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ALEX ENGWETE

Congologie : Espace d’analyses et d’opinions sur la culture et la politique du sous-continent de la République Démocratique du Congo. Contact: alexengwete@gmail.com

30 mars 2009

Nouveaux pillages aux Kivu : des femmes déshabillées

femmeGoma01

Voici les femmes congolaises qui, à nouveau, sont dans le collimateur de la soldatesque des FARDC. Je reprends ci-dessous une dépêche de Radio Okapi :

RADIO OKAPI, 30 MARS 2009

Pillage systématique la nuit de dimanche à ce lundi, dans le quartier Mbogho de la cité de Kirumba, à plus de 200 km au Nord de Goma. 21 maisons ont été pillées par les hommes en arme et en tenue militaire, rapportent à radiookapi.net des sources administratives sur place.

D’autre part, dans la cité de Kayna, à plus de 150 km au Nord de Goma, dans le territoire de Lubero, les paysans ne se rendent plus dans leurs champs, depuis 2 semaines en raison des tracasseries des militaires FARDC. Des autorités administratives dans les 2 cités indiquent que, depuis plusieurs jours, les militaires vivent au dos de la population au motif qu'ils ne sont payés depuis 3 mois.

A Kirumba, téléphones, argent et appareils électroniques ont été emportés par les pillards. La population attribue ces pillages multiples au compte des militaires intégrés déployés dans la cité. La même source affirme également que les pillards se permettent de chasser les paysans de leurs champs agricoles et récoltent dans la foulée tous leurs produits.

Deux autres maisons ont été également pillées dans le quartier Kasungano, dans la même cité vers minuit par deux militaires. Des autorités administratives déplorent cette situation, et indiquent que les militaires se plaignent de ne pas être payés depuis maintenant 3 mois.

Le responsable militaire dont les éléments sont pointés du doigt déclare ne pas avoir un rapport sur cette question.

Cette situation est consécutive aux multiples tracasseries des militaires FARDC basés dans cette région, indique des sources administratives sur place. Ces militaires rançonnent, pillent les récoltes des paysans et déshabillent certaines femmes, et recherchent sur elles de l’argent, précise la même source. Les administratifs sur place s’inquiètent que si cette situation perdure, des milliers d’habitants et de déplacés risquent de connaitre une catastrophe humanitaire de grande ampleur.

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25 mars 2009

La Révolte de la société civile congolaise

kabila

Les ONG internationales « Human Rights Watch », « International Crisis Group », «  OSISA» (Open Society Initiative for Southern Africa, Johannesburg) et « War Child » (Hollande) ainsi que 205 ONG congolaises viennent de publier une « Lettre au Président de la RD Congo sur la crise institutionnelle au parlement » dont voici l’intégralité :

23 Mars, 2009

A Son Excellence Joseph Kabila Kabange,
Président de la République Démocratique du Congo
Palais de la Nation
Kinshasa/Gombe

Excellence Monsieur le Président de la République,

Nous, organisations de la société civile congolaise de toutes les provinces, travaillant dans différents domaines du développement démocratique, communautaire et de la défense des droits humains, avec le soutien des organisations partenaires internationales signataires de la présente, vous adressons cette lettre ouverte pour vous exprimer nos vives inquiétudes face aux attaques contre l'institution publique, Assemblée Nationale et contre l'état de droit, perpétrées sur ordre des membres de l'Alliance pour la Majorité Présidentielle (AMP).

Nous en appelons à votre intervention personnelle et vous prions d'user de vos prérogatives de garant de la constitution et de chef politique de l'AMP, pour : (1) assurer que l'état de droit est pleinement respecté par les forces de l'ordre et les membres de l'AMP ; (2) et mettre fin à tous les actes d'intimidation et de menaces qui minent l'indépendance du parlement, et violent les droits à la liberté d'expression, d'association et de manifestation.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Comme le reste de l'opinion nationale et internationale, nous suivons avec appréhension la crise politique actuelle consécutive aux efforts de l'AMP contraignant à la démission ou à la destitution du président de l'Assemblée nationale.

Ce conflit a déjà donné lieu à des abus des droits humains par le gouvernement qui a procédé, dimanche 15 mars, à des arrestations arbitraires des défenseurs des droits de l'homme qui préparaient une dénonciation de l'action déstabilisatrice du parlement. Ces personnes ont été détenues pendant plus de quarante huit heures dans les cachots de la Direction des Renseignements Généraux et Services Spéciaux de la police (DRGS) à Kin-Mazière. Lundi 16 mars, des étudiants ont été aussi interpellés, alors qu'ils voulaient manifester pacifiquement leur soutien au président de l'Assemblée nationale à l'occasion de l'ouverture, le même jour, de la session parlementaire de mars.

