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ALEX ENGWETE

Congologie : Espace d’analyses et d’opinions sur la culture et la politique du sous-continent de la République Démocratique du Congo. Contact: alexengwete@gmail.com

12 octobre 2009

Deux érudits-mercenaires racistes ennemis du peuple congolais : JEFFREY HERBST et GREG MILLS

gregMills

Dr. Gregory JB Mills alias Greg

(Crédit/Photo)

La version anglaise originale de ce billet est postée sur le blog Alex Engwete (English).

Deux érudits-mercenaires racistes ont décidé de s’ériger en ennemis jurés de l’Etat, de la nation et du peuple congolais : un Sudaf blanc postapartheid, qui dirige le think-tank The Brenthouse Foundation basé à Johannesburg, Dr. Gregory JB Mills alias Greg (photo ci-haut); et un Américain, vice-recteur d’une institution universitaire insignifiante du nom de Miami University dans l’Etat de l’Ohio, Dr. Jeffrey Herbst (photo ci-dessous).

Je pèse mes mots soigneusement, quand je traite ces deux gars de racistes et de mercenaires. Tout au moins, l’un d’entre eux, Gregory JB Mills alias Greg ne peut prétendre parler d’une position d’« objectivité ». Eh bien, qui le blâmerait ? Dans le postmodernisme, l’autoréflexivité a supplanté l’objectivité.

Ces deux gaillards ont commencé leurs attaques dans le magazine en ligne ForeignPolicy.com en mars 2009 avec un article outrageusement intitulé « Il n’y a pas de Congo : Ce pour quoi la seule façon d’aider le Congo est d’arrêter de prétendre qu’il existe ». Ils sont des récidivistes comme tous les bandits endurcis. Ils ont à nouveau agressé la nation et le peuple congolais après la visite d’Hillary Clinton en août. Le titre de leur dernier article, publié le 17 août, se lit soit comme un résumé exécutif ou soit comme un manifeste du démembrement du Congo et de l’annihilation du peuple congolais — d’un trait de la touche Retour d’un clavier d’ordi portatif : « Il est temps d’arrêter la comédie : Hillary Clinton est en train de commettre la même tragique erreur que le monde commet depuis 40 ans : s’imaginer que la République Démocratique du Congo est réelle ».

Dans l’article initial de ces mercenaires, article caractérisé par une ignorance crasse, nous trouvons leur thèse centrale énoncée sous forme d’une séquence d’aphorismes : « Au lieu de continuer à dépenser des milliards de dollars pour assembler le Congo, la communauté internationale pourrait traiter régionalement des vrais problèmes sécuritaires et politiques. Par exemple, les troubles dans l’est du Congo concernent plus l’insécurité rwandaise persistante que ce que le gouvernement de Kinshasa est (ou n’est pas) capable de faire. Une politique étrangère plus réaliste sur l’est du Congo assignerait une grande priorité aux intérêts sécuritaires rwandais, d’autant que nombre de ceux-ci proviennent des conséquences du génocide de 1994. Si l’on comprend bien et que l’on fasse cela correctement, il y aura peut-être une chance de réduire la violence qui hante les Kivu. Cela motiverait aussi les Rwandais à voir le Congo comme un partenaire naturel dans le commerce et le développement plutôt qu’un problème de sécurité à gérer unilatéralement. Les opérations [militaires] conjointes au début de cette année sont un [premier] pas dans cette direction ».

On pourrait aisément faire un exercice de déconstruction de cet extrait et montrer des trous béants de raisonnement qui s’y trouvent, comme par exemple dénier l’existence de l’Etat congolais tout en prétendant dans le même temps que le Congo serait « un partenaire naturel dans le commerce » du Rwanda. Derrida aurait appelé cela : « écrire sous la rature ! »… De toute façon, de bons et honnêtes spécialistes universitaires ont déjà répondu à ces imbéciles. Je veux tout simplement ici faire trois observations d’ordre pratique, que n’avaient pas été abordées par des universitaires qui ont répondu avec compétence à ces corniauds :

1) Où sont donc ces « milliards de dollars » dépensés sur le Congo ou le peuple congolais ? Le budget du Congo de l’année dernière s’élevait à 3 milliards de dollars, provenant essentiellement des revenus internes, sous une supervision draconienne du FMI pour le service des dettes sans « conditionnalités » autorisées par le FMI et la Banque Mondiale qui étaient accordées à Mobutu ! Les mêmes conditionnalités que ces institutions exigent aujourd’hui pour des dettes que le Congo s’est arrangé pour contracter de la Chine ! Si par des milliards de dollars ces deux mercenaires postmodernes sous-informés entendent le millier de dollars— 1, 16 milliards de dollars pour être plus précis— qui a constitué, par exemple, le budget de la MONUC du 1er juillet 2007 au 30 juin 2008 ; eh bien, la grande partie de cet argent est dépensée dans les salaires outrageux des éléments de la MONUC et de leur bureaucratie. La MONUC dont les éléments ne lèvent pas le petit doigt lorsque des civils sous leur garde sont massacrés ; des éléments qui sont même accusés de crimes sexuels horribles perpétrés sur des enfants et d’autres malfaisances comme le troc de renseignements et d’armes avec des bandes armées contre des minerais ! En d’autres mots : c’est le Congo qui pompe des milliards de dollars dans les coffres de la communauté internationale.

