09 avril 2009
Retour vers le futur: Ce pour quoi je suis mobutiste
Je sais que BAKUNDE, RUWEJ et bien d’autres m’ont reproché des allusions autobiographiques. Mais, parfois, c’est le seul biais par lequel on peut éclairer certaines positions apparemment paradoxales d’une personne, comme RUWEJ vient par exemple de me le faire remarquer dans un commentaire au billet précédent.
Pendant qu’on débattait du martyr Léopold Sylvestre Bondekwe et que BONY me prenait à partie ici, sur le site mbokamosika, un autre citoyen congolais nommé ANACLET me traitait de « Goebbels » et de « mobutiste » alors que je ne faisais que répondre par un commentaire en vidéoclip de la chanson de propagande de Franco intitulée « Candidat na biso Mobutu » (voir clip ci-dessous) à un billet du Messager sur la chanson de propagande du même Franco intitulée « Ngai kaka Bomboko ».
Je publie ci-dessous in extenso ma réponse à Anaclet pour assumer mon « mobutisme ». Je crois que cet élément autobiographique va répondre à l’apparente confusion de certains sur mes positions non-linéaires vis-à-vis de Mobutu : pour et contre en même temps.
Voici le texte de ma réponse à Anaclet :
Très cher frère Anaclet :
Permets-moi de te tutoyer comme il se doit sur un blog. Tu peux aussi me tutoyer. Mais je veux répondre calmement et rationnellement à tes insultes. Le terrible défaut dans notre culture congolaise, c’est qu’on ne pèse plus les mots, tout le monde étant devenu « injurologue ». Car traiter quelqu’un de Goebbels, c’est plus qu’une injure, c’est jeter une malédiction sur lui ! Et pour cause. Dr. Paul Joseph Goebbels était le propagandiste du Troisième Reich, un régime qui a fait périr 6 millions de Juifs dans des chambres à gaz avant d’incinérer les corps dans des fours crématoires. Les cendres de ces fours crématoires étaient ensuite ramassées pour en faire du savon ! Quand les troupes russes entraient dans la ville de Berlin, Goebbels et sa femme Magda ont empoisonné leurs six enfants avant de se donner la mort. Alors si tu me crois capable d’une telle abomination, Dieu te pardonne ! Remarque que je ne comparerai jamais Dominique Sakombi, chantre de Mobutu, à Goebbels qui était un monstre. Mais revenons à nos moutons.
Je suis intervenu dans mon commentaire au billet sur « Ngai Kaka Bomboko », une chanson de propagande pour Bomboko, chanson écrite par Franco aux législatives de 1977. Or je me suis rappelé que j’avais dans ma collection de fichiers de musique la chanson « Candidat na biso Mobutu » écrite par Franco au cours des mêmes élections de 1977. Je voulais transmettre directement cette chanson au Messager, mais le volume du fichier n’a pas permis l’envoi par email. J’ai même mis ce fichier sur le site « Mediafire » dans l’espoir qu’on pouvait le jouer directement à partir de ce site d’entreposage de fichiers. Mais cela n’a pas été possible. Messager m’a alors suggéré de mettre ce fichier sur « YouTube ». J’ai donc fait une collecte rapide d’images de Mobutu sur Internet. Or, il est difficile de soutenir l’attention du spectateur d’un clip vidéo sans faire varier les angles de vue des images. J’ai donc utilisé les différents effets de transition et d’altération d’images que le programme « Windows Movie Maker » offre dans chaque ordinateur. Tu remarqueras que la version longue de « Candidat na biso Mobutu » sur Dailymotion n’a pas tous ces effets car le travail eût été long et pénible pour un clip de 18 minutes 47. Et puis, que m’aurais-tu suggéré de faire pour présenter ce morceau sur YouTube ou Dailymotion ? Le présenter avec un écran noir ? Soyons sérieux quand même !
Une autre remarque : le site « mbokamosika » est pour moi un site d’archéologie de la musique congolaise. Le Messager vient d’ailleurs de découvrir, sans s’en rendre compte, une nouvelle catégorisation de la musique congolaise : 1) il y a des chansons traitant des thèmes de la vie quotidienne (amour, etc.) ; 2) il y a la catégorie « musique religieuse » ; 3) il y a musique de « propagande politique » (catégorie du Messager) : même Kallé Jeff avait des chansons de propagande politique ; et 4) il y aurait aussi une catégorie de musique congolaise avec thèmes publicitaires (« Savon Reward », par exemple, et toutes les autres chansons sur nos brasseries).
On réfléchit sur notre musique, ici, on ne fait pas de politique ! Et n’insulte surtout pas Messager, qui n’avait rien à voir avec mon travail de montage vidéo !
Il y a un autre aspect de tes insultes que j’aimerais discuter. Tu me traites de « mobutiste ». Eh bien, j’assume ce titre et je le porte comme un laurier sur ma tête et voici pourquoi. J’ai toujours dit et répété qu’il y avait Mobutu-1, Mobutu-2, Mobutu-3, etc., jusqu’au Mobutu de la pourriture finale. Je reviens sur mon cas autobiographique : mon père est né en 1910, ma mère en 1924, et moi-même en 1953 (mes parents m’ont eu sur le tard). Sous la colonisation, mon père était « boy » du Baron Van den Bruck ; puis après l’indépendance, il s’était reconverti en menuisier-charpentier et en cultivateur à temps partiel (les week-ends) : on avait un grand champ sur la Rive Droite de la Tshopo, à Kisangani. J’ai fait mes humanités au Collège du Sacré-Cœur. Crois-tu que mes parents pauvres avaient l’argent pour payer mes frais scolaires à l’école secondaire la plus prestigieuse de ma ville ? Non. Tous mes frais scolaires étaient subsidiés par le gouvernement de Mobutu, figure-toi. J’obtiens mon diplôme d’Etat en 1972 avec 69%. Il s’agit d’aller à l’université ! Encore une fois, tu crois que mes parents, vivant dans la pauvreté la plus abjecte, allaient payer mes frais d’études ? Non ! Il y avait, à l’époque, lors des examens d’Etat, un concours appelé « Culture générale ». Dès qu’on réussissait à ce concours, on était d’office qualifié pour recevoir une bourse d’études du gouvernement de Mobutu ! Remarque que j’avais chaque mois une bourse de 35 zaïres (à l’époque, 1 zaïre = 2 dollars). Comme j’étudiais à la faculté des Sciences de l’Education dans ma ville natale et que j’habitais chez mes parents, je nourrissais tout le foyer avec ma bourse d’études — non seulement mes parents, mais toute la famille étendue habitant sous notre toit !
