12 novembre 2008
Détresse au Nord-Kivu—Vol.4
1) Scandale à Kinshasa :
5 mille dollars pour la logistique des FARDC au Nord-Kivu! Le gouvernement avait déboursé 100 mille dollars pour l’appui logistique des FARDC dans la campagne au Nord-Kivu — un montant largement insuffisant vu le nombre des soldats présents. Mais des voleurs au gouvernement ont détourné 95 mille dollars de ce montant ! On se demande quand seront arrêtés et traduits en justice ces traîtres et profiteurs de guerre. Rappelons ici la sagesse de Mobutu : « Si l’on veut voler, que l’on vole au moins avec intelligence ».
2) Comme son gouvernement, une armée de voleurs et de pillards : Selon Radio Okapi et des sources de la MONUC, des éléments des FARDC se sont livrés à des pillages et des viols à Kanyabayonga, localité située à 175 kilomètres au nord de Goma. La violence s’est étendue sur les localités de Kaina et de Kirumba plus au nord de Kanyabayonga. Kanyabayonga est un verrou pour tout le Nord-Kivu et constitue une porte d’accès aux agglomérations de Beni, Butembo et Lubero ainsi qu’à la frontière ougandaise.
3) Selon l’Associated Press, le vice-ministre angolais des affaires étrangères, M. Georges Chicoty, vient d’annoncer l’envoi prochain des troupes angolaises au Nord-Kivu, sans en préciser ni le nombre ni la mission. Espérons que ces troupes serviront d’émulation aux forces congolaises qui ne brillent pas particulièrement par leur conduite et discipline sur le champ d’honneur !
4) Kinshasa — l’UDPS d’Etienne Tshisekedi veut que le gouvernement négocie, on ne sait avec qui. Selon Bernard Ali Risasi, le porte-parole de l’UDPS, qui se confiait au micro de Radio Okapi : « Nous disons qu’il faut que les forces vives les plus représentatives se retrouvent avec les pays voisins. Et ce ne sont pas des rencontres entre le président Kabila et le président Kagame qui feront qu’on va trouver une solution à cela. Nous avons beaucoup de forces négatives qui sont des Interhamwe qui sont des rwandais s’il vous plaît. Il faut que ces Rwandais rentrent dans leur pays pour que monsieur Kagame ne trouve plus de raison pour dire que nous avons des forces négatives. Aujourd’hui, nous voulons une table ronde internationale, parce qu’il faudra que les pays directement concernés par ce conflit se retrouvent avec les forces représentatives du Congo, avec la communauté internationale. Que vous le vouliez ou non, cette communauté internationale nous a beaucoup aidés à trouver des solutions dans ce pays. Après Sun City, il y a encore eu beaucoup de textes qui ont été violés. Même la constitution actuelle a été violée. Donc, il faut qu’on se retrouve. Vous savez que l’UDPS, c’est la non violence. En politique, il faut toujours et toujours dialoguer ».
5) Brazzaville — Arrestation et expulsion d’un officier des renseignements rwandais. Le vendredi 7 novembre, les Services de la Surveillance du Territoire du Congo-Brazzaville ont arrêté et expulsé vers la France (lieu de provenance) le Colonel Olivier Rawadasario Gatera, directeur de la sécurité militaire de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR), qui séjournait clandestinement à Brazzaville dans un hôtel de la capitale congolaise. Rappelons qu’un contingent d’une centaine de militaires tutsi non-intégrés dans les structures des FARDC assurent à Kinshasa la protection rapprochée de l’ancien vice-président de la transition, Maître Azarias Ruberwa.
6) Kigali — M. Joseph Mutaboba, conseiller de Kagame, « suppose » que les éléments rwandais incorporés dans la milice ethno-rwandaise de Laurent Nkundabatware seraient des soldats rwandais démobilisés qui auraient rejoint le criminel de guerre de leur propre chef. Selon M. Mutaboba : « Supposer est une chose, avoir une intuition en est une autre, mais apporter une preuve reste la clé … S’il y a des soldats rwandais démobilisés au Congo, il est de la responsabilité, et de la seule responsabilité du Congo de dire que ces soldats ont été arrêtés pour avoir franchi illégalement la frontière... et de nous avertir». C’est ce qui s’appelle se moquer des gens !
