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ALEX ENGWETE

Congologie : Espace d’analyses et d’opinions sur la culture et la politique du sous-continent de la République Démocratique du Congo. Contact: alexengwete@gmail.com

25 juillet 2009

RDC: La république du Marquis de Sade

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Ce vendredi 24 juillet 2009, la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme, FIDH en sigle, a rendu public un rapport accablant sur la RDC intitulé « République Démocratique du Congo : la dérive autoritaire du régime ».

 

Dans un pays où le président de la république peut se réveiller un matin et décider de virer le président de l’Assemblée Nationale ou licencier le président de la Cour Suprême et une centaine d’autres juges, ce rapport ne pouvait que confirmer ce que l’on savait déjà, et qui peut se résumer dans la déclaration de M. Benoît van Der Meerscher de la FIDH sur Radio Okapi : « Nous avons le sentiment d’assister à une multiplication des dérives de la part du pouvoir : arrestations et détentions arbitraires, poursuites pénales injustifiées qui témoignent du caractère systématique d’une politique qui semble pensée au plus haut niveau ».

 

On pouvait aussi s’attendre aux cris d’orfraie, toujours sur Radio Okapi, de M. Baudouin Upio Kakura, Ministre congolais des Droits Humains, qui nie en bloc les résultats de ce rapport à coups de slogan du genre: « Il n’y a pas de dérive autoritaire. J’aimerais dire qu’il y a des avancées. Nous sommes parmi ceux qui font des progrès. Il y a un plan national de promotion et de protection des droits de l’homme ».

 

Mais ce qui étonne dans ce rapport, c’est qu’il nous présente des cas cliniques du raffinement de ces tortionnaires  du régime tirés tout droit des romans du Marquis de Sade, en jetant des projecteurs aveuglants sur des hauts lieux du saccage des corps et des esprits des citoyens congolais. Qu’on en juge par la pornographie sadique des appellations des geôles de Kin Mazière :

 

« Messieurs Floribert Chebeya, Christopher Ngoyi, Bogart Kabongo et Dolly Ibefo étaient tous les quatre détenus ensemble dans les cachots de la direction des services spéciaux de la police. Ils ont été placés dans trois cellules: « Memling » – qui est le nom d’un hôtel de luxe à Kinshasa – « Afrique » et « Zaire ». Dans le cachot « Memling », les conditions étaient plus ou moins acceptables: il y a avait quelques mousses pour dormir, des toilettes, une baignoire et de l’éclairage. Dans le cachot « Afrique », il n’y avait ni toilettes, ni lumière, les détenus dormaient sur les tables en plastique. Le cachot « Zaire » était le pire: il n’y avait ni toilettes, ni lumière. Les détenus faisaient leurs besoins dans des bouteilles ou des gobelets en plastique. Ils dormaient à même le sol. Il n’y avait pas de nourriture. Les familles pouvaient apporter à manger, mais pour cela elles devaient payer ».

 

Voici enfin les principales caractéristiques du régime de Kinshasa tirées de ce rapport :

 

1) La répression et la torture visent principalement les ressortissants de la Province de l’Equateur, les militants du parti UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social) d’Etienne Tshisekedi et les activistes de la société civile ;

2) Les forces de sécurité se sont muées en une « police politique dotée des pleins pouvoirs » ;

3) « Des détentions au secret dans d’innombrables cachots hors de tout contrôle judiciaire » ;

4) « La pratique systématique de la torture et autres peines ou traitements cruels inhumains ou dégradants » ;

5) « Le pouvoir judiciaire volontairement affaibli » et « sa mise sous tutelle » de l’exécutif [c’est-à-dire du président de la république] ;

6) « Une justice à la carte » qui assure une impunité ambiante absolue.

 

Le rapport se termine sur une interpellation du gouvernement congolais, des organismes de l’ONU et des bailleurs de fonds ; interpellation qui restera sans nul doute lettre morte. Dans l’entretemps, les ressortissants de l’Equateur, les militants de l’UDPS, les activistes de la société civile et tous les « résidents de la république » qui oseront lever le petit doigt se verront convier de passer un séjour plus ou moins prolongé aux frais de la princesse dans des hôtels au luxe décroissant appelés « Memling », « Afrique » et « Zaïre ».

