25 mai 2009
RDC: Dominique Strauss-Kahn à Kinshasa
Communiqué de presse n° 09/186
le 25 mai 2009
M. Dominique Strauss-Kahn, Directeur
Général du FMI, a fait la déclaration suivante aujourd’hui à Kinshasa, à
l’issue de sa visite en République Démocratique du Congo :
« J’achève ma première visite en
République démocratique du Congo en qualité de directeur général du FMI et je
tiens à remercier le Président Kabila, le Premier ministre Muzito, le Ministre
des finances Matenda, le Ministre du budget Lokola, le Gouverneur Masangu et
les personnalités officielles que j'ai eu le plaisir de rencontrer. J’ai aussi
rencontré les membres de la Commission Économique et Financière de l’Assemblé
Nationale et du Sénat. Je me suis également rendu au Centre de santé Avenir
Meilleur pour les Orphelins du Congo (AMOCongo), où j'ai été impressionné par
les efforts que déploie son personnel avec dévouement pour venir en aide aux
enfants et aux mères vivant avec le virus du VIH. J’ai eu aussi des échanges
très enrichissants avec les syndicats et les organisations de la société civile
ainsi qu’avec les étudiants et les membres du corps professoral des universités
publiques et privées de Kinshasa.
Lors de l’audience que m’a accordée le
Président Kabila, j’ai salué les progrès remarquables pour un pays post-conflit,
réalisés par la RDC vers ses objectifs de développement à long terme. Nous
avons eu un entretien productif sur les perspectives économiques de la RDC et
sur les défis à relever, particulièrement dans cette période où le pays fait
face aux difficultés entrainées par la crise financière mondiale. La RDC est
l’un des pays les plus touchés d’Afrique. Les prix du cuivre, cobalt et diamant
se sont effondrés. Une chute des termes de l’échange de 20% est attendue cette
année. Par conséquent, la croissance économique pour 2009 est estimée à 2,7%,
bien en dessous des niveaux d’avant-crise.
Nous avons convenu du fait que l’aide
extérieure sera cruciale pour que la RDC puisse tempérer l’impact de ces chocs
et protéger les plus pauvres. A cet égard, le FMI a approuvé au mois de mars un
déboursement de 195 millions de dollars U.S. envers la RDC sous la Facilité de
protection contre les Chocs Exogènes (FCE). J’ai salué le programme du
président Kabila visant à répondre aux besoins cruciaux en matière sociale et
d’infrastructures. Toutefois, de telles dépenses doivent être cohérentes avec
les contraintes de soutenabilité de la dette.
Les services du FMI sont sur le point de
conclure les négociations sur un nouveau programme appuyé par la Facilité pour
la Réduction de la Pauvreté et la Croissance, suspendu toutefois à
l’établissement d’une solution cohérente avec la soutenabilité de la dette dans
le dossier de l’accord de coopération sino-congolais sur les mines et grands
projets d’infrastructures. Le FMI soutient les efforts de la RDC pour accéder à
la réduction de dette dont elle a tant besoin et aux investissements dans les
infrastructures et le secteur minier. Nous sommes prêts à utiliser nos bons
offices auprès des partenaires au développement de la RDC à cette fin. L’examen
d’un nouveau programme par le Conseil d’administration du FMI passe en effet
par une solution satisfaisante apportée à l’accord sino-congolais et par
l’accord de financement du Club de Paris.
Il est crucial de garder un équilibre
entre les dépenses financées sur ressources intérieures et les ressources
domestiques, de manière à éviter une expansion monétaire pouvant entrainer une
accélération de l’inflation et mettre le taux de change sous pression. En même
temps, la banque centrale devra surveiller l’offre monétaire et compenser les
excès de liquidité générés par ces ressources. Pendant ce temps, le
gouvernement devrait utiliser l’espace fiscal disponible pour une meilleure
allocation des dépenses vers les secteurs sociaux la mise en place de réformes
structurelles visant à rendre l’économie plus compétitive et mieux intégrée
dans l’économie mondiale.
