31 octobre 2009
Sujet déprimant : Réforme du secteur de la sécurité militaire au Congo
De gauche à droite : les panélistes Anthony Gambino et Gérard Prunier ; et le modérateur Joseph Siegel
National Defense University, jeudi 29 octobre 2009
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La version originale de ce billet est affichée sur le blog Alex Engwete (English).
ot;>Jeudi matin, j’ai assisté à un panel dans la salle de conférence Général John Vessey Jr., à l’Industrial College of the Armed Forces, de la National Defense University, dans l’enceinte du Fort McNail à Washington, DC. Le panel était organisé par l’Africa Center for Strategic Studies.
Le sujet du panel était déprimant pour moi et, je le suppose, pour la demi-douzaine de Congolais dans la salle : « La Réforme du secteur congolais de sécurité militaire : quelle voie pour l’avenir ? » Le secteur de la sécurité militaire est le talon d’Achille du Congo, particulièrement à la lecture des rapports provenant de la Province du Nord-Kivu qui font état d’un renouvellement des actes d’exaction à l’encontre des civils et de viols sordides des femmes par des militaires congolais.
Comme d’habitude à l’occasion de ce genre de manifestations, j’avais sur moi une caméra et un enregistreur numériques. Mais dès le début de la présentation des panélistes et l’introduction du sujet par Joseph Siegel, Directeur de recherche du centre, je fus interrompu par Clifford Bernath, Directeur des relations publiques, qui me demanda gentiment mais fermement d’arrêter l’enregistreur. Il me dit que c’était contraire aux directives de la National Defense University d’enregistrer les actes de ses conférences. Et, comme sur un signal, à ce même moment, Siegle expliquait à l’assistance qu’en aucun cas l’on ne pouvait mentionner les noms des panélistes ni les citer mot pour mot sans leur autorisation expresse.
Par conséquent, les panélistes que je mentionne — en l’occurrence Anthony Gambino et Gérard Prunier (auteur du monumental Africa’s World War [La Guerre Mondiale de l’Afrique])—m’ont expressément accordé le privilège de les nommer lorsque je sollicitai leur permission au terme du panel. Mais Gambino m’a aussi demandé de ne pas le citer mot à mot mais d’expliquer son intervention avec mes propres mots. Ainsi, dans mon récit des exposés des panélistes, je me bornerai à en donner un résumé général sans attribution spécifique à l’un ou l’autre des intervenants.
J’ai déjà eu l’occasion sur ce blog de présenter par deux fois les propositions de Gambino pour la restructuration du secteur de la sécurité militaire du Congo. Je le rappelle d’ailleurs dans le billet précédent, qui est un condensé d’un récent article de Gambino.
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La situation dans les Kivu après les opérations militaires conjointes menées par les forces rwandaises et congolaises a empiré. Le danger se situe aujourd’hui dans le fait que la situation est devenue une question existentielle du contrôle de l’espace pour la population locale. Actuellement, le danger réel se trouve dans la possibilité d’un changement déstabilisateur des alliances dans cette partie du pays qui pourrait s’avérer être un bien plus grand obstacle à toute réforme du secteur de la sécurité militaire. Car les populations des Kivu ont le sentiment que les nouvelles amitiés entre le Rwanda et la RDC se sont faites à leurs dépens. Dans les deux provinces, la lune de miel qui s’est amorcée entre le Rwanda et la RDC est vécue différemment des jubilations des politiciens dans la capitale congolaise. Les Kivutiens font maintenant face à un nouveau faisceau complexe de calculs relatifs à leurs intérêts vitaux : des questions troublantes relatives au contrôle de leurs terres et au régime foncier. Et parmi les groupes autochtones de résistance anti-rwandaise appelés « Maï-Maï », le problème se complique davantage par des questions relatives au contrôle des ressources minières et de leurs circuits de distribution.
Le résultat anticipé du rapprochement entre le Rwanda et la RDC était présenté à Kinshasa comme un gain pour la sécurité de l’est du pays. Mais, comme on vient de le dire, le récit des habitants sur le terrain diverge fortement du langage de communication des politiciens de Kinshasa. Pour les Kivutiens, le mantra souvent répété de la sécurité est à prendre pour ce qu’il est : un vain mot. Si l’on peut soutenir la thèse selon laquelle l’héritage de Mobutu est l’unité congolaise, il émerge aujourd’hui pour la première fois un réel danger de partition du pays dans la mesure où les gens aux Kivu commencent à remettre en cause les actions du gouvernement central de Kinshasa. Les gens sentent passionnément que Kinshasa les traite comme des objets et point comme des agents de leur propre destinée.