Compare cette grande chance qu’avait eue ma génération sous Mobutu à ce qui se passe actuellement au pays. Je reçois quotidiennement des appels téléphoniques et des courriels des membres de la famille à Kinshasa et à Kisangani pour me retaper à cause des enfants qui ont été chassés de l’école parce qu’ils n’ont pas payé le minerval. Remarque que la RDC est signataire de la convention de l’ONU sur l’enseignement primaire obligatoire des enfants. Récemment, j’ai mon petit qui a été suspendu des cours à l’UPN/Kinshasa parce qu’il n’a pas 100 dollars pour payer ce semestre !...
Au fait, on était tous des ingrats, ceux de ma génération, parce qu’on était des « antimobutistes » invétérés, croyant que cet argent que Mobutu nous refilait mensuellement était un droit acquis ! Pauvres cons que nous étions ! Et tu crois, mon frère Anaclet, que j’irais me cacher sous un matelas parce que tu me traites aujourd’hui de « mobutiste » ? Eh bien, mon frère, je ne suis plus ingrat, j’accepte et j’assume avec fierté ton insulte de « mobutiste » !
Morale de ce condensé de mon autobiographie : Sans Mobutu, je serais aujourd’hui cultivateur analphabète, comme mon père, sur la Rive Droite de la Rivière Tshopo !!!
Commentaires
escarmouche
@ Alex et Bony/bakunde
Voila un extrait de la lecture suggeree par notre frere Ruwej, une tres bonne lecture soit dit en passant!Qui vous renverra tout deux dos a dos.
" Oui. Mobutu fut un vrai génie du mal pour avoir déstructuré et désarticulé le Congo pendant
trente deux ans de règne inutiles. Il est pourtant malheureux de nos jours d’entendre des
compatriotes regretter l’époque mobutienne, comme si elle a été glorieuse. Ils regrettent sans
doute les quelques privilèges dont ils furent bénéficiaires. Ils devraient tout de même noter,
avec honnêteté, que la délinquescence actuelle du Congo trouve son essence dans la
désarticulation et la déstructuration du pays par un système de prédation, de pillage, de
corruption et de destruction, institué par ceux que la presse congolaise qualifie, par erreur, de
« vertébrés » ou « ayant une expertise ». S’ils avaient peut-être une expertise, elle doit avoir
consisté, essentiellement dans leur capacité à amasser, pendant autant d’années, de l’argent du
peuple dans des comptes à l’étranger, et à s’approprier des biens de l’état pour leur
enrichissement personnel, sans jamais poser les fondements d’une gestion rationnelle et
humaine en vue du bien-être communautaire. Ce fut le règne de l’inversion de valeurs.
C’est dans ces conditions d’un pays déchiré, écartelé et ruiné que LD Kabila va chasser le 17
mai 1997, celui qui pensait ne jamais être, de son vivant, « ancien chef de l’état », avec ses
amis du «Conglomérat d’aventuriers et d’opportunistes37[37] » de l’Alliance démocratique
pour la libération du Congo, Afdl, soutenu par les anciens bienfaiteurs de Mobutu, à savoir
Américains, Britanniques, Belges et autres. Et ce, avec le concours des bras armés africains
que sont les Ougandais, les Burundais et les Rwandais. Depuis lors, la RD Congo est entrée
dans un cycle de violence, exposé à une exploitation illégale des multinationales et des pays
voisins qui tous envient et exploitent, comme des charognards, le sol et le sous-sol congolais."
Et je conclus,n'en deplaise a Bony, que seul l'ideal de liberte et d'independance prone par Lumumba, bien qu'ephemere et spontanne, reste le seul point de lumiere de notre triste passe. C'est cette torche la que nous devons reactualiser et rallumer, si nous voulons avancer enfin vers un essor veritable et authentique.( avec toi je preche probablement dans le desert de ta fixation sur les "merveilles coloniales")
de coeur avec tous
@ Wavre:
Pour répéter Prof. Tongo Etani: « Eza mawa! » Ou pour répéter Guy : « Mawable ! » J’ai honte de moi-même à la lecture cette pièce de théâtre que tu viens d’écrire sur cette triste affaire ! Tu as non seulement la vision d’un poète, mais aussi celle d’un dramaturge. Merci pour cette sobre interpellation !
@Wavre,
Je vous sens jeune donc encore idéaliste. De quinze à 18 ans après avois lu le capital et la propagande communiste je me prenais aussi pour Che Guevara. ça vous passera. La réalité est plus fort que la subjectivité.
Bonne chance.
Wavre,
Votre philosophie de dos à dos vous conduit à mettre sur le même pied d'égalité la main qui vous a nourri et celle qui vous a battu ou tué. C'est votre problème. Vous m'en voyez désolé pour vous.
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