Contrairement à la tradition, les représentants du pouvoir judiciaire se sont joints aux membres du gouvernement et députés de l'AMP dans leur décision de ne pas assister à la cérémonie officielle d'ouverture de la session parlementaire du lundi 16 mars 2009, une absence qui met sérieusement en cause l'indépendance de la magistrature. De même, la télévision publique a également été empêchée de retransmettre le discours d'ouverture. Ces incidents semblent constituer une indication que s'ils n'étaient pas immédiatement interrompus, les efforts de l'AMP de pousser Monsieur Vital Kamerhe à la démission pourraient déboucher sur un climat favorable au recours à la répression par les forces de sécurité et de police.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Nous sommes convaincus que ces actes d'arrestation arbitraire, de menace et d'intimidation auront des conséquences négatives sur l'indépendance du parlement et sur sa capacité à exercer efficacement son contrôle sur l'exécutif comme le prévoit l'article 100 de la constitution.

Depuis la tenue réussie des élections historiques de 2006, nous suivons avec beaucoup d'intérêt le travail effectué par les deux chambres du parlement dans les domaines d'intervention de nos organisations respectives. Nous sommes conscients des nombreuses limites de ce travail, y compris des allégations de corruption des députés dont la presse se fait parfois l'écho et pour lesquelles l'Assemblée nationale a elle-même récemment institué une enquête. Mais nous observons également avec une certaine appréciation les accomplissements réalisés en dépit de ces faiblesses.

En deux ans de travail, la production législative est assez remarquable. Le parlement a voté un nombre impressionnant des lois essentielles à la mise en place d'un environnement propice au respect des droits humains, ainsi qu'à l'indépendance de la justice et à la promotion de la bonne gouvernance. Il est important de noter que la grande majorité de ces lois étaient d'origine parlementaire (propositions de lois), ce qui témoigne de l'effort louable fourni collectivement par les députés et sénateurs.

Le travail de contrôle de l'exécutif effectué par le parlement en vertu de l'article 100 de la constitution aura été tout aussi impressionnant. Les questions orales ou écrites posées aux membres du gouvernement donnent lieu à des débats qui contribuent à l'éducation du peuple et à l'information de la nation sur les questions d'intérêt collectif, telles que la corruption dans l'industrie extractive, la gestion des entreprises publiques, la gouvernance dans le système de l'éducation, l'intégrité dans l'octroi des marchés publics, etc. La constitution des commissions d'enquête parlementaires a également donné l'occasion aux citoyens et notamment aux victimes des violations des droits humains de s'exprimer directement et de s'adresser à leurs élus.

Aucun de ces accomplissements, si maigres soient-ils, n'aurait été possible sans un minimum d'indépendance institutionnelle du parlement et de liberté individuelle reconnue à chacun de ses membres indépendamment de son appartenance politique. Or, ce sont cette indépendance et cette liberté qui sont directement mises en cause par l'action politique des membres de l'AMP contre le président de l'Assemblée nationale et contre l'institution parlementaire.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Nous pensons que chaque parti politique ou chaque coalition des partis politiques a le droit de faire régner la discipline et de maintenir la cohésion politique dans ses rangs. Mais nous pensons aussi que de telles actions doivent être prises dans le respect strict de la loi et du règlement intérieur de l'Assemblée nationale, et non pas à travers menaces, intimidations, corruption et autres pratiques illégales. Des députés ont témoigné avoir reçu individuellement des menaces au cours des dernières semaines, y compris des menaces de mort, s'ils ne suivaient pas les instructions données par les chefs politiques de l'AMP. De telles tactiques sont en claire violation des lois et menacent la démocratie.

Ce droit doit également s'exercer de manière à accommoder avant tout l'intérêt et la volonté du peuple électeur des individus issus des rangs politiques. Saper le travail des élus qui répond a l'obligation de communiquer directement aux électeurs leurs opinions, y compris les opinions contraires à la ligne de leur parti, c'est nier à la population son droit à l'information. Nous vous exhortons à veiller à ce que la recherche d'une cohésion politique au sein du groupement politique AMP ne puisse se faire au prix de l'intérêt général et du droit des congolais à une démocratie vibrante.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Nous avons foi que vous prendrez la mesure de la nécessité d'intervenir à temps pour arrêter le recours aux moyens non légaux qui déstabilisent l'Assemblée nationale. Seule la soumission à la constitution et aux lois congolaises garantira le respect de l'indépendance du parlement et des droits de tous les citoyens congolais, et préservera les acquis démocratiques symbolisés par les élections nationales de 2006.

Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l'expression de notre plus haute considération.

MISE À JOUR DU 26 MARS : AUX BLOGGEURS MÉLOMANES

A l’heure de la coopération franco-congolaise, voici un clip de la chanteuse française Berry qui intègre dans son morceau « Demain » un « sampling » de musique congolaise en lingala. Quelqu’un peut-il nous dire qui chante en lingala dans ce clip ? Serait-ce Awilo Longomba ?

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20 mars 2009

Témoignage : Alexis Sinduhije, mon petit du Burundi

alexisSinduhije01

Voici mon ami Alexis Sinduhije, que j’ai surnommé Aleksei, mon petit frère du Burundi, rencontré par hasard un jour d’hiver au cours d’une conférence sur le Congo à l’Université de Harvard (sur la photo, au premier plan à gauche, derrière la bouteille plastique).

Lors de notre rencontre en 1998-1999, il avait une bourse de la prestigieuse John F. Kennedy School of Government à l’Université de Harvard. Journaliste de formation, il a ouvert une radio privée à son retour au pays natal où il a tout de suite échappé à une tentative d’assassinat. Et sa famille dut être évacuée en Hollande.

De notre rencontre fortuite dans une salle de conférence est née une grande amitié. Quelque temps après cette rencontre, on est devenu inséparables et on a partagé le même appartement sur River Street à Cambridge, une ville du Massachusetts, mais qui est en fait un quartier de Boston.

L’amour et la générosité de ce garçon sont tels qu’il m’avait donné accès à sa carte bancaire de la Bank of America avec son mot de passe !

Une fois, un de mes petits de Kisangani, qui était allé s’aventurer à Bujumbura, s’y est retrouvé en pleine galère et m’a appelé en catastrophe pour lui envoyer de l’argent par Western Union. Je lui conseillé de sortir dans la rue de Bujumbura et de demander au premier passant qu’il verrait de lui indiquer le bureau d’Alexis Sinduhije. Ce qu’il fit. Et comme on peut déjà l’anticiper, Aleksei refila sans vérifier à cet aventurier congolais désargenté 100 dollars, parce qu’il avait mentionné mon nom !

Et notre amitié a traversé les continents. On s’est revus plusieurs fois à Nairobi et à Kinshasa. C’est donc dire que nos familles se connaissent.  Une fois, en 2003 ou 2004, dans une nganda de Matonge, il parlait en Kirundi avec l’un de ses amis alors que je lui demandais de mettre une sourdine à cette langue en milieu kinois, car on risquait de se faire tabasser. Mais l’homme a persisté et signé : il a continué à gueuler dans sa langue ! C’est donc dire que l’homme a des cojones, expression que les Hispaniques réservent pour ceux qui ont le courage des héros.

Depuis quelques années, on a perdu contact.

Et voilà qu’aujourd’hui, vendredi 20 mars, en jetant par hasard un coup d’œil sur « Le Carnet de Colette Braeckman », je tombe sur un billet qui m’apprend que mon petit Aleksei est le chef d’un parti politique qui s’appelle le MSD (Mouvement pour la Solidarité et la Démocratie) et qu’il vient de croupir quatre longs mois dans la prison de M’Pinga, à Bujumbura, pour outrage à chef de l’Etat ! Il vient à peine d’être relaxé le jeudi 19 mars, suite aux interventions de la communauté internationale.

Je découvre ainsi aujourd’hui que mon petit est devenu une sorte d’Igwe du Burundi qui fait trembler les fantoches au pouvoir. Et il est déterminé à se présenter aux présidentielles de 2010 !

« Outrage à chef d’Etat » ? Moi, je dis : chef d’Etat des gueux, chef d’Etat merdique qui mérite mille outrages !

Un régime qui met dans ses geôles un homme de l’intégrité, de l’amour et de la probité d’Alexis Sinduhije est un régime dirigé par des malotrus, des vandales et des va-nu-pieds !