Malgré l’intégration instantanée du CNDP dans l’armée congolaise et le succès relatif des opérations militaires contre le FDLR, les populations ne se sont jamais senties autant en insécurité. En fait, un rapport imminent de Human Rights Watch montrera que dans la zone à l’ouest de Masisi, les tueries, les viols et les pillages perpétrés par l’armée congolaise dépassent maintenant en fréquence et de loin le nombre des crimes commis par les FDLR.
Deux mythes doivent être déboulonnés. Le premier mythe est celui d’une armée intégrée. L’intégration des anciennes forces rebelles dans l’armée congolaise ne signifie nullement que ces groupes armés passent par une quelconque formation soutenue. Ils sont tout simplement instantanément incorporés tout en gardant leur propre chaîne de commandement et le territoire précédemment sous leur contrôle. L’armée est ainsi un patchwork de groupes armés bigarrés. L’Etat semble incapable ou peu disposé à changer cette donne. Ce qui est plus troublant, c’est l’absence avérée de volonté politique pour s’attaquer aux problèmes systémiques du secteur de la sécurité militaire ; ce qui semble renforcer la thèse de ceux qui pensent qu’il n’est vraiment pas dans l’intérêt du gouvernement de Kinshasa de mettre sur pied une armée compétente. D’où le sentiment de trahison ressenti par les Kivutiens qui ne voient aucun changement de leurs malheurs quotidiens, tant et si bien qu’ils sont sous l’emprise des bandes armées indisciplinées ou incontrôlées.
Le deuxième mythe est celui des vrais combats dans les Kivus. Mais chaque fois que la presse internationale fait état de combats dans les Kivu, il ne s’y passe cependant aucun combat réel. Ce qui s’y passe réellement, c’est que des groupes armés s’adonnent à une sorte de rituels macabres. Un groupe armé se présente en force dans une zone et terrorise le groupe adverse qui prend la poudre d’escampette. Lorsque ce groupe aura pris le contrôle du territoire ainsi abandonné, il se retourne alors sur les civils pour les piller, les violer et saccager leurs biens.
La protection des civils est donc une priorité urgente en RDC. Et ceci suppose nécessairement le leadership des Etats-Unis. La réforme du secteur de la sécurité militaire en RDC pose les mêmes défis que dans les autres Etats fragiles. Et il y a deux façons de relever ces défis extraordinaires au Congo : 1) sur le court terme, la protection des civils en sécurisant l’est du Congo ; et 2) sur le long terme, la réforme du secteur de la sécurité militaire, un projet qui pourrait approximativement s’étaler sur une durée allant de 2 à 5 ans.
Dans le court terme, les FARDC sont le véritable problème à l’est du Congo. Et c’est pourquoi la MONUC est en violation flagrante du mandat lui accordé par le Conseil de Sécurité de la protection des civils par son appui continuel des unités de l’armée congolaise responsables des crimes les plus sordides de pillages, d’exaction des civils et des viols des femmes. Afin de respecter son mandat, la MONUC devra devenir autonome et suivre quelques règles élémentaires, comme : appuyer seulement les unités qui ne commettent pas d’exactions contre les civils ; ne point collaborer avec des commandants dont les troupes commettent des exactions contre les civils ; et ne collaborer qu’avec les unités militaires qui fonctionnent en suivant strictement ces règles.
Sur le long terme, la reforme du secteur de la sécurité militaire doit être profonde et ne point se contenter de demi-mesures. Des approches plus sérieuses doivent être suivies, comparables à celles prises dans d’autres Etats fragiles comme l’Afghanistan, l’Irak ou la Sierra Leone. Malheureusement, des opérations militaires continuent à être conçues en RDC, même par Africom, sans le moindre bon sens stratégique.
La réforme du secteur de la sécurité militaire en RDC nécessite la mise en œuvre d’une stratégie en trois volets : 1) une formation efficace ; 2) un salaire décent ; et 3) le sens de la responsabilité, pour supprimer l’impunité. Cette stratégie nécessite une implication importante des donateurs. Par exemple, des salaires décents ont eu pour effet de rehausser le moral des troupes en Afghanistan, en Irak et en Sierre Leone. En Sierra Leone, la Grande-Bretagne a pris des mesures sérieuses de formation, d’instruction structurée et d’incorporation de mentors dans les unités nouvellement formées — avec des résultats probants.
Au Congo, une ou deux brigades doivent être bien entraînées et déployées sur le terrain afin de protéger les civils. La MONUC jouera un rôle crucial dans ces brigades formées ; brigades au sein desquelles ses sous-officiers seront incorporés. La formation de ce noyau prendra approximativement un an, suivi d’une autre année de co-déploiement avec la MONUC.