Le FMI est prêt à poursuivre son appui aux efforts que déploie la RDC pour faire reculer la pauvreté, combattre la corruption et maintenir le cap d’un développement économique durable. »
PHOTO: WORLD ECONOMIC FORUM
07 mai 2009
USA: Coupe sèche de l’aide à l’Afrique et Projet de loi du Sénateur Sam Brownback contre le coltan sanglant en RDC
GAO-08-562T The Democratic Republic of the Congo: Major Challenges Impede Efforts to Achieve U.S. Policy Objectives; Systematic Assessment of Progress Is Needed
Les pays africains croyaient que l’élection
de Barack Obama allait signifier une augmentation substantielle de l’aide américaine
au développement. Le candidat Obama avait certes promis un accroissement significatif
de l’aide aux nations défavorisées, projetant qu’elle allait atteindre le seuil
des 50 milliards USD à la fin de son premier mandat.
Selon les analystes, l’aide américaine aux
pays sous-développés est traditionnellement insignifiante, ne représentant que
0.16% du Revenu National Brut (RNB). Un petit pays comme la Norvège, en
comparaison, consacre 0.95% de son RNB à l’aide au développement. Les
Américains sont ce qu’ils sont naturellement : sourds aux demandeurs de
charité et méfiants des grandes initiatives gouvernementales financées avec l’argent
du contribuable. C’est d’ailleurs le seul pays industrialisé sans couverture
médicale pour des millions de ses citoyens et sans aucune conception de la
solidarité nationale qui est tout de suite brandie avec terreur et mépris
emmêlés comme un dangereux basculement dans le « socialisme » —caractéristique que les républicains ont
désormais collée à Obama.
La crise financière qui vient de frapper
les USA, doublée d’un trou budgétaire de près de 2 mille milliards USD, vient
ainsi de donner un prétexte tout trouvé au Congrès américain dominé par les
démocrates pour procéder à une coupe sèche de 6,6 milliards USD à l’aide aux
nations défavorisées. Comme si cette somme « dérisoire »
allait apaiser les cris d’orfraie que poussent les républicains devant le
montant colossal du plan de relance économique d’Obama.
Et l’Afrique est la première à subir les
conséquences de cette réduction dramatique de l’aide américaine. Si les économistes
croyaient il y a quelques mois seulement que la crise économique épargnerait l’Afrique
du fait qu’elle est « l’une des
régions la moins intégrée dans l’économie mondiale », ils viennent de
se rendre compte qu’ils s’étaient fourvoyés : « les prévisions de croissance pour 2009 ont été réduites de
moitié (à 3.5%) avec une bien plus sombre prédiction de performance pour 2010 ».
Et pour cause… Les pays africains dépendent des ressources naturelles et des
taxes que les industries d’extraction, qui fuient aujourd’hui le continent en
masse, versent dans leurs caisses.
Mais il faut aussi dire que cette aide que
l’Amérique accorde aux pays pauvres au compte-goutte est déboursée chaotiquement,
puisqu’elle est régie par plus de 20 agences fédérales, dont en partie par le
Pentagone ! J’ai des amis qui travaillent pour USAID qui sont désespérés
par des gouttes d’eau que déverse leur agence dans l’océan des problèmes de développement
dans le monde. Certains parmi eux qui croyaient que leur agence, terriblement
fragilisée et presque anéantie sous Bush, allait être repensée et renforcée
sous Obama, ont déjà jeté l’éponge. Contrairement à la France par exemple qui
un ministère de coopération, aux USA, USAID n’est qu’un annexe du Département d’Etat…
Et quelle est la part de l’aide américaine
impartie à la RDC dans tout ça ?
On note d’abord que la RDC est totalement
absente des grandes initiatives africaines des USA de ces dernières années,
comme celle dans la lutte contre le VIH/SIDA ; de la lutte contre la
malaria ; ou de la Millennium
Global Corporation (MCC), une agence lancée en 2004 par le Président
George Bush pour l’éradication de la pauvreté et dont les allocations viennent
d’être drastiquement réduites dans le budget d’Obama.