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12 juillet 2009

OBAMA : LEÇON AUX LEADERS AFRICAINS SUR 4 CHANTIERS CRITIQUES

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Discours de Barack Obama au Parlement ghanéen

Accra, 11 juillet 2008

Traduction française d’Alex Engwete sur la base de la transcription écrite du discours en anglais.

 

Bonjour. C’est un honneur pour moi d’être à Accra, et de parler aux représentants du peuple du Ghana. Je suis profondément reconnaissant pour la bienvenue que j’ai reçue, comme le sont Michelle, Malia et Sasha Obama. L’histoire du Ghana est riche, les liens entre nos deux pays sont forts, et je suis fier que ce soit ma première visite en Afrique subsaharienne en tant que Président des Etats-Unis.

Je m’adresse à vous au terme d’un long voyage. J’avais commencé en Russie, pour un Sommet entre deux grandes puissances. J’ai voyagé en Italie, pour une rencontre des grandes économies du monde. Et je viens ici, au Ghana, pour une simple raison : le 21ème siècle sera façonné non seulement par ce qui se passe à Rome, Moscou ou Washington, mais par ce qui se passe à Accra également.

Ceci est une simple vérité d’une époque où les frontières entre les peuples sont dépassées par nos connexions. Votre prospérité peut étendre celle de l’Amérique. Votre santé et votre sécurité peuvent contribuer à celles du monde. Et la force de votre démocratie peut faciliter l’avancée des droits humains pour les gens partout ailleurs.

 Je ne vois donc pas les pays et les peuples d’Afrique comme un monde à part ; je vois l’Afrique comme une partie fondamentale de notre monde interconnecté — en tant que partenaire de l’Amérique pour le compte de l’avenir que nous voulons pour nos enfants à tous. Ce partenariat doit être ancré dans une responsabilité mutuelle ; et c’est sur ce point que je voudrais vous parler aujourd’hui.

Nous devons partir de la simple prémisse selon laquelle l’avenir de l’Afrique appartient aux Africains.

Je dis cela en étant parfaitement conscient du passé tragique qui a pendant un temps hanté cette partie du monde. J’ai en moi le sang de l’Afrique, et l’histoire même de ma famille couvre aussi bien les tragédies que les triomphes de l’histoire africaine plus générale.

Mon grand-père était cuisinier des Britanniques au Kenya, et bien qu’il fût un ancien respecté dans son village, ses employeurs l’appelaient « boy » pour la plus grande partie de sa vie. Il fut à la périphérie des luttes de libération du Kenya, mais il fut néanmoins brièvement emprisonné au cours de cette époque répressive.  Au cours de sa vie, le colonialisme ne fut pas simplement la création des frontières artificielles ou des termes injustes de commerce — c’était quelque chose dont il a personnellement fait l’expérience, jour après jour, année après année.

Mon père avait grandi en élevant des chèvres dans un petit village, à une distance impossible des universités américaines où il est allé s’instruire. Il a atteint la majorité à une époque extraordinaire de promesse pour l’Afrique. Les luttes de la génération de son propre père donnaient naissance aux nouvelles nations, à commencer ici même au Ghana. Les Africains s’instruisaient et s’affirmaient de manière innovatrice. L’histoire bougeait.

Mais en dépit du progrès réalisé — et il y a eu un progrès considérable dans certaines parties de l’Afrique — nous savons aussi qu’une grande partie de la promesse reste encore à réaliser. Des pays comme le Kenya, qui avaient une économie par habitant plus grande que la Corée du Sud quand je suis né, se voient sérieusement dépassés. La maladie et les conflits ont ravagé certaines parties du continent. A plusieurs endroits, l’espoir de la génération de mon père a donné lieu au cynisme, et même au désespoir.

