’attention des autorités américaines et européennes. Lundi, le Secrétaire Général de l’ONU Ban Ki-moon fit savoir qu’il allait rencontrer dès ce week-end le président congolais Joseph Kabila et le président rwandais Paul Kagame.

Ban a déclaré lundi que Kabila avait indiqué sa volonté de prendre en compte la demande de Nkunda pour des pourparlers directs. Nkunda avait rejeté en janvier un accord de paix que des diplomates occidentaux soutiennent encore comme la base pour une résolution de la crise.

Dans l’entretemps, Nkunda essaie d’exploiter le manque de sécurité qu’il a créé, exhortant les gens à rentrer dans les zones actuellement sous son contrôle.

« Comme vous pouvez vous en rendre compte, ce lieu est complètement pacifié », me dit Oscar Balinda, qui se présenta comme l’officiel adjoint chargé des affaires étrangères du mouvement de Nkunda. Il était confortablement assis dans un bureau qui avait une fois appartenu aux autorités provinciales.

« Les résidents de Rutshuru, ils nous sont reconnaissants pour la paix que nous avons amenée ici », dit-il, ajoutant que les rebelles souhaitent que les organisations humanitaires aident les gens à reprendre leur vie, mais pas dans des camps. « Nous voulons stabiliser les gens dans leurs habitations ».

La parade du samedi ici se termina dans un stade à moitié détruit, où les chefs tribaux, politiques et militaires qui ont récemment rejoint le mouvement de Nkunda tinrent des discours et chantèrent l’hymne du CNDP à la foule, qui refusa de chanter avec eux.

« Applaudissez ! Applaudissez ! », leur dit le maître de cérémonie et, après un flottement, les gens commencèrent à applaudir.

Après sa première interview avec les reporters depuis sa grande percée de la semaine passée, Nkunda, habillé de treillis et portant une canne au pommeau d’aigle en or, dit qu’il ne forçait pas les gens à rentrer chez eux, mais qu’il les accueillait.

Déclarant que les élections n’étaient pas une question de remporter des voix mais de pourvoir des services, il remit en cause la légitimité de Kabila, qui avait été élu président en 2006. Si Kabila refuse de négocier, dit Nkunda, il va étendre sa rébellion vers l’ouest en direction de la capitale, Kinshasa. Il dénonça plus spécifiquement un accord de plusieurs milliards de dollars qui donne à la Chine des concessions minières considérables en échange de la construction de l’infrastructure routière, décrivant l’accord comme un « colonialisme économique ».

Nkunda, qui est âgé de 41 ans et qui prêche occasionnellement dans une église chrétienne locale, faisait sa déclaration dans l’ancienne maison du chef tribal dans la localité de Kichanga, qu’on atteignait après une randonnée boueuse de sept heures à l’ouest de cette ville.

Il était salué par des soldats en rangs qui dansèrent plus tard devant sa maison avec un petit groupe de locaux qui étaient venus l’accueillir.

Nkunda déclara que son mouvement n’était pas physique ou militaire, mais de nature « spirituelle ». Il affirma aussi que la souffrance que sa rébellion avait créée est nécessaire.

« C’est le prix de la liberté… Vous devez souffrir un certain temps avant de vous libérer à tout jamais », le général renégat déclara, en référence à plus de 200.000 personnes qui avaient fui pour sauver leur vie, se cachant dans les forêts et dormant dans la boue ou dans les vastes camps de huttes de feuilles de bananier depuis le début de sa percée en août.

La rébellion de Nkunda est en partie une conséquence de la suite non résolue du génocide rwandais de 1994, au cours duquel près de 800.000 tutsis et des Hutus modérés furent tués par des milices hutues qui subséquemment s’enfuirent dans cette région du Congo voisin et n’en sont jamais partis depuis. A la grande frustration du Rwanda, le gouvernement congolais n’a jamais réalisé ses promesses de désarmer les milices et les a plutôt utilisées comme une force ersatz de l’armée congolaise dont l’indiscipline et la faiblesse sont notoires.