Il est vrai que la RDC doit à Bush l’allocation
de plus 100 millions USD pour le service de la dette et au Sénateur Obama la
législation de 2006 sur l’aide bilatérale, renouvelable chaque année après
évaluation, qui garantit au pays« au
moins 52 millions USD » d’allocation annuelle. Mais la
législation d’Obama contient de telles
conditions draconiennes imposées au gouvernement congolais qu’on peut prédire
sans grand risque de se tromper qu’elle pourrait aboutira à une annulation pure
et simple de l’aide américaine au titre de cette loi. Or la dernière évaluation
de cette législation par le Government
Accountability Office (GAO), l’agence fédérale d’audit et d’investigation,
présentée au Congrès le 6 mars 2008, a été particulièrement défavorable à la
RDC.
Cet audit révèle qu’au cours des années
fiscales 2006 et 2007, sept agences américaines ont respectivement déboursé 217,9
millions USD et 181,5 millions USD au profit de la RDC (notez la réduction de
36,4 millions USD)— dont une grande partie a été consacrée à l’aide humanitaire.
Le rapport conclut aussi qu’il faut une réévaluation de cette aide bilatérale par
les sept agences concernées parce que la RDC fait l’impasse sur les objectifs
de la législation d’Obama pour ces quatre raisons : « (1) environnement sécuritaire
instable, (2) faible gouvernance et corruption généralisée, (3) mauvaise
gestion, et (4) manque d’infrastructure ».
Et l’impunité endémique de la RDC envers
des criminels de guerre de la trempe de Jean-Bosco Ntaganda risque de motiver
le gouvernement américain de ne point renouveler l’aide au développement pour
la RDC. En effet, l’une des conditions de cette loi exige du « Gouvernement de la République
Démocratique du Congo de reconnaître et d’agir sur ses responsabilités de
remettre immédiatement la discipline dans ses forces de sécurité, de tenir pour
responsables les individus coupables d’atrocités et d’autres violations des
droits de l’homme ». Cette histoire de Ntaganda qui fait scandale dans
l’opinion internationale tombe donc au moment même où les démocrates cherchent
à montrer aux républicains qu’ils peuvent sévir contre la gabegie.
A cette pression de la législation d’Obama
sur la RDC s’ajoute celle du Projet de loi que vient d’introduire le 23 avril
dernier le Sénateur républicain Sam Brownback appelé « Congo Conflict Minerals Act of 2009 » (Acte sur les Minerais
du Conflit du Congo), une loi axée sur l’information obligatoire, qui forcera
les compagnies et les opérateurs économiques individuels opérant sur le
territoire américain d’informer annuellement la Securities and Exchange Commission (SEC), l’agence fédérale de réglementation
et de contrôle des marchés financiers, de leurs « activités ayant pour objet la colombite-tantalite [coltan], la
cassitérite et la wolframite en provenance de la République Démocratique du
Congo ».
Après un délai de 180 jours à dater de la signature de cette loi par le Président Obama, le Département d’Etat devra : 1) fournir une carte précise renouvelable des endroits où sont extraits ces minerais en RDC ainsi que les groupes armés qui contrôlent leurs points d’extraction ; 2) et recommander les peines qu’encourront ceux qui enfreindront cette loi.
Ce
projet de loi a toutes les chances d’être prochainement signé par le Président
Obama car des poids lourds démocrates se sont joints au Sénateur Brownback pour
le sponsoriser : le Sénateur Russ Feingold, qui préside le Sous-comité des
Affaires Africaines et qui a visité Goma à plusieurs reprises, et le Sénateur
Dick Durbin, le vice-président du Sénat.
Espérons qu’après la signature de cette
loi par Obama on ne verra plus des bandits transformer l’autoroute de Walikale
en aérodrome de fortune (photo ci-haut).
Il y a un mois, un reportage de TV5MONDE avait établi que des éléments armés
pillaient systématiquement la cassitérite à Walikale avec la complicité de
Kinshasa. Pis, ces éléments armés avaient réduit à l’esclavage les villageois creuseurs
de ce minerais en leur imposant des taxes fantaisistes, des droits de péage,
des « droits d’entrée » dans les mines artisanales et des prix
arbitraires du kilo du minerais extrait — et ce, au nez et à la barbe du chef
de division des mines terré à Goma.