C’est facile de pointer des doigts accusateurs, et d’attribuer le blâme de ces problèmes à d’autres. Certes, une carte coloniale dénuée de tout sens a causé des conflits, et l’Occident a souvent approché l’Afrique en maître, plutôt qu’en partenaire. Mais l’Occident n’est pas responsable de la destruction de l’économie zimbabwéenne au cours de la décennie passée, ou des guerres dans lesquelles des enfants furent conscrits comme combattants. Au cours de la vie de mon père, c’était le tribalisme et le favoritisme dans un Kenya indépendant qui ont pendant longtemps mis sa carrière à mal, et nous savons que ce genre de corruption est un fait de la vie quotidienne pour beaucoup. 

Evidemment, nous savons aussi que cela ne représente pas toute l’histoire. Ici au Ghana, vous nous montrez une face de l’Afrique qui est souvent ignorée par un monde qui ne voit que la tragédie ou un besoin de charité. Le peuple du Ghana a travaillé d’arrache-pied pour asseoir la démocratie, avec des transferts de pouvoir pacifiques même après des élections âprement disputées. Et avec l’amélioration de la gouvernance et l’émergence de la société civile, l’économie du Ghana montre des taux de croissance impressionnants.

Il peut bien manquer à ce progrès l’aspect dramatique des luttes de libération du 20ème siècle, mais ne vous leurrez pas : il sera en fin de compte plus significatif. Car tout comme il est important de sortir du contrôle d’une autre nation, il est encore plus important de bâtir la sienne.

Je crois donc que ce moment est tout aussi plein de promesse pour le Ghana — et pour l’Afrique — que le moment où mon père atteignit la maturité et où les nations nouvelles naissaient. Ceci est un nouveau moment de promesse. Sauf que cette fois-ci, nous aurons appris que ce ne seront pas des géants comme Nkrumah ou Kenyatta qui détermineront l’avenir de l’Afrique. Ce sera plutôt vous — les hommes et les femmes du Parlement du Ghana, et le peuple que vous représentez. Par-dessus tout, ce seront les jeunes — débordants de talent, d’énergie et d’espoir — qui revendiqueront l’avenir que nombre de ceux de la génération de mon père n’auront jamais trouvé.

Pour réaliser cette promesse, nous devons d’abord reconnaître une vérité fondamentale à laquelle vous avez donné le jour au Ghana : le développement dépend de la bonne gouvernance. C’est l’ingrédient qui manquait à beaucoup d’endroits pendant longtemps. C’est le changement qui peut libérer le potentiel de l’Afrique. Et c’est une responsabilité qui ne peut être assumée que par les Africains.

En ce qui concerne l’Amérique et l’Occident, notre engagement doit être mesuré plus qu’à l’aune des dollars que nous dépensons. J’ai aussi pris l’engagement d’effectuer des augmentations substantielles de notre aide étrangère, ce qui est dans l’intérêt de l’Afrique et de l’Amérique. Mais le signe véritable du succès n’est pas tant d’être une source d’assistance qui aide les gens à s’en sortir de justesse — que de savoir si nous sommes des partenaires dans le renforcement des capacités, dans le changement qui transforme.

 

QUATRE DOMAINES CRUCIAUX DE L’AVENIR DE L’AFRIQUE

Cette responsabilité mutuelle doit être la fondation de notre partenariat. Et aujourd’hui, je vais me concentrer sur quatre domaines qui sont cruciaux dans l’avenir de l’Afrique et du tiers monde dans son entièreté : la démocratie ; l’opportunité ; la santé ; et la résolution pacifique des conflits.

1. PREMIER DOMAINE : LA DÉMOCRATIE ET LA BONNE GOUVERNANCE

En premier lieu, nous devons appuyer des gouvernements démocratiques forts et viables.

Comme je l’ai dit au Caire, chaque nation donne le jour à la démocratie à sa manière, et selon ses propres traditions. Mais l’histoire donne un verdict clair : les gouvernements qui respectent la volonté de leur peuple sont plus prospères, plus stables, et plus réussis que les gouvernements qui ne le sont pas.