Cet effort devra être mené concomitamment avec la réhabilitation des camps militaires. On ne soulignera jamais assez l’importance d’un salaire décent pour les soldats. Déjà, des efforts fournis par EUSEC (Mission de conseil et d’assistance de l’Union Européenne en matière de réforme du secteur de sécurité militaire) assurent une paie assez régulière des soldats congolais tout en réduisant le gonflement des effectifs de certaines unités militaires. Une paie décente et régulière empêchera les soldats congolais de vivre aux crochets des civils comme ils le font actuellement.
La réforme du secteur de la sécurité militaire est d’autant plus cruciale en RDC qu’aucune autre armée sur le continent africain n’est confrontée comme elle à la fois aux menaces internes et externes.
La situation actuelle dans l’est du Congo est celle d’une crise en suspens : pas de guerre, et pourtant, pas de paix dans le même temps. Qui plus est, la situation semble renvoyée au point de départ, ou d’avoir régressé à la période pré-génocidaire du Rwanda, avec le danger de changement des alliances comme cela eut lieu en 1997 lorsque de vastes régions de l’est du pays changèrent leurs allégeances du jour au lendemain.
La guerre dans l’est du Congo a en effet précédé le génocide rwandais, avec par exemple la violence ethnique de la région de Masisi en 1992 qui fut même exportée au Rwanda. Et à présent la possibilité de régression à la situation explosive pré-Génocide est bien réelle.
Le Rwanda et le CNDP jouent un rôle extraordinairement ambigu. Le CNDP opère dans les Kivu comme un corps étranger. Alors que Jean-Bosco Ntaganda ne peut contrôler le CNDP, Laurent Nkunda, lui, circule librement de l’autre côté de la frontière, au Rwanda.
La liberté de mouvement de Nkunda démontre que contrairement aux idées reçues, le Rwanda n’est pas un monolithe. Paul Kagame n’est pas le seul pouvoir qui compte au Rwanda. Kagame est un primus inter pares. Il y a des cercles de pouvoir rivaux. Pour comprendre ce fait, il faudra remonter dans l’histoire du Front Patriotique Rwandais. Il y a de ce fait des Rwandais influents qui ne voient pas nécessairement les choses de la même façon que Kagame. Et certains Rwandais influents ne demanderaient pas mieux que de lâcher Nkunda sur le Congo.
Ceci signifie-t-il que Nkunda est l’outil du Rwanda ? La réponse la plus simple est non, aussi longtemps que Kagame a le contrôle de la situation. Mais Nkunda représente-t-il une menace pour la RDC ? La réponse est doublement affirmative : il représente une menace tant extérieure qu’intérieure, aussi longtemps que son ancienne formation, le CNDP, reste intacte.
L’autre menace extérieure à laquelle fait face l’armée congolaise est celle qu’on pourrait appeler la connexion soudanaise. John Kony et la LRA, qui se sont métamorphosés en Tueurs Sans Frontières, opèrent pour l’instant en République Centrafricaine. La LRA semble être devenue une force paramilitaire de l’appareil sécuritaire soudanais. Et le référendum pour l’indépendance du Sud-Soudan apparaît plein de menaces à l’horizon 2011. Selon toute vraisemblance, Khartoum voudra à cette occasion déstabiliser la région en lâchant la LRA sur le Sud-Soudan et le nord de la RDC.
Il y a une autre menace pour l’armée congolaise le long de cette même frontière septentrionale ; menace datant des années 1990 ; une menace qui passe souvent inaperçue pour les média et la communauté internationale : les incursions répétées des éleveurs nomades libyens, tchadiens et d’autres bandes assimilées.
Ainsi, les menaces multilatérales confrontant l’armée congolaises sont énormes. La réforme du secteur de la sécurité militaire du Congo est de ce fait urgente. Et pourtant, les coûts pour entreprendre une telle réforme sont astronomiques : entre 1 milliard et 2 milliard de dollars. Mais, la communauté internationale est-elle prête à s’engager dans un tel investissement massif ? Ce qui est pour le moment incontestable, c’est que les moyens investis dans cette réforme de la sécurité militaire sont absolument inadéquats…
Photos: Alex Engwete
27 octobre 2009
Anthony Gambino à Obama : Renforcez la MONUC pour protéger les civils
Notre amie bloggeuse LORRAINE vient de
nous transmettre en format PDF l’article d’Anthony W. Gambino dont voici le
titre en traduction française : « Echec
de l’Etat : La responsabilité de protéger les civils en République
Démocratique du Congo ». Cet article sort bientôt dans le Georgetown Journal of International
Relations. Nous remercions vivement LORRAINE de nous en avoir transmis
cette copie car la lecture des articles de ce journal académique prestigieux est
payante. Ce jeudi 29 octobre, à l’Africa
Center for Strategic Studies, à Washington,Gambino sera également l’un des deux intervenants d’une conférence ayant pour thème « Réformer le secteur congolais de la sécurité : quelle voie d’avenir ? »
- l'autre intervenant étant Gerard Prunier, auteur du livre sur la « Guerre Mondiale Africaine ».