VIVE ALEXIS SINDUHIJE ET LE MSD !

alexisSinduhije

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18 mars 2009

Kinshasa: Minuit en plein midi

PhotodeNdombeOpetumavecBarly

« Bayaki butu-butu kopasola milangi

Epai ‘a Mwana Molomaka
Hé !
Oyo bato mitema mabe boye ! »

—Le Karma Pa, « Kumar Kumasika ».

Voici Barly Baruti, à gauche, aux côtés de Ndombe Opetum, jouant dans l’enceinte de son « New Espace à Suivre » dans la Commune de Kasa-Vubu, espace que l’Etat congolais, sourd à l’outrage de l’opinion internationale, vient d’aplatir à coups de marteaux et de burins ce dimanche 15 mars.

Né et grandi à Kisangani dans une grande famille d’artistes (grand-père guitariste, père peintre, frères et sœurs peintres), Barly est dessinateur et scénariste de BD, chanteur-compositeur (il a des albums enregistrés), guitariste et peintre. Publié par les grandes maisons d’édition de BD européennes, l’homme a aussi une résidence permanente à Bruxelles. Il peut bien tourner le dos au Congo et couler des jours tranquilles à Bruxelles avec les royalties de ses publications.

Non… Barly a choisi de rentrer à Kinshasa pour créer un espace d’animation culturelle appelée le « New Espace à Suivre » : encadrement des jeunes dessinateurs kinois et bibliothèque de jeunesse. (Cet espace a aussi une antenne à Kisangani).

Barly pouvait bien louer un studio à la Gombe pour y installer cet espace. Mais il croit que nos cités seraient vouées à l’abandon culturel si l’on n’y créait des foyers d’animation culturelle. Il a donc acheté une parcelle dans la Commune de Kasa-Vubu près du Camp Kokolo — avec tous les documents officiels des services patentés du cadastre — et y a érigé un beau centre culturel. Très vite, le centre est devenu un épicentre culturel de tous les enfants du quartier. Et un centre d’attraction où les riverains de ce quartier, pour la plupart modestes, pouvaient côtoyer et littéralement toucher du doigt de grands artistes congolais, comme Ndombe Opetum sur la photo ci-haut. Sans payer un centime de droit d’entrée…

Et puis, soudain, patatras !

Il y a quelques mois, on signifie à Barly que le terrain appartiendrait au Ministère de la Santé et qu’on doit y bâtir un hôpital. Un hôpital en pleine zone résidentielle.

Soit… Mais sous d’autres cieux où règne l’Etat de droit, en cas de saisie par l’Etat d’un domaine privé pour y ériger une structure d’utilité publique, on compense l’occupant — en argent ou en nature.

Pas chez nous où c’était, c’est, et ce sera encore et toujours minuit en plein midi. Darkness at noon ! Le zéro et l’infini emmêlés dans une algèbre insaisissable ! Le seul pays au monde où l’on démolit encore des bibliothèques à coups de marteaux et de burins.

Sans états d’âme, les démolisseurs sont donc venus de grand matin, ce dimanche 15 mars, tout raser (voir les photos de la dévastation ci-dessous qui se passent de tout commentaire).

On pouvait croire que la déprime et le découragement vont submerger Barly, le pousser à plier bagage et à se replier illico à Bruxelles. Mais ce serait ne pas connaître le patriotisme et la résilience qui motivent encore certains compatriotes.

Dans son journal en ligne sur Facebook, Barly note laconiquement : « ça y est: le NEW ESPACE à SUIVRE EST EN POUSSIERE DEPUIS CE DIMANCHE 15 MARS 2009! Grand merci à toutes et tous qui m'ont soutenu. Je leur promets de CONTINUER ».

Il note aussi : « L'Etat a décidé de démolir sans indemnisation l'un de derniers lieux culturels de Kinshasa dirigé par Barly BARUTI qui s'occupe de la réinsertion sociale par les Arts. La lutte contre l'IGNORANCE continue !!! »

Je lui souhaite courage et résilience — qualités tracées au fer rouge dans la grande tradition de l’ethnie Lokele dont il fait partie !

Je suis prêt à parier une Primus avec tout bloggeur ou toute bloggeuse de notre blog que dans un an, il n’y aura aucun hôpital construit dans cette parcelle.

***

AVANT, À QUELQUES MINUTES DE LA DESTRUCTION, RÉCUPÉRATION EN CATASTROPHE DU MATÉRIEL:

PhotoBarlyAvant

***

APRÈS LE CYCLONE DE LA DESTRUCTION :

PhotoBarlyApres

Posté par Alex Engwete à 22:36 - Commentaires [56] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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