Il s’agit plus que d’une simple organisation des élections — il s’agit aussi de ce qui se passe entre elles. La répression a plusieurs formes, et beaucoup de nations sont la proie des problèmes qui condamnent leur peuple à la pauvreté. Aucun pays ne va créer de la richesse si les dirigeants exploitent l’économie pour s’enrichir eux-mêmes, ou si les policiers peuvent être achetés par des trafiquants de drogue. Aucune compagnie ne veut investir là où le gouvernement ponctionne les 20 pourcent des investissements, ou le chef de l’autorité portuaire est un corrompu. Personne ne veut vivre dans une société où l’Etat de droit est remplacé par la règle de la brutalité et de la corruption. Cela n’est pas la démocratie, c’est la tyrannie, et il est grand temps d’y mettre fin.

Au 21ème siècle, des institutions capables, fiables et transparentes sont la clé du succès — des parlements forts et des forces de polices honnêtes ; des juges et des journalistes indépendants ; un secteur privé et une société civile pleins de vie. Voilà ce qui donne vie à la démocratie, parce que c’est ce qui importe à la vie des gens.

Maintes et maintes fois, les Ghanéens ont choisi la loi constitutionnelle au lieu de l’autocratie, et montré l’esprit qui permet l’énergie de votre peuple de percer. Nous le voyons à l’œuvre chez les dirigeants qui acceptent la défaite gracieusement, et les vainqueurs qui résistent à l’appel de sévir contre l’opposition. Nous voyons cet esprit à l’œuvre chez des journalistes courageux comme Anas Aremeyaw Anas, qui risqua sa vie pour la vérité. Nous le voyons à l’œuvre chez des policiers comme Patience Quaye, qui facilita la poursuite contre le premier trafiquant d’êtres humains au Ghana. Nous le voyons à l’œuvre chez des jeunes qui dénoncent le favoritisme et participent au processus politique.

A travers l’Afrique nous avons vu des exemples innombrables des gens prenant le contrôle de leur destinée et effectuant le changement à partir de la base. Nous l’avons vu au Kenya où la société civile et le secteur privé ont conjugué leurs efforts pour aider à mettre fin à la violence postélectorale. Nous l’avons vu en Afrique du sud, où plus des trois quarts du pays ont voté au cours de la récente élection —la quatrième depuis la fin de l’Apartheid. Nous l’avons vu au Zimbabwe, où le Réseau de Soutien Electoral a bravé une répression brutale et défendu le principe selon lequel le vote d’une personne est un droit sacré.

Ne vous leurrez pas : l’histoire est du côté de ces braves africains, et pas avec ceux qui utilisent des coups d’Etat ou changent les constitutions pour rester au pouvoir. L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, elle a besoin d’institutions fortes.

L’Amérique ne cherchera imposer aucun système de gouvernement à aucune nation — la vérité essentielle de la démocratie, c’est que chaque nation détermine sa propre destinée. Ce que nous ferons, c’est d’augmenter l’aide aux individus et aux institutions responsables, avec un accent sur l’appui à la bonne gouvernance — aux parlements qui freinent des abus de pouvoir et s’assurent que les voix de l’opposition sont écoutées ; à l’Etat de droit qui s’assure d’une administration équitable de la justice ; à la participation de la société civile, de sorte que les gens soient impliqués ; et aux solutions concrètes à la corruption comme la juricomptabilité, les services automatisés, le renforcement des lignes directes, et la protection des dénonciateurs afin de faire avancer la transparence et l’obligation de rendre compte.

En même temps que nous offrons cet appui, j’ai ordonné à mon gouvernement de donner une plus grande attention à la corruption dans notre Rapport sur les droits de l’homme. Les gens partout devraient avoir le droit de lancer un commerce ou de s’éduquer sans payer de pot-de-vin. Nous avons la responsabilité d’appuyer ceux qui agissent de manière responsable et d’isoler ceux qui ne le font pas, et c’est précisément ce que l’Amérique va faire.

Ceci m’amène directement à notre deuxième domaine de partenariat—l’appui au développement qui offre de l’opportunité au plus grand nombre de gens.

2. DEUXIÈME DOMAINE : L’OPPORTUNITÉ POUR TOUS

Je ne doute nullement qu’avec une meilleure gouvernance l’Afrique détient la promesse d’une base plus élargie de prospérité. Le continent est riche en ressources naturelles. Et des entrepreneurs de téléphonie mobile aux petits exploitants agricoles, les Africains ont démontré la capacité et l’engagement à créer leurs propres opportunités. Mais les vieilles habitudes doivent aussi être abandonnées. Le fait de dépendre des produits de base — ou d’un seul produit d’exportation — concentre la richesse dans les mains de quelques-uns, et laisse les gens trop vulnérables aux fluctuations à la baisse des prix.