C’est la deuxième fois que je rapporte sur ce blog les interventions de Gambino. La première fois, c’était dans le billet « Détresse au Nord-Kivu—Vol.6 » du 15 novembre 2008, et cette fois-là, c’était aussi LORRAINE qui avait attiré mon attention sur le podcast d’une interview de Gambino du 31 octobre 2008 dont j’ai fourni l’élément audio ainsi que la transcription française dans le billet susmentionné.
Ce que j’apprécie chez Gambino, c’est qu’il est un expert qui ne fait pas des analyses en l’air. Il est précis, pratique et trace des pistes de solution pour les décideurs. Dans cette interview d’octobre 2008 par exemple, Gambino a développé un plan de deux ans pour la formation et la mise en ligne d’une force de dissuasion effective des FARDC dans les Kivu. Cela fait déjà presqu’un an et, malheureusement, aucune mesure réelle n’a été prise jusqu’ici par les autorités congolaises. Le fil conducteur de toutes les analyses de Gambino sur le Congo, c’est la préoccupation pour la sécurité des civils congolais.
Cette préoccupation s’explique sans doute par son amour sincère pour le peuple congolais. Tout comme Lorraine, il était volontaire du Corps de la Paix au Congo. Avant d’y revenir comme chef de mission de l’USAID à Kinshasa. Il a donc vécu sur le terrain et côtoyé des Congolais. Et cette préoccupation explique aussi le punch de ses analyses. Il est ainsi particulièrement sans complaisance pour les autorités de Kinshasa.
Qu’on en juge plutôt par la sécheresse de
style et l’acerbité du ton dès les premières lignes de cet article qui
porte sur le diagnostic de la faillite de l’Etat congolais face à ses
responsabilités élémentaires : « La
République Démocratique du Congo est confrontée aux crises humanitaires,
politiques et militaires aigues dans ses provinces de l’est. Au centre de ces
crises se retrouve l’incapacité de l’Etat de remplir son obligation élémentaire
pour ses citoyens : les protéger du danger. En particulier, le
gouvernement du Président Kabila a échoué à mettre fin à la longue souffrance
de la population, qui continue de subir des massacres horribles et une violence
sexuelle brutale ».
Or « quand
les Etats s’avèrent incapables de protéger leurs propres citoyens »,
affirme Gambino, « un principe
internationalement accepté, connu sous le terme de ‘responsabilité de protéger’,
est censé s’appliquer. Dans le cas du
Congo, ce principe nécessite le renforcement du rôle de la communauté
internationale, particulièrement de la MONUC. L’administration Obama doit
réévaluer l’approche étatsunienne du Congo vers [un renforcement de la] MONUC ».
Gambino revient sur les incursions programmées et coordonnées par l’administration Bush des armées de l’Ouganda dans la Province Orientale pour traquer John Kony et la LRA l’année passée et du Rwanda pour attaquer les FDLR en janvier de cette année. Ce qui inquiète Gambino dans la mise en œuvre de ces deux opérations aux conséquences désastreuses, c’est l’unilatéralisme du gouvernement américain qui a délibérément isolé et affaibli la MONUC. « En fait », révèle Gambino, « le Rwanda et le Congo ont refusé d’informer la MONUC sur leurs plans ». Gambino blâme les Etats-Unis pour leur « attention épisodique » face à la crise congolaise ; « une approche de gestion définie par un passage d’une crise à une autre, au lieu de mettre en place une stratégie constante, globalisante ».
Gambino conseille donc à l’administration Obama d’accepter la responsabilité d’un engagement de long terme au Congo en appuyant une « présence robuste de la MONUC » avec la protection des civils comme la « la plus haute priorité ». La possibilité d’un renforcement du dispositif dans la perspective des élections de 2011 devra également être à l’ordre du jour.
Sur le court terme, l’administration Obama
se doit de fournir un appui logistique à la MONUC — le Secrétaire Général de l’ONU
attend par exemple depuis janvier la réponse à l’état des besoins urgents pour
les opérations en RDC : un C-130 et 18 hélicoptères à missions multiples.
MISE A JOUR:
Contrepoint: Le déshonneur des casques bleus
Je remercie le bloggeur BELY21 d’avoir attiré notre attention sur cette vidéo insoutenable qui documente les crimes horribles des casques bleus de la MONUC en RDC.