NOUVELLES DU FRONT (soirée du 12 novembre) :
Rwindi et Kibirindi, à une vingtaine de kilomètres de Kanyabanyonga, sont passés sous le contrôle des Rwandais de Nkundabatware. La MONUC renforce sa présence à Kanyabanyonga afin d’éviter que cette localité-verrou ne tombe aux mains de Nkundabatware. Selon le Général Babacar Ndiaye, Commandant en chef des forces de la MONUC : « La Monuc a renforcé sa présence dans cette localité en faisant venir une compagnie qui était installée à Buenge. Elle va se forcer d’améliorer sa coordination avec les FARDC pour que cette localité soit ténue par la force légitime de la RDC ».
MISE A JOUR: Recrutement forcé des jeunes par les Rwandais de Nkunda
Comme le prouve ce reportage du 12 novembre (paru le 13 novembre) de Stephanie McCrummen du Washington Post, les soldats congolais fonctionnent à l’alcool sur la ligne de front, gaspillant parfois des balles précieuses par des tirs en l’air. De leur côté, les Rwandais de Nkundabatware se saoulent aussi pour tromper l’ennui. Mais ils procèdent aussi à la conscription des jeunes congolais dans leurs rangs. Ils forcent aussi très souvent les civils à participer à des meetings populaires qu’ils tiennent de manière impromptue. Un esclavage qui ne dit pas son nom… A part ce clip, une dépêche inquiétante circule ce soir : les déplacés de guerre ont disparu du camp de la MONUC à Kiwanja. Ils auraient été forcés de regagner leurs villages par les Rwandais de Nkundabatware, ce qui, selon l’ONU, constitue une violation de la loi internationale ! La loi internationale que l’ONU elle-même ne respecte parce qu’elle continue à traiter Nkundabatware comme un partenaire crédible dans ce conflit même après le récent de Kiwanja, que Colette Braeckman a appelé le « Srebenicza du Congo ».
Ainsi donc, pendant qu’on s’amuse à Kinshasa à voler l’argent de l’appui logistique et de la ration des militaires, des populations entières de l’est de la République sont soumises à l’esclavage par des Rwandais !
MISE A JOUR: Zombification des villageois:
Terrifiés, délaissés par leur gouvernement qui est incapable d’assurer leur sécurité face à un envahisseur à la fureur meurtrière, craignant leur propre armée, déracinés de leurs propres terres, ces villageois —ils sont près de 1.500 — ont choisi de traverser monts et vals pour camper dans une vallée perdue du Nord-Kivu. Ils sont sans nourriture, sans eau, sans médicaments, mais au moins ils croient vivrent en paix, attendant peut-être une mort lente. Ça sent partout l’odeur de la mort, a déclaré l’autre jour Bernard Kouchner, de retour de Goma !
Détresse au Nord-Kivu—Vol. 3
Nouvelles du front :
Je réunis ci-dessous 2 clips qui donnent une idée de la situation sur le terrain : 1) le premier clip est un reportage de « France24 » du mardi 11 novembre ; 2) le deuxième clip montre un aspect de cette guerre dont on ne parle pas : le danger de la disparition des ressources irremplaçables de la faune du Parc de Virunga et les héros congolais qui tentent de préserver cette réserve naturelle dont une bonne partie est désormais sous le contrôle des forces rwandaises depuis le début du mois d’octobre. Ce clip montre un ranger qui a assisté au massacre systématique des habitants d'un village des environs de Kiwanja, dont son propre père !
1) Premier clip: Endurance mentale :
Dans cet élément de « France24 », on voit qu’après plus d’un mois de l’offensive rwandaise des forces de Nkundabatware, aucune gestion crédible du désastre militaire n’a encore été trouvée par le gouvernement congolais. Sans appui logistique et sans ration, les forces congolaises sont obligées de trouver des forces en eux-mêmes : ce que l’un des soldats appelle l’ « endurance mentale » ! Pis, on se rend compte qu’aucune initiative n’est prise par les autorités de Kinshasa pour déloger les envahisseurs qui, rappelons-le, soumettent plus d’un million de villageois congolais aux pires exactions. L’attitude de Kinshasa consiste à se croiser les bras en attendant que des étrangers viennent nous tirer du pétrin ! On leur rappellera que les habitants de Kiwanja et des villages environnants ont été massacrés à moins d’un kilomètre des forces de la MONUC ! Cette vidéo établit aussi clairement la présence rwandaise au Congo : on y voit en effet des soldats ne s’exprimant qu’en kinyarwanda et en anglais !
Original Video - More videos at TinyPic
2) DEUXIEME CLIP: Le ranger Benjamin Mujinya raconte le massacre des environs de Kiwanja:
Original Video - More videos at TinyPic