Au Ghana, par exemple, le pétrole amène de grandes opportunités, et vous avez la responsabilité de vous préparer pour des nouveaux revenus. Mais comme beaucoup de Ghanéens le savent, le pétrole ne peut simplement devenir le nouveau cacao. De la Corée du sud à Singapour, l’histoire démontre que les pays prospèrent lorsqu’ils investissent dans leur peuple et dans l’infrastructure ; lorsqu’ils encouragent une multiplicité d’industries d’exportation, développent une main-d’œuvre qualifiée, et créent de l’espace pour les petites et moyennes entreprises qui créent des emplois.

A mesure que les Africains tendent vers cette promesse, l’Amérique sera plus responsable en tendant notre main. En réduisant les coûts qui vont aux consultants occidentaux et à l’administration, nous mettrons beaucoup plus de ressources dans les mains de ceux qui en ont besoin, tout en formant les gens à se prendre en charge. C’est pourquoi nos 3,5 milliards de dollars à l’initiative de la sécurité alimentaire sont focalisés sur les nouvelles méthodes et technologies à pourvoir aux cultivateurs — pas simplement en envoyant à l’Afrique des produits et des marchandises américains. L’aide n’est pas une fin en soi. Le but de l’aide étrangère doit être de créer des conditions telles qu’on n’en a plus besoin.

L’Amérique peut faire plus pour promouvoir le commerce et l’investissement. Les nations riches doivent ouvrir leurs portes aux marchandises et services provenant de l’Afrique d’une manière significative. Et là où il y a bonne gouvernance, nous pouvons étendre la prospérité par des partenariats secteur public-secteur privé qui investissement dans des meilleures routes et l’électricité ; le renforcement des capacités qui forme les gens à créer des entreprises ; et des services financiers qui touchent des zones pauvres et rurales. Cela est aussi dans notre propre intérêt — car si les gens sont tirés de la pauvreté et si la richesse est créée en Afrique, de nouveaux marchés s’ouvriront pour nos propres marchandises. 

Un domaine qui présente aussi bien un péril indéniable qu’une extraordinaire promesse est l’énergie. L’Afrique émet moins de gaz à effet de serre que n’importe quelle autre partie du monde, mais elle est la plus menacée par le changement climatique. Une planète qui s’échauffe va répandre des maladies, diminuer les ressources en eau, épuiser les cultures, créant les conditions qui produisent plus de famine et de conflits. Nous tous —particulièrement les pays développés — nous avons la responsabilité de ralentir ces tendances — par le biais de l’atténuation et du changement de la façon dont nous utilisons l’énergie. Mais nous pouvons aussi travailler de concert avec les Africains pour transformer cette crise en une opportunité.

Ensemble, nous pouvons établir un partenariat pour la planète et la prospérité, et aider les pays à avoir accès à l’énergie tout en sautant la phase la plus sale du développement. A travers l’Afrique, il y a abondance du vent, de l’énergie solaire, de l’énergie géothermale et des biocarburants. De la Vallée du Rift aux déserts de l’Afrique du nord ; de la côte de l’Afrique de l’Ouest aux cultures de l’Afrique du sud — les dons débordants de l’Afrique peuvent générer pour elle sa propre énergie, tout en exportant une énergie profitable et propre. 

Ces étapes signifient plus que des chiffres de croissance sur une feuille de balance. Elles signifient si un jeune instruit peut avoir un emploi pour supporter sa famille ; si un agriculteur peut faire parvenir ses produits sur le marché ; ou si un entrepreneur avec une bonne idée peut lancer une entreprise. Elles signifient la dignité du travail. Elles signifient l’opportunité qui doit exister pour les Africains du 21ème siècle.

Tout comme la gouvernance est vitale à l’opportunité, elle est également indispensable au troisième domaine dont je vais parler — le renforcement de la santé publique.