12 octobre 2009
Deux érudits-mercenaires racistes ennemis du peuple congolais : JEFFREY HERBST et GREG MILLS
Dr. Gregory JB Mills alias Greg
La version anglaise originale de ce billet est postée sur le blog Alex Engwete (English).
Deux érudits-mercenaires racistes ont décidé de s’ériger en ennemis jurés de l’Etat, de la nation et du peuple congolais : un Sudaf blanc postapartheid, qui dirige le think-tank The Brenthouse Foundation basé à Johannesburg, Dr. Gregory JB Mills alias Greg (photo ci-haut); et un Américain, vice-recteur d’une institution universitaire insignifiante du nom de Miami University dans l’Etat de l’Ohio, Dr. Jeffrey Herbst (photo ci-dessous).
Je pèse mes mots soigneusement, quand je traite ces deux gars de racistes et de mercenaires. Tout au moins, l’un d’entre eux, Gregory JB Mills alias Greg ne peut prétendre parler d’une position d’« objectivité ». Eh bien, qui le blâmerait ? Dans le postmodernisme, l’autoréflexivité a supplanté l’objectivité.
Ces deux gaillards ont commencé leurs attaques dans le magazine en ligne ForeignPolicy.com en mars 2009 avec un article outrageusement intitulé « Il n’y a pas de Congo : Ce pour quoi la seule façon d’aider le Congo est d’arrêter de prétendre qu’il existe ». Ils sont des récidivistes comme tous les bandits endurcis. Ils ont à nouveau agressé la nation et le peuple congolais après la visite d’Hillary Clinton en août. Le titre de leur dernier article, publié le 17 août, se lit soit comme un résumé exécutif ou soit comme un manifeste du démembrement du Congo et de l’annihilation du peuple congolais — d’un trait de la touche Retour d’un clavier d’ordi portatif : « Il est temps d’arrêter la comédie : Hillary Clinton est en train de commettre la même tragique erreur que le monde commet depuis 40 ans : s’imaginer que la République Démocratique du Congo est réelle ».
Dans l’article initial de ces mercenaires, article caractérisé par une ignorance crasse, nous trouvons leur thèse centrale énoncée sous forme d’une séquence d’aphorismes : « Au lieu de continuer à dépenser des milliards de dollars pour assembler le Congo, la communauté internationale pourrait traiter régionalement des vrais problèmes sécuritaires et politiques. Par exemple, les troubles dans l’est du Congo concernent plus l’insécurité rwandaise persistante que ce que le gouvernement de Kinshasa est (ou n’est pas) capable de faire. Une politique étrangère plus réaliste sur l’est du Congo assignerait une grande priorité aux intérêts sécuritaires rwandais, d’autant que nombre de ceux-ci proviennent des conséquences du génocide de 1994. Si l’on comprend bien et que l’on fasse cela correctement, il y aura peut-être une chance de réduire la violence qui hante les Kivu. Cela motiverait aussi les Rwandais à voir le Congo comme un partenaire naturel dans le commerce et le développement plutôt qu’un problème de sécurité à gérer unilatéralement. Les opérations [militaires] conjointes au début de cette année sont un [premier] pas dans cette direction ».
On pourrait aisément faire un exercice de déconstruction de cet extrait et montrer des trous béants de raisonnement qui s’y trouvent, comme par exemple dénier l’existence de l’Etat congolais tout en prétendant dans le même temps que le Congo serait « un partenaire naturel dans le commerce » du Rwanda. Derrida aurait appelé cela : « écrire sous la rature ! »… De toute façon, de bons et honnêtes spécialistes universitaires ont déjà répondu à ces imbéciles. Je veux tout simplement ici faire trois observations d’ordre pratique, que n’avaient pas été abordées par des universitaires qui ont répondu avec compétence à ces corniauds :
1) Où sont donc ces « milliards de dollars » dépensés sur le Congo ou le peuple congolais ? Le budget du Congo de l’année dernière s’élevait à 3 milliards de dollars, provenant essentiellement des revenus internes, sous une supervision draconienne du FMI pour le service des dettes sans « conditionnalités » autorisées par le FMI et la Banque Mondiale qui étaient accordées à Mobutu ! Les mêmes conditionnalités que ces institutions exigent aujourd’hui pour des dettes que le Congo s’est arrangé pour contracter de la Chine ! Si par des milliards de dollars ces deux mercenaires postmodernes sous-informés entendent le millier de dollars— 1, 16 milliards de dollars pour être plus précis— qui a constitué, par exemple, le budget de la MONUC du 1er juillet 2007 au 30 juin 2008 ; eh bien, la grande partie de cet argent est dépensée dans les salaires outrageux des éléments de la MONUC et de leur bureaucratie. La MONUC dont les éléments ne lèvent pas le petit doigt lorsque des civils sous leur garde sont massacrés ; des éléments qui sont même accusés de crimes sexuels horribles perpétrés sur des enfants et d’autres malfaisances comme le troc de renseignements et d’armes avec des bandes armées contre des minerais ! En d’autres mots : c’est le Congo qui pompe des milliards de dollars dans les coffres de la communauté internationale.