Nkunda, un Tutsi formé dans l’armée rwandaise, avait commencé par organiser sa rébellion sur le thème de la protection des Tutsis congolais, parmi lesquels on compte les plus riches propriétaires terriens et hommes d’affaires de cette région.

Les milices hutues sont sous le commandement d’un cercle de leaders qui avaient participé au génocide rwandais, mais les hommes de troupe sont un micmac d’hommes et de recrues plus jeunes qui se sont mariés et établis dans les villages, ce qui rend difficile leur déracinement. Les officiels congolais disent que les milices hutues ne posent aucune menace sérieuse et que l’accusation de Nkunda—et du Rwanda—n’est qu’une excuse pour s’emparer du territoire et des minerais.

« Nkunda est uniquement utilisé par le gouvernement rwandais comme prétexte pour continuer à déstabiliser l’est du Congo », a déclaré Julien Paluku, le gouverneur de la province du Nord-Kivu, où la grande partie des combats ont lieu. « Il n’y a aucune possibilité de génocide ici ».

Récemment, Nkunda a élargi sa cause, déclarant qu’il est en train de combattre pour la libération de tout le peuple congolais des chaînes de la pauvreté et de la mauvaise gouvernance. Il s’est emparé de la deuxième grande base militaire de ce pays, y compris des armes qui selon lui avaient été fournies par la Chine.

Ici à Rutshuru, le samedi, les autorités rebelles faisaient des va-et-vient dans le bureau principal de l’administration publique, se sentant chez eux dans des bureaux pleins de fardes jaunies. A part la saisie du territoire à l’est, Nkunda est en train de gagner parmi les leaders économiques et politiques. Parmi ceux qui étaient sur le podium au meeting de samedi, il y avait un élu provincial qui a sacrifié son salaire mensuel de 6.000 dollars pour se joindre à la rébellion, le directeur provincial du budget et du plan et d’autres qui vantaient Nkunda en termes presque messianiques devant une foule qui était plus silencieuse qu’enthousiaste.

« Le fils qui nous a amené la paix après tant de prières se présentera devant vous bientôt », déclara l’un des orateurs, en référence au général, qui ne se pointa pas à Rutshuru, affirmant qu’il était trop pris par des réunions.

Parmi ceux qui suivaient les discours se trouvait Volvo Abiman, qui avait fui son village proche quand les combats avaient éclaté la semaine dernière entre les rebelles et l’armée congolaise.

Au fil des ans, dit Abiman, il avait enduré l’occupation par des groupes armés variés, qui faisaient des villageois leurs proies, saisissant leurs produits alimentaires, leur argent et même leurs matelas. Au cours de leur fuite la semaine dernière, les soldats congolais ont pillé son village.

Maintenant que sa zone avait été « libérée », dit Abiman, il ne s’attendait nullement que les choses soient différentes. « Jusqu’ici ils n’ont pas encore commis de crimes contre la population », dit-il des rebelles. « Peut-être bien qu’ils le feront plus tard ».        

MISE A JOUR DU 6 NOVEMBRE: CONFERENCE DE PRESSE DES RWANDAIS DE NKUNDA A BRUXELLES:

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MISE A JOUR DU 8 NOVEMBRE: SUR LA SUGGESTION D'OURAGAN, VOICI 2 REPORTAGES SUR LES MASSACRES A L'EST DU CONGO:

1. PREMIER REPORTAGE: MASSACRE DES VILLAGEOIS PAR LES RWANDAIS DE NKUNDA:

2. DEUXIEME REPORTAGE: CONDAMNATION DE L'ONU:

           

L'ONU accuse rebelles et miliciens de crimes de guerre en RDC - kewego
Le chef de la mission de l'ONU en RDC, Alan Doss, accuse la rébellion de Laurent Nkunda et des miliciens pro-gouvernementaux d'avoir commis des "crimes de guerre" cette semaine dans la région de Rutshuru, dans l'est du pays.

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Posté par Alex Engwete à 23:15 - Commentaires [114] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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