3. TROISIÈME DOMAINE : LA SANTÉ PUBLIQUE

Au cours des années récentes, un énorme progrès a été réalisé dans certaines parties de l’Afrique. Beaucoup plus de gens vivent de manière productive avec le VIH/SIDA, et reçoivent des médicaments dont ils ont besoin. Mais beaucoup de gens continuent de mourir de maladies qui ne devraient pas les tuer. Lorsque des enfants sont tués à cause des piqûres de moustiques, et que des mères meurent à l’accouchement, alors nous savons que plus de progrès doit être réalisé.

 Pourtant, à cause des incitations — souvent fournies par des nations donatrices — beaucoup de médecins et d’infirmiers africains s’en vont outre-mer, ou travaillent pour des programmes qui focalisent sur une seule maladie. Ceci crée des brèches dans les soins de santé et la prévention primaires. Pendant ce temps, des Africains doivent aussi individuellement faire des choix responsables qui préviennent la propagation des maladies, tout en promouvant la santé publique dans leurs communautés et leurs pays.

A travers l’Afrique nous voyons des exemples de gens qui s’attèlent à ces problèmes. Au Nigéria, un effort multiconfessionnel de Chrétiens et de Musulmans donne un exemple de coopération pour confronter la malaria.  Ici au Ghana et à travers l’Afrique, nous voyons des idées novatrices pour combler des brèches dans les soins de santé — par exemple, à travers des initiatives d’e-santé qui permettent aux médecins des grandes villes d’appuyer ceux des petites villes.

L’Amérique appuiera ces efforts au travers d’une stratégie compréhensive, globale. Car au 21ème siècle nous sommes sommés d’agir par notre conscience et notre intérêt commun. Lorsqu’un enfant meurt d’une maladie évitable à Accra, cela nous diminue où que nous soyons. Et lorsqu’une maladie est incontrôlée, nous savons qu’elle peut se répandre à travers les océans et les continents.

C’est pourquoi mon gouvernement a engagé 63 milliards de dollars pour faire face à ces défis. Bâtissant sur les grands efforts du Président Bush, nous continuerons la lutte contre le VIH/SIDA. Nous poursuivrons l’objectif de mettre fin aux morts causés par la malaria et la tuberculose, et d’éradiquer la polio. Nous combattrons les maladies tropicales négligées. Et nous ne feront pas face aux maladies dans l’isolement — nous investirons dans les systèmes de santé publique qui promeuvent le bien-être et se focalisent sur la santé des mères et des enfants.

Pendant que nous engageons un partenariat pour un avenir plus sain, nous devons aussi arrêter la destruction qui survient non pas par la maladie, mais par les êtres humains — et donc le dernier domaine auquel je m’adresserai est celui des conflits.

4. QUATRIÈME DOMAINE : LES CONFLITS

Je veux être clair : l’Afrique n’est pas la caricature vulgaire d’un continent en guerre. Mais pour beaucoup d’Africains, le conflit fait partie de leur vie, aussi constant que le soleil. Il y a des guerres pour des terres et des guerres pour des ressources. Et c’est encore facile pour ceux qui sont dénués de conscience de manipuler des communautés dans des guerres entre les religions et entre les tribus.

Ces conflits sont un boulet que l’Afrique traîne. Nous avons plusieurs identités — celles de la tribu et de l’ethnicité ; celles de la religion et de la nationalité. Mais se définir par opposition à quelqu’un qui appartient à une tribu différente, ou qui adore un prophète différent, n’a pas de place au 21ème siècle. La diversité de l’Afrique devrait être une source de force, non une cause de division. Nous sommes tous des enfants de Dieu. Nous partageons des aspirations communes — vivre en paix et en sécurité ; avoir accès à l’éducation et à l’opportunité ; aimer nos familles, nos communautés et notre foi. Telle est notre commune humanité.