2) Que l’on note l’accent mis par ces deux érudits-mercenaires internationaux sur les « intérêts sécuritaires rwandais » comme si le Congo n’est pas partie prenante dans ce schème. Tout comme ne le sont pas plus de 60 millions de Congolais. Ma perplexité s’est éclaircie quand je me suis rendu compte que l’un de ces mécréants académiques, nommément le Sudaf Gregory JB Mills alias Greg, était juste cette année passée nommé en tant que « Conseiller stratégique du Président » rwandais, Paul Kagame. Peut-être bien que pour les besoins de la transparence, ForeignPolicy.com devrait demander à cet érudit-mercenaire de mettre l’avertissement suivant au début de ses « publi-essais » sur la région des Grands Lacs africains comme il le fait dans sa biographie affiché sur le site de The Brenthouse Foundation : l’auteur a été conseiller rémunéré du président rwandais. Publi-essais — un genre nouveau de production académique en train d’être inventé par ce mercenaire sudaf.
Et ce ne serait certes pas la première ni la dernière fois que l’Afrique aura vu ou verra des pionniers mercenaires provenir de l’Afrique du sud. Il y avait des soldats de fortune sudafs qui bourlinguaient au Congo dans les années 1960. Et l’organisation mercenaire actuellement défunte Executive Outcomes, créée par des anciens commandos des forces spéciales de la période de l’apartheid, fut la première organisation mercenaire mondiale de son genre qui inspira la création de Blackwater (aujourd’hui connu sous sa nouvelle appellation Xe). Il se pourrait que le Dr. Gregory JB Mills alias Greg est sur le point de lancer une organisation de mercenaires académiques appelée Scholarship Outcomes ! Après tout, sa biographie se lit comme une géographie de tous les « points chauds » du globe : de la région des Grands Lacs africains à Afghanistan où il était « le conseiller spécial » du Général David Richards. Je me demande si lors de son séjour à Kaboul il a préconisé le démembrement de l’Afghanistan…
Je n’arrive pas encore à définir son comparse, l’étrange vice-recteur de Miami University dans l’Etat de l’Ohio, Dr. Jeffrey Herbst… Il a en tout cas écrit des tas de livres sur l’Afrique. Mais je me rappelle ce que mon père avait répondu à ma mère un jour qu’elle lui demandait pourquoi on traitait de « docteur » (en droit) un homme de notre quartier alors qu’il ne soignait pas les gens. Mon père lui dit : « Il ne traite pas les gens, il traite les lettres et les livres ! » Mon père était illettré mais il comprenait certainement le genre d’escroqueries que ces docteurs de livres pouvaient concocter ! Et le Dr. Jeffrey Herbst serait peut-être en train de concocter une grande escroquerie sur le Congo et sur le peuple congolais sous le couvert de sa « théorie » sur les grands Etats africains en faillite.
3) « Assemblage du Congo… [par] la communauté internationale »… Ce qui est vraiment insultant dans les « pronunciamientos » de ces mercenaires académiques, c’est qu’ils dénient complètement toute agence, tout rôle dans le chef du peuple congolais. Delphine Schrank, encore une fois sur ForeignPolicy.com d’avril 2009, rebute les manifestes déjantés de ces mercenaires intellectuels dans un article titré « 68 millions de Congolais ne peuvent se tromper : C’est le nationalisme qui maintient en entier l’un des pays les plus compliqués du monde ». Parmi nombre d’arguments pertinents avancés par Delphine Schrank, il y en a un qui reprend les arguments de Benedict Anderson dans son livre L’Imaginaire national : « Le pays n’existe pas du fait du monopole de violence de son gouvernement, mais la nation congolaise existe dans l’abstraction — c’est une ‘communauté politique imaginée’, pour emprunter la formulation de l’anthropologue Benedict Anderson. En bref, le Congo existe parce que 68 millions de Congolais croient qu’ils y appartiennent ». Nos deux mercenaires pédants qui savent tout rejettent cet argument comme un « refrain courant » au Congo. Par le peuple qui vit au Congo en tant que Nation. Et qui est déterminé à continuer à vivre en tant que Nation. Etrangement, il me semble que ces mercenaires qui écrivent des livres à la va-vite ne soiennt pas au courant des derniers progrès dans les théories postcoloniales de la souveraineté. Il est grand temps pour eux de se rattraper.