2) Que l’on note l’accent mis par ces deux érudits-mercenaires internationaux sur les « intérêts sécuritaires rwandais » comme si le Congo n’est pas partie prenante dans ce schème. Tout comme ne le sont pas plus de 60 millions de Congolais. Ma perplexité s’est éclaircie quand je me suis rendu compte que l’un de ces mécréants académiques, nommément le Sudaf Gregory JB Mills alias Greg, était juste cette année passée nommé en tant que « Conseiller stratégique du Président » rwandais, Paul Kagame. Peut-être bien que pour les besoins de la transparence, ForeignPolicy.com devrait demander à cet érudit-mercenaire de mettre l’avertissement suivant au début de ses « publi-essais » sur la région des Grands Lacs africains comme il le fait dans sa biographie affiché sur le site de The Brenthouse Foundation : l’auteur a été conseiller rémunéré du président rwandais. Publi-essais — un genre nouveau de production académique en train d’être inventé par ce mercenaire sudaf.

Et ce ne serait certes pas la première ni la dernière fois que l’Afrique aura vu ou verra des pionniers mercenaires provenir de l’Afrique du sud. Il y avait des soldats de fortune sudafs qui bourlinguaient au Congo dans les années 1960. Et l’organisation mercenaire actuellement défunte Executive Outcomes, créée par des anciens commandos des forces spéciales de la période de l’apartheid, fut la première organisation mercenaire mondiale de son genre qui inspira la création de Blackwater (aujourd’hui connu sous sa nouvelle appellation Xe). Il se pourrait que le Dr. Gregory JB Mills alias Greg est sur le point de lancer une organisation de mercenaires académiques appelée Scholarship Outcomes ! Après tout, sa biographie se lit comme une géographie de tous les « points chauds » du globe : de la région des Grands Lacs africains à Afghanistan où il était « le conseiller spécial » du Général David Richards. Je me demande si lors de son séjour à Kaboul il a préconisé le démembrement de l’Afghanistan…

Je n’arrive pas encore à définir son comparse, l’étrange vice-recteur de Miami University dans l’Etat de l’Ohio, Dr. Jeffrey Herbst… Il a en tout cas écrit des tas de livres sur l’Afrique. Mais je me rappelle ce que mon père avait répondu à ma mère un jour qu’elle lui demandait pourquoi on traitait de « docteur » (en droit) un homme de notre quartier alors qu’il ne soignait pas les gens. Mon père lui dit : « Il ne traite pas les gens, il traite les lettres et les livres ! » Mon père était illettré mais il comprenait certainement le genre d’escroqueries que ces docteurs de livres pouvaient concocter ! Et le Dr. Jeffrey Herbst serait peut-être en train de concocter une grande escroquerie sur le Congo et sur le peuple congolais sous le couvert de sa « théorie » sur les grands Etats africains en faillite.

3) « Assemblage du Congo… [par] la communauté internationale »… Ce qui est vraiment insultant dans les « pronunciamientos » de ces mercenaires académiques, c’est qu’ils dénient complètement toute agence, tout rôle dans le chef du peuple congolais. Delphine Schrank, encore une fois sur ForeignPolicy.com d’avril 2009, rebute les manifestes déjantés de ces mercenaires intellectuels dans un article titré « 68 millions de Congolais ne peuvent se tromper : C’est le nationalisme qui maintient en entier l’un des pays les plus compliqués du monde ». Parmi nombre d’arguments pertinents avancés par Delphine Schrank, il y en a un qui reprend les arguments de Benedict Anderson dans son livre L’Imaginaire national : « Le pays n’existe pas du fait du monopole de violence de son gouvernement, mais la nation congolaise existe dans l’abstraction — c’est une ‘communauté politique imaginée’, pour emprunter la formulation de l’anthropologue Benedict Anderson. En bref, le Congo existe parce que 68 millions de Congolais croient qu’ils y appartiennent ». Nos deux mercenaires pédants qui savent tout rejettent cet argument comme un « refrain courant » au Congo. Par le peuple qui vit au Congo en tant que Nation. Et qui est déterminé à continuer à vivre en tant que Nation. Etrangement, il me semble que ces mercenaires qui écrivent des livres à la va-vite ne soiennt pas au courant des derniers progrès dans les théories postcoloniales de la souveraineté. Il est grand temps pour eux de se rattraper.

Le rejet par ces deux voyous intellectuels du travail solide de Benedict Anderson m’a fait penser à un autre grand anthropologue, qui a fait de longs travaux de terrain au Congo : Johannes Fabian. Dans son livre Le Temps et les Autres, Fabian a théorisé que les anthropologues, s’ils n’y prennent garde, peuvent être sujets à une « manipulation de temporalités », imaginant les Autres primitifs comme étant pris quelque part dans les limbes, leur déniant une « co-temporalité ». Et nos deux érudits-mercenaires montrent les mêmes symptômes de ce « déni de co-temporalité ». Les Congolais sont des primitifs. Ils ne peuvent pas être agents de leur propre histoire. Ils ne comptent pas. Ils sont comme la pâte qu’on peut pétrir à volonté. Dépeçons le Congo en plusieurs petits Etats, comme les villages-Etats d’antan… Fragmentons le territoire en Bantoustans !... Sous le mince vernis de l’académisme de ces mercenaires intellectuels suppure un racisme virulent. Pas différent du racisme de Léopold II. Un racisme qui s’est si bien métastasé que ceux qui en souffrent sont inconscients de leur état morbide…

jeffreyherbst

Dr. Jeffrey Herbst

(Crédit/Photo)

Posté par Alex Engwete à 22:25 - Commentaires [68] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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