C’est pourquoi nous devons résister à l’inhumanité parmi nous. Il n’est jamais justifié de prendre pour cible des innocents au nom de l’idéologie. C’est la peine de mort pour une société que de forcer des enfants à tuer pendant la guerre. C’est la marque ultime de la criminalité et de la couardise que de condamner des femmes au viol implacable et systématique. Nous devons témoigner de la valeur de chaque enfant du Darfour et de la dignité de chaque femme du Congo. Aucune foi religieuse ou aucune culture ne peut tolérer des outrages contre eux. Nous devons tous nous efforcer à réaliser la paix et la sécurité nécessaires au progrès.

Les Africains sont debout pour cet avenir. Ici, aussi, le Ghana aide à tracer la voie à suivre. Les Ghanéens doivent être fiers pour vos contributions aux missions de paix du Congo au Libéria et au Liban, et dans vos efforts de résister au fléau du commerce de la drogue. Nous approuvons les mesures prises par les organisations telles que l’Union Africaine et la CEDEAO de mieux résoudre les confits, de maintenir la paix et d’appuyer ceux qui sont dans le besoin. Et nous encourageons la vision d’une architecture sécuritaire forte et régionale qui peut au besoin mobiliser une force efficace et transnationale.

L’Amérique a la responsabilité de faire avancer cette vision, non seulement avec des paroles, mais avec l’appui qui renforce les capacités africaines. Lorsqu’il y a génocide au Darfour ou des terroristes en Somalie, ce ne sont pas simplement des problèmes africains — ce sont des défis sécuritaires mondiaux, et ils demandent une réponse mondiale. C’est pourquoi nous sommes prêts à entrer en partenariat par la diplomatie, l’assistance technique et l’appui logistique ; et nous sommes derrière les efforts pour poursuivre les criminels de guerre. Et je veux être clair : notre Commandement Africain se focalise non pas à prendre pied sur le continent, mais à confronter ces défis communs pour faire avancer la sécurité de l’Amérique, de l’Afrique et du monde.  

A Moscou, j’ai parlé du besoin d’un système international où les droits universels des êtres humains sont respectés, et où les violations de ces droits sont opposées. Ceci doit inclure l’engagement à appuyer ceux qui résolvent les conflits pacifiquement, à sanctionner et à arrêter ceux qui ne le font pas, et à aider ceux qui ont souffert. Mais au final, ce seront les démocraties vibrantes comme le Botswana et le Ghana qui feront reculer les causes des conflits, et feront avancer les frontières de la paix et de la prospérité.

Comme je l’ai dit plus tôt, l’avenir de l’Afrique appartient aux Africains.

Le peuple de l’Afrique est prêt à revendiquer cet avenir. Dans mon pays, les Afro-américains — y compris beaucoup d’émigrés récents — ont prospéré dans chaque secteur de la société. Nous l’avons fait en dépit d’un passé difficile, et nous avons puisé notre force de notre héritage africain. Avec des institutions fortes et une volonté forte, je sais que les Africains peuvent vivre leurs rêves à Nairobi et à Lagos ; à Kigali et Kinshasa ; à Harare et ici même à Accra.

Il y a cinquante-deux ans, les yeux du monde étaient fixés sur le Ghana. Et un jeune prêcheur nommé Martin Luther King a voyagé ici, à Accra, pour voir l’Union Jack descendre et le drapeau du Ghana monter. C’était avant la marche sur Washington ou le succès du mouvement des droits civiques dans mon pays. On a demandé au Dr. King ce qu’il avait ressenti quand il assistait à la naissance d’une nation. Et il a dit : « Cela renouvelle ma conviction du triomphe ultime de la justice ».

Or, ce triomphe doit être à nouveau gagné, et il devra être gagné par vous. Et je parle particulièrement aux jeunes. Aux endroits comme le Ghana, vous constituez plus de la moitié de la population. Voici ce que vous devez savoir : le monde sera ce que vous en ferez.

Vous avez le pouvoir de forcer vos leaders à rendre compte, et à bâtir des institutions qui servent le peuple. Vous pouvez servir dans vos communautés et exploiter votre énergie et votre éducation pour créer de nouvelles richesses et bâtir de nouvelles connexions avec le monde. Vous pouvez conquérir les maladies, arrêter les conflits et effectuer des changements à partir de la base. Vous pouvez le faire. Oui vous le pouvez.  Parce qu’en ce moment, l’histoire est en train de bouger.   