Le rejet par ces deux voyous intellectuels du travail solide de Benedict Anderson m’a fait penser à un autre grand anthropologue, qui a fait de longs travaux de terrain au Congo : Johannes Fabian. Dans son livre Le Temps et les Autres, Fabian a théorisé que les anthropologues, s’ils n’y prennent garde, peuvent être sujets à une « manipulation de temporalités », imaginant les Autres primitifs comme étant pris quelque part dans les limbes, leur déniant une « co-temporalité ». Et nos deux érudits-mercenaires montrent les mêmes symptômes de ce « déni de co-temporalité ». Les Congolais sont des primitifs. Ils ne peuvent pas être agents de leur propre histoire. Ils ne comptent pas. Ils sont comme la pâte qu’on peut pétrir à volonté. Dépeçons le Congo en plusieurs petits Etats, comme les villages-Etats d’antan… Fragmentons le territoire en Bantoustans !... Sous le mince vernis de l’académisme de ces mercenaires intellectuels suppure un racisme virulent. Pas différent du racisme de Léopold II. Un racisme qui s’est si bien métastasé que ceux qui en souffrent sont inconscients de leur état morbide…
Dr. Jeffrey Herbst
09 octobre 2009
OBAMAGRAMME—VOL.8 : SAINT OBAMA, LAURÉAT DU PRIX NOBEL DE LA PAIX 2009
DU JAMAIS VU... SAINT VIVANT OBAMA !!!
Deux types de réaction ici face au Nobel d’Obama. Le premier type provient des journalistes dont certains font pression sur Obama pour qu’il renonce au Nobel ! Pas comme Jean-Paul Sartre, pardi ! Tout simplement parce qu’Obama n’a rien fait jusqu’ici. Le même type de discours qu’on avait entendu sortir de la bouche de Sarah Palin qui traitait Obama d’incompétent sans expérience…
Le deuxième type de réaction provient des ennemis politiques d’Obama qui insultent Obama et le comité du Nobel dans un amalgame inextricable.
Le prix du plus vicieux commentaire est à attribuer à Iain Martin du Wall Street Journal dans sa réaction de trois paragraphes intitulé « Barack Obama reçoit le Prix Nobel. Pour quoi ? ». L’homme semble avoir écrit son commentaire d’un jet, sans se relire, comme si on l’avait tiré du lit pour lui annoncer la nouvelle et lui demander de pondre quelque chose avant que les rotatives ne tournent ! Ce commentaire est si bizarre et si insultant — avec des mots sous lesquels on sent couver un racisme qui cherche à affleurer—qu’il mérite d’être repris ici in extenso dans une traduction littérale (avec des coquilles et des phrases tordues de la version anglaise originale):
Barack Obama reçoit le Prix Nobel. Pour quoi ?
Par Iain Martin
C’est complètement bizarre. Le Président Barack Obama vient de gagner le prix nobel [sic] de la paix. On ne sait pas trop pourquoi. Pour avoir fait la paix, d’une certaine manière, avec Hillary Clinton ? Pour avoir abandonné le bouclier de missiles et encouragé les Iraniens ? Pour avoir préparé le renforcement des troupes et des armements en Afghanistan ?
De toute évidence, traditionnellement la procédure habituelle requiert que les lauréats du prix pacifient d’abord avant de se voir attribuer le prix après qu’ils aient réalisé quelque chose. Mais l’innovation balaie de telles notions démodées de la récompense qui suit un long effort.
Pensez-y, c’est tout à fait postmoderne : un leader peut maintenant se voir attribuer le prix pour dire qu’il espère qu’il fera la paix à un certain point dans l’avenir. Il n’a pas à la faire effectivement, il n’a seulement qu’a en avoir des aspirations. Brillant.
***
VRAIMENT !!! CE PAYS EST PLEIN DE CONNARDS !!!
02 octobre 2009
Le désert des Ouïghours de Washington le jour du 60ème anniversaire du régime communiste chinois
L’après-midi du mercredi 30 septembre, je reçois
un mail de la bloggeuse LORRAINE m’avisant que l’Ambassadeur étatsunien à
Kinshasa, M. William J. Garvelink, sera au think-tank Institute for Policy Study (ISP) pour une conférence-débat le
lendemain entre 12 h 30 et 14 h.
Elle souhaite que je puisse y prendre part si mon emploi de temps le permettait.
Et le thème de la conférence-débat, dont le lien m’avait été donné par
Lorraine, méritait que j’y prisse part : « Conférence-débat : L’avenir de l’engagement militaire
américain en Afrique : Le cas de la République Démocratique du Congo ».