Mais ces choses ne peuvent se réaliser que si vous prenez la responsabilité de votre avenir. Ce ne sera pas facile. Il y aura de la souffrance et des reculs. Mais je peux vous promettre ceci : l’Amérique sera avec vous. En tant que partenaire. En tant qu’amie. L’opportunité ne viendra d’aucune autre place cependant — elle doit venir des décisions que vous prenez, des choses que vous faites et de l’espoir que vous tenez dans vos cœurs.

La liberté est votre héritage. Or c’est votre responsabilité de bâtir sur la fondation de la liberté. Et si vous le faites, nous nous pencherons d’ici plusieurs années sur des lieux comme Accra et nous dirons que c’était le moment où la promesse fut réalisée — c’était le moment où la prospérité fut forgée ; où la douleur fut conquise ; et où une nouvelle ère de progrès avait commencé. Ceci peut bien être le moment où nous sommes à nouveau le témoin du triomphe de la justice. Je vous remercie.

Posté par Alex Engwete à 07:47 - Commentaires [63] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 juillet 2009

Pétrole du Lac Albert : la RDC escroquée par l’Ouganda et les compagnies pétrolières occidentales

Le clip vidéo ci-dessous du reportage du 4 juillet 2009 de la chaîne satellitaire qatarie « Al Jazeera » est inquiétant à plus d’un titre.

Il confirme d’abord le fait que face au pouvoir fragile et somnambule de Kinshasa, l’Ouganda et les compagnies pétrolières occidentales se sont ligués pour couper la RDC de la manne pétrolière du Lac Albert. Et puis, la seule courte voie d’évacuation du pétrole du lac étant le pipeline reliant, du côté ougandais, les rives du Lac Albert au port kenyan de Mombasa —projet en voie d’achèvement cette année — les compagnies ont, sans états d’âme, simplement supprimé la RDC de l’équation pour une question de rationnalisation du coût. Car seule une coopération étroite entre les deux pays pouvait assurer une part pour la RDC dans la production immédiate du pétrole.

Il y a ensuite le fait que la mise sur la touche de la RDC dans ce projet pharaonique ne l’empêchera pas d’en ressentir les effets environnementaux délétères. Qui plus est, qui nous garantit que ces compagnies ne pomperont pas le pétrole de la partie congolaise ?

Mais revenons aux points principaux du reportage  d’Al Jazeera.

L’Ouganda  produira 1.500.000 barils de pétrole par jour lorsque le gisement pétrolifère sera à pleine capacité, ce qui pourra avoir lieu dès l’année prochaine. Une richesse phénoménale à même de changer dramatiquement la fortune de l’Ouganda.

Les compagnies en sont encore à la phase de prospection.

L’Ouganda et les compagnies pétrolières (dont la compagnie canadienne Tullol Oil Uganda) insistent que les erreurs commises sous d’autres cieux, comme au Nigéria ou en Angola par exemple, ne seront pas répétées en Ouganda : destruction de l’environnement par la pollution, paupérisation de la population autochtone, corruption, etc.…

A cette « malédiction du pétrole africain » s’ajoute le potentiel de conflit avec la RDC, à 40 km sur l’autre rive du lac. La frontière ougando-congolaise est d’ailleurs en plein milieu du lac et le pétrole se retrouve des deux côtés. Pourtant, aucun projet d’exploitation du pétrole n’est envisagé du côté de la RDC.

Une compagnie pétrolière investit déjà dans les écoles locales, les services de santé, des bateaux de sauvetage pour les pêcheurs et l’approvisionnement en eau des riverains ougandais.

Le président ougandais Yoweri Museveni promet une transparence totale de la gestion de la manne pétrolière et a donné des instructions précises à M. Fred Kabagambe-Kaliise, le ministre ougandais de l’énergie, pour qu’une partie du pétrole soit raffiné sur le territoire ougandais.

L’opposition ougandaise craint le pire : selon elle, les villageois, courant après l’illusion pétrolière, risquent d’abandonner leur mode de vie traditionnel et finiraient par perdre au change.

Posté par Alex Engwete à 16:08 - Commentaires [35] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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