Les organisateurs précisent qu’il faudra préalablement
leur envoyer un « RSVP » afin qu’ils sachent pour qui réserver les
places. J’assure Lorraine que je participerai à la conférence-débat et j’envoie
directement le mail du « RSVP » à qui de droit. Et à 23 h 28, je
reçois une confirmation d’une employée de ISP accusant réception de mon « RSVP »
et s’attendant à me voir le lendemain.
Et ce jeudi 1er octobre, je suis
donc d’attaque très tôt. Je repasse une chemise. Je prépare mon équipement :
un petit caméscope, une discrète caméra numérique et un tout aussi discret
enregistreur numérique. Je travaille un peu sur l’ordi tout en jetant un coup d’œil
à la télé : la folie de Conakry, le tsunami aux îles Samoa, le séisme de
Sumatra, la célébration du 60ème anniversaire de la prise de pouvoir
par les Communistes en Chine (le commentaire d’un journaliste français me
frappe : « le peuple est coupé de la célébration à la Place Tiananmen
… »)…
Je quitte la maison à 13 h pour me rendre à la conférence-débat qui commencera à 14 h 30 ! En marchant vers la
station de métro, des questions à poser à l’ambassadeur américain s’entrechoquent
dans ma tête, dont les suivantes, qui me triturent le plus : « Monsieur l’Ambassadeur, n’est-il pas
bizarre pour vous, un diplomate, de faire l’avocat d’une opération militaire qui
rendrait obsolète à terme votre fonction de diplomate ? Quelle est cette
cause humanitaire que la machine militaire américaine s’est soudainement
trouvée en Afrique ? Devrais-je vous rappeler ici, Monsieur l’Ambassadeur,
que Léopold II avait d’abord commencé par la cause humanitaire de la Conférence
Géographique de Bruxelles ? »… Et défilent dans mon esprit tous les faisceaux
des théories du complot les plus folles de la Radio Trottoir des rues congolaises…
Il est 13 h 38 quand, dans le métro, je sors le papillon jaune (photo ci-dessous) sur lequel j’avais
marqué l’adresse du
lieu et l’heure de la conférence. Incroyable : la conférence est presque terminée ! Fâché
contre moi-même pour ce manque de « professionnalisme », je poursuis
quand même ma course jusqu’à la station de métro Dupont Circle où je tombe sur la Massachusetts Avenue sans pour
autant retrouver la bonne adresse. Il est déjà 14 h 15…
De guerre lasse, je fais un repli tactique vers le métro en traversant le parc de Dupont Circle.
Tout en extirpant mon enregistreur, je cherche parmi les Ouïghours celui qui a la mine patibulaire (l’homme a des lunettes solaires qui lui donnent un air énigmatique) et la carrure d’un démolisseur (photo ci-haut). Je m’approche de lui pour une interview impromptue (dont voici l’audio pour ceux qui comprennent l’anglais) :
MOI : Pourquoi
protestez-vous aujourd’hui ?
L’OUÏGHOUR :
Nous voulons juste être indépendants de la Chine… indépendants de la Chine
communiste… ils tuent notre peuple…
Moi : Vous être Ouïghours ?
L’Ouïghour :
Oui, nous sommes du la Turquie Turkestan oriental…
Moi : Comment appelle-t-on
la Province en chinois ?
L’Ouïghour :
Xinjiang… Nouvelle terre [en mandarin ?]…
Moi : Donc, aujourd’hui, c’est
le grand 60ème anniversaire de la révolution en Chine ; c’est
pourquoi vous êtes… ?
L’Ouïghour :
Ouais, c’est pourquoi nous sommes ici… ouais !
Moi : Quelle est la
situation au pays natal ?
L’Ouïghour :
Comme vous pouvez le voir sur les photos ici [il me montre les photos alignées
derrière lui au pied du monument de la fontaine du parc], ils tuent notre
peuple là-bas, ils font la discrimination tout le temps… Nous sommes des
peuples différents, des cultures différentes, tout est différent… Donc… Tous
les Ouïghours ne veulent pas vivre en Chine… Donc, c’est pourquoi nous sommes
ici, en train de protester…
Moi : Comment voyez-vous l’avenir ?
L’Ouïghour :
Ohh ! [long soupir
de désespoir]… On espère qu’on sera libre.
Moi : Est-ce que le
gouvernement américain vous aide ?
L’Ouïghour :
Ouais, il nous aide…
Moi : Merci, monsieur.
L’Ouïghour :
Au revoir…
J’avoue qu’après avoir touché la grande solitude de l’Ouïghour à la mine patibulaire je n’ai plus regretté d’avoir raté la stupide conférence-débat sur AFRICOM que je pourrais toujours lire ou écouter sur podcast.
QUELQUES VUES DES MANIFESTANTS OUIGOURS:














